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Les Chimères de Séginus

Pierre BARBET



Illustration de Gaston DE SAINTE-CROIX

FLEUVE NOIR / FLEUVE Éditions (Paris, France), coll. Anticipation n° 383
Dépôt légal : 2ème trimestre 1969
Roman, 256 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : néant
Format : 11,0 x 17,0 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Des chimères humaines, des êtres compa­rables aux créatures de cauchemar dont les corps de pierre matérialisaient l'image du démon dans les cathédrales, hommes-oiseaux, hommes-poissons et même de superbes amazones insen­sibles au froid le plus rigoureux, telle est l'œuvre d'un biologiste de génie, l'ermite de Séginus, une lointaine planète de la Voie Lactée.
     De cupides aventuriers vont essayer de monnayer sa découverte. Malheureusement pour eux, les chimères ne sont nullement disposées à devenir les esclaves des humains.
     Les Terriens arriveront-ils à les réduire à merci ?
 
    Critiques    

L’Intrigue, dans ce nouveau roman de Pierre Barbet, est toujours aussi peu construite. La rédaction fut visiblement entamée au petit bonheur. L’idée de base est le départ d’un groupe d’aventuriers pour une planète éloignée. L’accès de ce monde est rendu difficile par des nuages d’antimatière et il s’agit d’y retrouver les secrets d’un cas-type des littératures SF, rien de moins que le savant-fou-créateur-de-monstres ! Un siècle ou deux avant le début du récit, ce génie du mal, banni de la société « respectable », s’est expatrié sur ce globe isolé, avec son matériel et ses notes secrètes.

À partir de là, Barbet s’est livré au gré du flot de son imagination nourrie de réminiscences et a suivi le fil de sa plume. Cette méthode d’écriture hasardeuse aboutit parfois à un chef-d’œuvre. Trop souvent, cependant, le fruit de cet arbre à croissance ultra-rapide s’est nourri de trop d’incohérences, de déséquilibres et de contradictions. Ainsi les meilleures idées sont-elles trop souvent réduites à l’état de bouillie indigeste.

Pierre Barbet tente en général de se tirer d’affaire en suivant la voie étroite du récit linéaire, se privant ainsi de la richesse qu’offre une composition achevée. Cette fois encore, il a donné rendez-vous à cette technique. Le récit débute avec le départ du héros assoiffé d’aventures et de profits matériels. Un concours de circonstances lui apprend l’histoire et lui indique les coordonnées spatiales de la planète Séginus. Il s’abouche alors avec un industriel véreux, lequel recrute un groupe de trois individus plus que louches (dont une ravissante brunette). L’industriel frète un vaisseau chargé de les déposer sur Séginus. Là, il leur reste à retrouver les méthodes du savant fou disparu et à lancer sur le marché les androïdes dont la fabrication fut jadis interdite. L’histoire s’achève avec le retour sur Terre du vaisseau spatial, sans que les cinq complices du début quittent un instant (sauf pour mourir) le devant de la scène.

Cette fin lamentable l’est à tous les sens du terme. Le but principal de l’auteur, lorsqu’il donne la mort à ses personnages, paraît bien en effet être l’apposition du mot « FIN », au bas d’un manuscrit ayant atteint la longueur souhaitée.

Dans ces conditions, comment prétendre avoir trouvé le moindre charme à cette histoire ? Essentiellement, je crois bien, grâce à la tranquille naïveté avec laquelle Barbet installe dans son récit les réminiscences (elles se laissent aisément reconnaître) de notre génération.

Deux univers sous-jacents émergent tour à tour dans ce livre, en un très joli contrepoint : celui des bandes dessinées tout d’abord (et singulièrement de la saga du Flash Gordon de nos jeunes ans) et puis une forme typée d’aventure à la façon des Tallandier, dans la grande tradition vernienne.

La planète Séginus apparaît vite comme une seconde Mongo : elle possède ses jungles luxuriantes que peuplent les « ornandres ». Ces êtres vivent une époque médiévale, portent glaives et carquois, le tout cohabitant de façon savoureuse avec certains produits d’une technologie avancée. Si l’on excepte que ces individus ont été munis d’ailes par leur créateur (d’où leur nom), en allait-il différemment au royaume de Barin ?

