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Poussière de lune

Thomas Michael DISCH

Titre original : Under Compulsion, 1968
Première parution : Hart-Davis, septembre 1968
Traduction de Roland DELOUYA

DENOËL (Paris, France), coll. Présence du futur n° 172
Dépôt légal : 4ème trimestre 1973
Première édition
Recueil de nouvelles, 224 pages, catégorie / prix : 1
ISBN : néant
Format : 11,0 x 18,0 cm
Genre : Science-Fiction



Quatrième de couverture
     Le jour où votre ville sera envahie... par les cafards, apprenez le langage de ces bêtes de cauchemar, et vous réussirez peut-être à vous débarasser de vos ennemis.
     Linda la laide a, chaque jour, un nouvel amant... imaginaire. et voici qu'elle attend un enfant. Mais ce que l'accoucheur met au monde, c'est un... cancer.
     Jeunes soldats, vous devez être francs, disciplinés, courageux et... prêts à mourir sur le champ.
     Un recueil de nouvelles de science-fiction où l'humour noir de Thomas Disch, et son style brillant font merveille.
Sommaire
Afficher les différentes éditions des textes
1 - Les Cafards (The Roaches, 1965), pages 9 à 22, nouvelle, trad. Roland DELOUYA
2 - Viens à Vénus mélancolie (Come to Venus Melancholy, 1965), pages 23 à 37, nouvelle, trad. Roland DELOUYA
3 - Linda, Daniel et Spike (Linda and Daniel and Spike, 1967), pages 39 à 46, nouvelle, trad. Roland DELOUYA
4 - Inutile la fuite, inexorable la pitié (Flight Useless, Inexorable the Pursuit, 1968), pages 47 à 50, nouvelle, trad. Roland DELOUYA
5 - La Descente (Descending, 1964), pages 51 à 64, nouvelle, trad. Roland DELOUYA
6 - Nada (Nada, 1964), pages 65 à 89, nouvelle, trad. Roland DELOUYA
7 - Maintenant, c'est l'éternité (Now Is Forever, 1964), pages 91 à 108, nouvelle, trad. Roland DELOUYA
8 - L'Épreuve (The Contest, 1967), pages 109 à 113, nouvelle, trad. Roland DELOUYA
9 - La Chambre vide (The Empty Room, 1967), pages 115 à 118, nouvelle, trad. Roland DELOUYA
10 - La Cage d'écureuil (The Squirrel Cage, 1966), pages 119 à 136, nouvelle, trad. Roland DELOUYA
11 - Le Nombre que vous avez atteint (The Number You Have Reached, 1967), pages 137 à 147, nouvelle, trad. Roland DELOUYA
12 - 1-A (1-A, 1968), pages 149 à 161, nouvelle, trad. Roland DELOUYA
13 - Achetez-vous une nouvelle tête (Fun with Your New Head, 1966), pages 163 à 165, nouvelle, trad. Roland DELOUYA
14 - La Cité où rayonne la lumière (The City of Penetrating Light, 1968), pages 167 à 170, nouvelle, trad. Roland DELOUYA
15 - Poussière de lune, odeur de foin et matérialisme dialectique (Moondust, the Smell of Hay, and Dialectical Materialism, 1967), pages 171 à 176, nouvelle, trad. Roland DELOUYA
16 - Thèse sur les formes sociales et les contrôles sociaux aux Etats-Unis (A Thesis on Social Forms and Social Controls in the U.S.A., 1964), pages 177 à 193, nouvelle, trad. Roland DELOUYA
17 - Casablanca (Casablanca, 1967), pages 195 à 217, nouvelle, trad. Roland DELOUYA
Critiques
     Ce recueil contient dix-sept nouvelles, pour la plupart assez brèves, écrites entre 1962 et 1968. À l'époque, Tom Disch était l'un des chefs de file de la Nouvelle Vague de la SF anglo-saxonne, avec Moorcock, Ellison, Spinrad, Ballard, Delany et d'autres auteurs. Dans ce livre, Disch exprime à la perfection certaines caractéristiques essentielles de ce mouvement littéraire  : l'expérimentation stylistique, qui s'éloigne nettement des techniques de la narration traditionnelle  ; le détournement de l'imagerie de la SF (le but n'est plus tellement d'anticiper l'avenir, mais de provoquer un changement de conscience chez le lecteur)  ; et le refus total du conformisme social et du militarisme nés de la guerre froide.
     Les résultats sont un peu inégaux. Certains textes sont de purs exercices de style, mais il y a aussi quelques histoires plus substantielles. Parmi celles-ci, il y a La Descente, où un homme entre dans un grand magasin pour découvrir l'enfer. Dans Nada, une institutrice fait la connaissance d'une jeune fille venue d'ailleurs. On examine une certaine forme d'immortalité dans Maintenant c'est l'éternité. La Cage d'écureuil est le récit d'un prisonnier enfermé (par des extraterrestres  ?) dans une chambre vide devant une machine à écrire. Sans doute un autoportrait de l'auteur. La bêtise et la cruauté de la vie militaire sont visées dans 1A. Dans Poussière de lune..., Disch nous raconte l'Histoire secrète d'un premier alunissage par un cosmonaute russe, avant les Américains Thèse sur les formes sociales et les contrôles sociaux aux USA est une « atopie  » assez délirante qui prend son point de départ dans 1984 d'Orwell. Et on finit avec Casablanca, où deux touristes américains se retrouvent bloqués au Maroc à la suite d'une guerre nucléaire qui a détruit leur pays, et livrés à la vindicte du Tiers-Monde.
     Dans toutes ces nouvelles, et à rebours de la SF d'antan, Disch ne cherche pas à fournir des explications, mais plutôt à produire un effet surréel et troublant. Le ton est toujours noir, le plus souvent accentué par un sens de l'humour mordant et glacial. En tout cas, c'est une démonstration impressionnante de la part d'un écrivain, assez méconnu aujourd'hui, qui a beaucoup fait pour transformer le genre SF à tout jamais.

