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Sans parler du chien

Connie WILLIS

Titre original : To Say Nothing of the Dog
Traduction de Jean-Pierre PUGI
Illustration de Grégoire HÉNON
J'AI LU, coll. Science-Fiction (2001 - 2007) n° 6488
Dépôt légal : janvier 2003
576 pages, catégorie / prix : M
ISBN : 2-290-32491-4   
Genre : Science Fiction 
Traduction revue et complétée.


Autres éditions
   J'AI LU, 2000, 2003
   in Le Grand Livre, suivi de Sans parler du chien, 2014
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Au XXIe siècle, le professeur Dunworthy dirige une équipe d'historiens qui utilisent des transmetteurs temporels pour voyager dans le temps. Ned Henry, l'un deux, effectue ainsi d'incessantes navettes vers le passé pour récolter un maximum d'informations sur la cathédrale de Coventry, détruite par un raid aérien nazi. Or c'est à ce même Henry, épuisé par ses voyages et passablement déphasé, que Dunworthy confie la tâche de corriger un paradoxe temporel provoqué par une de ses collègues, qui a sauvé un chat de la noyade en 1888 et l'a ramené par inadvertance avec elle dans le futur. Or l'incongruité de la rencontre de ce matou voyageur avec un chien victorien pourrait bien remettre en cause... la survie de l'humanité !

     Connie Willis
     Conteuse hors pair, elle collectionne les récompenses littéraires depuis ses débuts en littérature, à l'aube des années 1980. On lui doit ainsi Aux confins de l'étrange (prix Locus du meilleur recueil de nouvelles 1994) ou Le Grand Livre (prix Nebula 1992, Hugo et Locus du meilleur roman de science-fiction 1993), dont elle reprend ici certains personnages.


    Prix obtenus    
Hugo, roman, 1999
Locus, roman de Science-Fiction, 1999
Ozone, roman de Science-Fiction étranger, 2000
Bob Morane, roman étranger, 2001

    Cité dans les pages thématiques suivantes :     
 
    Critiques    
     Sans parler du chien (ou comment nous retrouvâmes enfin la potiche de l'évêque) est un hommage jubilatoire à Trois hommes dans un bateau (sans parler du chien) de Jérôme K. Jérôme, classique anglais à l'humour incisif. Et de fait, le roman de Connie Willis n'a rien à envier à son célèbre prédécesseur. Il a obtenu une pelletée de prix prestigieux, dont un Locus et un Hugo. Cette réédition en poche bénéficie en outre d'une traduction revue et complétée, un vrai travail en profondeur qui rend compte au mieux de la précision d'orfèvre de l'auteur.
     Sans parler du chien reprend certains personnages du Grand Livre (J'ai lu) et en conserve le cadre initial : une équipe de chercheurs est chargée de voyager dans le temps pour étudier le passé avec précision. Seule contrainte : le temps ne supporte pas le moindre paradoxe ; ainsi interdit-il, par exemple, de tuer Hitler dans son enfance, ou de ramener un objet d'époque. Quant à un être vivant, n'y pensez même pas. Et pourtant... il semblerait qu'un chat ait été sauvé de la noyade par une historienne en mission, provoquant un effet boule-de-neige qui pourrait bien mener à la victoire des Nazis lors de la Seconde guerre mondiale ! C'est à Ned Henry, historien déphasé par une overdose de voyages temporels, que revient la tâche de recoller les morceaux. Tâche ô combien difficile puisque chacun de ses gestes est susceptible de modifier le cours de l'histoire !
     Truffé de références toujours judicieuses (citons en particulier l'utilisation astucieuse des poèmes de Tennyson), Sans parler du chien prouve avec panache qu'humour et SF peuvent faire bon ménage. Connie Willis excelle à tourner en dérision les travers de l'époque victorienne, dont elle mine joyeusement l'imagerie romantique qui lui est souvent accolée. Elle tire également du voyage dans le passé d'un homme du futur un matériau idéal pour ses dialogues, tous plus savoureux les uns que les autres. Si son talent pour ces conversations décalées, où chaque protagoniste poursuit le fil de ses pensées sans égard pour les paroles de son interlocuteur, n'est plus à démontrer (cf. Remake et ses désopilants cocktails mondains), il frôle ici la perfection. Le narrateur, en raison d'abord de son ivresse temporelle puis de situations burlesques, paraît complètement dépassé par les événements, ballotté par les caprices du destin et du Temps.
     Mais derrière l'apparente naïveté de cette pirouette science-fictive (l'autorégulation du continuum) s'élabore une réflexion sur le rôle de l'individu dans l'univers, comme l'avait bien décelé Denis Guiot dans sa critique de l'édition précédente (cf. Galaxies n°17). À travers la discussion faussement anodine d'un professeur d'université farfelu et d'un amateur de poissons japonais, Connie Willis nous fait ainsi part de son intime conviction : ce sont nos actes, autant que les grandes forces cosmiques, qui déterminent notre avenir.
     Alors si vous êtes prêts à braver des brocantes, des crinolines, un amoureux transi, une potiche hideuse, des demoiselles écervelées, du canotage sauvage et quelques chats indolents, ce livre est pour vous. Sans parler du chien, bien sûr.

