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BIOS

Robert Charles WILSON

Titre original : BIOS, 1999

Traduction de Gilles GOULLET
Illustration de Cindy CANÉVET

ActuSF (Chambéry, France), coll. Perles d'Épice
Dépôt légal : mai 2019, Achevé d'imprimer : avril 2019
312 pages, catégorie / prix : 18,90 €
ISBN : 978-2-36629-995-3
Format : 14,0 x 20,0 cm  
Genre : Science-Fiction

Traduction revue.



    Quatrième de couverture    

La lointaine Isis est un monde luxuriant, à l'écosystème complexe. Un monde classé zone de biomenace de niveau 4. La moindre molécule de son biotope suffit à tuer un être humain au terme d'une horrible agonie.
Et pourtant, Isis constitue la découverte la plus prometteuse de ce XXIIe siècle : berceau d'une vie fondamentalement différente, elle pourrait en miroir éclairer notre propre nature.
Zoé Fisher a été conçue pour explorer Isis. Son organisme a été génétiquement optimisé pour s'adapter à l'environnement inhospitalier de cette planète ; sa personnalité patiemment construite autour de cette seule mission.
Quels dangers imprévus Zoé devra-t-elle affronter sur ces terres grandioses et meurtrières ? Lui faudra-t-il sacrifier son humanité, voire son existence même, pour en découvrir tous les secrets ?

Avec BIOS, digne descendant du Solaris de Stanislas Lem, l’auteur de la trilogie SPIN nous invite à l'exploration vertigineuse d'un morceau d’infini.

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition GALLIMARD, Folio SF (2002)


     « Il suffit que la jungle envahisse le jardin pour que la raison soit réduite à néant. » (p.246)

     Perdue aux confins de l'espace connu, Isis est une planète hostile et épouvantablement dangereuse  : son atmosphère contient des quantités de micro-organismes, tous mortels pour l'homme, car responsables de fièvres hémorragiques foudroyantes. Contre eux, même les bioarmures ne fournissent aux explorateurs qu'une protection de courte durée.
     L'étude de cette biosphère radicalement différente – toute une pharmacopée en perspective – , est cependant un enjeu trop important pour qu'on ne prenne pas quelques risques. Mais plus les hommes tentent de pénétrer Isis, plus l'écosystème d'Isis évolue et devient agressif, jusqu'à s'infiltrer à travers les joints les plus étanches. La mission tourne au cauchemar.
     Le dernier espoir réside en Zoé Fisher, une jeune femme génétiquement modifiée, à l'humeur régulée, et dotée de défenses immunitaires « surhumaines ». Pourra-t-elle comprendre la planète et communiquer avec les bipèdes qui semblent former son espèce la plus évoluée ?

     Petit événement, Bios est le premier inédit de la collection Folio SF. Reste à savoir s'il s'agit pour Gallimard de renouer avec l'ambition éditoriale des premiers Présence du futur, ou bien si ce roman a seulement été jugé trop peu porteur pour paraître d'abord en grand format.

     Le point de départ est intéressant, mais Wilson semble hésiter entre hard science et thriller, sans vraiment parvenir à se décider. Malgré le titre et le thème, les considérations scientifiques sont en effet bien minces et la biologie propre à Isis à peine survolée. Nous apprenons qu'elle est basée sur l'ADN et qu'elle a suivi une évolution différente, mais nous n'en saurons guère plus en dehors de la grande révélation finale qui change les perspectives.
     Côté thriller, Wilson joue le huis clos en enfermant ses personnages dans des stations en huis clos où ils sont assiégés par cette menace invisible, et le climat psychologique tourne à la paranoïa lorsque les autres sont suspects d'être contaminés. Le récit est cependant trop mou pour être efficace, d'autant plus qu'il est entrecoupé de nombreuses digressions.
     Car curieusement, Wilson semble s'intéresser davantage à ce qui se passe très loin de là, sur la Terre, où des sociétés mondialistes comme « Trusts et Travaux » ou « Mécanismes et Personnels » remplacent les gouvernements et sont dirigées par les Familles toutes puissantes qui rivalisent d'ingéniosité pour assurer leur hégémonie. Ce contexte n'est pas inintéressant, mais vu d'Isis, il apparaît assez superflu. De même, l'itinéraire assez improbable de Zoé – notamment son passage par une ferme-orphelinat iranienne – , ajoute un surcroît d'éléments qui nuisent au rythme du récit plus qu'ils ne l'enrichissent.