Au nord, en revanche, au pays des glaces éternelles et des blizzards meurtriers, vivent les « aphrides ». Ces ravissantes « femmes sans homme » au port altier et aux formes affolantes doivent à leur métabolisme (modifié lors de leur création) de vivre complètement nues dans de chatoyants palais de givre. Leurs esclaves masculins (ornandres auxquels elles ont « coupé les ailes ») sont logés à proximité d’un volcan. Ce dangereux voisinage leur évite de périr gelés. Ce symbolisme érotique exposé cette fois avec la plus belle désinvolture nous remémore, bien sûr, l’image de Flash, blessé, couvert pour ne pas geler de grossières peaux de bêtes, debout, face à Fria reine de Frigie vêtue, elle, d’un deux pièces minimum sous combinaison transparente.

Les allusions sont nombreuses qui peuvent entraîner loin, à condition évidemment d’y prêter attention. Nombre de traits sont pleins de piquant : pour prouver aux ornandres « asexués » que ses compagnons et elle-même sont réellement issus d’un autre monde, la jeune biologiste ne voit qu’un moyen. Elle demande à l’un des Terriens de se dévêtir, puis commente le spectacle… Jusqu’à devoir, elle aussi, se mettre nue…

Dès qu’ils rencontrent les – aphrides » splendidement nues et frigides autant qu’excitantes, nos héros sont installés par ces guerrières aux seins arrogants sur les sièges confortables de leurs véhicules anti-G… Mais ces sièges moelleux emprisonnent les chevilles en de solides anneaux…

Dans la cité de glace, « sur de larges avenues lisses comme des patinoires, des traîneaux tirés par des hommes-loups à l’épaisse fourrure filent à une allure vertigineuse, guidés d’une main sûre par des amazones en tenue d’Ève ». Affolée à cette vue, Véra, la Terrienne, prête quelques pages plus tôt à céder aux avances du héros principal, se prend au jeu décidé seulement pour abuser les aphrides. Elle devient de sa propre volonté maîtresse absolue (au sens esclavagiste du terme) de ses compagnons. Elle se traite aux hormones (profitant de sa science de biologiste) pour adapter son corps au froid et peut ainsi, vêtue d’un simple bikini, partir en chasse dans les tempêtes de neige. Finalement, lors du départ de l’armée d’extermination contre les ornandres, elle abandonnera symboliquement ce dernier rempart et livrera au froid purificateur les coins les plus secrets de sa charmante anatomie. Se présentant ainsi dévêtue à ses compagnons, elle marque sa volonté de rupture. On se doute qu’une amitié grandissante pour Kalia, la reine des aphrides, compense, et au-delà, cette désaffection.

Une certaine façon de faire évoluer les personnages est aussi dans ce livre un hommage à Jules Verne. Les cas typiques foisonnent qui permettent d’établir un rapprochement. Je citerai simplement le personnage au caractère le plus fouillé, le comparse, le faire-valoir. Il finit par dépasser ceux qu’il devait mettre en relief. Aimard est un asiate du midi de la France, petit « truand » de seconde zone, drogué, hâbleur, obsédé sexuel. Il en mourra, d’ailleurs, poignardé par l’héroïne terrienne dont il voulait abuser (alors qu’elle était convertie au… frigisme). Falot au départ, cet individu prend peu à peu des allures de « titi parisien » et se mue au fil des pages en un personnage proche de Passe-Partout, par exemple, dans Le tour du monde en 80 jours.

Sans essayer de résumer autrement cette histoire, je signalerai rapidement le retour en SF d’un autre thème cher à nos jeunes années, avec une « robinsonnade » à cinq, installée là par l’auteur pour se faire plaisir et se mettre dans l’ambiance, et l’existence, sur Séginus, de deux autres races de chimères, hommes-poissons et hommes-loups. Un dernier élément étranger intervient, constitué par des cristaux extra-terrestres et intelligents. Amenés uniquement pour les besoins du scénario, ils expliquent (par le naufrage antérieur d’un de leurs vaisseaux) la présence sur Séginus d’objets de haute technicité et permettent à Barbet de tuer le dernier membre mâle de son groupe initial.

Dernier mort, car Véra, la Terrienne, trouve son salut. Gagnée à l’amitié ambiguë de la reine des aphrides, elle demeurera sur Séginus et l’auteur nous donne toutes raisons de penser que, délivrée du mâle, elle y sera heureuse. « Séginus, ou les Infortunes de la condition masculine »… Que tout cela est donc délicieusement malsain, perfidement agréable et inhabituel dans cette collection.


Martial-Pierre COLSON
Première parution : 1/10/1969 dans Fiction 190
Mise en ligne le : 22/3/2020


 
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