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Super-Cannes

James Graham BALLARD

Titre original : Super-Cannes, 2000
Première parution : Londres, Royaume-Uni : Flamingo/Harper Collins, septembre 2000

Traduction de Philippe DELAMARE
Illustration de Thierry DUBREIL

TRISTRAM (Auch, France), coll. Souple n° 27
Date de parution : 26 février 2015
Dépôt légal : février 2015, Achevé d'imprimer : février 2015
Roman, 480 pages, catégorie / prix : 11,95 €
ISBN : 978-2-36719-034-1
Format : 12,5 x 19,0 cm  
Genre : Hors Genre



    Quatrième de couverture    
À Éden-Olympia, nouveau parc d'activités high-tech sur les hauteurs de Cannes, une élite de PDG de multinationales, de financiers et de scientifiques venus de tous les pays prépare le troisième millénaire. Harmonie, efficacité, rendement sont les maîtres-mots.
Personne ne comprend pourquoi, lors de ce qui semble avoir été un accès de foiie, le brillant docteur David Greenwood a exécuté sept cadres supérieurs et trois otages, avant de se donner la mort. Après le bref émoi causé par le drame, chacun est retourné à ses activités. Mais tandis que Jane Sinclair, la jeune femme médecin choisie pour succéder à Greenwood, prend ses fonctions à la clinique, son mari Paul, contraint au repos après un accident, s'intéresse aux dessous de l'affaire et se laisse entraîner dans l'étrange envers du décor d'Éden-Olympia...
Aux cotés des meilleurs romans de Bret Easton Ellis et de Don DeLillo, J.G. Ballard offre ici la description la plus pénétrante et féroce qu'on puisse lire des rêves terminaux du capitalisme.
 
Super-Cannes, paru en 2000, est le dernier chef-d'œuvre de J.G. Baliard. L'auteur y pousse jusqu'à leurs conséquences extrêmes les thèses visionnaires et provocantes qu'il avait commencé à explorer dans La face cachée du soleil. Ces deux romans rejoignent dans la collection Souple les autres livres célèbres de l'auteur que sont Vermillon Sands, La foire aux atrocités, Sauvagerie et La bonté des femmes.
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition LIVRE DE POCHE, (2010)


     En s'intéressant aux psychés mutantes de microcosmes bourgeois dans des environnements hyperfonctionnels en vase clos, où loisirs et intimité sont aliénés par les normes sociales en vigueur, La Face cachée du soleil amorçait en 1996 un nouveau virage — auparavant annoncé par des textes plus courts comme Sauvagerie — de l'œuvre ballardienne. Quatre ans plus tard, son livre jumeau, synthèse explosive de la plupart des grands thèmes de l'auteur, enfonçait le clou, et transposait lui aussi I.G.H. dans la postmodernité, avec son horizontalité diffuse.

     Cette fois, c'est Eden-Olympia, technopole située sur les hauteurs de Cannes et inspirée de la Sophia-Antipolis niçoise, qui fournit le cadre du roman. C'est dans ce vaste complexe scientifique expérimental réunissant chercheurs et habitations, et permettant une disponibilité professionnelle optimale, que l'homme nouveau, puissant de corps et d'esprit, est élaboré. Mais c'est également ici qu'un drame impensable a eu lieu : le sage professeur Greenwood, un homme sans histoires, a tué sept personnalités du complexe avant de se donner la mort. Comment, dans cette perfection de luxe, de propreté, de services et de cerveaux, a-t-il pu être atteint d'une telle folie meurtrière ?

     Forcé à l'inactivité par un malheureux accident d'avion, et marié à Jane, une chercheuse nouvellement nommée à Eden-Olympia, Paul Sinclair profite de son temps libre — une anomalie à Super-Cannes — pour éclaircir l'affaire. Il découvre au fil de ses investigations la face cachée d'Eden-Olympia : privés de liberté par l'autosuffisance du parc d'activités, les résidents semblent avoir développé un nouveau type de loisirs, motivé avant tout par le besoin impérieux d'évacuer les tensions, exacerbées par l'organisation du complexe. Autrement dit, ces sommités intellectuelles ont recours à la violence — voire à la barbarie — comme palliatif, et multiplient les ratonnades, viols et autres vandalismes. La psychopathologie y agit comme une thérapie de groupe : les hommes se défoulent en bandes, avec une brutalité inouïe, et la vie d'une poignée d'individus ne vaut rien face à la pérennité de la communauté.

     Ballard insiste avec une grande subtilité sur les descriptions des lieux, leur donnant vie par métaphore ou métonymie ; de cette manière il redonne au corps sa réalité charnelle, mise à mal par un environnement trop normé, trop aseptisé : les blessures abondent dans Super-Cannes, généralement bénignes, mais révélatrices de ce besoin intense d'exister par-delà les conventions sociales. Et celle de Paul Sinclair, qui l'empêche de voler, l'empêche aussi de rêver, de s'évader de la prison dorée d'Eden-Olympia, monde clos plus aliénant encore que l'Estrella de Mar de La Face cachée du soleil, plus dangereux que les I.G.H., et infiniment plus effrayant que les cataclysmes du Quatuor de fins du monde évoqué plus haut.

