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L'Île au trésor

Pierre PELOT




LES MOUTONS ÉLECTRIQUES , coll. Hélios n° 19
Dépôt légal : janvier 2015
Réédition
Roman, 288 pages, catégorie / prix : 7,90 €
ISBN : 978-2-36183-191-2
Format : 11,0 x 18,0 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Le réchauffement climatique a fait ses ravages : le niveau des océans a grimpé, modifiant le tracé des côtes et la géographie interne des continents. Tout au long de ces rivages redessinés, au cœur d’États dévastés et fragilisés, de nouveaux Frères de la Côte sont apparus. Pirates d’une ère nouvelle, pilleurs, mercenaires en tous genres. Et l’un d’eux a laissé ce qui ressemble fort à une carte au trésor...

     Splendide hommage au chef-d’œuvre de Stevenson, revisité à l’aune des considérations les plus actuelles, L’Île au trésor façon Pelot nous rappelle tout le prix et toute la profondeur d’un véritable roman d’aventures.

     Né en 1945, Pierre Pelot publie son premier roman, La Piste du Dakota, en 1965. Depuis, cet immense écrivain en a écrit plus de cent cinquante, dans tous les genres de la littérature.
 
    Critiques    

            Étonnant projet que celui-ci : reprendre la trame et les personnages de L’Île au trésor de Stevenson pour les plonger dans un futur proche. Là où Pelot fait preuve d’une vraie originalité, c’est qu’il n’a pas décidé de simplement s’inspirer du célèbre roman, il en réalise un décalque presque parfait : la trame est quasiment identique, les noms des personnages inchangés (Long John Silver devient tout de même Johnny Jump Silver)… S’il s’agissait de cinéma, on parlerait de remake. Ce projet éditorial est surtout l’occasion pour l’auteur vosgien de rendre hommage à l’écrivain écossais et à son texte séminal du roman d’aventures contemporain devenu l’un des plus grands classiques de la littérature mondiale. Une opération casse-gueule, bien sûr, car même si Pelot n’a pas la prétention de se comparer au maître, son Île au trésor doit dépasser le stade de la simple copie et s’avérer un ouvrage à lire pour lui-même, indépendamment de son glorieux aïeul, tout en proposant son content de péripéties et de personnages bien campés. Pierre Pelot, cinquante ans d’écriture au compteur, s’acquitte de la tâche avec maestria, et ce dès les premières pages (l’arrivée, ou plutôt l’échouage de Billy Bones), les descriptions acérées permettant à l’auteur de croquer en quelques mots ses protagonistes. On suit ainsi le jeune Jim Hawkins, dont la tante tient un hôtel sur une île des Caraïbes, dans un futur où le niveau des océans a dramatiquement grimpé, remodelant les continents. Plutôt qu’une longue description des changements climatiques ayant conduit à la situation présente, Pelot préfère procéder par petites touches, conférant crédibilité au récit et favorisant l’immersion du lecteur. Celle-ci est nécessaire car le rythme va bientôt s’accélérer à mesure que les bad boys entrent en scène. Dès lors, l’auteur nous embarque pour une aventure débridée qui nous emmène jusqu’au Brésil, avec quelques réminiscences du Monde englouti de Ballard ou d’Apocalypse Now de Coppola (pour la très angoissante remontée du fleuve). On appréciera notamment la maîtrise de la tension sous-jacente entre Jim et les siens d’une part, les malfrats d’autre part : même si personne n’est dupe des enjeux, tous vont faire comme si de rien n’était avant que les antagonismes ne finissent par surgir au grand jour. Et Pelot fait du lecteur son complice : on connaît le déroulement de l’histoire, l’auteur ne peut donc nous prendre par surprise, mais il y arrive parfois néanmoins, dans le choix d’une petite entorse au roman de Stevenson, et l’on se prend à imaginer le père de Dylan Stark nous adressant un clin d’œil appuyé par-delà les pages.