Tom CLEGG (lui écrire)
Première parution : 1/3/2000 dans Galaxies 16
Mise en ligne le : 1/8/2001


     Thomas Disch ou le pessimisme élevé au niveau d’un art… C’est du moins l’impression que laisse la lecture d’un ou deux de ses écrits les meilleurs. Le groupement d’une quinzaine de ces textes, comme dans le volume que voici, amène à modifier ce jugement : Thomas Disch ou le pessimisme exploité comme procédé.

     Quelques-unes de ces nouvelles ont été incluses par Alain Dorémieux dans les intéressantes anthologies qu’il a publiées chez Casterman. Certaines de ces anthologies – Territoires de l’inquiétude et les premiers Espaces inhabitables en particulier – n’étaient pas placées, elles non plus, sous le signe de l’optimisme béat. Pourtant, les récits de Disch qui figuraient dans ces volumes-là, et qu’on retrouve au milieu du présent recueil – Linda, Daniel et Spike, Les cafards, Pour descendre, Maintenant et à jamais et Nombre limite – produisent indiscutablement une impression plus forte là qu’ici, simplement parce que ce recueil consacré à Disch montre à quel point celui-ci a tendance à sa répéter.

     Cette répétition tient en premier lieu au pessimisme de l’auteur, bien entendu, pessimisme dont la puissance d’impact est émoussée par l’insistance même avec laquelle il est exprimé. Mais il s’explique également par le fait que Disch est un auteur qui aime développer une situation beaucoup plus qu’il ne prend goût à raconter une histoire : en simplifiant, on pourrait dire qu’il est homme de description plutôt que de récits.

     Dans Poussière de lune, odeur de foin et matérialisme dialectique, il met ainsi en scène un cosmonaute soviétique qui a le premier atteint la Lune, et qui n’a plus que quelques minutes à vivre à cause d’un accident survenu à son réservoir d’oxygène. Le cosmonaute se demande s’il meurt pour la science, pour l’amour de sa femme ou pour l’État ; Disch étant ce qu’il est, le cosmonaute meurt en se disant qu’il ne meurt pour aucune de ces raisons, et l’auteur ajoute qu’« il n’y a jamais de bonne raison pour mourir ». Il ne vient apparemment pas à l’esprit de Disch qu’un cosmonaute dans cette situation éprouverait malgré tout quelque fierté et quelque consolation en se disant qu’il a montré – même si l’humanité l’ignore – qu’un homme pouvait faire quelque chose que ses devanciers n’avaient pas encore réalisé. En écrivant L’homme qui a perdu la mer, Théodore Sturgeon avait su trouver des accents d’une puissance tout autre, et sans doute beaucoup plus justes.

