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Journal de nuit

Jack WOMACK

Titre original : Random Acts of Senseless Violence, 1993
Traduction de Emmanuel JOUANNE
Illustration de Philippe GAUCKLER

DENOËL (Paris, France), coll. Présence du futur n° 562
Dépôt légal : octobre 1995
Première édition
Roman, 336 pages, catégorie / prix : 6
ISBN : 2-207-30554-6
Format : 11,0 x 18,0 cm
Genre : Science-Fiction


Quatrième de couverture
     Rien que de très banal au départ dans ce journal intime que Lola Hart a reçu en cadeau le jour de ses douze ans. L'ayant baptisé Anne, sans doute en pensant à un autre journal célèbre, elle y consigne son quotidien new-yorkais. Les anecdotes familiales et scolaires, la bêtise des garçons, mais aussi les inquiétudes que lui inspirent les signes d'un monde qui ne tourne plus très rond  : assassinats successifs des Présidents, S.D.F. livrés au feu en plein Central Park, envoi systématique des jeunes qui ne filent pas droit dans des camps de rééducation... Jusqu'au moment où, pour le lecteur qui n'en croit pas ses yeux, Anne devient le témoignage de la chute de toute une famille et tout un pays dans le dénuement, la folie et la mort, le tableau d'un futur de violence et d'exclusion qui est déjà douloureusement à nos portes...

     Jack Womack, né dans le Kentucky en 1956, a réussi l'exploit d'être reconnu dès ses premiers romans comme un des représentants les plus originaux de la mouvance « cyberpunk  ». Après Terraplane et L'Elvissée, on assiste dans Journal de nuit, qui a effarouché les éditeurs américains et n'a été publié qu'en Angleterre, à une passionnante évolution de sa manière. Comme s'il avait cherché à donner une origine au monde évoqué dans ses précédents livres.
Critiques
     Womack n'a pas réussi à placer ce roman dans son pays d'origine, notoirement pudibond. Un livre trop fort ? Le journal intime d'une adolescente de la classe moyenne qui devient homosexuelle et délinquante, ça peut choquer.

     Lola Hart a douze ans et des parents intellectuels. Elle fréquente une école privée qui doit la protéger des dangers de la rue. Mais le délabrement de la société les rattrape : l'université licencie sa mère, son père, incapable de placer ses scénarios, est réduit à un emploi minable — l'histoire sera celle d'une descente aux enfers.

     Descente aux enfers aussi d'une société secouée par des émeutes incessantes, et une répression dont les ravages n'ont rien à leur envier. Ces événements annoncent le futur mafieux et désespéré qui sert de toile de fond à Ambient et Heathern, et dans une moindre mesure à Terraplane et L'Elvissée, situés en grande partie dans un univers parallèle passéiste. Or le point fort de ce futur était le langage inventé par Womack. On ne l'entend pas encore ici, et ce New York ressemble fort, à part l'incendie permanent qui ravage Long Island, à la ville que nous connaissons.

     L'essentiel, donc, est l'itinéraire individuel de Lola. Elle découvre sa propre sexualité et — surprise — s'adapte au ghetto qu'elle doit venir habiter. Journal de nuit vaut essentiellement par ses qualités de littérature générale : rapports entre les personnages, accueil ou exclusion par les milieux sociaux... Comme SF, c'est décevant par rapport aux œuvres précédentes de son auteur. Les livres maudits ne sont pas tous géniaux.

Pascal J. THOMAS (lui écrire)
Première parution : 1/6/1996 dans Galaxies 1
Mise en ligne le : 24/11/2008

Critiques des autres éditions ou de la série
Edition GALLIMARD, Folio SF (2016)

     La collection Folio SF donne dans le journal intime d'adolescente de jeune fille sur fond d'Apocalypse : après Le testament de Jessie Lamb, de Jane Rogers, lauréat du prix Arthur C. Clarke 2012, où un virus tue toute femme enceinte, menaçant à terme la civilisation, voici la réédition d'un roman de Jack Womack paru en 1990 en Présence du Futur.

     Lola Hart, douze ans, entame la rédaction de son journal intime lors de son déménagement dans New-York, dans un appartement où elle a une chambre à elle. La famille aisée est sans histoires : Papa, Maman, Lola et Boob, la petite sœur, une peste, forcément. Le père est scénariste pour le cinéma, la mère enseignante de littérature à l'université est en recherche d'emploi. Les deux filles sont éduquées dans une école privée pour filles. Baptisé Anne, le journal de Lola est d'abord le confident de ses démêlés avec sa sœur et des mésaventures de ses amies, Katherine, et Lori, qui file un mauvais coton, de ses déceptions et de la découverte progressive de son identité sexuelle. Pourtant, dès le départ, des détails insignifiants accrochent le regard : Lola, qui n'aime pas Chicago et Los Angeles dont sont originaires les parents, est bien contente qu'elles brûlent actuellement, le père a du mal à placer des scénarios alors que la vie augmente et que la mère est sous Prozac, des scènes de violence se multiplient, les informations télévisées relaient les émeutes à travers le pays... Mais que comprend une gamine à ces événements ? De fait, on n'en saura jamais davantage sur la situation politique.

