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Le Grand vaisseau

Robert REED

Titre original : Marrow, 2000
Cycle : Le Grand vaisseau vol. 1 

Traduction de Michel DEMUTH
Illustration de Stephan MARTINIÈRE

LIVRE DE POCHE (Paris, France), coll. SF (2ème série, 1987-) n° 33337
Dépôt légal : décembre 2014, Achevé d'imprimer : décembre 2014
Roman, 648 pages, catégorie / prix : 8,60 €
ISBN : 978-2-253-19502-3
Format : 11,0 x 18,0 cm
Genre : Science-Fiction



Ressources externes sur cette œuvre : quarante-deux.org

Quatrième de couverture
     Venu du fin fond de l’espace, le Grand Vaisseau est vaste comme Jupiter et semble vieux de plusieurs milliards d’années. Nul sait d’où il vient, ni qui l’a construit. Vide, abandonné, il dérive à proximité de notre galaxie, Les Terriens s’en emparent, s'y installent puis le transforment en paquebot de luxe, qui emporte plus de cent milliards de représentant de toutes les espèces intelligentes de la galaxie pour de longues croisières autour des étoiles. Un jour, on découvre, en son cœur même, une chambre dissimulée contenant une planète au noyau de métal. Une mission d’exploration constituée des meilleurs capitaines est envoyée. Mais un accident survient, et ceux-ci se retrouvent isolés sur cette planète désormais inaccessible. Pendant ce temps, le Grand Vaisseau continue sa course sans eux. Mais quelqu’un, visiblement, sait où il va, et, surtout, d’où il vient...
Critiques des autres éditions ou de la série
Edition BRAGELONNE, Science-fiction (2006)

     Robert Reed est un auteur qui jouit dans nos contrées d'une aura critique fort favorable et d'un capital de sympathie — au moins en ce qui me concerne — qui incite à l'indulgence. La lecture de sa bibliographie donne de lui l'image d'un auteur qui s'est rarement cantonné à un aspect de la science-fiction et a toujours su faire entendre sa petite musique personnelle à la tonalité très humaine. Sur ce point, ce ne sont pas les lecteurs du diptyque Le Voile de l'espace/Béantes portes du ciel (disponible au Livre de Poche) qui me contrediront. Aussi est-on très étonné de le voir propulsé au rang de pilier du Nouveau Space Opera par une quatrième de couverture dithyrambique — sonnant très Nouveau Marketing Offensif, en fait — qui pose ce roman comme la « réponse américaine à Iain M. Banks ou Peter F. Hamilton ». Bon, on sait que Hamilton a précédé Reed dans le catalogue de la collection S-F des éditions Bragelonne et que Banks vient tout juste d'arriver dans les bacs de nos libraires (L'Algébriste, critiqué et plutôt éreinté, d'après VO, dans le Bifrost n°37), mais on reste quand même dubitatif devant un tel assaut. Bref, passons pour nous consacrer à l'objet, à savoir le roman.

     Le Grand vaisseau est un artefact grand comme une géante gazeuse et creusé de milliers de chambres vides. Nul ne sait rien de la civilisation qui l'a bâti, ni des motivations de ses constructeurs. Un beau jour, après avoir traversé les gigantesques espaces intergalactiques, il franchit les limites de la Voie Lactée. Il se trouve aussitôt investi par les Terriens, qui se l'approprient au nez et à la ventouse des multiples extraterrestres qui le convoitent également. Nos zélés et futuristes descendants s'empressent de le transformer en vaisseau de croisière et... roule la planète ! Mais le Grand Vaisseau cache un secret, forcément... et c'est bien là le problème de ce roman.

     En effet, tout au long de Marrow — et hop ! on oublie Le Grand vaisseau au profit du titre VO — on a l'impression que Reed joue une partition à laquelle il n'adhère pas vraiment et nous non plus, par la même occasion. Les quelques rares pistes au potentiel encourageant restent inachevées, voire sont carrément abandonnées en cours de route. La psychologie des personnages, si fine habituellement, est évacuée au profit — et à notre détriment — d'une lutte pour le pouvoir sans vraie surprise. Enfin, le récit lui-même est boiteux, tiraillé qu'il est entre son goût pour l'intime et une intrigue mollassonne, balisée, verrouillée, qui n'offre aucun intérêt, ni aucune émotion d'ailleurs, dans un espace qui ne se prête de toute façon guère à l'intimité.

