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Bastard Battle

Céline MINARD



Illustration de Thierry DUBREIL

TRISTRAM (Auch, France), coll. Souple n° 8
Dépôt légal : janvier 2013, Achevé d'imprimer : décembre 2012
Roman, 128 pages, catégorie / prix : 6,95 €
ISBN : 978-2-36719-007-5
Format : 12,5 x 19,0 cm  
Genre : Imaginaire



    Quatrième de couverture    
En 1437, à la fin de la guerre de Cent Ans, les pillards du bastard de Bourbon prennent d'assaut la ville de Chaumont. Mais un adversaire, surgi de nulle part et aux techniques de combat inconnues, leur tient tête - qui s'avère être une femme... originaire d'Asie.
Témoin des événements, Denysot-le-clerc raconte comment cette combattante et six autres soldats de fortune libéreront bientôt la ville. Et comment ces "sept samouraïs" -en prévision des représailles du bastard - vont enseigner aux habitants le maniement du sabre, l'art du kung-fu, celui de la savate, au milieu de ripailles incessantes.
Pourtant, tout au long de cette spectaculaire Bastard Battle, c'est dans l'écriture de Céline Minard elle-même qu'ont lieu les plus extraordinaires collisions et anachronismes. Le récit d'action y est revisité par la langue de François Villon et de Rabelais, le vieux français dynamité par l'énergie des mangas.
 
"Céline Minard ne se contente pas de raconter une page moyenâgeuse, inspirée d'événements historiques réels. Elle ose tout, dans un texte exultant. Bastard Battle absorbe toutes les énergies de la geste de chevalerie et du film de sabre, dans un bréviaire contemporain qui fait la nique aux siècles."
Frédérique Roussel - Libération
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition Léo SCHEER, Laureli (2008)


     « Le dix décembre mil quatre cents trente sept, les paysans entendirent un galop sourd monter dans les plaines et traverser les blés depuis Riaucourt à Treix, prendre environ tout autour comme troupeau, et plus lourd que bœufs, plus rapide que nuée, plus sombre, soulevant peu, marquant fort, un grondement de mâtin affamé, puis martelé, un roulement éclatant, un orage sous couvée, sec, craquant, gonflé, résonnant, sur le donjon et par tous côtés, ce jour ils l'entendirent, et ce jour ils crurent au démon. » (page 9)

     Avant toute autre considération, il est clair qu'il faut aimer ce genre de prose pour se lancer dans la courte mais intense lecture de Bastard Battle, quatrième roman de Céline Minard (après R., La Manadologie et Le Dernier Monde, critiqué dans Bifrost46, razzié dans le n°49). Roman de « wu shu et d'épée », Bastard Battle vaut avant tout pour son travail sur la langue (mélange de vieux français, de français plus proche de nous, appartenant à des époques différentes, et même d'anglais !). Un gros travail sur la langue, donc, qui rappelle celui de Pierre Pelot dans C'est ainsi que les hommes vivent (critiqué dans Bifrost33) et celui de Bernard du Boucheron avec Court serpent (disponible en Folio, hautement recommandable). Mais là où Pelot et du Boucheron jouent la carte du réalisme via l'illusion d'une langue « recréée », adaptée aux lecteurs du XXIe siècle, Minard dynamite son propre travail de recherches, s'intéresse avant tout à la collision de deux mondes éloignés : d'un côté la Haute-Marne, brutale, de l'an mil quatre cents trente sept ; de l'autre, une figure mythique du cinéma de Hong Kong, l'hirondelle d'or (ou une de ses nombreuses imitatrices, comme Yu Jiao Long dans Tigre et dragon), ici appelée Vipère-d'une-toise. La collision ne suffisant pas, Minard va plus loin, parlant, par exemple page 38, de « tragédie jeskspirienne », alors que Shakespeare est (dans notre monde) né vers 1564.

     En fin de conte, Bastard Battle c'est la bataille de Chaumont mise en scène par Tsui Hark, après ingestion de champignons magiques. L'éditeur parle de « fantaisie anachronique », d'hommage au films de sabre et à François Villon. Bien vu, pour une fois on n'est nullement trompé sur la marchandise.

     Avec ses flots de sang giclé, de merde et de vomissures, ses pillages, ses tortures, ses mutilations et ses viols (« en cul, en con et aultre »), Bastard Battle relève d'une forme extrême de création, un brin excessive ?, qui nous ramène, on l'a dit, au Pierre Pelot de C'est ainsi que les hommes vivent, ou, sur grand écran, à La Chair et le sang de Paul Verhoeven. Une fois n'est pas coutume, ici on loue la beauté de l'ordure et le charme de la charogne, chers à Baudelaire. Et à Villon. Les excès en tout genre sont matière à poésie.

     Evidemment, pour se lancer dans une telle aventure, il faut aimer les livres qui ne ressemblent à aucun autre, les phrases concassées qui vous frappent comme avalanche, les images qui meurtrissent, la beauté qui surgit, parfois au moment le plus inattendu, comme des rais de lumière empalant une forêt trop sombre. Sans oublier l'humour, car Bastard Battle est parfois si hilarant qu'on se croirait projeté dans le Sacré Graal ! des Monty Python (le tournoi de chevaliers, pages 52 à 61, est tout simplement inoubliable).

     Quelque part entre C'est Ainsi que les hommes vivent et Seven Swords (l'improbable hommage de Tsui Hark aux Sept samourais), Bastard Battle nous parle de la culture d'aujourd'hui, où tout peut être mixé, mélangé, où plus que jamais les règles ont été abolies — bijoux gothiques dans Gangs of New-York, tatouages tribaux et armes S-F dans Seven Swords. De Battle Royale à Bastard Battle, il n'y a qu'un pas vers un passé qui ne fut jamais, un gouffre que Céline Minard franchit sabre au clair.

     Au final, un régal... et une surprise, car chez Bifrost ce n'est pas de Céline Minard que l'on attendait l'un des textes les plus forts de l'année qui s'achève. Cette jeune femme n'a probablement pas fini de nous surprendre.

Thomas DAY
Première parution : 1/10/2008
dans Bifrost 52
Mise en ligne le : 23/9/2010




 
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