            Au final, Pierre Pelot s’est emparé d’un matériau en or pour nous en proposer une relecture moderne et vivifiante parfaitement maîtrisée, y compris dans sa distance à l’œuvre étalon : ni trop proche, ni trop éloignée – une preuve éclatante du talent d’écrivain populaire du bonhomme.


Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 1/1/2016 dans Bifrost 81
Mise en ligne le : 1/11/2020

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition CALMANN-LÉVY, Interstices (2009)


     L'Ile au trésor ! L'impérissable chef-d'œuvre de Robert Louis Stevenson, qui n'est pas autre chose que l'archétype même du roman d'aventure. C'est à ce monument de la littérature que Pierre Pelot a décidé de s'attaquer. Une entreprise pour laquelle il ne faut manquer ni de talent ni de courage, car l'échec s'y paie cash et la médiocrité ne saurait y être de mise. Haute est la barre et, coûte que coûte, il faut la franchir... Ou renoncer. Echouer à revisiter une œuvre d'une telle envergure vous expédie illico au « terminus des prétentieux », ce cimetière où gisent tant de grenouilles ayant voulu se faire aussi grosses que le bœuf. Selon l'adage bien connu, le ridicule ne tue pas ; il peut néanmoins causer beaucoup de tort, même à un écrivain aussi établi et réputé que Pierre Pelot. Inutile de maintenir davantage le suspense. Pierre Pelot a les armes pour relever et tenir la gageure.

     Il n'y a pas si longtemps, à l'aune de ses plus de quarante ans de carrière, Pierre Pelot a publié chez Héloïse d'Ormesson L'Ombre des voyageuses, un roman historique où la piraterie était déjà à l'honneur. Or, qui dit roman de pirates, dit L'Ile au trésor. Les plus splendides monuments historiques ont parfois besoin d'un bon ravalement de façade pour retrouver tout leur lustre d'antan, mais il ne saurait être question de confier pareille tâche à des gougnafiers qui saloperont le boulot. Il existe plusieurs manières de rendre hommage à un texte ou à un auteur. Pierre Pelot a choisi celle consistant à réécrire purement et simplement le même roman en le mettant au goût du jour. Ça n'a l'air de rien, comme ça. Il n'y a rien à inventer, l'histoire existe déjà. Or, justement, la difficulté gît là car il s'agit alors de respecter le plus possible le texte d'origine tout en changeant le maximum de ce qui doit l'être.

     Quand, vers 1880, Stevenson écrit L'Ile au trésor, la marine à voile brille de ses derniers feux, ceux des grands clippers à coque d'acier qui mènent une lutte perdue d'avance contre ces vapeurs sur l'un desquels il rejoint sa future femme en Californie. La marine en bois, elle, n'est déjà plus qu'un souvenir romantique avalé par l'histoire. A l'instar, par exemple, d'Alexandre Dumas, son roman d'aventure est aussi un roman historique. En 1880, les chevaliers et autres nobles gentilshommes ont définitivement cédé la place à des capitaines d'industrie ou de commerce, rationnels et avides de bénéfices, pour qui la chasse au trésor est passée de mode, si tant est qu'elle l'ait jamais été ailleurs que dans des esprits épris de romantisme. L'époque est pourtant celle de la ruée vers l'or, de la course aux pôles et des dernières grandes explorations, mais l'âme en est celle de la révolution industrielle. C'est Oil, le roman d'Upton Sinclair, qui reflète bien mieux le Zeitgeist au tournant du siècle. C'est donc depuis un recul de deux siècles et non d'un que Pelot va devoir brosser L'Ile au trésor.

