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S.O.S. Antarctica

Kim Stanley ROBINSON

Titre original : Antarctica, Inc, 1997

Traduction de Dominique HAAS
Illustration de Didier THIMONIER

PRESSES DE LA CITÉ (Paris, France)
Dépôt légal : octobre 1998
528 pages, catégorie / prix : 130 FF
ISBN : 2-258-05021-9   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     En ce début de XXIe siècle, l'Antarctique, dernière grande étendue inviolée de la planète, est en passe de devenir un champ de bataille.
     Si les chercheurs de toutes disciplines continuent de fréquenter la base américaine de McMurdo, ils y croisent désormais des visiteurs inattendus : groupes de riches touristes épris d'aventures extrêmes marchant sur les traces des hardis explorateurs des siècles passés, mais aussi « têtes chercheuses » des firmes multinationales. L'essentiel des ressources pétrolifères mondiales étant taries, les entreprises convoitent les richesses enfouies dons le sous-sol de la banquise, n'hésitant pas à dépenser des millions de dollars pour empêcher la reconduction du traité qui réservait le sixième continent aux recherches scientifiques.
     L'Antarctique à vendre ? Pour certains écologistes radicaux, il n'en est pas question, quitte à recourir, pour écarter ce péril, à des interventions musclées. Sans pertes en vies humaines, si possible. Mais, dans l'Antarctique, la moindre action peut avoir des effets dévastateurs.
     Après le triomphe de sa trilogie martienne, couronnée par les prix de science-fiction les plus prestigieux, Kim Stanley Robinson s'attaque avec sa précision et son exhaustivité coutumières à deux sujets d'une actualité brûlante : le réchauffement de la planète et l'exploitation sauvage de ses ressources. Deux nuisances qui, en Antarctique plus qu'ailleurs, risquent d'entraîner de tragiques conséquences.
 
    Critiques    
     Kim Stanley Robinson aura accompli son voyage mental dans le désordre. Sachant combien les vallées sèches de l'Antarctique ressemblent à certains endroits de la planète rouge, il n'aura pourtant mis les pieds sur le continent austral qu'après avoir terminé sa trilogie martienne. Mais si le présent roman précède cette dernière dans la temporalité imaginaire de l'auteur, son intrigue bénéficie de réflexions que Robinson a déjà placées au coeur de la trilogie, comme sa vibrante défense de la réappropriation par les individus du cours de leur vie, entre les « naturels » qui entendent devenir citoyens de l'Antarctique, et les travailleurs qui choisissent de s'organiser en Scops, sociétés coopératives ouvrières. Pas mal pour un natif du pays de Newt Gingrich...
     Depuis Mars, on étiquette généralement Robinson « auteur hyperréaliste », et lui-même semble revendiquer la qualification. On ne sera donc pas étonné de retrouver dans S.O.S. Antarctica le même souci du détail qui tue  : la méticulosité de la description est devenue une marque de l'écrivain. Sans doute peut-elle lasser, mais je pense qu'elle est le prix des envolées lyriques bel et bien présentes dans l'évocation du stupéfiant paysage austral. Il y a ici des pages fortes, et tant pis si le lecteur moyen, comme moi, n'est pas spécialiste en géologie du pliocène...
     Au-delà de ce descriptif que l'on jugera au choix assommant ou enthousiaste, mais qui est bien nécessaire, ce livre est également un roman du dépassement de soi, dont Robinson nous dit en filigrane qu'il ne peut être un but en soi, mais qu'il doit être au service d'un sentiment, d'une idée, ou simplement des autres... Cette réflexion motive les discussions portant sur la controverse Scott/Amundsen et les qualités respectives du vainqueur et du vaincu du Pôle Sud, et traverse les caractères des principaux personnages, de Val la guide que seule la difficulté motive (et qui choisira de faire sa propre révolution en rejoignant les « naturels ») au plus frimeur de ses riches clients, en passant par X, le technicien sans nom qui se mue en quasi-révolutionnaire, ou Wade Norton, l'assistant sénatorial qui assume le rôle de son patron baladeur.
     S.O.S. Antarctica est aussi l'un des trop rares romans de SF qui ose aborder de front le problème du travail scientifique dans sa banalité et son exigence quotidiennes. Je ne vois guère que le chef-d'oeuvre de Greg Benford, Un paysage du temps, comme équivalent aux pages consacrées ici aux luttes fratricides du milieu des savants (sur le « fixisme » et le « mobilisme » en matière d'évolution de la calotte polaire) et à l'aridité de leurs recherches sur le terrain. Ce matériau, la science en train de se faire, est particulièrement difficile à transformer en réussite littéraire  — à tel point que même la SF hésite à s'y frotter. Kim Stanley Robinson en donne un aperçu remarquable, en le reliant aux inquiétudes du proche futur  : si la calotte a déjà fondu dans le passé, comment se comportera-t-elle sous le réchauffement de l'atmosphère  ?
     C'est enfin un roman de l'absolu. Comment pourrait-il en être autrement face à l'immensité déserte et à la blancheur bleutée de la calotte antarctique  ? Soit on s'y consacre à ses petites tâches ingrates, soit on lève la tête et on devine qu'une autre vie est possible. A la fin du roman, plusieurs personnages auront changé leur vie, le continent jouant le rôle de catalyseur, comme il sert de lentille géante à ces savants qui, « sous » l'axe terrestre, « regardent » les neutrinos traverser notre planète... A ce titre, les « naturels » de Maï-Li et leur sauna des monts Transantarctiques ne rendent rien au vidéo-philosophe Ta Shu, ce Chinois maître du Feng Shui, l'art de ressentir l'esprit d'un lieu (que l'on assimile trop facilement en Occident à la géomancie), dont on n'oubliera pas les longues méditations visuelles.
     S.O.S. Antarctica est bien entendu construit sur une intrigue, dont un résumé grossier dirait qu'elle évoque les luttes écologiques qui seront l'enjeu du siècle prochain. La trilogie martienne n'est à nouveau pas loin  : ici aussi s'affrontent ceux qui voudraient préserver à tout prix la virginité du Sud, même au prix du terrorisme (« écotage » dit Robinson, pour sabotage écologique), et ceux qui le défendent en arguant qu'on peut pourtant y vivre et même, dans une certaine mesure, l'exploiter. (Les « naturels » font évidemment penser aussi aux Rouges des précédents romans  : résistance aux possédants et à leurs valets, survie dans un milieu hostile grâce à une technologie correctement utilisée...) Robinson est optimiste  : ceux qui sont amoureux de leur continent d'élection semblent l'emporter sur les grosses corporations qui décident loin dans le nord. L'Antarctique vous brise le coeur, lit-on souvent au fil des pages. Mais il réussit apparemment à apaiser les tensions humaines.
     Je suggère enfin à ceux qui auront ressenti la magie des descriptions de Robinson d'aller feuilleter Erebus, volcan antarctique, ouvrage de Haroun Tazieff paru naguère chez Flammarion, qui contient quelques belles photos de sites décrits dans le roman, telle la cabane de Scott au Cap Evans. Et il est diablement difficile après ce roman de ne pas lire autrement les piètres résultats du récent sommet de Kyoto, au cours duquel les Etats-Unis ont eu le culot d'exiger des pays de l'hémisphère austral qu'ils réduisent d'abord leurs rejets contribuant à l'effet de serre avant de songer eux-mêmes à s'y engager... Chez Robinson, au moins, les petits se révoltent face aux nantis, au Pôle Sud comme sur Mars.