Olivier NOËL
Première parution : 1/6/2003 dans Galaxies 29
Mise en ligne le : 21/1/2007

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition J'AI LU, Millénaires (2000)


     Après Le Grand Livre, Connie Willis réutilise, mais de manière totalement différente et indépendante, son université d’historiens du XXIème siècle qui se servent du voyage dans le temps comme moyen d’étude. Ici, les historiens sont tous accaparés par un gigantesque projet de reconstruction de la cathédrale de Coventry. Projet qui devrait leur amener des subventions, mais la responsable du projet est une véritable furie, aux exigences plus extravagantes les unes que les autres. Aussi, lorsqu’une de ses collègues provoque un paradoxe temporel en sauvant de la noyade un chat du XIXéme siècle, c’est un historien complètement déphasé par un trop grand nombre d’aller-retour dans le temps qui est envoyé dans le passé pour résoudre le problème. Le déphasage affecte le bon sens du héros, qui est complètement à côté de la plaque, mélangeant les époques et les situations sans vraiment comprendre les objectifs de sa mission. Ladite mission prend donc un bien mauvais départ !

     Connie Willis possède une méthode très particulière mais fort réjouissante, qui consiste à faire se télescoper des personnages et des situations en complet décalage. Ainsi, elle excelle à nous faire suivre des discussions où les protagonistes ne sont pas tous sur la même longueur d’onde. Le voyage temporel rend ce genre de scènes particulièrement cocasses et Connie Willis s’en donne à cœur joie avec beaucoup d’humour, même s’il est parfois un peu difficile de la suivre, notamment lorsqu’elle fait continuer une phrase par un personnage qui parle d’un sujet totalement différent du précédent. Quand ce procédé se répète fréquemment, le lecteur a intérêt à être attentif s’il ne veut pas être aussi perdu que les personnages du roman ! Ceux-ci semblent d’ailleurs constamment dépassés par les évènements, toujours sous pression, assaillis par une flopée de problèmes souvent futiles en apparence. C’est surtout vrai pour le voyageur temporel qui en s’efforçant de résoudre un paradoxe dont il ignore les conséquences sur le continuum, ne semble capable que d’en créer d’autres.

     Connie Willis se joue également des clichés avec ironie, comme par exemple lorsque le narrateur fraîchement débarqué au XIXème siècle peste contre l’absence de repères temporels en se rappelant ces histoires où le voyageur du futur tombe inopinément sur une horloge ou un journal qui lui indique sa position dans le temps. Aussitôt, le vent lui amène gracieusement un journal qui s’avérera plus tard ne pas être de la bonne date !

