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Panique à l'université

Neal STEPHENSON

Titre original : The Big U, 1984

Traduction de Jean-Pierre PUGI
Illustration de Benjamin CARRÉ

DENOËL (Paris, France), coll. Lunes d'Encre n° (52)
Dépôt légal : janvier 2004
400 pages, catégorie / prix : 23 €
ISBN : 2-207-25389-9   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     La Mégaversité américaine. Un conglomérat dément de tours d'habitation, ascenseurs toujours bondés, couloirs hideux, amphis high-tech, sous-sols et autres entresols infestés de rats mutants. Un cauchemar architectural, construit au centre d'un nœud autoroutier, dans lequel cohabitent quarante-deux mille étudiants et leurs professeurs névrosés. Au sein de cette populace divisée en clans, fraternités, groupuscules (parfois armés) et autres clubs de jeux de rôles, s'agitent un clochard philosophe, une lesbienne à la gâchette facile, un pirate informatique surdoué... Sans oublier des dératiseurs issus de divers pays de l'Est, dont la Crotobaltislavonie. Ne reste plus qu'à ajouter des quantités impressionnantes d'hormones sexuelles, de polluants et de stupéfiants. Voilà, c'est prêt !

     Avec Panique à l'Université !, Neal Stephenson nous invite à suivre l'hilarante chronique d'une catastrophe annoncée. En l'occurrence, la destruction quasi totale d'une improbable université américaine.

     Neal Stephenson est l'auteur de Zodiac, L'âge de diamant, Le samouraï virtuel et du gigantesque Cryptonomicon.
 
    Critiques    
     Alors, comme ça, l'année prochaine, tu vas à la fac ? Ben mon gars, qu'est-ce que tu veux que je te dise, c'est bien, mais pas tout de même comme si tu avais conquis l'empire de Moctezuma à la tête de cent cojonudos. Et puis, tu devrais lâcher ton Bifrost pour réviser tes Maths, hmm ? Quoi ? Tu veux pas qu'on te donne des ordres ? Dans ce cas, tu me sembles paré à lire le dernier Stephenson. Son premier roman en solo, en fait. Alors oublie l'avis de ta conseillère d'orientation et les campagnes universitaires de ton paternel qui croit encore que tu fais la bringue en sifflant du Champony. Ça va chunker !

     A la Mégaversité, un complexe de tours, couloirs labyrinthiques et réseau en sous-sol qui fait passer les prisons du Piranèse pour ta tente de camping, la multiplicité des orientations finit par désorienter, aussi bien les corps que les esprits. Au point que les étudiants retrouvent un semblant de vie policée en multipliant les confréries nomades. Pas d'Alpha Beta Pha Phe Phi Pho Phu, mais de véritables tribus qui portent le nom de TRUC, Terroristes, Pires Pyromanes, BUS (Bataillon Underground Stalinien), Défoncés Déjantés, et les greluches Têtes en l'Air qui couinent comme dans un épisode de Beverly Hills, période Brandon Walsh. Rajoute les rôlistes de Shekondar avant d'abandonner la surface. Au sous-sol, les techs de surf, agents de maintenance recrutés dans la communauté crotobaltislavoniaque, descendants des Scythes qui persécutent les rats géants lorsqu'ils ne passent pas la serpillière. Et, au sommet, le conseil de la fac présidé par Septime Severe Krupp, recteur qui détient un pouvoir non exercé, ce qui le rend infaillible. Rajoute quelques électrons libres comme Sarah, l'apprentie lesbienne, Casimir et son air gun, deux étudiants qui se livrent une lutte darwiniste à coups d'AC/DC ou de Pasacaille et thème fugué en ut mineur, et tu obtiens une bombe aux hormones et à la bière Schlitz. Ça le fait, je te prie de le croire, mieux que les zinzins de ton benêt de grand frère qui de toute façon te ment quand il prétend bourriquer trois étudiantes par semaine. Non, mais, t'as vu sa tronche de cratères, on dirait une pizza aux câpres ! Je m'égare ? C'est le but, compadre, le chaos total, à grandes rafales d'AK 47 contre les barricades de cannelloni froids, car telle est la volonté de la Grande Roue, l'une des plus grosses enseignes en néon de l'humanité qui tient lieu de divinité à une université sans repères. Et le ventilo est son prophète. Chunka, chunka !

