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Les Hommes dénaturés

Nancy KRESS

Titre original : Maximum Light, 1998
Première parution : Tor, janvier 1998

Traduction de Jean-Marc CHAMBON
Illustration de Cindy CANÉVET

ActuSF (Chambéry, France), coll. Perles d'Épice
Dépôt légal : octobre 2018
336 pages, catégorie / prix : 16 €
ISBN : 978-2-36629-911-3   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    

2030. La fertilité a chuté dangereusement. La vieillesse est devenue la norme, et les jeunes de précieuses ressources nationales.

Dans ce nouveau contexte mondial, la descendance devient une obsession.

Shana, orpheline, voit ses rêves d’intégrer l’armée voler en éclats lorsqu’elle entrevoit ce qu’elle n’aurait pas dû. Lancée dans une quête acharnée pour retrouver sa place, elle croise la route de Cameron, danseur de ballet qui n’a eu d’autre alternative que d’effacer délibérément sa mémoire. Ils trouveront secours auprès du scientifique Nick Clementi, qui craint d’avoir mis le doigt sur une grande conspiration.
Commence alors pour chacun d’entre eux un combat pour rétablir la vérité.
Jusqu’où est-on prêt à aller lorsque les enfants manquent à l’humanité ?

Nancy Kress est une autrice de science-fiction américaine. Sa novella la plus célèbre, L’une rêve, l’autre pas, a été récompensée de nombreux prix dont le Hugo et le Nebula. Avec Les Hommes dénaturés, elle affirme sa position de lanceuse d’alerte et nous invite à questionner notre réalité.

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition FLAMMARION, Imagine (2001)


     Avec ce roman, on commence à mieux comprendre pourquoi Nancy Kress est considérée comme l'un des chefs de file de la hard science aux Etats-Unis (il faut dire que des éléments majeurs de sa bibliographie manquent encore en français : son cycle des Insomniaques, deux thrillers sur le thème du bioterrorisme, intitulés Oaths & Miracles et Stinger, ainsi qu'un nouveau cycle dont deux tomes sont parus, Probability Moon et Probability Sun). Ses romans et nouvelles montrent un intérêt particulier envers les biotechnologies et une sensibilité aiguë pour les enjeux sociaux et humains qui entoureraient leur développement.
     Nous nous retrouvons dans une Amérique du milieu des années 2030, une décennie après le « Basculement » : une chute vertigineuse de la fertilité masculine, dont les causes sont mal connues (même si certains savants pointent le doigt en direction de la pollution industrielle), mais qui a entraîné des émeutes, des crises économiques et sociales, et une transformation profonde des mœurs et des mentalités. Les personnes âgées pèsent de tout leur poids démographique, tandis qu'une population active sur le déclin suffit à peine à satisfaire les besoins matériels. Les enfants deviennent évidemment une denrée rare et font l'objet de toutes les convoitises, ouvrant la voie à toute une série de trafics douteux, voire scandaleux.
     Mais rien de tout cela n'a préparé Shana Walders, jeune conscrite du service national appelée en renfort sur les lieux d'une catastrophe ferroviaire près de Washington, au choc qu'elle reçoit quand elle voit le contenu de la cage retirée d'un laboratoire clandestin juste avant une explosion. Et personne ne semble croire à son témoignage devant un comité officiel, ce qui lui vaudra d'être rayée des rangs de l'armée américaine. Déterminée à sauver sa carrière militaire et à découvrir toute la vérité dans cette affaire, elle remonte la piste jusqu'à Cameron Atuli, danseur dans une troupe de ballet réputée. Malheureusement, celui-ci vient de subir une procédure d'amnésie rétrograde, suite à un événement traumatisant, et ne peut plus se souvenir de sa vie antérieure. Mais il continue d'être hanté par des cauchemars peuplés d'animaux, sans parler de ces cicatrices troublantes aux testicules... C'est finalement un troisième personnage, Nick Clement, médecin conseiller auprès du gouvernement pour les crises sanitaires, qui parviendra à rassembler toutes les pièces du puzzle. Car Clement soupçonne les autorités de couvrir les pires perversions de la science, faute de pouvoir s'attaquer aux racines véritables de la menace qui plane sur l'humanité.
     Nancy Kress nous fournit matière à réflexion sous la forme d'un thriller bien ficelé et plein de suspense, où les changements à venir sont évoqués par des détails subtils ou des glissements sémantiques (fort bien rendus en français par le traducteur). Beaucoup des événements qu'elle décrit s'inscrivent déjà dans notre paysage actuel, notamment la baisse de la fertilité masculine et le vieillissement des populations, du moins en Occident. Mais elle va au-delà de la dénonciation écologique et bien-pensante des méfaits et des dérapages de la technologie sous l'influence de l'appât du gain, en plaidant pour une recherche scientifique menée à bon escient, focalisée sans hypocrisie et faux-fuyants sur les vrais maux de notre monde, et en tenant compte de son impact sur la vie humaine. Un livre salutaire.

Tom CLEGG (lui écrire)
Première parution : 1/12/2001
dans Galaxies 23
Mise en ligne le : 1/9/2003


 

Edition FLAMMARION, Imagine (2002)


     Même si « Imagine » a quelque peu amélioré sa maquette de couverture, l'illustration reste ici toujours et encore un véritable chasse-lecteurs. Il ne faut pas avoir peur pour lire un livre aussi laid. Ceux — espérons-les malgré tout nombreux — qui passeront cette épreuve, s'en verront bien récompensés.