     Comme le suggère la quatrième de couverture, la conclusion fait bien sûr penser à Solaris,. Elle ne surprend donc pas vraiment, mais elle demeure suffisamment ingénieuse pour nous faire regretter que l'auteur se soit jusque-là égaré dans un récit assez décousu et répandu en scènes d'action un peu vaines. Une narration recentrée sur le sujet principal et un propos scientifique un peu plus approfondi auraient sans doute rendu Bios tout à fait attractif. Au lieu de cela, nous héritons d'un roman d'aventures assez conventionnel, lisible bien sûr, mais dont les nombreuses bonnes idées sont assez mal exploitées.

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 1/2/2002
nooSFere


 

Edition GALLIMARD, Folio SF (2002)


     Après, entre autres, Darwinia et Mysterium, BIOS est le sixième roman de Robert Charles Wilson traduit en français. Malgré des thèmes classiques, tels que l'isolement d'un équipage dans une station spatiale, la colonisation d'une planète hostile ou la cohabitation de plusieurs espèces régies par un système de castes, BIOS est un roman qui détonne, et qui tient son originalité de son personnage principal.
     Zoé est une personne spécialement conçue pour l'exploration de la planète Isis, dont l'écosystème complexe, s'il s'avère intéressant à étudier, n'en est pas moins extrêmement dangereux. Outre les protections et les décontaminations nécessaires à chaque incursion à la surface, le système immunitaire renforcé et adapté de Zoé fait d'elle un outil parfait. En plus de ces modifications physiques, Zoé possède un implant qui règle toutes ses humeurs et émotions, en contrôlant le débit de ses hormones. Mais, à son insu, un médecin a ôté ce régulateur. Zoé se trouve donc confrontée à une succession de sentiments qu'elle parvient difficilement à gérer et qui font obstacle à sa mission. C'est là que réside l'un des aspects les plus réussis de ce livre, puisque la structure même du roman suit l'évolution du personnage. Ce changement interne est minutieusement décortiqué, ce qui donne à BIOS une forte charge émotionnelle. Il s'y infiltre aussi une certaine vision de la vie, en tant que phénomène biologique, qui explique que le roman met constamment en balance l'existence d'un seul individu face à l'infiniment grand. Cela fait de BIOS un roman à la fois intimiste et cosmique, qui décrit une histoire personnelle et un univers foisonnant. Bien écrit et original dans son classicisme, BIOS est un roman prenant qui mérite d'être lu.

Marie-Laure VAUGE
Première parution : 1/3/2002
dans Galaxies 24
Mise en ligne le : 11/9/2003


 

Edition GALLIMARD, Folio SF (2002)


     Voici un roman concis, compact et coupant, une œuvre étrangement courte en ces temps de gros pavés bien trapus, mais qui laisse dans la mémoire une trace bien plus importante que sa longueur le laisse supposer.

     Il est vrai que l'auteur, Robert Charles Wilson, n'est pas de ceux qui font ce à quoi on s'attend.
     Darwinia, que l'on a pu lire dans la collection « Lunes d'encre » il y a un an, commençait comme un roman d'exploration. Il aurait pu n'être que cela, avec toute la panoplie désormais trop connue des longues expéditions en terre étrangère et des descriptions de paysages exotiques... Passionnant quand on a douze ans, barbant quand on a lu ses classiques, du Monde Vert à L'Anneau-monde, en passant par Rama et autres lieux plus ou moins exotiques...
     Robert Charles Wilson avait choisi d'éviter cela et de construire son roman sur une série de ruptures, ce qui n'est pas du goût de tous les lecteurs.
     Ceux-ci auraient cependant tort de se priver des plaisirs qu'offre cet auteur qui manie aussi bien l'émotion forte que la science dure, et dont le goût du détail et la finesse d'écriture ne sont pas donnés à tous.