     Platon avait écrit La République, société idéale reposant sur la bonne entente de trois castes : magistrats, gardiens et travailleurs. En glissant toutefois cet avertissement : « Qui gardera les Gardiens ? », Neal Stephenson s'engouffre dans la brèche, rétablit la tripartition en structure close et propose une déréliction totale du savoir, doublée d'une perdition lente des connaissances à travers le symbole du Ver, virus informatique qui vide l'intelligence tandis que la population estudiantine recouvre son instinct. On se souvient du Kampus de James E. Gunn, qui décrivait une université policière. Ici, l'on pense davantage au Catch 22 de Joseph Heller, dans la capacité qu'a l'institution de composer avec le chaos. Pour le reste, en tenant compte des longueurs (marque de fabrique chez Stephenson, consubstantielles au style, on doit l'accepter), il s'agit d'un roman hilarant qui révèle une face inattendue de cet auteur janséniste que l'on ne cesse d'admirer.

Xavier MAUMÉJEAN
Première parution : 1/4/2004 dans Bifrost 34
Mise en ligne le : 15/6/2005


     Les râleurs râleront. Crieront au n'importe quoi, noteront que l'intrigue, s'il y en a une, commence après la moitié du volume, et que l'on a trop vu d'histoires de campus américain. Laissons râler, encore que vingt ans après sa parution, l'exhumation d'un roman, même plus qu'honorable, puisse décevoir en donnant l'illusion d'une régression, tout simplement parce qu'il n'est ni Cryptonomicon bien sûr, ni Zodiac : depuis qu'il l'a écrit, l'auteur n'a pas cessé de progresser.

     Mais c'est du Stephenson. Avec ce que cela implique d'implacables délires logiques et de descriptions impavides d'aberrations variées. Depuis le minutieux plan d'entartage d'un président d'université jusqu'aux guerres acoustiques entre co-locataires, des débilités associatives et conviviales à une chasse au ver électronique, de la construction artisanale d'un tank aux délires de sectes, et de la mise en coupe réglée de l'accès à une bibliothèque à une bagarre de cafétéria, pour ne pas dire de cantine, qui débouche sur une guerre civile. On oscille entre ahurissement (mais où cet animal nous mène-t-il ?) et fous rires nerveux que seuls les plus pincés camoufleront en réprobation. Même si, après-coup, on s'aperçoit qu'emporté par le délire canularesque, on n'a pas saisi le glissement inexorable d'un chahut survitaminé à une réelle catastrophe, avec cadavres — une guerre picrocholine peut faire de « vrais » dégâts, et on se surprend à jubiler de telle ou telle électrocution pourtant mortelle...

     Par ailleurs, ce n'est pas tout à fait de la SF, mais au minimum du « mainstream pour ceux qui aiment la SF » . Avec divagations sur les deux hémisphères cervicaux, mise au point d'un canon à propulsion magnétique ou intrigue scientifico-politique qui mêle stockage de déchets nucléaires et chantage international (le dire, c'est à peine vendre la mèche), avant une petite apocalypse finale. Avec même quelque chose comme de la fantasy : des fans de jeux de rôle persuadés de la réalité de l'univers magique qu'ils construisent, juxtaposé au nôtre — et allez savoir s'ils ont tort... Comme c'est presque de la SF, cela parle aussi, bien mieux que les téléfilms de campus sus-évoqués, d'une réalité. Y compris quand, au détour d'une phrase, un de ses successeurs fustige un président d'université qui (l'irresponsable !) tenait l'enseignement pour une chose importante.

     Bref, on est dans l'hénaurme, le n'importe-quoi réjouissant. Et on pourrait suggérer aux veinards qui ont encore à découvrir Stephenson de commencer par là, pour monter ensuite en puissance en suivant l'ordre chronologique, jusqu'à son (vrai) prochain ouvrage. Les autres pourraient trouver celui-là quelque peu léger, mais il y a des auteurs dont même un péché de jeunesse vaut le détour, et davantage.

Éric VIAL (lui écrire)
Première parution : 1/3/2004 dans Galaxies 32
Mise en ligne le : 13/12/2008


 
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