     Bref, Connie Willis s’amuse beaucoup et le lecteur avec elle. Mais elle n’oublie pas pour autant de nous raconter une histoire : la résolution des énigmes et des paradoxes temporels que rencontrent les personnages est particulièrement réjouissante. La théorie classique selon laquelle un événement insignifiant peut bouleverser l’histoire est très intéressante et très bien exploitée par l’intrigue.
     La majeure partie du récit se déroulant au XIXéme siècle, l’auteure en profite également pour s’attarder longuement (peut-être un peu trop parfois) sur les mœurs de cette époque au travers de personnages hauts en couleur. Depuis le colonel qui ne pense qu’a sa collection de poissons rares, jusqu’à sa femme qui voit des esprits partout, en passant par un professeur d’Oxford trop distrait, et bien d’autres encore, on a droit a une belle galerie de personnages. Sans parler du chien… et du chat !

      Sans parler du chien est donc un fort bon roman qui revisite d’une manière bien à lui le thème pourtant rebattu du voyage dans le temps.

Frédéric BEURG (lui écrire)
Première parution : 5/6/2000
nooSFere


Edition J'AI LU, Millénaires (2000)


     En exergue de Sans parler du chien, on trouve cette phrase de Gustave Flaubert  : « Dieu est dans les détails. » En refermant le livre, le lecteur est tenté d'ajouter  : « Et Connie Willis aussi  ! » Dans cette fantaisie pyrotechnique où les périodes temporelles se télescopent autant que les personnages, chaque phrase compte (même les plus anodines, comme  : « C'est sidérant, les trésors que les gens entassent dans leurs greniers »), chaque animal joue un rôle, chat, poisson rouge, sans parler du chien, chaque référence fait mouche, Lewis Carroll, Jerome K. Jerome, Agatha Christie et bien d'autres.
     Le roman a beau se passer pour l'essentiel sur les rives calmes de la Tamise à la fin du xixe siècle (canotiers et crinolines), c'est un redoutable système chaotique, au sens quantique du terme, que Connie Willis a lâché entre les mains du lecteur  ; or, « dans un système chaotique, tout est lié. La moindre modification entraîne des chamboulements tous azimuts, [...] le moindre détail peut avoir des conséquences inimaginables. » Il est impossible de répertorier toutes les possibilités tellement le continuum est sensible aux conditions initiales, impossible de discerner ce qui est important de ce qui ne l'est pas.
     En sauvant un chat de la noyade en 1888 et en le ramenant à son époque, Harriet, voyageuse temporelle de son état, a gravement altéré le continuum spatio-temporel. Au point que les Nazis vont peut-être gagner la Seconde Guerre mondiale. Ned Henry a donc pour mission de ramener le chat d'où il vient. Mission en apparence simple... mais qui fait intervenir la bataille de Waterloo, la potiche de l'évêque, sans parler du chien  ! Le roman n'est pas racontable. Comment rendre compte, en quelques lignes, de plus de cinq cents pages de délire burlesque (parfaitement maîtrisé), de quiproquos chers aux comédies américaines, de frénésie shakespearienne et de flegme britannique  ? Chaque page est un régal de finesse et de drôlerie, et le roman un grand moment de lecture, dont on émerge grisé et heureux.
     Sans parler du chien est le pendant joyeux du Grand Livre (J'ai lu). Les deux romans mettent en scène des voyageurs temporels de l'équipe du professeur Dunworthy. Aucun mort dans Sans parler du chien, pas même le chat — par rapport aux milliers du Grand Livre dus à la Peste noire et à la Pandémie. Mais le propos est le même  : au bout du compte, il s'agit d'une réflexion sur l'Histoire. Qui fabrique l'Histoire  ? Les batailles, les noyades de chats, les individus ou bien les forces naturelles qui se moquent de l'événementiel  ? Notre avenir est-il l'expression d'un Grand Dessein écrit à l'avance ou bien le façonnons-nous à chaque seconde  ? Prédétermination ou libre arbitre  ?
     Rien de cela et tout cela à la fois. En alternant avec une grande humanité le prosaïque et le grandiose, Connie Willis se contente de nous dire, avec intelligence, chaleur et humour, que nous sommes tous des gens importants « promus à des postes de responsabilité ».
     Sans parler du chien.

