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Miasmes de mort

Richard MATHESON

Textes réunis par Alain DORÉMIEUX



Illustration de Wojtek SIUDMAK

POCKET (Paris, France), coll. Science-Fiction / Fantasy n° 5309
Dépôt légal : novembre 1988
320 pages, catégorie / prix : 5
ISBN : 2-266-02293-8   
Genre : Fantastique



    Quatrième de couverture    
     Un hôpital. Dans le couloir, le père fait les cent pas, fiévreux, hagard. Il fait chaud et tout est silencieux. Le père arpente le couloir inlassablement, les poings serrés. Une porte s'ouvre. Un médecin apparaît, détache son masque et regarde l'homme.
     « Votre femme se porte bien », dit-il.
     Le père agrippe le praticien par le bras.
     « Et l'enfant ?
     – L'enfant est mort.
     – Dieu soit loué, dit le père. Il est mort de désespoir. Enfin. Et l'invasion de la Terre a échoué. »
     Maintenant le médecin le considère d'un oeil professionnel, mais le père n'en a cure. Un doute le ronge. Et si quelque part, en Afrique ou en Asie...

     Richard Matheson, né en 1926, est de ceux qui, dans les années cinquante, ont porté à son apogée l'art de la nouvelle brève. Chez lui la S.F., le fantastique, l'insolite se rejoignent : il crée un climat d'angoisse extrême rompu par un « choc », une chute excessivement brève. Stephen King, qui applique ces principes au roman, l'a reconnu comme son maître en écriture.

    Sommaire    
1 - L'Habit fait l'homme (Clothes Make the Man), pages 9 à 16, trad. Denise HERSANT
2 - Derrière l'écran (Through Channels), pages 17 à 25, trad. Alain DORÉMIEUX
3 - La Maison du crime (Slaughter House), pages 27 à 75, trad. Michel DEUTSCH
4 - La Maison enragée (Mad House), pages 77 à 123, trad. Alain DORÉMIEUX
5 - Frère de la machine (Brother to the Machine), pages 125 à 133, trad. Bruno MARTIN
6 - Appel longue distance (Sorry, Right Number), pages 135 à 153, trad. Bruno MARTIN
7 - Intrusion (Mother by Protest / Trespass), pages 155 à 207, trad. Michel DEUTSCH
8 - Une armée de conspirateurs (Legion of Plotters), pages 209 à 223, trad. Alain DORÉMIEUX
9 - Les Enfants de Noah (The children of Noah), pages 225 à 249, trad. Bruno MARTIN
10 - Cauchemar à six mille mètres (Nightmare at 20,000 Feet), pages 251 à 276, trad. Bruno MARTIN
11 - Sans paroles (Mute), pages 277 à 317, trad. Bruno MARTIN

    Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo, ....)    
La Quatrième Dimension ( Saison 5 - Episode 19 : Appel nocturne ) , 1964, Jacques Tourneur (d'après le texte : Appel longue distance), (Episode Série TV)
La Quatrième Dimension ( Saison 5 - Episode 03 : Cauchemar à 20.000 pieds ) , 1963, Richard Donner (d'après le texte : Cauchemar à six mille mètres), (Episode Série TV)
La Quatrième Dimension ( Saison 4 - Episode 05 : Mute ) , 1963, Stuart Rosenberg (d'après le texte : Sans paroles), (Episode Série TV)
La Quatrième dimension ( segment : Cauchemar à six mille mètres ) , 1981, George Miller (d'après le texte : Cauchemar à six mille mètres), (Segment film à sketches)
 