     Il en va de même dans Casablanca par exemple. Le personnage central est un de ces touristes américains qui ne pensent qu’en termes de dollars et de conformisme anglo-saxon, et dont le type doit représenter une bête noire de l’auteur. Ce touriste se trouve un beau jour en butte à l’hostilité des Marocains, qui ne veulent plus de ses traveller chèques et qui ne lui épargnent aucune brimade. Apparemment, ce changement d’attitude est dû à l’éclatement d’un conflit nucléaire dans lequel les États-Unis sont impliqués, mais l’auteur reste vague là-dessus. Cela étant, il ne se passe rien pour modifier la situation dans laquelle Disch a placé son personnage, et il n’y a d’ailleurs aucune raison pour que le récit finisse à un moment plutôt qu’à un autre : l’auteur ne propose aucun dénouement, et c’est bien de situation plutôt que de récit qu’il convient de parler.

     Le rapport de Casablanca avec la science-fiction ou le fantastique n’éclate pas aux yeux. En revanche, Maintenant c’est l’éternité se rattache bien au domaine de l’extrapolation scientifique, puisque l’élément essentiel y est constitué par l’utilisation courante de machines permettant de reproduire parfaitement n’importe quel objet et n’importe quel personnage. Là encore, Disch se limite à présenter une situation – celle d’individus qui, pour des motivations diverses, se contentent de se « recréer » pour recommencer indéfiniment une certaine journée. Il élude les développements qu’eût suggérés – par exemple – le problème de savoir ce qu’il adviendrait des circuits neuroniques de mémoire chez un individu qui prépare une copie conforme de lui-même.

     Thèse sur les formes sociales et les contrôles sociaux aux U.S.A. est présenté comme une dissertation universitaire sur l’évolution des groupes de population entre notre époque et le milieu du XXIe siècle. Malheureusement, le seul point sur lequel on peut parler de réussite est ici le ton incroyablement ennuyeux sur lequel Disch a cru devoir présenter sa satire : ce ton évoque celui d’un universitaire peu doué, sans doute, mais il lasse rapidement le lecteur.

     Voici maintenant 1-A, où Thomas Disch semble avoir voulu écrire un récit, en ce sens qu’il y a un effet de chute. Après avoir raconté les tribulations d’une jeune recrue naïve qui découvre douloureusement par l’expérience le sadisme et l’imbécillité des officiers inévitablement de service dans ce genre d’épisodes, Disch imagine que cette vie de caserne s’achève brusquement par la tuerie délibérée des recrues, en cours de manœuvre, sur ordre de leurs supérieurs. Cette chute prend en fait les dimensions d’une simple absurdité : si l’armée imaginée par Disch recherchait la mort de ses recrues, en cours de manœuvres, consciente d’organiser cette mort dans les délais les plus brefs, et non au terme de plusieurs jours de caserne au long desquels les jeunes soldats usent du matériel et consomment des produits alimentaires. Le pessimisme et l’antimilitarisme de l’auteur lui font ici négliger la simple cohérence.

     Laissant de côté des épisodes tels que La chambre vide et L’épreuve, qui ne relèvent aucunement de la science-fiction et qui se situent même à l’extrême limite du fantastique, et des textes tels que Achetez-vous une nouvelle tête, dont l’intérêt tient à la suggestion qu’il s’agit là de publicité pour robots conçue par des robots, il convient de remarquer que Thomas Disch donne peut-être le meilleur de son talent lorsqu’il montre l’homme aux prises avec une absurdité qu’il ne définit pas. Ainsi, La descente possède la densité et l’absurdité pesante d’un cauchemar dans la description de son protagoniste distrait emporté – peut-être vers l’enfer ? – par une invraisemblable succession d’escaliers mécaniques conduisant tous vers le bas. La cage d’écureuil est celle où le narrateur est gardé prisonnier par des extraterrestres – ou par ses propres fantasmes, tandis que Le nombre que vous avez atteint met en scène l’unique survivant d’un holocauste nucléaire. Du moins ce personnage se croyait-il unique jusqu’à ce qu’il entende une voix féminine dans son téléphone : réalité ou hallucination ? Disch ne tranche pas, bien entendu. Il présente une situation, situation qui ne peut de toute évidence se dénouer que par le suicide de son personnage : sans cela, celui-ci pourrait savoir, et l’auteur ne veut pas qu’il en soit ainsi. Ce pessimiste est aussi un sadique à l’égard de ses créatures…

     Linda, Daniel et Spilca est une autre histoire de fantasme – plus noire encore, puisqu’il s’agit d’une femme qui se croit enceinte alors qu’elle est atteinte d’un cancer, l’auteur jouant ensuite à-identifier le développement de la maladie avec la croissance de l’enfant imaginaire. Viens à Vénus mélancolie représente en quelque sorte le négatif du classique récit de Lester del Rey, Helen O’Loy, qui évoquait l’histoire d’amour d’un robot féminin : il ne semble pas, à première vue, que la nouvelle de Disch soit appelée à occuper une place analogue dans l’histoire de la science-fiction. Là encore, il s’agit d’une situation, que traduit le monologue de l’ex-femme devenue ordinateur.