Olivier NOËL
Première parution : 1/7/2010
dans Bifrost 59
Mise en ligne le : 5/1/2013


 

Edition FAYARD, (2001)


     S'il y a bien quelque chose que déteste Jim Ballard, c'est le calme ensoleillé des stations balnéaires. Il le déteste d'une manière viscérale, obsessionnelle, qui donne à penser qu'il n'y est pas indifférent. A travers plusieurs de ses œuvres, il semble lutter avec la dernière énergie contre un puissant tropisme qui l'attire inexorablement vers un insidieux piège d'azur. Qui se soucierait d'un piège sans attrait ni appât ?
     La plage, le soleil, l'azur sont chez Ballard autant d'objets mortifères. Ce calme, c'est de la langueur. Tout au long de son œuvre, on retrouve cette ambiance, dite ballardienne, qui revient comme un leitmotiv : de la station balnéaire à la technopole, sous le soleil s'étend l'empire de la neurasthénie. Sous ce soleil, l'esprit passe comme les couleurs d'une robe bon marché. L'esprit s'y engourdit, se liquéfie et s'évapore avec la sueur au bord des piscines indigo. On y atteint cet anesthésiant bien-être qui succède à l'orgasme. Comment dès lors s'étonner que le sexe s'exacerbe jusqu'à l'obsession ? Dans l'air pur de la Méditerranée — et d'autres lieux ballardiens — , les esprits sont glauques, les sensibilités engluées comme des oiseaux dans le mazout.
     Ce qui ne saurait surprendre d'une station balnéaire prend un relief incroyablement saisissant dans le cadre d'un parc d'activité. Là, à Eden-Olympia (EO), des intelligences tournent en mode automatique. Le parc est conçu comme une bulle émotionnelle. La vie sociale est réduite à sa plus simple expression. Le travail est censé y pourvoir. Censé seulement. A propos des luxueuses villas pour cadres stratégiques qui s'étendent sur les hauteurs de Cannes, les propos du Dr Penrose sont édifiants. « ... station dortoir où les gens dorment et se lavent. Nous concevons le corps humain comme un esclave obéissant qu'il faut nourrir, doucher et calmer avec juste ce qu'il faut de liberté sexuelles. » (p. 27) « Juste », c'est violence, sadisme et pédophilie. Parce que « juste » sous la surface d'azur des apparences grouillent des hydres fantasmatiques ignominieuses.
     Eden-Olympia est une sorte de « Loft » grandeur nature avec ses caméras obsessionnelles, son ultraviolence hypocrite et son psy, Wilder Penrose, en marionnettiste cynique à souhait qui propose viols, ratonnades et mieux en guise de thérapie... Derrière l'écran du panoptique l'envers d'EO est très noir. A quoi peuvent bien servir tous ces pauvres, toutes ces putes, tous ces immigrés, sinon de défouloirs pour cadres sup' et autres décideurs de licenciements ? A quoi peuvent bien servir l'argent et le pouvoir, sinon à imposer sa volonté ? Et comment l'éprouver si ce n'est en faisant souffrir son prochain comme un gosse qui arrache les ailes des mouches ? Mine de rien, Ballard brosse un portrait sulfurique d'une certaine nature humaine.
     Paul et Jane Sinclair arrivent donc à EO ; lui, convalescent ; elle, pédiatre, vient remplacer David Greenwood mort tragiquement après avoir abattu une demi-douzaine de cadres du parc. Mais pourquoi diable a-t-il pété les plombs ? Les a-t-il vraiment pétés, d'ailleurs ? Et voilà Paul Sinclair métamorphosé en fox terrier... EO a eu peur et c'est mauvais, ça ne doit pas se reproduire. A cette fin, et pour protéger son délire visionnaire, Penrose est prêt à prendre des risques avec ce naïf de Paul Sinclair.
     Super-Cannes est un roman dévastateur d'une puissance formidable. Ce n'est pas un livre de science-fiction, c'est un chef-d'œuvre qui en a l'esprit et la démarche. C'est de la littérature férocement en prise avec notre époque, lourde de sens. Ballard n'a que faire des artifices du thriller, sa plume est un scalpel qui met à nu les obscurs tréfonds de l'âme humaine. Et ce qu'il met au jour n'a rien de folichon. Il y souffle l'esprit du roman noir. L'éthique n'est plus désormais que l'affaire de desperados comme Greenwood. On établira le lien avec la criminalisation médiatique des militants antimondialisation de Seatle, de Gênes ou Davos... Super-Cannes, où quand l'assassinat moral est l'ultime rempart contre viols, snuffs, ratonnades et meurtres sanitaires... Lisons Ballard avant qu'une bonne part de l'Humanité n'ait plus d'autre raison d'être que de servir au défoulement d'une élite s'abandonnant à ses penchants bestiaux et sanguinaires parce qu'elle en a le pouvoir, car la force serait son droit.
     Bien sûr, s'il vous faut absolument du « blaster » à tous les chapitres, mieux vaut choisir un autre livre. Mais si un peu de littérature ne vous rebute point, si vous préférez appréhender la réalité avec un angle décalé, si vous refusez de vous laissez éblouir par le soleil azuréen, ce roman est pour vous. Super-Cannes n'est rien moins que le roman qu'il faut avoir lu en ce début de siècle. C'est l'espoir du lecteur enfin imprimé, sa raison de lire. On y trouve l'essence de la littérature : un pouvoir de faire sens à nul autre pareil, de révéler l'ordre du monde.

Jean-Pierre LION
Première parution : 1/10/2001
dans Bifrost 24
Mise en ligne le : 7/9/2003




 
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