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Les Landes d'Achernar

Doris LE MAY & Jean-Louis LE MAY



Illustration de Gaston DE SAINTE-CROIX

FLEUVE NOIR / FLEUVE Éditions (Paris, France), coll. Anticipation n° 462
Dépôt légal : 2ème trimestre 1971
240 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : néant
Format : 11 x 17 cm  
Genre : Science-Fiction 



    Quatrième de couverture    
     Nul ne sait qui les baptisa ainsi dans les heures précédant le naufrage, mais Lande Une, planète à biosphère florissante, suit une orbite stable autour de la géante Achernar, escortée de ses deux satellites, Lande Pâle et Lande Verte.
     Parmi les races qui peuplent Lande Une, celle des hommes doit traverser de difficiles épreuves pour espérer remplir sa destinée, tantôt aidée, tantôt freinée par les Puissances.
     Et, malgré les moyens mis en oeuvre par celles-ci, Delten, le fils d'Hash et de Lorne, se révolte contre la loi implacable.
     Il trouve des alliés inattendus, mais il n'est pas certain que cela lui suffise pour échapper aux pièges tendus par Dangril, le Naute inflexible.
 
    Critiques    
     Ce roman de J. et D. Le May concrétise, rassemble, affirme les tendances qui se sont peu à peu fait jour chez ce duo d'auteurs : passage d'un état d'inconscience sauvage ou foetale à un stade d'appréhension et de compréhension plus vaste du monde ; épreuves passées avec succès par un ou plusieurs individus adolescents pour accéder à la condition d'homme  ; et surtout, goût certain pour la Nature, qui se manifeste par l'attention soutenue apportée aux éléments naturels : eau, forêt, ciel, qui deviennent personnages à part entière de l'action, laquelle tend de plus en plus à n'être qu'une description...
     Les landes d'Achernar est bâti tout entier sur ces trois lignes de force. Un groupe de cinq adolescents (descendants de naufragés stellaires) grandissent sous la protection de robots, sur le monde vierge et sauvage de Lande Une. Leur ascendance, leur condition, leur sont inconnues, de même que la finalité de leur existence, tout entière occupée à mener à, bien I'OEuvre (construire un nouveau vaisseau spatial qui les arrachera à Lande Une et leur permettra de retrouver leurs frères de race quelque part dans le cosmos), sous la direction de messages télépathiques envoyés par les mystérieuses Puissances.
     Travailler à I'OEuvre, survivre dans un monde dangereux où des animaux hostiles abondent et où rôdent les influences contraires des Puissances antagonistes, tout cela fait fonction d'épreuves redoutablement sélectives : de vingt-quatre qu'ils étaient à l'origine de la catastrophe, les membres du groupe, au moment où commence l'histoire, se trouvent réduits à cinq, dont deux seulement, Delten le curieux et Zetha, la blonde réceptrice des voix des Puissances, perceront le secret de leur origine et de leur évolution, mais aussi sauront choisir le chemin de la « vraie vie ».
     Et c'est l'éthique de ce choix qui amène en parfaite coïncidence les thèmes de l'initiation et de la découverte (déjà souvent remarqués dans les ouvrages de J. et D. Le May), avec le décor (lui aussi maintes fois décrit) d'une planète sauvage mais pleine de beautés farouches : car Zétha et Delten, contrairement à leurs trois compagnons qui, suivant les ordres des Puissances, quittent à jamais Lande Une à bord de l'astronef achevé, décident de demeurer sur la planète et d'y faire souche... Tout simplement parce que l'existence au milieu des arbres, des animaux, l'existence sous un vrai ciel et en bordure de l'océan, leur paraît mille fois préférable à celle enclose dans les flancs d'acier d'une machine dont la destination est illusoire : « ...La Nef était une machine sans grâce, inerte, qui demeurerait toujours en deçà de la plus petite forme de vie. »
     Je gage qu'il y a quelques années, on aurait souri devant ce rousseauisme, ce message prétendument réactionnaire sur le retour à la Nature. Mais la découverte subite du saccage de l'environnement, de la montée de la pollution qui, on commence à le comprendre aujourd'hui, pourraient peut-être causer, sinon la fin de la Terre, du moins celle de l'homme, nous fige ce sourire sur les lèvres  : la vraie vie, la vraie solution. la vraie révolution, ne sont peut-être pas, là où on les croyait. Il faut donc remercier J. et D. Le May d'avoir su imposer, à travers une aventure spatiale peut-être bien banale, des héros qui prennent le contre-pied, sans aucune mièvrerie, de toute une tradition bien établie du roman de SF populaire.
     Dans Les landes d'Achernar, les auteurs donnent enfin leur pleine signification à ces flâneries littéraires dans des décors sylvestres dont ils aimaient parsemer leurs livres, puisque le jeune Delten fait véritablement entrer en résonance le signe (la nature) et le signifié (la nature comme partie intégrante de l'homme). En effet, Delten, s'il commence par douter du bien-fondé de certains ordres des Puissances (pourquoi incendier tout un plateau ?), s'il va ensuite contre les traditions les mieux établies (il épargne un espélion, féroce carnassier saurien), engagera vite son existence beaucoup plus profondément en refusant le grand départ, en s'établissant sur Lande Une où il s'intégrera à une véritable symphonie animiste, dont les principales composantes font aussi bien partie du monde animal (les espélions, fauves intelligents qui acquièrent miraculeusement le don de !a parole) que du monde végétal (les adangles, arbres pensants ayant capté, comme par un effet improbable de métempsycose, l'esprit des premiers astronautes naufragés).
     Si le tableau ne va pas sans naïvetés, elles passent aisément grâce au souffle poétique qui anime la prose de J. et D. Le May ; et si leur récit emporte aussi facilement l'adhésion, c'est bien à cause de la sympathie chaleureuse que les auteurs ont su nous communiquer, et qui, passant par le pôle du héros principal, Vient baigner tout le livre.
     J. et D. Le May ont fait au Fleuve Noir des débuts bien discrets  ; sans doute fallait-il attendre qu'ils mûrissent pour juger de leur talent. On peut maintenant en rendre compte sans réticence. Sans doute leur restera-t-il à mieux savoir structurer leurs récits, à imaginer des intrigues un peu plus complexes. Mais rien n'interdit de penser quels soient capables de se hisser sous peu, dans le domaine de l'aventure spatiale « à la française », à la hauteur de Carsac et de Wul. En attendant, Les landes d'Achernar vient se placer, aux côtés des récents Steiner et de certains Thirion, parmi les meilleurs Fleuve Noir de ces dernières années.

Jean-Pierre ANDREVON (lui écrire)
Première parution : 1/12/1971 dans Fiction 216
Mise en ligne le : 15/2/2002


 

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