    Critiques    
     Les nouvelles de ce recueil sont réunies et commentées par Alain Dorémieux. Il est paru pour la première fois en 1978 aux Editions Casterman et présentent des textes que Matheson a publié entre 1951 et 1962.
     L'atmosphère de Matheson ne se cantonne pas à la seule Science-Fiction mais puise aussi sa force et son inspiration dans l'horreur et l'insolite. Son Fantastique semble se caractériser par la maladie mentale. Les situations dérapent plus par les infirmités psychiques dont sont atteints les personnages que par le fait d'une puissance surnaturelle due aux objets ou aux esprits des morts. Bien sûr, il y a des exceptions (La maison du crime et Appel longue distance) pour prouver au lecteur qu'il ne peut tirer aucune règle rigide sur l'imaginaire d'un écrivain. La maison enragée, Une armée de conspirateurs et Cauchemar à six mille mètres illustrent l'aspect névrotique de la terreur Mathésonnienne. C'est le personnage qui en se déréglant pervertit son univers et la vision qu'il en a. Autour de lui, on ne comprend pas ce qui se passe tandis qu'il plonge irrémédiablement dans la folie ou dans la mort.
     L'art de Matheson et son style se caractérisent par une économie de moyens et par une sécheresse de ton. Pas de mélodrame chez lui mais des faits crus, écrits au scalpel, décrits avec la froideur du chirurgien qui explique pourquoi le cas étudié est incurable. Ainsi, ses nouvelles sont comme des coups de poings, sans moment pour se ressaisir, sans répit ni espoir.
     Ses textes de pure Science-Fiction sont d'une facture plus classique. Frère de la machine, Intrusion et Sans paroles proposent des idées que d'autres ont exploitées avant ou après lui. L'androïde qui connaît une défaillance et se prend pour un homme, l'invasion extraterrestre par utérus interposé et la communication par l'esprit qui rend caduc l'usage de la parole. Mais même dans le classicisme, Matheson glisse son grain de sel, une ambiance ou une chute particulières.
     Les enfants de Noah relève, lui, du thriller fantastique. Quant à L'habit fait l'homme et Derrière l'écran, ce sont deux textes gags, inclassables et inénarrables. Il faut les lire et apprécier en silence leur originalité, le premier pour son contenu farfelu, le second pour sa construction.
     Ce recueil est excellent et fait passer un bon moment. Dorémieux nous confronte aux multiples facettes du talent de Matheson dont la moins lumineuse n'est pas sa façon de suggérer l'angoisse sans recourir à des effets spectaculaires et grossiers.

Éric SANVOISIN
Première parution : 1/3/1989 dans Fiction 406
Mise en ligne le : 13/3/2003

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition CASTERMAN, Autres temps, autres mondes - Anthologies (1978)


 
     MATHESON A ENCORE FRAPPE

     D'abord la jaquette, un régal. Ensuite la garantie Dorémieux, c'est du sérieux. (Et ça rime !) Récemment, c'était les songes superbes de Th. Sturgeon, à quoi on peut être tenté de comparer ce recueil. Sturgeon — j'empiète sur Guiot, je sais... — c'est le mythe de la tendresse qui ne peut s'épancher, une série de plongées pour retrouver l'ange-frère et qui n'en ramène que des caricatures démoniaques ; la recherche de l'humanité vive, d'un enfin-semblable. Matheson c'est le point de vue glacé sur l'autre. Le point de vue de l'autre, du monstre. Il nous parie d'un lieu où l'on n'est pas, où, si l'on y était ce serait horrible. Et petit à petit, il nous y conduit, lamentables. C'est de là (lieu non dit, escamoté, vide) que ses héros parlent. Que pitoyables sirènes, ils tentent de nous attirer. Dorémieux reprend deux récits qui m'ont toujours fasciné. Le Journal d'un monstre, symbole de l'Amérique des années 50 qui refuse de reconnaître ses enfants légitimes — ses « garçons sauvages » que chante Burroughs (10/18). Et le texte où ils prennent — avant Havre des Saints et Exterminateur du même Burroughs — la parole. Pour dire, en même temps que Baldwin La prochaine fois, le feu. Cette révolte viscérale gestuelle, rituelle, pour la comprendre, il faut la rapprocher de l'autre texte Derrière l'écran que Fiction à publié en 1956 : on y voit l'univers que « le monstre » refuse, celui de la si bien nommée CELLULE familiale, univers carcéral de pseudo liberté. Deux textes qui s'éclairent. Dorémieux nous invite à comparer deux autres textes : La maison du crime et la Maison enragée, comme deux étapes possibles de l'évolution du Fantastique. La première renvoie au stéréotype de Weird Tales, et du Fantastique classique — avec ses fantômes, ses exorcismes. La seconde est déjà du Fantastique moderne : la comparaison est en effet exemplaire, presque pédagogique ! Toute surnature est ici refoulée, niée, occultée. Rien n'affleure qu'un pseudo absurde dont on sent bien qu'il n'est qu'un leurre, ce qui rend d'autant plus angoissante la position du lecteur car il n'a plus rien à quoi se raccrocher. Rien que le texte, et ses abîmes, que les fantasmes du lecteur hantent dans une recherche affolée, en quête d'une rationalisation quelconque, et qui manque : case blanche que seul le lecteur remplit en restant sur sa faim : Lacan y retrouverait une figure de son « imaginaire ». Texte jeu — comme on le voit dans L'Habit fait l'Homme. Mais entre jeu et mise en jeu du réel, c'est une simple question de degré. D'où la traversée de cette anthologie, en équilibre instable. 12 textes, pas rétro bien que le plus récent date de 1962 — autant de pistes vers l'inconnu.

Roger BOZZETTO
Première parution : 1/7/1978
dans Fiction 292
Mise en ligne le : 5/6/2010




 
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