Site clair (Changer
 
  Critiques  
 
  Livres  
 
  Intervenants  
 
  Prix littéraires  
 
  Adaptations  
    Fiche livre     Connexion adhérent
Le Prisonnier

Thomas Michael DISCH

Titre original : The Prisoner, 1969
Première parution : New-York, USA : Ace Books, 1969

Traduction de Jacqueline HUET
Illustration de Markus HEINEN

MNÉMOS
Dépôt légal : février 2017
272 pages, catégorie / prix : 19 €
ISBN : 978-2-35408-504-9
Format : 15,0 x 21,0 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     « Je ne suis pas un numéro »
     « Bonjour chez vous ! »

     Ces célèbres répliques tirées de la série culte du Prisonnier restent dans beaucoup de mémoires.

     Numéro 6, un « as » des services secrets, parviendra-t-il à échapper à ses geôliers qui, dotés d’un arsenal technologique très sophistiqué, le retiennent prisonnier d’un étrange village où tout semble n’être qu’illusion et jeux de miroirs ? Quand l’individu devient la proie des techniciens du rêve, existe-t-il encore une « réalité » ?
     Tous les téléspectateurs se souviennent des aventures hallucinantes du Prisonnier.
     Cette adaptation talentueuse se révèle à la hauteur du suspense, de la tension et de la paranoïa typique de la série.

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
 
Jacques Goimard & Claude Aziza : Encyclopédie de poche de la SF (liste parue en 1986)

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition PRESSES DE LA RENAISSANCE, Autrepart (1978)