Dominique WARFA (lui écrire)
Première parution : 1/12/1998 dans Galaxies 11
Mise en ligne le : 2/1/2001


     Nous sommes au début du XXIème siècle, autant dire demain. Le traité qui garantissait à l'Antarctique sa non appropriation par quelque puissance que ce soit (état ou entreprise), son statut de territoire libre, l'interdiction de son exploitation à des fins industrielles, n'a pas été reconduit par les nations signataires. Résultat, en ces temps ou le pétrole est une denrée rare, les enchères montent. Les pays pauvres entreprennent de sonder les ressources du continent, le tourisme de l'extrême se développe, les scientifiques se démènent pour maintenir leurs subventions, les groupuscules d'écologistes radicaux prennent les armes... Les enjeux sont énormes. Au-delà d'un paquet de milliards de dollars, sur cette Terre surpeuplée, polluée, confrontée à un réchauffement intense, l'Antarctique est le plus précieux des symboles. L'humanité sera-t-elle suffisamment sage pour préserver ce dernier territoire propre et vierge en ménageant l'intérêt de chacun et, si elle y parvient, saura-t-elle appliquer cette sagesse nouvelle au reste de la planète ? Il en va de la pérennité de la vie sur Terre...

     Pour traiter ce sujet ambitieux, l'auteur prend le parti de nous présenter une poignée de personnages très divers et différemment liés au continent glacé. Il y a les scientifiques, naturellement, leurs quêtes chimériques et leurs vaines disputes ; les prospecteurs de pétroles qu'il serait si facile de juger et pourtant ; ceux qu'on pourrait appeler les « naturels » et qui vivent au fin fond du froid, coupés du monde ; le paumé de service, qui va se trouver une motivation nouvelle au-delà d'une déception amoureuse qui le ruine ; la superbe et infatigable guide de l'extrême en but à ses clients touristes bornés ; le sage chinois aux aphorismes sibyllins mais à l'extrême humanité ; Wade, le politicien ultra urbanisé, par les yeux de qui, en grande partie, on découvre les merveilles de ce monde étrange, presque extraterrestre... Autant de destinés humaines divergentes, voire en totale opposition, qui vont pourtant se croiser, s'affronter, se mêler. Autant de lignes narratives imbriquées qui, petit à petit, tissent une toile de fond extrêmement dense et riche, époustouflante.

     Depuis sa fameuse trilogie martienne, on savait Kim Stanley Robinson un auteur précis et minutieux. Avec S.O.S. Antarctica (titre ridicule auquel on préférera l'original, Antarctica, Inc.), il accouche une nouvelle fois d'un livre long, ambitieux, d'une rigueur scientifique sidérante (trop, parfois) et d'une portée humaine considérable. On est ici bien loin d'une science-fiction imagée et divertissante. Les digressions de l'auteur peuvent lasser, mais on reste ébahi devant la maîtrise narrative et l'extrême intelligence du propos.

ORG
Première parution : 1/12/1998 dans Bifrost 11
Mise en ligne le : 1/11/2003


 
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