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Dans l'enclos

Barry N. MALZBERG

Titre original : In the enclosure, 1973

Traduction de Alain DORÉMIEUX
Illustration de Serge CECCARELLI

CASTERMAN , coll. Autres temps, autres mondes - Romans n° (6)
Dépôt légal : octobre 1977
186 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : 2-203-22707-9   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Je m'appelle Quir. Je suis venu sur Terre avec mes congénères pour apporter aux habitants de ce monde un message essentiel, pour leur délivrer le suc de nos connaissances. Mais il nous ont enfermés comme des bêtes ; ils ont fait de nous les prisonniers de l'enclos et nous y persécutent. L'enclos est désormais notre seule réalité. Il est le périmètre de nos vies. Comment échapper à l'enclos ? Il nous faut nous évader. Fuir pour regagner notre planète d'origine. Mais quel est le sens de la mission dont nous étions porteurs ? Pourquoi tous nos souvenirs sont-ils rayés de notre mémoire ? Dans quel but exact avons-nous été envoyés ici et qui sommes-nous ?
 
     Barry N. Malzberg est né en 1939, Après une quinzaine de romans et une soixantaine de nouvelles qui l'avaient placé aux premiers rangs des auteurs américains de science-fiction moderne, il semble aujourd'hui décidé à ne plus écrire. Dans un article retentissant intitulé Rage, douleur, aliénation et autres aspects de la carrière d'auteur de science-fiction, il expliquait en avril 1976 pourquoi ce genre littéraire, qui lui a tant apporté puisqu'il lui a permis de s'exprimer, l'a en même temps enfermé dans un ghetto aux yeux de la critique et du public. Impossible en effet aux Etats-Unis, dénonce Malzberg, de se faire considérer comme un écrivain « sérieux » si on a choisi la voie de la SF. Impossible d'être regardé comme autre chose qu'un amuseur... A noter qu'à cet égard l'opinion européenne, et surtout française, est devenue plus évoluée : de plus en plus, dans notre pays, la science-fiction est évauée comme un des genres majeurs de notre temps.
 
    Critiques    
 
     LE FACTEUR HUMAIN, OU L'HOMME COMME MESSAGE

     « Que se passe-t-il ? Où nous ont-ils mis ? Qu'est-il arrivé ? Est-ce que nous sommes dans une salle d'opérations ? Dans un hôpital ? Pourquoi nous traitent-ils ainsi , » (p. 182).
     « C'est la hiérarchie, c'est ainsi que vont les choses. L'acceptation me dévore comme une flamme et me réduit à néant sur le sol » (183).
     De qui s'agit-il ? De prisonniers de monstres ? Non. Ce sont de glorieux évadés d'un camp (l'Enclos) situé sur une planète où ils avaient été en mission de civilisation, et que les autochtones avaient enfermés, torturés. Ont-ils donc trahi des secrets vitaux ? Ils étaient conditionnés à tout dire, donner des informations techniques pour aider, améliorer le monde de réception : par eux tous les problèmes sont résolus (démographie, unification de la planète, voyages stellaires). Ils étaient venus pour ça ! Ont-ils eu du mal à s'échapper ? Etait-ce une ruse ? Non. Tout ceci est NORMAL. « C'est ainsi que vont les choses ». Est-ce un monde absurde ? Pas du tout. Très hiérarchisé au contraire, très ordonné, cohérent, avec un schéma organisationnel, précis, un maître des rites, etc. Et le résultat ? Recommencer, comme le texte de l'épilogue qui reprend le début. Et Quir, le héros ? On peut penser qu'il sera situé à un échelon supérieur dans la hiérarchie, lors du prochain voyage, d'ailleurs imminent. Quel est donc le but de toute cette machinerie ? Il n'y a pas de but explicite : c'est ainsi que vont les choses. Livre poignant, sorte de Livre de JOB de la misère des sociétés technologiques. Pris dans les rouages insensés d'un système de transmission de connaissance (Le Bien Absolu) les Extraterrestres (les Terriens ?) sont formés, traités, gavés de savoir, puis ils sont pressés comme des citrons ailleurs. Aux deux bouts de la chaîne, des thérapeutes, des enclos, des hôpitaux. Et la liberté de forniquer, de n'être pas malade, de dormir. Mais l'impossibilité de comprendre, sauf par éclairs vite oubliés, en « fin de charge ». Comme le dit le message qu'il trouve « Tu n'as rien compris, et quand tu comprendras il sera trop tard ». Pourquoi d'ailleurs chercher à comprendre ? « Nous sommes des travailleurs, c'est notre spécialité. Nous ne sommes pas visés personnellement » (183). Parabole sur la fonction de la Science dans un monde où celle-ci n'a plus la maîtrise de ses projets, simple fonction dans un système qui l'englobe ? Outre la sobriété hallucinante du récit, ce livre est intéressant en ceci qu'il est une sorte de méditation sur le ton de l'humour noir sur la place de l'auteur de SF, le ghetto où on l'enferme, etc. A l'âge d'or de la SF, l'enclos existait mais il était un lieu de valorisation. On pensait qu'il s'y élaborait un savoir neuf, promesse d'avenir, et qu'il s'agissait d'explorer tous les possibles. Aujourd'hui, d'un côté « l'imagination » est produite par les médias, elle sature, endort, aseptise tout imaginaire. Et la SF n'offre peut-être plus cet accueil spécifique des fans : la SF se vend comme la saucisse, sur étalage. Mort des revues, des liens personnalisés, des débats possibles (et qui n'ont rien d'académiques !). Entre un lieu où on l'informe à le gaver, et où on le consomme de manière blasée, l'auteur fait une navette dérisoire. Délire d'interprétation ? Mais où est donc la sortie de l'Enclos ?
 

Roger BOZZETTO
Première parution : 1/5/1978 dans Fiction 290
Mise en ligne le : 19/9/2010


 

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