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L'Homme dissocié

Nat SCHACHNER

Textes réunis par Jacques SADOUL

Traduction de Georges H. GALLET
Illustration de Tibor CSERNUS

J'AI LU (Paris, France), coll. Science-Fiction (1970 - 1984, 1ère série) n° 504
Dépôt légal : 4ème trimestre 1973
Première édition
Recueil de nouvelles, 320 pages, catégorie / prix : 2
ISBN : néant
Format : 11,5 x 16,5 cm
Genre : Science-Fiction



Quatrième de couverture
     Né aux États-Unis, en 1895, mort en 1955, Nathan Schachner était avocat lorsque, en 1930, l'envie d'écrire lui fit quitter le barreau. Son œuvre comporte des récits d'anticipation aussi bien que des biographies de Thomas Jefferson ou d'Alexander Hamilton. C'est la première fois que cet écrivain est publié dans notre pays.
 
     Dans L'homme dissocié, la nouvelle qui donne son titre à ce recueil, nous voyons un condamné subir la « dissociation ». Ce sort, pire que la mort, aboutit à la fragmentation de la conscience en des millions d'entités éternellement séparées.
     La voix des ancêtres raconte l'his­toire d'un voyageur temporel qui quitte notre époque en 1933 et se rend dans le passé, chez les Huns. Là, pour sauver sa vie, il est amené à tuer un de ces féroces guerriers. La mort de cet unique Hun va amener d'étranges bouleversements dans le monde politique d'avant-guerre.
     Des Terriens et des Martiens, dans le récit Froid, exploitent en commun un gisement d'armorium sur un satellite de Saturne. Ce minerai est désormais indispensable à la vie économique des deux planètes. Aussi, lorsque le filon vient à s'épuiser, les deux gouvernements cherchent-ils à s'emparer du stock existant. La fraternité inter-raciale saura-t-elle triompher des impé­ratifs du patriotisme ?
Sommaire
Afficher les différentes éditions des textes
1 - Jacques SADOUL, Introduction, pages 5 à 8, introduction
2 - Froid (Cold, 1940), pages 9 à 61, nouvelle, trad. Georges H. GALLET
3 - La Voix des ancêtres (Ancestral Voices, 1933), pages 63 à 89, nouvelle, trad. Georges H. GALLET
4 - Tout le monde s'en fout (Worlds Don't Care, 1939), pages 91 à 134, nouvelle, trad. Georges H. GALLET
5 - La Sphère de probabilité (The Orb of Probability, 1935), pages 135 à 184, nouvelle, trad. Georges H. GALLET
6 - Intra-planétaire (Intra-Planetary, 1935), pages 185 à 211, nouvelle, trad. Georges H. GALLET
7 - L'Arme suprême (Beyond All Weapons, 1941), pages 213 à 264, nouvelle, trad. Georges H. GALLET
8 - L'Homme dissocié (The Eternal Wanderer, 1936), pages 265 à 308, nouvelle, trad. Georges H. GALLET
Critiques

     À peu près inconnu en France – si ce n’est de lecteurs connaissant la langue anglaise – Nat Schachner fut un auteur de science-fiction assez prolifique entre les années 1930 et 1941. Il naquit en 1895 – il était donc à peu près le contemporain de Murray Leinster – et étudia d’abord la chimie. Après avoir fait de la recherche dans plusieurs laboratoires, il décida de se lancer dans une carrière juridique, ce qui lui semblait promettre davantage de contacts humains, et il devint effectivement avocat. Ayant écrit en 1930 une nouvelle de science-fiction à la suite d’un pari, il se passionna pour ce domaine auquel il n’avait guère prêté attention auparavant. Il s’imposa bientôt comme un des auteurs principaux de la revue Astouding jusqu’en 1941, ayant abandonné entre-temps son activité d’avocat pour se consacrer à celle d’écrivain. Il quitta ensuite la science-fiction et écrivit des ouvrages historiques au cours de ses dernières années (il mourut en 1955), signant en particulier des biographies de Thomas Jefferson et d’Alexander Hamilton. La diversité de ses intérêts est encore attestée par le fait qu’il fut astronome amateur, ainsi que par son adhésion à la American Interplanetary Society, dont il fut le premier secrétaire.

     Nat Schachner fut vivement admiré par deux au moins des grands auteurs de l’âge d’or de la science-fiction, Clifford Simak et Isaac Asimov, lesquels appréciaient en particulier son habileté à incorporer un élément humain dans ses intrigues. Jacques Sadoul se trouve donc en bonne compagnie lorsqu’il salue dans l’introduction du livre les mérites de cet auteur traduit ici pour la première fois en français (par Georges H. Gallet, lequel a su rester fidèle à la lettre de l’original, mais aussi à son esprit : encore quelqu’un, manifestement, qui goûte les récits de Schachner).