     Découpé en cinq parties, le roman est un pudding indigeste de situations déjà vues ailleurs en mieux. Résumons. De la page 9 à 59, on assiste à l'entrée en scène du vaisseau au cours de laquelle Reed nous donne un bref aperçu de sa population : quelques extraterrestres caricaturés en goguette, les capitaines humains — stewards et hôtesses serviables — qui les accueillent, et le capitaine en chef, femme à poigne qui dirige cette belle entreprise capitaliste. Quoi d'autre ? Ah oui, Reed introduit aussi les rémoras, cette population mutante d'origine humaine qui vit sur la coque et qui avait déjà fait l'objet d'une nouvelle éponyme parue en 1994 et rééditée à la façon d'un teaser dans la revue catalogue des éditions Bragelonne. De la page 63 à 225, il ne se passe rien ou presque... Un groupe de capitaines mené par les deux principaux protagonistes féminins (Miocène et Washen) explore secrètement une salle mystérieuse au tréfonds du grand vaisseau où se trouve le fameux Marrow et y fait naufrage. Ils espèrent être secourus puis perdent l'espoir. Oubli volontaire, complot, ou autre événement dramatique ? Pas de panique, la réponse est donnée en fin de partie. En attendant, les naufragés doivent reconstruire une société technologique avancée afin de regagner la surface. Ils ont le temps car ils sont immortels... Les millénaires s'écoulent, entrecoupés d'ellipses entre chaque chapitre qui permettent de trouver le temps moins long mais gomment fâcheusement l'aspect humain des relations, la montée de l'opposition entre Miocène et Washen et le processus de recréation d'une civilisation. Les naufragés croissent et se multiplient (ils sont immortels, mais se reproduisent), puis se divisent en deux camps : les Loyalistes et les Indociles (des fanatiques religieux). De la page 229 à 349, on change de point de vue en faisant la connaissance du capitaine déchu Pamir. Bonne surprise, c'est le premier personnage véritablement travaillé et l'intérêt monte en flèche. Pas longtemps puisque la guerre éclate. Les Indociles attaquent conformément au plan. Quel plan ? On voit bien que vous ne suivez plus. Ils s'emparent du pouvoir sur le vaisseau, massacrent la Maîtresse capitaine et son état-major, aussitôt remplacés par Miocène et sa clique indocile mais très disciplinée en fin de compte. De la page 353 à 402, la guerre est totale. C'est le chaos. Les rémoras sabotent le vaisseau, pour la bonne cause, tout le monde manipule tout le monde, les dupes se ramassent à la pelle et finalement la loyauté l'emporte sur la tyrannie. De la page 405 à 413, ah tiens ! C'est l'épilogue. Et la fin est ouverte idéalement pour insérer une suite. Ça tombe bien : Marrow est le premier volet d'un univers à ce jour développé sur deux romans (le titre du second : The Well of Stars) et de nombreuses nouvelles.

     Sans vous faire un dessin : vous devinez que le prochain voyage se fera sans moi.

Laurent LELEU
Première parution : 1/10/2006
dans Bifrost 44
Mise en ligne le : 19/6/2008


Edition BRAGELONNE, Science-fiction (2008)

     Le Grand vaisseau nous entraîne à l'intérieur du Grand Vaisseau, un vaste engin qui dérivait dans l'espace avant d'atteindre la Voie Lactée et d'être colonisé par les Terriens. Ces derniers, représentés par les Capitaines, dirigeant le vaisseau, font maintenant parcourir au Grand Vaisseau le tour de la galaxie. Ce voyage leur permet de rencontrer et de commercer avec nombre d'espèces extraterrestres qui sont accueillies à bord.
     Un jour, les meilleurs Capitaines sont réquisitionnés pour une mission entourée de mystères : explorer Marrow, une planète dissimulée dans une salle secrète au cœur du Grand Vaisseau. Pendant l'exploration, un incident survient et les Capitaines se retrouvent piégés dans l'environnement hostile de la planète. Ils ne s'en sortiront qu'après plusieurs siècles d'effort et obtiendront (ainsi que le lecteur) les réponses aux questions qui entourent leur exil forcé : Quelle est la cause de l'accident à l'origine de leurs malheurs ? Pourquoi personne n'est-il venu à leur secours ? Que cache réellement Marrow, secret que semble connaître certains habitants du Grand Vaisseau ?