     Si Bios laisse comme une goût d'amertume dans la bouche, c'est que nulle part on n'y cède à un quelconque romantisme, que ce soit celui du Futur, de la Science ou de l'Espace.
     L'action se déroule au XXIIe siècle. Après une période de troubles et d'instabilité, la Terre a retrouvé calme et prospérité sous la férule des Familles et des Trusts des Travaux. Un système dominé par une élite bureaucratique tatillonne et une hiérarchie sociale pesante et rigide.
     Dans ce contexte, le voyage spatial existe, mais il coûte extrêmement cher et n'est pas vu d'un œil favorable par toutes les factions politiques qui se combattent au sein des Trusts.
     Le XXIIe siècle de Robert Charles Wilson n'est pas une utopie et les personnages de Bios, autrement dit, le personnel de la station orbitale Isis, ne sont pas des héros.
     En effet, de nos jours, l'explorateur spatial est souvent présenté soit comme un héritier sophistiqué des pionniers de l'ouest Américain — à la Kim Stanley Robinson dans sa trilogie martienne — soit comme un descendant des aventuriers de la littérature populaire — comme le mercenaire de Chasm City d'Alastair Reynolds. Les personnages de Bios ne sont ni l'un ni l'autre : leur identité dépend entièrement de leur origine socio-économique et géographique, leur liberté de mouvement est toujours limitée, soit par leur conditionnement, soit par le contexte.
     La protagoniste principale, Zoé Fisher, a été clonée et génétiquement modifiée pour survivre à la surface de la planète Isis, environnement dont les formes de vies sont si peu compatibles avec celles de la Terre que personne ne peut s'y promener à l'air libre. Même les scaphandres les plus sophistiqués, même les mesures de protections les plus extrêmes échouent à protéger les colons de micro-organismes d'une agressivité inconnue sur Terre. Le directeur de la station, Kenyon Degrandpré, est un haut fonctionnaire entièrement soumis aux Familles : volontairement castré en gage de loyauté et uniquement préoccupé par sa carrière. Les scientifiques qui travaillent à bord de la station orbitale et dans celles qui se trouvent sur la planète sont différents car ils viennent soit de Mars, soit des lointaines colonies Kuiper, indépendantes des Trusts et de leur système social rigide. Mais pour eux, la vie sur Isis se réduit à la vie à l'intérieur de stations que les micro-organismes locaux semblent avoir décidé de détruire.
     Quant à Zoé Fisher, elle a été créée pour explorer Isis et son merveilleux — et mortel — biotope. Mais elle va surtout se révéler à elle-même : une jeune fille dont le thymostat, un régulateur sensé lui épargner les troubles d'une psyché soumises à des hormones non régulées, a été saboté. La liberté qu'elle trouve est bien réelle — mais elle est le fruit d'une intervention extérieure. Zoé, qu'elle soit un clone fabriqué par Devices and Personnels ou une jeune femme qui se découvre une nouvelle personnalité, de nouvelles émotions — dont l'amour — n'est pas plus libre, pas plus maître de son destin qu'aucun des autres personnages du livre, qu'ils soient prisonniers du système social terrien, des Trusts, ou tués par la planète qu'ils tentent d'explorer.

     Tout cela peut paraître peu engageant, et le serait effectivement si l'auteur n'avait l'immense talent de faire vivre une civilisation à la fois crédible et réaliste — le futur des Familles sonne juste, il pourrait bien être un de ceux qui nous pendent au nez — et des personnages vivants. L'exploration d'Isis et le mystère que cache l'agressivité de la planète à l'égard de l'humanité sont passionnants. Une vieille et excellente idée de S-F est ici revisitée avec maestria. Mais il est évident que pour l'auteur, du moins dans ce livre, le futur de l'intelligence ne réside pas dans les individus — ce qui, pour une conscience occidentale du XXIe siècle, n'est jamais agréable à considérer.
     Reste qu'avec Bios, la collection « Folio SF » nous livre son premier inédit dans le domaine de la fiction. Et pour une première, voici un bien joli morceau de lecture.

Sylvie DENIS
Première parution : 1/4/2002
dans Bifrost 26
Mise en ligne le : 11/11/2003




 
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