     Il convient, en abordant cet intéressant recueil de nouvelles, de se rappeler que les sept récits qui le composent furent primitivement publiés entre 1933 et 1941 : non seulement à cause des idées que l’auteur y développe, mais encore pour apprécier exactement l’éclairage qu’il jette sur ses intrigues et sur ses personnages. Ces derniers relèvent en général d’un manichéisme assez sommaire, il y a, d’une part, ceux qui défendent les causes auxquelles va la sympathie de l’auteur – essentiellement la fraternité, la liberté individuelle et le progrès – et, d’autre part, ceux qui tentent de s’opposer à de tels mouvements (en général sans succès, dans les récits de ce livre). Au premier groupe appartiennent par exemple les prospecteurs terriens et martiens vivant, dans Froid, sur Ariel, un des satellites d’Uranus ; le journaliste idéaliste qui se fait le défenseur de ces nouveaux pestiférés que sont les Martiens de Tout le monde s’en fout ; le narrateur de L’arme suprême ; les résistants de la nouvelle qui donne son titre au recueil. Le second groupe est composé, essentiellement, des adversaires des précédents – les membres étroitement « patriotes » des gouvernements de la Terre et de Mars dans Froid ; le commandant d’astronef qui a la charge des Martiens dans Tout le monde s’en fout (et dont le revirement final parait procéder surtout des exigences du « happy end » conventionnel) ; les dictateurs de L’arme suprême et L’homme dissocié, terrien et martien respectivement, dont le premier semble beaucoup plus redoutable que le second : celui-ci est une simple brute, tandis que celui-là paraît posséder quelques notions de psychologie des masses…

     En fait, Nat Schachner semble avoir plutôt été un défenseur des idées de liberté et de dignité individuelle plutôt qu’un véritable militant gauchiste – tout au moins à en juger par les récits de ce recueil. Les idées sociales exprimées dans ces pages ne sont pas radicalement différentes de celles qui apparaissent, plus ou moins clairement, chez d’autres auteurs de sa génération, comme E.E. Smith, Clifford Simak ou Edmond Hamilton. Il est devenu de bon ton de présenter John W. Campbell jr., comme un irréductible réactionnaire ; cependant, et alors même que ses idées personnelles étaient certainement conservatrices en matière de politique, Campbell n’obligea aucunement ses auteurs à les épouser dans les pages de son périodique, et plus d’un écrivain défendit à l’époque un libéralisme proche de celui dont Schachner se faisait le porte-parole dans ses récits.

     Pour en revenir à ces derniers, en constate que des idées scientifiques intéressantes y apparaissent en plus d’un endroit, mais que les connaissances de l’auteur s’avèrent en général trop superficielles pour en tirer pleinement parti. Ainsi, L’homme dissocié et La sphère de probabilité se fondent sur la dualité onde-particule ainsi que sur le principe d’incertitude de Heisenberg, que Schachner exploite à travers un verbiage destiné à jeter de la poudre aux yeux de son lecteur. La science n’est guère solide, mais les résultats sont intéressants. Dans La sphère de probabilité, on assiste à une sorte de mélange spatio-temporel grâce auquel des hommes d’un lointain avenir, amollis et indolents, sont d’abord obligés de retrouver pour leur propre compte la lutte pour la vie, puis assistent à des télescopages d’époques et de lieux qui débouchent sur l’expression de l’optimisme fondamental qui animait Schachner (ou qui se manifestait, tout au moins, dans chacun des récits de ce volume). L’homme dissocié est la victime d’un supplice scientifique raffiné : il est décomposé en ses particules élémentaires, mais garde la conscience de chacune d’elles alors qu’elles sont jetées séparément dans l’espace-temps : le passage dans lequel Schachner décrit ses sensations, faisant ressortir leur multiplicité et leur complexité, possède de l’élan et de la puissance.

     Intra-planétaire se fonde sur l’emploi d’un point de vue inhabituel, en l’occurrence celui de l’infiniment petit. Le récit parut primitivement en 1935, signé du pseudonyme Chan Corbett. Il montre que Schachner était devenu, en cinq ans, un authentique professionnel de la science-fiction. Mais un Hal Clement devait, par la suite, manifester une assurance scientifique beaucoup plus précise dans son emploi de ce procédé. Froid et Tout le monde s’en fout sont surtout des plaidoyers pour la fraternité entre espèces pensantes, développés sur des décors superficiellement scientifiques et animés selon des procédés éprouvés du récit d’aventures. Plus originale, la nouvelle intitulée La voix des ancêtres (qui date de 1933) exploite le thème de paradoxe temporel qu’un René Barjavel devait par la suite traiter dans son Voyageur imprudent ; mais Schachner a tranché alors que Barjavel s’était complu dans l’ambiguïté (« être ET ne pas être… »), et il a incorporé dans son récit une dénonciation anticipée des sinistres doctrines raciales qu’allait défendre le national-socialisme allemand. L’arme suprême raconte une lutte contre une dictature en apparence toute-puissante ; cette lutte est menée par des procédés psychologiques que Poul Anderson allait ultérieurement exploiter avec davantage de finesse dans son inoubliable Sam Hall. Ce récit de Nat Schachner fut sa dernière nouvelle de science-fiction. L’arme suprême parut en effet dans le numéro de novembre 1941 d’Astouding : l’écriture en est un peu désuète, et on en vient à se demander s’il ne s’agissait pas d’un « fond de tiroir » que l’écrivain remettait en circulation après un ancien refus de tel ou tel rédacteur en chef ? Quoi qu’il en soit, l’effet de chute s’en devine assez longtemps à l’avance.

     Il ne s’agit pas, dans ces pages, de chefs-d’œuvre « à découvrir », mais bien de récits qui conservent beaucoup d’intérêt à cause de la conviction que l’on sent dans leur écriture : Jacques Sadoul a raison de dire que Nat Schachner « se prit au jeu » de la science-fiction. Le « message » – dans la mesure où message il y a – ne vient qu’après le récit, et Nat Schachner s’abandonnait avec plaisir au fil de ce dernier. Compte tenu de l’époque à laquelle ces nouvelles furent écrites, Schachner fut un incontestable explorateur de motifs et d’idées. C’est en cela que la publication de ce recueil comble opportunément une lacune dans la bibliothèque de l’amateur francophone.

Demètre IOAKIMIDIS
Première parution : 1/8/1974 dans Fiction 248
Mise en ligne le : 8/9/2022

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