     On pourrait définir Le Grand vaisseau comme un « space-planet-opera ». La première partie du roman est un planet-opera : les Capitaines s'échouent sur la planète dissimulée dans le vaisseau, apprennent à y survivre et tentent de rejoindre le vaisseau. La seconde est un space-opera avec interventions répétées de races extraterrestres, engins volants, combats épiques et cetera.
     Robert Reed nous livre un univers intéressant, basé sur une idée originale : un gigantesque vaisseau vide, dérivant dans l'espace, renfermant une planète mystérieuse. Il en donne suffisamment de détails pour qu'il soit attrayant, cohérent et crédible, mais pas trop pour ne pas faire sombrer le lecteur dans l'ennui.
     L'action du roman se déroule sur plusieurs millénaires. Pour ne pas écrire un roman-fleuve, l'auteur pratique énormément l'ellipse — et on l'en remercie. Mais, malgré cet effort, le rythme de l'histoire demeure plutôt lent.
     La crédibilité de l'histoire repose sur la capacité des personnages à régénérer leurs corps grâce à leurs gènes modifiés. Ils sont ainsi quasi-immortels. Sans elle, il aurait fallu que Reed change plusieurs dizaines de fois de personnages au cours de l'histoire et ce roman aurait été une catastrophe. Malheureusement, il en abuse, profite de la possibilité de les ressusciter à partir des restes de leurs corps. Une fois, ça va ; deux fois, bonjour les dégâts ! Après avoir vu revivre plusieurs personnages, on s'attend à ce que tous ceux qui meurent fassent leurs réapparitions quelques pages plus loin. On est vite blasé.
     Ce ne sont que quelques défauts du roman. On citera également la propension des personnages à se manipuler mutuellement. Dans la deuxième partie du livre, les retours en arrière dans le temps, combinés aux ellipses, nous embrouillent.
     On comprendra que Le Grand vaisseau dispose de qualités — une certaine originalité, un univers fascinant, une histoire intéressante — contrebalancées par des défauts mineurs mais qui ne passent pas inaperçus. On regrettera notamment la fin du type « entité endormie qui ne doit pas être réveillée sous peine de menacer l'univers tout entier », banale et décevante.

     Le Grand vaisseau dispose d'une suite : Un puits dans les étoiles (The Well of Stars) mais la lecture du premier opus ne m'a pas convaincu de lire le second. On attendra une édition en poche moins onéreuse pour se replonger — éventuellement — dans l'univers du Grand Vaisseau.

Stéphane GOURJAULT
Première parution : 23/5/2008
nooSFere


Edition BRAGELONNE, Science-fiction (2006)

     Le Grand Vaisseau a été fabriqué par une espèce inconnue à partir d'une planète de la taille de Jupiter, aménageant autour de son noyau des lacs, des montagnes et des mers d'hydrogène comme réservoirs de carburant. Son âge approcherait les cinq milliards d'années mais il a été conçu pour demeurer fonctionnel tout ce temps ; nul ne sait dans quel but. Les humains qui l'ont découvert (et conservé de haute lutte) l'ont aménagé en un gigantesque vaisseau touristique capable d'emporter plus de cent milliards de passagers humains et extraterrestres pour une croisière autour de la Voie Lactée. La Maîtresse Capitaine dirige des dizaines de milliers de capitaines adjoints gérant des salles totalisant la surface d'une planète. Les plus brillants d'entre eux, dont Miocène, l'ambitieuse numéro deux, la zélée Washen ou encore Diu, le seul passager à avoir réussi à devenir capitaine, ont été secrètement convoqués suite à la découverte, au sein du noyau, d'une chambre cachée contenant une planète de métal de la taille de Mars, protégée par des champs d'arcs-boutants. Mais l'exploration de ce monde baptisé Marrow, la moelle, débute mal lorsque le pont destiné à poser le pied sur cette planète se rompt. Dans cette post-humanité immortelle, assistée par des I.A. omniscientes, le temps ne signifie rien. Mais l'absence de secours oblige le petit groupe à organiser sa survie sur un monde hostile secoué par d'imprévisibles éruptions et de mortelles coulées de fer en fusion ne laissant aucun vestige permettant au corps de se reconstituer. Des millénaires plus tard, le groupe et ses descendants est devenu un peuple qui se scinde en deux clans : les Loyalistes reproduisant la civilisation et les Indociles ayant développé une religion qui fait d'eux les Constructeurs ressuscités. L'étonnante humanité que Robert Reed présente dans cet ambitieux space opera, avec les Rémoras vivant exclusivement à la surface du vaisseau, les miraculeux procédés de résurrection, les reconfigurations du corps, les liens nexus implantés dans l'esprit des capitaines, donne le vertige. L'échelle de temps, sur laquelle se déroule le récit, est elle aussi démesurée et on s'étonne même de constater que la nature humaine n'a pas à son tour évolué et se cantonne toujours dans ses mesquines colères et ambitions. Elle évite en tout cas de désorienter davantage le lecteur tout en fournissant son lot d'intrigues et de personnages remarquables. La réponse quant à la nature de ce vaisseau, ne dépare en rien cet étourdissant roman. Robert Reed, qui a déjà livré des space operas d'envergure, est cette fois allé très loin.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/6/2006
dans Galaxies 40
Mise en ligne le : 13/2/2009

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