     D'UN PRISONNIER A L'AUTRE


     Sur fond de cité-building, un homme s'enfuit, traits tirés, yeux blancs d'épouvante ( ?), le corps pris dans une combinaison collante, crâne ras et sans armes : telle se présente la couverture du roman de Thomas M. Disch paru aux Presses de la Renaissance et dont le titre rappellera sans doute un bon souvenir aux téléspectateurs puisqu'il s'agit du Prisonnier, une série encore dans les rétines et dans les mémoires et qu'il faut sans plus tarder saluer de nouveau tant il est vrai que ce feuilleton constitue sans nul doute pour le petit écran ce que T.H.X. 1138 fut au grand.
     C'était donc un défi que de vouloir restituer en un volume la fascination et la provocation de l'image. Je ne suis pas sur que Disch y soit totalement parvenu ; je ne suis d'ailleurs pas certain du contraire car une révision des épisodes aurait été nécessaire et, avec le cinéma, rien n'est plus dangereux que le souvenir.
     Ce livre a néanmoins et surtout l'insigne avantage d'expliciter ce que nous n'avions peut-être pas pu entièrement saisir surtout si, comme ce fut mon cas, les épisodes n'avaient pu être dégustés dans l'ordre ou dans leur intégralité. Peut-être y manque-t-il, pour achever de convaincre, quelques élans bucoliques permettant de restituer son aspect au Village assez sommairement décrit. Je n'ai pas retrouvé non plus dans le numéro Six de Disch le visage de Patrick Mc Goohan, comme si le héros avait vieilli ou s'était assagi. Mais ces quelques réserves purement subjectives mises à part, le roman nous installe dans cette même science-fiction labyrinthique qui faisait le charme du feuilleton et dont le plaisir consiste a ne retrouver aucune entrée et aucune sortie. L'ombre du grand Borges s'est un instant posé dans les ruelles du Village.
     Raconter l'histoire ? Est-ce bien nécessaire. Tout le monde se souvient encore du rapt, de l'arrivée au Village, de la tentative d'évasion, de la première évasion, de la seconde évasion... Et d'ailleurs, le propos ne se limite pas aux péripéties d'un homme tentant d'échapper à une zone réservée de la campagne anglaise (pardon ! du Pays de Galles). Le Prisonnier, c'est aussi bien une nouvelle forme de Bibliothèque de Babel ou une Année Dernière à Marienbad plutôt, récupérés — une fois n'est pas coutume — par la science-fiction.
     Qui est numéro Six ? Un simple quidam ou un espion décidé à prendre sa retraite (à 35 ans) et à se retirer à la campagne ? Une fois parvenu à destination (drogué ?), il se rend compte que ce qui l'entoure ne correspond aucunement à l'idée qu'il se fait d'un village gallois et il part — il tente de partir. Peine perdue puisque des gardiens/bulles se chargent de le ramener chez lui. Interviennent tour à tour des personnages qui pourraient aussi bien être issus d'un songe ou d'une pièce de théâtre. Numéro Six étudie une évasion et semble y parvenir... mais il constate que l'emprise du Village s'étend au-delà des frontières banalisées par les gardiens/bulles. Puis arrive Liora/Lorna/Numéro Quarante et Un. Et il devient Numéro Deux. Peut-être a-t-il toujours été numéro Deux ? Peut-être a-t-il connu/n'a-t-il jamais connu Liora/Lorna ? D'ailleurs la scène introductive au Grand Hôtel n'ouvre-t-elle pas la porte à de telles supputations ?
     « Notre dernière rencontre s'est située à ... Trêves, si mes souvenirs sont exacts ?
      Les miens, selon toute apparence, ne le sont pas. C'est à vous voir que tout prend une allure de déjà-vu...« 
     Puis, plus loin :
     « Ma place est réservée pour ce soir. Navré, Liora, mais ma décision est prise.
      Ou quelqu'un l'a prise pour vous, cela ne fait pas de doute.« 
     Donc, le propos est clair. D'emblée, le lecteur ou le spectateur sait qu'il ne doit pas se fier à ses sens, à ce qu'il voit ou à ce qu'il lit. Partout, il y a des pièges, des contre-sens, des double-sens. Numéro Six est prisonnier ? Peut-être ! Peut-être pas ! Il a pu choisir son destin et l'avoir oublié, comme le héros de La Cage de l'Ecureuil (Après Denain la Terre, Casterman éd.). A moins qu'il ne soit victime d'une boucle du temps qui propose, après chaque évasion, un retour dans un présent chaque fois différent, un peu plus ou moins étrange et étouffant. Décidément, l'empreinte de Resnais et de Robbe-Grillet pèse de tout son poids sur ce découpage qui pourrait ne jamais finir. Liora n'est jamais Liora sans lui être totalement étrangère. Selon que sa personnalité à lui change au fil des passages au Village. Personnalité qui se modifie  : pourquoi ? Qui est modelée  : par qui ? La référence à L'Univers en Folie de Brown se dilue au profit de procédés de conditionnements ou de re-créations mentales. Quoi qu'il en soit. Numéro Six (ou Deux) est un sujet d'expériences et celles-ci semblent conduire à sa dépendance de plus en plus étroite à un destin qui se confond avec celui du Village, voire de toute la société « contemporaine ».
     J'ai mis ce dernier mot entre guillemets parce qu'il demeure un point d'achoppement. Tandis que Marienbad, par exemple, était intemporel, sans liens particuliers avec telle ou telle époque, telle ou telle idéologie, il semble que Le Prisonnier hésite continuellement entre la fable et un pseudo réalisme et conduise, par conséquent, à une insatisfaction. Sa neutralité, si je puis dire, devient trop apparente dans le livre. Et comme l'Utopie, si l'on évoquait cette alternative, est par trop sommaire, on se prend à s'interroger sur l'aboutissement de ce jeu.
     Car Le Prisonnier est un jeu, un jeu que l'on pourrait poursuivre longtemps en combinant mille possibilités, en imaginant d'autres aspects du Numéro Six/Deux, où le Numéro Un robotisé serait l'organisateur d'un Westworld devenu comme ces labyrinthes de glaces des Edenlands des grandes villes...
     Alors ? Livre gigogne ! Livre tiroir ! Livre référence ! Le jeu consiste encore à rechercher mille comparaisons, mille paternités, mille filiations. On navigue sans cesse dans le, croit-on, connu et l'imprévisible. Et c'est en cela que réside l'étrangeté et l'originalité du propos. Le Prisonnier, série télévisée, rassemble les mille et uns détours de la science-fiction moderne. On peut penser à Dick, à Sheckley, à Jeury : aucun d'entre eux ne serait l'indigne auteur d'un scénario qui paraît être sorti tout droit de leurs obsessions. Voilà aussi pourquoi le feuilleton a reçu l'adhésion de la plupart des lecteurs de cette revue : les territoires explorés étalent de ceux que l'on fréquente dans ses pages et le ton, pour une fois, n'avait rien de celui que l'on prend pour parler à un adolescent ou à un non-spécialiste. Exactement comme le T.H.X. que j'ai cité en début d'article.
     Et rien que pour retrouver tout cela, pour se perdre à nouveau avec les bulles gardiennes, sous le cauchemar des machines à refabriquer des Identités, il faut lire Le Prisonnier : un livre étouffant, apparemment loufoque et, de toute façon, inquiétant.

Jean-Pierre FONTANA
Première parution : 1/2/1978
dans Fiction 287
Mise en ligne le : 15/12/2001




 
retour en haut de page
Dans la nooSFere : 65738 livres, 65028 photos de couvertures, 60497 quatrièmes.
8089 critiques, 36038 intervenant·e·s, 1452 photographies, 3688 adaptations.
 
Vie privée et cookies/RGPD
A propos de l'association. Nous écrire.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique.
Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres. Trouver une librairie !
© nooSFere, 1999-2019. Tous droits réservés.