     L'histoire serait banale s'il n'y avait en arrière plan cette Amérique à la déglingue qui finit par contaminer le quotidien : après l'assassinat du président, l'isolement de certains quartiers, une nouvelle monnaie bien dévaluée par rapport à l'ancienne, la famille sombre dans la misère et le drame. Le caractère de Lola Hart s'endurcit au fil d'une implacable descente aux enfers, aux contact aussi de nouvelles amies issues de la rue. L'argument science-fictif, limité à cet effondrement des États-Unis, reste mince mais la toile de fond est suffisamment floue pour qu'à vingt-cinq ans de distance, le roman n'ait pas pris une ride. Ce récit âpre, violent, est une sacrée claque !... comme sait en donner Womack, dont seul un autre ouvrage est disponible actuellement (De l'avenir faisons table rase, Denoël). Celui-ci appartient à sa série uchronique Dryco, dont quatre titres sur six ont été traduits à ce jour. Il ne semble pas avoir rencontré son public lors de la première édition, et encore moins dans son pays d'origine, puisqu'il y fut longtemps refusé, en raison probablement des passages liés à l'homosexualité et à la dérive délinquante de la narratrice. Espérons que cette fois sera la bonne et qu'elle entraînera la réédition des autres titres.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 18/1/2016
nooSFere


Edition GALLIMARD, Folio SF (2016)

                Futur très proche, demain matin peut-être. Lola Hart est une jeune fille de 12 ans qui vit confortablement à NY avec ses parents (upper middle class) et sa jeune sœur, Cheryl. Journal de nuit est son journal intime.

                Il dira au lecteur la descente aux enfers de Lola et de sa famille dans une Amérique en effondrement économique et donc en désintégration sociale. Il dira aussi la transformation de Lola, obligée de grandir à vitesse grand V pour s’adapter, et peut-être survivre, à un environnement bien plus dur et compétitif que celui dans lequel elle avait grandi.

                Après quelques pages d’ouverture coloriées à l’espoir, la réalité d’un pays déchiré par le chômage, la misère, la ségrégation, la violence endémique et les émeutes armées auxquelles répond la brutalité d’une armée et d’une police au bord de la crise de nerf, rattrape la famille Hart. Éjectés, faute d’argent, du confort qu’apportaient des revenus conséquents, Lola et sa famille quittent le monde protégé des écoles privées, des emplois agréables, et de la 86e, pour celui, déliquescent, de la 125e – près de Columbia U si on veut oublier que c’est au cœur d’Harlem.

                Lola, forte et courageuse, doit s’intégrer à sa nouvelle vie, et pour cela accepter qu’il n’y aura pas de retour, s’arracher tant à son ancienne vie qu’à ses anciennes amies qui lui paraissaient aller de soi. Entre un père qui travaille comme un acharné pour nourrir – mal – sa famille, une mère qui s’abrutit de médicaments, une sœur qui se ferme pour ne plus rien voir, Lola, réaliste, se reconstruit une vie de pauvre, entre plans risqués, peur des flics et des gangs, solidarité de filles, premiers émois et survie au jour le jour, loin, si loin d’une vie politique américaine qui ne signifie plus rien.

                Journal de nuit est un excellent roman, dur, cohérent et réaliste. Dur car il décrit la disparition rapide de tout ce qui faisait l’ordinaire, agréable, d’une vie de famille qui pourrait être la tienne, lecteur. Perte d’emploi, déménagement forcé dans un « mauvais » quartier, tout ce qu’on croyait acquis disparu en moins de deux ans. Cohérent car tout se tient. No bullshit dans ce récit, que du vrai et du nécessaire. Womack gère d’ailleurs très bien les changements de langue de Lola, de même qu’il mixe finement les affres de la sexualité naissante avec les nécessités de la survie en groupe. Réaliste car ce monde est déjà là, ou presque, pour beaucoup ; Robert Castel parle de « déstabilisation des stables » : c’est ce dont il s’agit ici. Réaliste aussi car le roman est écrit après les émeutes de Los Angeles auquel il renvoie évidemment. Les lecteurs de fantasy urbaine en manque de dépaysement feraient bien de le lire. Ils découvriraient l’inframonde inconnu d’eux qui attend chacun au détour d’une perte d’emploi.

                Journal de nuit eut une carrière bien décevante. En VO d’abord (Jo Walton le regretta dans une interview) lors de sa parution en 93, en VF ensuite en 95. Nouvelle chance aujourd’hui grâce à « Folio SF ». Espérons qu’il trouve enfin le large lectorat qu’il mérite.

Éric JENTILE
Première parution : 1/1/2016
Bifrost 81
Mise en ligne le : 25/10/2020


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