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Eterna

Clifford Donald SIMAK

Titre original : Why Call Them Back from Heaven ?, 1967
Première parution : États-Unis, New York : Doubleday, 1967 / Angleterre, Londres : Victor Gollancz Ltd., 1967
Traduction de François André LOURBET
Illustration de DEPOUILLY

ALBIN MICHEL (Paris, France), coll. SF (1ère série) n° (4)
Dépôt légal : 2ème trimestre 1969
Première édition
Roman, 288 pages, catégorie / prix : 4,60 FF
ISBN : néant
Format : 11,0 x 18,0 cm
Genre : Science-Fiction



Quatrième de couverture
la vie éternelle

+

des rentes pour en profiter

Le roman le plus insolite de
CLIFFORD D. SIMAK
Critiques

     Après avoir lu la critique qui suit, certains pourront penser que j’utilise les pages de Fiction pour déchaîner mes instincts sadiques sur une collection qui vient d’effectuer d’hésitants premiers pas et qu’il est injuste de s’acharner sur un nouveau-né. À ces lecteurs fictifs, je répondrai par l’hypothèse suivante : le responsable de la série de science-fiction publiée par Albin Michel est un masochiste qui s’ignore ! Ayant à sa disposition toute la production anglo-saxonne, il s’ingénie à gratter la terre pour en extraire les navets les plus appétissants, afin de satisfaire à ses plaisirs secrets : voir l’effet qu’a produit sa dernière légumineuse sur la critique et se laisser vouer aux gémonies par elle. Mais il est une explication bien plus probable : le directeur masochiste dont je parlais plus haut ne lit tout simplement pas les romans qu’il publie ! Tout le monde sait que la lecture est une occupation qui fatigue les yeux et l’esprit ; il convient donc de la réduire au strict minimum. Mais il faut bien éditer quelque chose, alors on s’en remet à la rumeur publique :

     — « Monsieur le directeur, Colossus de D.F. Jones vient de recevoir le Prix du Club américain de science-fiction ! »

     — « Extraordinaire ! Téléphonez à New York immédiatement et réservez-en les droits. »

     Que le Prix du Club américain de science-fiction récompense des livres d’un niveau intellectuel à peu près aussi élevé que les films distingués par le Ticket d’Or du Cinéma n’est qu’un détail très mineur. De même, quand elles ont su que Demain les chiens, trois fois publié en France et trois fois épuisé, avait partout été acclamé comme un chef-d’œuvre, les éditions Albin Michel ont dû sans doute acheter l’avant-dernier livre de Clifford Simak les yeux fermés, et c’est bien malheureux pour le lecteur trop confiant qui ne savait pas quel piège allait aussitôt se refermer sur lui.

     Laissons en paix notre directeur et tournons-nous vers le second accusé. Clifford D. Simak a des antécédents qui plaident en sa faveur : une série d’excellents romans, Dans le torrent des siècles (De temps à autres) et Chaîne autour du Soleil entre autres ; deux recueils de nouvelles remarquables, La croisade de l’idiot et Tous les pièges de la Terre. Mais, depuis quelques années, il semble que le disque se soit rayé et que le diamant explore sans cesse le même sillon. L’impression de déjà vu était très sensible dans un roman comme Les fleurs pourpres, mais l’ensemble procurait toujours une lecture plaisante. Avec Eterna la catastrophe est planétaire.

     De ce livre, on ne peut rien sauver. Le thème est d’une originalité à couper le souffle : dans un monde futur, les morts sont placés en hibernation en attendant le jour où l’on aura trouvé le secret de l’immortalité. Passons sur le fait que le rapport entre l’immortalité et la résurrection des morts ne paraît pas évident et explorons le monde en carton-pâte de Simak. Les vivants crèvent à moitié de faim, car ils versent la quasi-totalité de leur paie au centre d’hibernation, afin d’avoir de quoi repartir dans la vie à leur réveil. On peut se demander pourquoi : au début du livre le secret de la vie éternelle est pratiquement découvert, il n’y aura donc aucun problème de reclassement.

     Mais où mettre les milliards de personnes entreposées en animation suspendue quand viendra le temps du réveil ? Question difficile, mais Simak est un être imaginant : il suffit simplement d’inventer la machine à voyager dans le temps et d’envoyer tout le surplus humain quelques millions d’années dans le passé !!! Vraiment, qu’un auteur de science-fiction chevronné puisse écrire sérieusement des élucubrations pareilles est assez inquiétant pour l’avenir du genre.

     Le héros de Eterna, Daniel Frost, se heurte à l’ignoble Marcus Appleton et doit s’enfuir. Suit une partie de gendarmes et de voleurs digne d’un feuilleton de télévision. Et la fin est grandiose : Marcus Appleton, qui avait eu une douzaine de fois l’occasion de tuer Frost mais ne l’avait pas fait, par esprit chevaleresque sans doute, rattrape le fugitif et, aidé de son féroce chauffeur, tente de le trucider. Heureusement, Frost sera sauvé par l’arrivée d’un hélicoptère salvateur (!), équivalent de la charge de cavalerie qui délivrait les pionniers encerclés par les Iroquois dans les westerns d’il y a quelques années. Notre héros pourra embrasser sa fiancée en larmes et ils auront certainement beaucoup d’enfants.

     Nous n’insisterons pas sur la vérité psychologique des personnages, qui est inexistante ; mais il nous faudra bien ajouter quelques mots sur la « morale » du roman. Aux États-Unis. Eterna s’appelait Pourquoi les rappeler du Ciel ? titre qui avait au moins l’avantage de préparer le lecteur aux sermons qui le parsèment. Simak pose un problème qui aurait pu être intéressant : les chrétiens qui sont censés croire à la vie éternelle, pourraient-ils accepter l’immortalité terrestre ? Mais il le fait en obtenant des résultats déplorables, gâchant ainsi une belle occasion de sauver son livre.

     Admirez cet exemple de prose grandiloquente : « Ce n’était qu’un détail formel, rien de plus qu’un substrat à partir duquel un homme pouvait opérer. (…) Il voulait comprendre et avoir la foi, la profondeur de la foi et la puissance de compréhension qu’avaient possédées autrefois les hommes. (…) La foi religieuse quelle qu’elle fût, était plus qu’un simple moyen inventé par l’être humain pour remplir le vide douloureux qui déchirait son cœur. »

     Mais peut-être préférerez-vous les dernières lignes du roman, avec leur humour bien involontaire : « Et, dans le silence environnant, il parla à voix basse, comme pour livrer un secret, un affreux secret :

     — « Nous avons été abandonnés, » dil-il, « Dieu nous a tourné le dos. »

Marcel THAON
Première parution : 1/1/1970 dans Fiction 193
Mise en ligne le : 12/9/2022

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