     Nada est également une sorte de négatif, le modèle « complémentaire » auquel on pense étant cette fois les histoires du Peuple de Zenna Henderson, puisque Disch place son récit – car il ne s’agit pour une fois pas de simple situation – dans la bouche d’une institutrice découvrant progressivement qu’une de ses petites élèves est une extraterrestre. Disch étant Disch, cela se passe sous le signe de la grippe et sur un fond de quartiers miséreux, en une narration vigoureuse et solide.

     Dans La cité où rayonne la lumière, le narrateur écrit : « … et je crois que chacun a l’obligation d’être aussi heureux que possible ». Disch, pour sa part, s’astreint à se montrer aussi malheureux que possible. À force de trop répéter son « message », il finit par en faire une sorte de brouhaha monotone. Il est vrai qu’il appartient à une génération encore jeune d’auteurs, puisqu’il a trente-trois ans. Imaginons dans l’avenir un Disch quinquagénaire écrivant encore de la science-fiction : peut-être sa manière se sera-t-elle transformée en une sorte de Delly d’anticipation ? Les outrances mêmes de son écriture, telle qu’elle apparaît dans ce volume, ne permettent pas d’exclure une telle possibilité. En attendant, cette Poussière de Lune a un effet stimulant, en fin de compte, car le lecteur – lassé par l’insistance de la noirceur – se dit que le monde n’est tout de même pas aussi sinistre que Disch le voit.

Demètre IOAKIMIDIS
Première parution : 1/3/1974 dans Fiction 243
Mise en ligne le : 8/9/2022


 
     Critique tirée de la rubrique « Diagonales » signée par Alain Dorémieux
     Lentement mais sûrement, Disch continue à s'implanter en France. Le prière d'insérer de ce nouveau volume de lui chez Denoël commence par ces mots : « Ce recueil de nouvelles de science-fiction révèle un jeune auteur, Thomas Disch... » Mention qui est particulièrement savoureuse si l'on songe : 1° que Fiction a commencé à lancer Disch dès 1967 ; 2° que le C.L.A. a publié en 1970 deux de ses romans : Génocides et Camp de concentration ; 3° que pour ma part je n'ai pas perdu une occasion depuis 1971 de le présenter dans mes anthologies Casterman, au sommaire desquelles ont figuré huit de ses nouvelles en quatre volumes ; 4° que Denoël lui-même a déjà édité en 1972 son roman Au cœur de l'écho. Alors, pour ce qui est de le « révéler »... La maison Denoël ne finira décidément jamais de nous surprendre. Faut-il supposer que le rédacteur de cette notice ignorait toutes les précédentes parutions de Disch en France ? Bonne chose en tout cas que la publication française de ce volume, qui est la traduction du recueil Under compulsion, primitivement paru en 1968. Il donnera à ceux qui connaissent encore mal Disch de nombreux aperçus saisissants de son talent. Par contre, ceux qui se tiennent au courant de tout ce qui paraît n'auront, il faut bien le dire, pas grand-chose de nouveau à se mettre sous la dent, car la grande majorité de la matière de ce recueil a été déflorée par de précédentes parutions en France. Dix nouvelles, sur les dix-sept qui le composent, avaient déjà été traduites. Trois dans Fiction : Viens à Vénus mélancolie, Nada et Poussière de lune, odeur de foin et matérialisme dialectique ; et sept chez Casterman : Les cafards, Linda, Daniel et Spike, La descente (sous le titre Pour descendre), Maintenant c'est l'éternité (sous le titre Maintenant et à jamais), La cage d'écureuil, Le nombre que vous avez atteint (sous le titre Nombre limite) et Casablanca. Quant aux sept récits inédits, cinq d'entre eux sont des textes ultra-brefs de moins de six pages. Autant dire que ce volume avait déjà été copieusement éclusé ! A n'acheter donc que sous condition.
 

Alain DORÉMIEUX
Première parution : 1/1/1974 dans Fiction 241
Mise en ligne le : 15/11/2015

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