     Pour ce roman, Nancy Kress spécule que la baisse de la fertilité masculine qui s'observe actuellement en Occident va continuer de s'aggraver jusqu'à une stérilité quasi-totale à l'horizon 2035. Parmi les diverses explications avancées — mise en cause des bains chauds et des sous-vêtements trop serrés, réaction psychosomatique de castration induite par l'évolution du rapport sociétal entre les sexes, ou réponse tendant à faire baisser le stress proxémique généré par la surpopulation — , Nancy Kress retient celle de polluants chimiques perturbant le système endocrinien.

     Les gosses sont donc devenus rares et chers au sein d'une population riche ou pauvre mais toujours vieille. De plus, tous sont loin d'être en bon état... Animaux de compagnies et tamagochis ne suffisent plus à palier le déficit affectif mais l'ingénierie biomédicale peut beaucoup pour vous sous réserve que vous — et votre compte en banque — puissiez beaucoup pour elle.

     Mais l'Amérique est toujours aussi confite en morale qu'aujourd'hui. Les politiciens dont la façade éthique se doit d'avoir la pureté du diamant ont interdit la génétique humaine en fonction d'une opinion publique qu'ils ont façonnée. Côté cour, dans les hangars, on s'active clandestinement, tandis qu'en haut, on couvre et on renvoie l'ascenseur. Quelle importance si ça fait des dégâts chez les gens ordinaires... Ils ne valent quand même pas que l'on remette en cause l'ordre du fric !

     C'est dans ce lourd contexte social que s'entrecroiseront Shana Walders qui voulait s'engager dans l'armée, le docteur Nick Clementi qui siège à une obscure commission du congrès et le danseur homo Cameron Atuli. Walders doit témoigner devant la commission où siège Clementi pour avoir vu des chimpanzés avec le visage d'Atuli. Comme le témoignage est gênant, et le président de la commission trempé jusqu'aux cheveux dans l'affaire, il est décidé de refuser à Walders de s'engager dans l'armée à la fin de son service. On en comprend mal la raison mais ça fait avancer l'intrigue sur les chapeaux de roue. Partie ratonner l'homo avec des copines de régiment, elle reconnaît sur Cameron Atuli le visage des chimpanzés. Elle aura ensuite bien du mal à approcher de ce jeune danseur dont la mémoire a été effacée ainsi que l'horreur qu'il a subie. Clementi, pour faire avancer ses vues, considérant les perturbateurs endocriniens issus de l'industrie chimique comme responsable de la crise démographique, va aider Walders.

     Ce roman n'est pas totalement exempt de petits défauts mais ils contribuent à « booster » l'action et, de ce fait, correspondent à un choix, le bon. Nancy Kress tient la gageure de dépeindre en profondeur un contexte social dans un livre de 260 pages qu'elle mène tambour battant. Les Hommes dénaturés peut sans rougir prendre sa place au côté du Feu sacré de Bruce Sterling dans toute belle bibliothèque de S-F. Chapeau bas.

Jean-Pierre LION
Première parution : 1/1/2002
dans Bifrost 25
Mise en ligne le : 8/9/2003


 

Edition POCKET, Science-Fiction / Fantasy (2007)


     Vers 2030, suite aux méfaits de la pollution, la fertilité a chuté à un point tel que les familles en manque d'enfants adoptent des animaux. C'est dans ce contexte que Shana Walders, jeune appelée qui souhaite faire carrière dans l'armée, aperçoit dans un hangar, en organisant l'évacuation d'une zone dangereuse suite au déraillement d'un train transportant des produits toxiques, des singes dotés d'un visage humain. Son témoignage, loin de lui valoir les honneurs de la presse, ruine ses chances d'entrer dans l'armée, déjà vacillantes à cause de ses insubordinations causées par son caractère de cochon. Vivant cette radiation comme une injustice, Shana mène sa propre enquête, auprès d'un danseur de ballet classique dont les singes génétiquement modifiés sont le portrait craché. Elle trouve une aide précieuse auprès d'un médecin âgé qui n'en a plus pour longtemps à vivre et qui dispose des relations nécessaires pour vérifier l'exactitude de son témoignage.

     On se doute, bien entendu, à quoi serviront des singes à visage humain. Nancy Kress pointe du doigt les aberrations auxquelles la société risque d'aboutir, sous la pression des événements et devant l'absence de morale des entreprises mercantiles. L'auteur préfère que les recherches posant des problèmes éthiques soient autorisées avec un cadre législatif précis garantissant la transparence et empêchant les dérives plutôt qu'interdites, ce qui conduit les entreprises peu scrupuleuses à ouvrir des laboratoires clandestins ou dans des pays peu regardants. Reste que les problèmes écologiques et les dangers des manipulations génétiques sont davantage survolés que traités dans ce roman, l'auteur ayant plutôt mis l'accent sur le côté aventureux de l'histoire.

     Au final, cette enquête policière qui ne manque pas de rebondissements et reste agréable à lire ne dépasse pas le niveau d'un bon Fleuve Noir de l'époque, ce qui est déjà fort honorable. Toutefois, s'agissant de Nancy Kress, on regrettera qu'elle n'ait pas davantage fouillé son sujet.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/11/2007
dans Bifrost 48
Mise en ligne le : 15/12/2008




 

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