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Féerie

Paul J. McAULEY

Titre original : Fairyland, 1995

Traduction de Valérie GUILBAUD

J'AI LU (Paris, France), coll. Millénaires n° (6006)
Dépôt légal : décembre 1998
476 pages
ISBN : 2-277-26006-1   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Alex Sharkey est pirateur de gènes. Lorsqu'il rencontre Milena, à Londres, en ce début de troisième millénaire, elle n'a que douze ans mais est douée d'une intelligence prodigieuse. Elle a une idée fixe : libérer les poupées, petites créatures androïdes créées pour amuser les riches. Son objectif ? Leur donner une âme et les transformer en fées... Avec l'aide d'Alex, elle y parvient et... disparaît aussitôt.
     Hantée par cette fillette hors du commun, Alex la cherche pendant des années dans toute l'Europe — un continent à la dérive, sclérosé, divisé entre riches et pauvres, où une armada de fées fait désormais la loi. Alex est convaincu qu'elles sont dirigées par Milena. Mais dans quel but ?
     Cybernétique, manipulations génétiques, drogues psychotropes, sexe et violence, magie... A la fois roman de science-fiction, thriller et conte de fées, Féérie pose une question brûlante d'actualité : qu'arrive-t-il lorsque l'homme joue les apprentis sorciers et accélère l'évolution de la nature ? La réponse est terrifiante.

     Né en 1955 dans le Gloucestershire, diplômé en biologie, docteur en botanique, Paul J. McAuley se consacre d'abord à la recherche, à Oxford puis à Los Angeles. En 1988, il publie son premier roman, Quatre cent milliards d'étoiles, qui obtient le prix Philip K. Dick. Il se consacre désormais entièrement à l'écriture et est l'un des plus brillants représentants de la nouvelle science-fiction britannique. Féerie a été récompensé par le Arthur C. Clarke Award en 1995.

    Prix obtenus    
Arthur C. Clarke, [sans catégorie], 1996
John W. Campbell, Jr. Memorial, [sans catégorie], 1997

    Cité dans les listes thématiques des oeuvres suivantes :     
 
    Critiques    
     Tout commence comme dans un livre de Philip K. Dick : univers urbain délabré, altérations de la perception de la réalité (pardivers moyens : drogues, virus psychoactifs, nanotechnologie des fembots, puces de contrôle de personnalité...), altérations des sentiments (bombes amourigènes, drogue transmise par le baiser...)... Les poupées peuvent même être considérées comme des prototypes de réplicants, mais facilement identifiables grâce aux manipulations qu'elles ont subies (absence de sexe, peau bleue...).
     Le ton se démarque cependant rapidement des univers Dickien. Si les poupées évoluent, ce n'est pas vers des « simulacres humains », mais vers des créatures fantastiques... L'originalité principale du roman vient du fait que cette hypertechnologie permet de rendre « réel » (ou « virtuel » mais en tout cas « existant ») un univers de fantasy, un monde peuplé de créatures étranges : fées, lougiciels, roi à cornes, trolls, homme-torche... On y traverse le Royaume magique, on y rencontre la Croisade des enfants... jusqu'à une cybermorphose, qui évoque cette fois davantage Greg Egan et les univers cyberpunks.
     Ceci ne donne qu'un échantillon de la richesse thématique de ce livre spectaculaire et palpitant, dont on sort en se disant que toutes les craintes à l'approche du 3ème millénaire sont justifiées... Car rien de ce qui est décrit ne parait réellement hors de portée dans un délai de quelques dizaines d'années.
     Les personnages sont fascinants, d'autant plus qu'ils demeurent mystérieux. Une sorte de partie de cache-cache s'engage entre Milena et Alex, mais le anti-héros Alex est toujours en retard, n'atteignant son but qu'à contretemps, et ne comprenant souvent qu'une partie de la vérité. De multiples personnages secondaires significatifs, embarqués dans cette aventure par idéalisme, par intérêt ou contre leur gré, ajoutent à l'intérêt en participant à cette curieuse guerre...
     Au total, une oeuvre magistrale, absolument passionnante et fascinante, justement récompensée par le prix Arthur C. Clarke en 1995.

