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Le Problème de Turing

Harry HARRISON & Marvin MINSKY

Titre original : The Turing Option, 1992

Traduction de Bernard SIGAUD
Illustration de MANCHU

LIVRE DE POCHE (Paris, France), coll. SF (2ème série, 1987-) n° 7211
Dépôt légal : octobre 1998
544 pages, catégorie / prix : LP14
ISBN : 2-253-07211-7
Format : 11 x 17,7 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    

     Brian Delaney, génie des mathématiques, touche au but. Il a trouvé une solution au fameux problème de Turing, créé une intelligence artificielle qui puisse — au moins — rivaliser avec l'intelligence humaine. 

     Son bureau est envahi, sa machine et ses notes volées, ses commanditaires assassinés. Lui-même est laissé pour mort, la moitié de son cerveau détruit. 

     Il va falloir recommencer et se reconstruire lui-même, inventant la première prothèse cérébrale. 

     Est-il encore humain, ou plus qu'à demi une machine ?

 
     Dans ce thriller haletant, Harry Harrison (l'auteur de Soleil vert) etMarvin Minsky (le pape mondialement reconnu de l'intelligence artificielle) exploitent les idées les plus récentes sur l'un des plus profonds mystères de l'univers : le secret de l'intelligence.

    Sommaire    
 
    Critiques    
     Marvin Minsky écrivait en 1985 dans The Society of Mind que l'intellect est composé d'agents ou de processus, affectés à la résolution de tâches simples, qui collaborent entre eux grâce à des règles, à l'instar d'une collectivité placée sous la supervision de processus fédérateurs de niveaux plus élevés. Renversant l'image du nain placé à l'intérieur de l'automate joueur d'échecs, il proposait de comprendre l'esprit de l'extérieur, du point de vue de la connaissance de ses buts et méthodes, le cerveau étant réduit à un immense et complexe assemblage de pièces élémentaires. De la même manière que la Vie ne réside pas dans les cellules, la Pensée n'existe pas dans les neurones qui la composent, mais plutôt dans les configurations qui les relient, fruit de l'évolution et de l'apprentissage. La pensée, c'est ce qui est fait ou produit par le cerveau, ni plus ni moins. Le concept d'homme-machine remis à jour sous l'impulsion des neurosciences et des progrès de l'informatique, on peut se demander s'il n'existerait pas une solution de continuité entre les merveilleuses et puissantes machines que nous sommes, et la machine intelligente qui ne manquera pas d'être construite un jour. Minsky, cofondateur du laboratoire d'Intelligence Artificielle du Massachusetts Institute of Technology, en est persuadé, et le roman écrit en collaboration avec Harry Harrison en offre une saisissante illustration, adaptation à peine décalée sur le plan des idées de son livre The Society of Mind.
     Californie, 2023 : le jeune Brian vient d'effectuer pour le compte d'une multinationale une percée décisive dans le domaine de l'intelligence artificielle, lorsque le laboratoire où il s'apprête à faire la démonstration de son invention est soumis à un très violent attentat. Le cerveau à moitié éclaté et laissé pour mort, Brian est sauvé de justesse, mais comment reconstruire l'intelligence artificielle, se demande la Défense nationale, lorsque tout est détruit ou volé et le créateur de celle-ci dans un état végétatif ? La neurochirurgie et des techniques révolutionnaires de reconstruction des fibres nerveuses, grâce à des robots manipulateurs qui interviennent au niveau cellulaire, apportent un premier élément de réponse : le cerveau gravement blessé du chercheur est réparé, ses configurations mémorielles partiellement rétablies ; toutefois, lorsque Brian revient à la conscience, c'est avec des souvenirs remontant jusqu'à l'adolescence et un trou d'une dizaine d'années dans l'expérience de sa vie. Commence alors la deuxième phase de son traitement, le réapprentissage des compétences qui lui ont permis de concevoir le prototype de l'I.A. Avec l'aide d'un ordinateur implanté dans le cerveau, il va parcourir à un rythme de plus en plus rapide toutes les connaissances utiles, et plus tard, l'intelligence machinique qui sera mise au point, et qui héritera partiellement de la personnalité de son inventeur, se rapprochera de ce qui ressemble à de l'humanité tandis que le chercheur comme une machine dénuée d'affects s'en éloignera de plus en plus...
     Alan Turing imaginait il y a cinquante ans une machine capable de tromper un interlocuteur humain sur sa véritable nature, « preuve » indirecte de notre difficulté à définir l'essence de l'intelligence, si tant est que la chose existe. Minsky pousse le raisonnement plus loin, puisqu'une machine sera d'après lui capable d'apprendre ce qui se rapproche le plus des « valeurs humaine » : l'humour et le don de soi. En dépit de ses faiblesses de rythme malgré un début très prometteur, le roman procure le rare plaisir d'une intelligence véritable qui ne manquera pas de susciter de l'intérêt pour son sujet.

