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Le Continent déchiqueté

Laurent GENEFORT



Illustration de Jean-Jacques CHAUBIN

FLEUVE NOIR / FLEUVE Éditions (Paris, France), coll. SF n° 25
Dépôt légal : novembre 1997
224 pages, catégorie / prix : 34 FF
ISBN : 2-265-06340-1   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Laurent Genefort vit en région parisienne. Lauréat 1995 du Grand Prix de l'Imaginaire (Arago), c'est un éclaireur de la nouvelle SF française. A 29 ans, il a produit près de vingt romans. De livre en livre, il ne cesse d'affiner l'exploration de ses mondes foisonnants, toujours prétextes à l'aventure et au voyage. Dans Le continent déchiqueté, il met en scène deux Robinson perdus aux frontières du néant.

     Ils sont deux. Seuls rescapés d'une attaque qui a détruit le monde-astéroïde en orbite autour d'un continent artificiel, unique dans l'univers. Deux hommes échoués sur cette plateforme en perdition, bombardée de noyaux de météorite.
     Tout oppose le natif de l'espace et le planétaire. Pourtant, leur survie passe par la communication. Entre eux, mais aussi avec les étranges habitants du mystérieux monde flottant.
 
    Critiques    
     S'il est une chose qu'on ne peut reprocher à Laurent Genefort, c'est un manque d'inactivité littéraire, En effet, celui qu'on présente souvent comme l'un des grands espoirs de la S-F francophone écrit beaucoup, condition proprement incontournable — sauf rares exceptions — pour qui espère vivre, par chez-nous, de ses accouchements science-fictifs. Ainsi ses ouvrages paraissent avec une régularité de métronome : un titre tous les trois mois au Fleuve Noir. Une cadence qui aurait même tendance à s'accroître, puisque notre auteur vient de publier Typhon, son dix-huitième roman, chez Seno dans la collection « 4 D » (Le continent déchiqueté étant, quant à lui, son dix-septième titre).

     Tous les livres de Genefort, ou presque, s'inscrivent dans le même univers de manière plus ou moins affirmée : une projection futuriste dans laquelle la race humaine s'est implantée très loin dans la galaxie grâce aux Portes de Vangk, « artefacts spatiaux créés il y a cent mille ans par une espèce disparue, les Vangk, permettant de voyager instantanément entre les mondes ». Bref, un univers hyper-technologique extraordinairement vaste où la race humaine est omniprésente.

     Le continent déchiqueté est l'histoire d'une cohabitation forcée entre deux êtres que tout oppose, deux humains contraints de s'associer pour survivre. Sureau est un planétaire natif d'un monde de glace où les règles, tant morales que sociales, sont dictées par une stricte religion. Lemuel, quant à lui, est né sur l'arcologie Elikale, un astéroïde abritant depuis deux cent ans une communauté de quelques dizaines de milliers d'humains particulièrement adaptés à la vie dans l'espace. Lemuel n'a de fait jamais connu les contraintes de la gravité. Alors que Sureau est en visite sur Elikale afin de mener à terme une tractation commerciale d'importance, et qu'il entreprend, sous la conduite de Lemuel, la visite d'Elikale, l'arcologie est violemment attaquée par une flotte non identifiée. Seuls survivants, les deux hommes se réfugient en catastrophe sur Firmajo Fluganta Ophii, véritable « tranche » de planète totalement artificielle en orbite à proximité d'Elikale, un monde sauvage créé de toute pièce par la caste des techniciens Yuweh, une organisation très fermée spécialisée dans la terraformation planétaire. Cloués sur un monde dont ils ne connaissent rien, en but aux éléments et créatures de toutes sortes, Sureau et Lemuel devront lutter pour survivre.

     Le décor est planté, un canevas très classique : des robinsons naufragés découvrent, avec un minimum de matériel, un monde totalement inconnu. Et on le sait depuis longtemps, en matière d'environnements bizarres, Genefort en connait un rayon (Arago ou Le sang des immortels pour les jungles exotiques, L'opéra de l'espace pour les visions technologiques étonnantes). Pas de surprise, donc, l'auteur nous livre ici, une fois de plus est-on tenté d'écrire, son quota d'étrangeté et de dépaysement. On soulignera tout particulièrement la remarquable évocation d'Elikale en début d'ouvrage, un univers technologique confiné et autarcique très convainquant. En revanche, Firmajo manque considérablement de relief, une constatation étonnante chez un auteur qui, généralement, fait preuve d'un net souci du détail et de la vraisemblance. Ainsi, les visions de Genefort ne parviennent que très rarement à saisir le lecteur, certains passages étant même assez obscurs. Il est des scènes qui, incontestablement, auraient gagné à être développées. De même les relations entre les deux protagonistes, ce qu'on aurait pu supposer être la charpente, l'ossature du roman, ne présentent en définitive qu'un intérêt très relatif, l'évolution psychologique des deux personnages n'étant rien d'autre, au final, que fortement prévisible.

     Que dire de plus ? Le contient déchiqueté n'est pas un (trop ?) mauvais bouquin. Ce n'est pas non plus un Genefort exceptionnel, loin s'en faut, très en-dessous, par exemple, de L'opéra de l'espace (qui demeure à mon sens son œuvre la plus achevée). Gageons que les amateurs de space opera y trouveront malgré tout le compte, gageons aussi qu'ils n'y trouveront guère plus. Dommage.

ORG
Première parution : 1/1/1998 dans Bifrost 7
Mise en ligne le : 4/11/2003


     Le space-opera suppose du souffle. Genefort en a, et offre portes cosmiques, vaisseaux vivants, filets de molécules intelligentes digérant astéroïdes et vaisseaux, mondes artificiels sans pesanteur où l'humanité se modifie lentement, plus un immense artefact spatial, plat et rectangulaire, où des ingénieurs démiurges testent des écosystèmes pour les planètes qu'ils terraforment (d'où une foule de bestioles et plantes plus ou moins sympathiques et plus ou moins ragoûtantes), et de multiples droïdes souvent tout prêts à rendre service pourvu qu'on leur apprenne jeux de stratégie et paradoxes... En ajoutant quelques broutilles, dont une sarbacane propulsant des astéroïdes comme boulettes de papier, cela fait largement de quoi rassasier. Le début est sans doute trop froid, avec une gigantesque catastrophe cosmique décrite sans grande émotion, mais l'humain reprend vite le dessus. Des personnages se dessinent, s'épaississent et se modifient. On découvre et on voit évoluer un homme de l'espace, habitué à l'apesanteur, prisonnier provisoire d'un exosquelette, et un « planétaire », enfermé lui dans son orthodoxie religieuse. Plus un droïde joueur. Embarqués par le hasard dans une même galère, ils « déteignent » les uns sur les autres. Car ce n'est pas seulement l'humanité qui est indivisible, c'est l'intelligence. Et avec la générosité de l'imagination, il y a là un message de tolérance sans didactisme qui fait le prix de ce roman.

     Evidemment, tout tient dans un Fleuve moyen. Et cela s'ajoute à la froideur initiale pour obliger à nuancer l'enthousiasme. Le format limite les ambitions. Pour de plus vastes machines, bien plus détaillées, bien plus soignées, allez voir les meilleurs « Ailleurs et Demain ». Mais tel quel, on a un bon livre, dans ses limites inévitables. Et il n'y a pas de raison de bouder son plaisir.

Éric VIAL (lui écrire)
Première parution : 1/12/1997 dans Galaxies 7
Mise en ligne le : 30/3/2009


 
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