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 15/12/1998 nooSFere


     Londres, début du XXIe siècle. Alex Sharkey, généticien pirate et créateur de virus psychotropiques, est engagé par la pègre pour altérer le génome des Poupées. Ces créatures, obtenues grâce à des manipulations génétiques sur des singes, sont stériles et sa mission est de les rendre fertiles. Il fait la connaissance de Milena, une petite fille de génie — elle aussi fruit de manipulations génétiques — qui projette de transformer les Poupées en Fées, les dotant de la conscience mais aussi de la capacité de générer leurs propres nanomachines. Douze ans plus tard, les Fées ont établi leur domaine dans les ruines du Royaume magique de France et Milena est devenue leur reine. Pour la retrouver, Alex — qui vit désormais à Paris — contacte Morag Gray, une infirmière qui assiste les SDF hantant les abords du parc d'attractions. Celui-ci tombe et les Fées sont obligées de se disperser. Plus tard, en Albanie, se développe une Croisade des enfants dont le but est d'atteindre la Féerie, décrite par Milena comme un nouveau stade de l'évolution...
     Avec ce roman (très différent des Conjurés de Florence comme de Quatre Cents Milliards d'étoiles par le style comme par le sujet), Paul J. McAuley opère un transfert de l'esthétique cyberpunk en substituant à l'informatique la bio-ingénierie et les manipulations génétiques, brossant le tableau d'un proche futur dont les lecteurs de Galaxies ont eu un aperçu grâce à Chimères, paru dans notre n°4. Comme McAuley est biologiste de formation, on ne s'étonnera pas que ses spéculations parfois ahurissantes soient néanmoins solidement étayées, ce qui renforce la crédibilité de son livre. Mais ce n'est pas là le seul intérêt de Féerie : McAuley y décrit à merveille un XXIe siècle hélas trop probable, où pollution et surpopulation exercent sans contrainte leurs ravages, où le déséquilibre pays riches/pays pauvres atteint son point de rupture et où diverses mafias exercent un rôle prépondérant dans l'économie. Mais ce qui fait un des principaux centres d'intérêt de ce livre, c'est qu'il s'agit d'un roman européen, peut-être un des premiers romans de SF à s'interroger sur ce qui pourrait être une identité nationale de l'Europe. Quant au style, il est tout bonnement éblouissant, une fusion entre le polar noir (la narration au présent n'est pas gratuite) et le merveilleux tout aussi noir, et le récit regorge de trouvailles poétiques, comiques ou ironiques — particulièrement savoureux à cet égard, le sort du Royaume magique de France, que McAuley s'abstient de désigner nommément — par crainte des avocats de l'oncle Picsou ? — , tête de pont de l'invasion virtuelle dans notre Vieux Continent.


Jean-Daniel BRÈQUE
Première parution : 1/12/1998 dans Galaxies 11
Mise en ligne le : 1/2/2001


     Tout commence comme un film à la Quentin Tarentino : Alex Sharkey, personnage sans charisme ni courage, se retrouve prisonnier d'affaires trop dangereuses pour lui. Bien entendu, son goût de l'argent l'a amené à franchir les frontières de l'honnêteté, et le voici confronté à une pègre bien plus violente et bien moins morale que lui, et à des policiers qui le manipulent sans vergogne. Nous sommes dans la deuxième décennie du 21ème siècle, les sans-logis s'entassent de façon organisée dans le métro londonien, et la société n'en finit pas de se déliter. Les Poupées sont des êtres vivants cultivés, aux corps humains à la peau bleue, mais avec la docilité et le statut social d'animaux. Elles servent à d'écoeurants combats de gladiateurs. Un milieu excuse bien des infractions à loi ; il est pourtant difficile de pardonner à Alex, qui n'a jamais su se créer un espace personnel de moralité, des valeurs ou des amis à défendre au risque de sa propre vie, comme le fait Leroy, sympathique patron de clandé.
     Physiquement et moralement, Alex est le prototype du bidouilleur informatique asocial : obèse, enfermé chez lui à conserver un gigantesque stock de sa boisson sucrée préférée, il ne se gêne pas pour lâcher sur le monde ses créations biologiques. Drogues, virus, et piratages informatiques se sont fondus en un continuum par la grâce de la nanotechnologie. Alex doit sa notoriété à la création d'un virus ciblé sur certains neurones, qui reproduit les effets d'une drogue. Plus ou moins volontairement, il devient complice d'un projet visant à rendre leur libre-arbitre aux poupées, donnant ainsi naissance à une nouvelle espèce, celle des fées. Et au passage, il va tomber sous la fascination de Milena, fillette surdouée et pas totalement humaine, future Reine de ce Royaume qu'elle veut engendrer.
     Une douzaine d'années plus tard, Alex, qui a échappé à ses mauvaises relations d'affaires, recherche toujours Milena à travers l'Europe. Sa quête le mènera aux lisières du Royaume Magique (Eurodisney en ruines, devenu un nid de vraies fées !), puis en pleine guerre civile albanaise, aux lisières de laquelle les différentes factions de la Féerie (et un prophète du Web) règlent leurs comptes obscurs.
     Le roman s'articule donc en trois parties, Londres/Paris/Albanie, chacune introduisant de nouveaux protagonistes. Je n'ai guère prisé la conclusion du livre, boursouflée par une abondance de complots entrecroisés que j'ai eu du mal à suivre. J'aurais apprécié plus de développements scientifiques spéculatifs de McAuley, qui en est capable... même si ses explications elliptiques font de Greg Egan un modèle d'intelligibilité. Le fil conducteur de l'intrigue a du mal à émerger — elle est mue par Milena, et Sharkey, même pas haïssable, constitue un guide peu clairvoyant et passablement répugnant. Les seconds rôles à ses côtés restent beaucoup plus marquants. Féerie présente une galerie de figures pathétiques (Armand, le soldat psychotique), grotesques (Katrina, lutteuse infatigable, qui jure comme un charretier ; Todd, le journaliste-vedette aussi creux intellectuellement qu'affectivement), émouvants (Morag, infirmière de l'humanitaire dans les camps de réfugiés de la banlieue parisienne), ou haïssables (Doggy Dog, l'apprenti-truand). Nettement plus mémorables que l'univers à la Bruce Sterling (et ses successeurs) où se déroulent leurs aventures.



Pascal J. THOMAS (lui écrire)
Première parution : 1/2/1999 dans Bifrost 12
Mise en ligne le : 10/2/2001


 

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