Christo DATSO (lui écrire)
Première parution : 1/3/1999 dans Galaxies 12
Mise en ligne le : 25/6/2000

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition Robert LAFFONT, Ailleurs et demain (1995)


     Brian Delaney, génie de l'informatique et inventeur de la première véritable Intelligence Artificielle, est agressé dans son laboratoire ultra-secret et laissé pour mort, une balle lui ayant fracassé le cerveau, tandis que tout son matériel et ses archives sont volés. Ainsi débute Le problème de Turing, un thriller médico-informatique co-signé Harry Harrison et Marvin Minsky. Le double enjeu de ce roman sera la « reconstruction » du cerveau de Delaney (par le docteur Snaresbrook, une sommité en chirurgie assistée par ordinateur) et la mise au point d'une nouvelle IA, encore plus « intelligente » que celle dérobée, le tout sur fond d'enquête politico-policière. S'inscrivant dans la lignée de L'homme terminal de Michael Crichton, Le problème de Turing pourra peut-être séduire les amateurs de suspense et de prospective médicale et informatique, à court terme.

Francis VALÉRY
Première parution : 1/1/1995
dans Cyberdreams 1
Mise en ligne le : 13/9/2003


 

Edition Robert LAFFONT, Ailleurs et demain (1995)


     Les romans d'espionnage, spécialité de nos jours bien oubliée, étaient une façon de raconter des histoires de guerre en temps de paix : hiérarchie militaire et droit, que dis-je, nécessité de tuer, y régnaient. On retrouve de cette ambiance dans ce livre, qui démarre sur les chapeaux de roues par une attaque meurtrière contre un laboratoire de recherche en intelligence artificielle. Brian Delaney, génie en titre dudit labo, y laisse une partie de son cerveau — emporté par une balle de passage — et le futur de ses recherches, qui étaient sur le point d'aboutir, paraît bien compromis. Mais c'est justement grâce à elles que l'on va arriver à reconstruire son cerveau, une reconstruction qui démontrera la validité de ses théories sur le fonctionnement de l'esprit humain, analogue à celui d'un programme informatique certes très compliqué... Il s'ensuit des péripéties de type policier — qui ne sont pas passionnantes — et de longs démêlés entre Brian Delaney et l'institution militaire qui, sécurité oblige, ne lui laisse plus beaucoup de vie à vivre...

     On dirait que Marvin Minsky, célèbre pour ses recherches en Intelligence Artificielle, et amateur de SF de longue date, veuille renouer avec la tradition des savants-écrivains à la, disons, Camille Flammarion. Ce livre est pour lui l'occasion de défendre son point de vue mécaniste du fonctionnement de l'esprit humain. Il propose une vue remarquablement détaillée, mais bien peu émotionnelle, de ce que peut être la pensée humaine (Greg Bear, dans La reine des anges, partait des mêmes modèles psychologiques pour en tirer des effets autrement poignants). La reconstruction des processus de pensée — et des souvenirs — de Brian est le meilleur morceau du livre ; dommage qu'il s'arrête trop tôt pour laisser place à des aperçus de recherche semi-indigestes. Minsky sait fort bien de quoi il parle, et cela se sent, ce qui fait le plaisir du livre, mais ses pavés explicatifs tombent parfois lourdement dans la mare du roman.

     Seulement, voilà, une fois passé le plaisir des concepts scientifiques, que reste-t-il du roman ? De la couleur locale irlandaire, que Harry Harrison (qui vit en Eire depuis longtemps) sait faire, sans éviter les clichés ; des militaires partout, antipathiques en général (même si Harrison bride son anti-militarisme suffisamment longtemps pour le relâcher à bon effet) ; un personnage central qui se conforme à tous les clichés sur les génies asociaux et frustrés sexuellement ; un robot intelligent à l'insolence et l'amoralité remarquables ; et une intrigue relativement ordinaire, qui se refuse pourtant à certaines des satisfactions attendues d'un roman de suspense habituel.

     Comme les meilleures histoires de robots, Le problème de Turing pose en définitive celui de savoir ce que c'est qu'être humain. Avec des retournements nouveaux, mais qui ne sont pas assez exploités — j'aurais voulu plus de flashs-back sur la vie de Brian — et, hélas, beaucoup trop de passages de type journalistique, sur les détails techniques des mesures de sécurité qui entourent Brian, par exemple. Pourtant, le livre se lit fort bien, et je ne regrette pas le temps passé avec lui.

Pascal J. THOMAS (lui écrire)
Première parution : 1/1/1995
Yellow Submarine 113
Mise en ligne le : 10/3/2004




 

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