     Pierre Pelot reprend le même mode narratif, quasiment les mêmes péripéties et, bien sûr, les mêmes personnages, au premier chef desquels Jim Hawkins, neveu au lieu de fils d'aubergiste — dont le père est inconnu/absent plutôt que mort. La tante se substituant à la mère et le compagnon de celle-ci, Trelaway, remplaçant, en sus du père, le chevalier Trelawney. Billy Bones tient son rôle et connaît son funeste sort, tache noire/rouge oblige. Long John Silver, archétype du pirate, devient, du fait des prothèses handisports qui ont remplacé sa mythique jambe de bois, Johnny « Jump » Silver, et perd son emploi de cuisinier au profit de celui d'affréteur de l'Hispaniola, bateau qui conserve son nom de baptême. Le trésor est toujours celui de Flint, quoiqu'il soit devenu pour le coup un mercenaire d'envergure « faisant » de l'Afrique, à l'image d'un Bob Denard du XXIe siècle. Ben Gun(n), qui perd un « n », ce qui renvoie mieux à un surnom de baroudeur, n'a plus été abandonné sur l'île par Flint mais ne s'y est pas moins retrouvé piégé. Des scènes aussi capitales que celle du tonneau de pomme passent quasiment à l'identique du passé au futur. Et à la fin, Silver s'enfuit avec la portion congrue d'un magot qui tombe bel et bien dans les mains prévues quoique désormais roturières.

     Si l'on y tient absolument, on peut considérer cette version de L'Ile au trésor comme de la science-fiction puisque l'action est située dans quelques décennies, après que le réchauffement climatique a fait fondre les calottes glaciaires et, partant, modifié le dessin des continents. Ces soubresauts écologiques ont ébranlé les régions du monde les moins stables, dont l'Afrique, au profit d'aventuriers tels que Flint, Silver, Bones, Gun. Le pognon a été rematérialisé et soustrait aux voraces appétits des uns et des autres.

     Pour Jim Hawkins, ado plutôt dégourdi dont la mère a un beau jour disparu sans crier gare, tout va commencer par l'arrivée de Billy Bones au Barraco, comme porté par un ouragan. Bones n'arrive pas là par hasard. Il est à la recherche de la mère du garçon. Jim est fasciné par la personnalité de Bones et se lie d'amitié avec lui. Pelot renforce les liens entre les personnages et accroît ainsi la crédibilité de l'intrigue à petites touches, tout en finesse. Durant ce premier tiers du roman, qui se passe dans l'auberge, les éléments se mettent en place tandis que la tension liée à l'obscure menace que l'on sent peser sur Billy Bones monte progressivement.

     Jim, narrateur a posteriori de toutes ces aventures, nous les conte de son point de vue, loin qu'il est de connaître tous les tenants et aboutissants de la situation. De temps à autre, il interpelle le lecteur qui sait depuis le début qu'il va s'en sortir mais ce n'est pas l'enjeu du roman. Hawkins laisse des zones d'ombre dans sa narration avec le dessein de les combler ultérieurement en respectant la chronologie événementielle. Le moteur de lecture reste la découverte du puzzle final où l'on voit comment s'agence l'ensemble des éléments. Le récit coule inexorablement vers sa conclusion attendue, à l'instar d'un fleuve vers son embouchure, les divers rebondissements s'y greffant comme autant d'affluents sur le cours principal, apportant leurs éléments à l'intrigue.

     Comme il est si bien dit en quatrième de couverture, on mesure là tout le prix d'un grand roman d'aventure. Pierre Pelot a gagné haut la main son pari et on mesure à l'aune de Stevenson combien il est un grand écrivain populaire — dans « grand écrivain populaire », il y a « grand écrivain » ; « populaire » n'est pas un terme réducteur, au contraire. Leur talent n'est nullement circonscrit à une élite, mais ouvert au plus grand nombre. Il faut lire et relire L'Ile au trésor, jouir du bonheur qui nous est donné. Pelot et Stevenson. Pelot, diable d'écrivain, gît dans les détails.

Jean-Pierre LION
Première parution : 1/4/2009
dans Bifrost 54
Mise en ligne le : 13/10/2010




 
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