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Solution de continuité

Doris LE MAY & Jean-Louis LE MAY



Illustration de Gaston DE SAINTE-CROIX

FLEUVE NOIR / FLEUVE Éditions (Paris, France), coll. Anticipation n° 382
Dépôt légal : 2ème trimestre 1969
Roman, 256 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : néant
Format : 11,0 x 17,0 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Le secrétaire général de l'ON.U., les commandants des sous-marins atomiques en manoeuvre dans le Pacifique, les habitants des villes et des campagnes, le petit groupe de spéléologues amateurs qui se glisse dans les entrailles de la Terre quelque part, non loin de la région parisienne, vivent les derniers instants de la civilisation du XXe siècle.
     Pour les uns, la mort surviendra, effroyable, incompréhensible et inévitable. Pour les autres, un choix sera offert. Pierre Grelier, à la fois faible et orgueilleux, réussira-t-il à surmonter les épreuves auxquelles il est condamné en décidant de demeurer sur la planète qui l'a vu naître ?
 
    Critiques    

« Mutation », disait récemment Jacques Van Herp (dans Fiction n° 184) à propos du Fleuve Noir et plus précisément d’Arel d’Adamante, dernier paru à l’époque du tandem J. et D. Le May. Puis, qualifiant ce volume de « space-opera », il parlait de « rafraîchissante naïveté ».

En vérité, si mutation il y eut, mutation il continue à y avoir chez cet auteur double et le sens d’évolution doit être différent de l’un à l’autre de ses deux composants, puisque avec Solution de continuité une nouvelle voie S.F. est abordée par lui. L’autre volet mutant paraît bien avoir pris, ici, la tête de l’équipe, qui nous entraîne en des chemins bien différents de l’espionnage galactique, comme de la classique « aventure in space ».

En bref, nous avons affaire, cette fois, à un « post-atomique »… Sans bombe et (presque) sans irradiation meurtrière. Et l’un des mérites principaux des auteurs est bien d’avoir, au départ et en abordant une telle histoire, du type « descente de lit », renoncé à l’ordinaire « folie meurtrière des hommes » coupables de leur propre destruction, comme au thème éculé des radiations, conséquence ordinairement obligée dans ces récits et qui ferment ordinairement aux survivants (et à l’auteur par conséquent) les portes de l’avenir.

Et pourtant, il y a explosion, explosion hors du commun et également rayonnement meurtrier, mais assagi, car limité dans le temps et cessant d’exister aussitôt après l’hécatombe initiale. L’auteur, maître de son devenir du monde, ouvre ainsi des perspectives inhabituelles. Ce qui prouve à l’évidence la valeur de ces grands sujets, car un rien d’originalité, relativement à l’un des plus glorieux de nos poncifs, suffit à ouvrir le champ à de nouveaux développements et exerce sur l’intérêt du lecteur une puissante relance.

Mieux, la catastrophe qui nous est montrée, causée accidentellement par des extraterrestres, est le prétexte à l’entrée en contact de notre humanité actuelle (car l’histoire est située dans un futur si proche qu’il s’agit manifestement d’une simple figure) avec les « stellaires ».

J’espère que les auteurs me pardonneront cette révélation qu’ils font, eux, seulement à la moitié du volume et après un excellent suspense, mais il serait impossible sans cela de parler un tant soit peu de leur ouvrage.

Pour décrire les suites de la catastrophe, dans la manière dont les assument après l’avoir appréhendée les survivants, les auteurs, se partageant visiblement la tâche, ont adopté le point de vue de deux groupes restreints de personnages : les officiers d’un sous-marin U.S. et ceux d’un navire similaire mais russe, d’une part, et d’autre part trois membres (épargnés par miracle) d’une équipe de spéléologues français.

Dans le récit des actes et l’analyse des réactions mentales des individus appartenant à la première de ces catégories, les qualités principales sont celles d’un réalisme étonnant dans le style « reportage », avec une belle façon de visualiser les vagues énormes et les courants monstrueux dont le Pacifique est devenu la proie.

Chez les spéléologues, l’étude des caractères est plus fouillée et la vision atteint même parfois à une vie très prenante. Le choix fait par l’auteur de types caractéristiques pour en faire les membres de son groupe sert beaucoup le propos. Nous y rencontrons la vierge sage, le religieux-savant et le casse-cou, pilote d’essai, vedette mondiale entre deux âges, athée, coureur de jupons, peureux comme tout un chacun et, au début, curieusement (mais finalement pas si curieusement, après tout !) « fixé » affectivement à la personne de sa « mère ».

L’avenir de l’homme après le quasi-anéantissement de nos sociétés est valablement envisagé dans chacune des deux optiques qu’offrait l’intrigue. Certains survivants acceptent l’offre des stellaires de participer à leurs côtés (et en profitant de leur avance technologique) à la mise en valeur d’une riche planète sauvage. La fusion entre les deux groupes est rendue possible, l’auteur ayant décidé que les unions entre Terriens et Galactiques seraient fertiles.

Les autres, les purs, les durs, décident de demeurer sur leur planète ravagée et de reconstruire. Ces derniers ont évidemment la sympathie des auteurs (et la nôtre) et sont montrés à l’œuvre, longuement, sympathiquement.

Le conflit entre des êtres qui s’aiment mais sont tentés par des choix différents est un excellent moteur pour l’action de la seconde moitié du livre. Et cette histoire est, ma foi, tellement bien amenée que, si blasé fût-on. Il est aisé et agréable de s’y livrer à fond.

On voit combien de thèmes intéressants se recoupent ici, ce qui donne une idée du soin avec lequel ce roman a été « charpenté » avant d’être rédigé. Avec une thématique valable, un ouvrage construit cause toujours une impression favorable. Si la qualité de la narration demeure à la hauteur de ce travail préliminaire, on peut dire que la réussite est proche, tout au moins dans une optique « traditionnelle » de roman.

Je pense personnellement pouvoir répondre affirmativement dans le cas ici considéré. Solution de continuité est un livre qui m’a réellement « accroché ». Il contient évidemment quelques parties un peu faibles, mais l’entrecroisement, dans la trame de l’œuvre, de plusieurs types d’histoires eût exigé le génie pour surmonter complètement pareil handicap.

Si elle n’est pas aussi « rafraîchissante » que dans l’avis cité plus haut, la naïveté est encore présente dans ce livre, dès que nous voyons les humains franchir le sas des astronefs extraterrestres. À ces moments de l’histoire, le conventionnel prend le dessus avec un irritant manque d’épaisseur. À voir le jeune officier de marine U.S. s’éprendre de la belle télépathe étrangère et rougir de se sentir « sondé » (dans des rêveries au reste pleines de respect), le lecteur se sent brusquement reporté de douze ans en arrière dans le Fleuve Noir et en plein Jimmy Guieu de l’époque héroïque de la commission d’enquête « Ouranos » et des aventures de Jean Kariven.

Cette partie critiquable représente toutefois un faible dixième de l’ouvrage, qui conserve donc un bilan largement positif.

Mutation affirmée et bénéfique, avec un approfondissement dans la description des milieux et l’articulation des faits avec les sentiments des personnages, c’est décidément bien le cadeau de l’équipe Le May aux lecteurs du Fleuve Noir-Anticipation.

Nous envisagions, il y a peu, l’éventualité de surprises à nous réservées par le Fleuve Noir. Ce livre en est une. Heureuse.


Martial-Pierre COLSON
Première parution : 1/11/1969 dans Fiction 191
Mise en ligne le : 22/3/2020


 
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