Denis GUIOT
Première parution : 1/6/2000
dans Galaxies 17
Mise en ligne le : 26/10/2001


Edition J'AI LU, Millénaires (2001)


     Sous-titré « ou Comment nous retrouvâmes enfin la potiche de l'évêque », ce roman est un concentré de tous les ingrédients qui ont fait le succès de Willis, des Veilleurs du Feu au Grand Livre en passant par Le Dernier des Winnebago : voyage dans le temps, Angleterre, animaux familiers, le Blitz, religion... et humour naissant des interruptions permanentes et de la sottise affairée.
     Ned Henry appartient à une équipe d'historiens explorateurs du temps qui, faute de crédits publics pour la recherche pure, ont dû se plier aux injonctions d'une richissime Américaine, Lady Schrapnell, et travailler à l'idée fixe de cette dernière : la reconstruction dans ses moindre détails de la cathédrale de Coventry, détruite par un célèbre raid aérien allemand en 1940. Les moindres détails, avons-nous dit, y compris ceux qui témoignent du plus douteux des goûts victoriens en matière de décoration, comme ce vase en fonte dont on n'arrive pas à retrouver la trace.
     Car l'exploration du temps n'est pas de tout repos : le continuum se défend spontanément contre toute création de paradoxe, et les tentatives de soustraire au passé des objets (ou pire, des êtres vivants) se soldent par la fermeture brutale de la porte temporelle — ou au moins par l'apparition d'incongruités, comme des décalages dans les dates et lieux d'arrivée des voyageurs temporels. Comme s'il n'y en avait pas assez avec le déphasage, cette maladie professionnelle du voyage temporel, qui se traduit par la déformation bizarre des paroles que l'on entend et des accès de sentimentalité déferlante. Très commode pour l'auteur : l'accumulation de répliques entrecroisées, toujours mal comprises, et les épanchements du cœur étant deux de ses procédés favoris.
     A titre de convalescence à la suite d'un sérieux cas de décalage temporel, Ned Henry est expédié dans l'époque la plus reposante qui soit, l'âge victorien. Un petit détail, toutefois : il y a ce chat qui a été subtilisé à son époque, et qu'il est vital de ramener sous peine d'effondrement du continuum...
     Règle du genre : un héros en vacances sera toujours plongé inopinément au cœur de l'affaire dont il pensait être débarrassé. Mais pas avant d'avoir eu le temps de canoter sur la Tamise, d'écouter d'innombrables débats sur le spiritisme, les causes des événements historiques, et les poissons d'aquarium japonais. Et de participer à une infinité de brocantes de charité. Les brocantes incarnent et caricaturent ce goût des victoriens pour la décoration par accumulation ad nauseam ; un goût que le fandom de S-F partage sans aucun doute. Est-ce un hasard s'il est friand de Willis, qui lui renvoie ses défauts comme un miroir déformant et désopilant ?
     La fin du XIXe siècle était aussi l'époque où se séparèrent ces genres majeurs de la littérature populaire que sont le fantastique, la science fiction et le roman policier. Toute l'intrigue du livre est glose et hommage aux romans de détection (« whodunnit ? »), plus particulièrement ceux d'Agatha Christie et Dorothy Sayers. Sans oublier quelques allusions à Arthur Conan Doyle, le père de Sherlock Holmes, mais aussi le spiritiste crédule. De la S-F au second degré, en quelque sorte ; ce qui n'interdit pas, bien au contraire, de se laisser emporter par l'intrigue.
     Plus encore que dans Le Grand Livre, Willis maîtrise son humour, imparable quand il vise des bourgeois ridicules. Et bien sûr, toutes les piques adressées aux victoriens et aux grenouilles de bénitier ne peuvent cacher des sentiments profonds de nostalgie, et de foi religieuse. Willis a trouvé son public et le mérite. Ce livre, qui revisite avec beaucoup de succès les thèmes chers à l'auteur, pourrait encore élargir son lectorat.

Pascal J. THOMAS (lui écrire)
Première parution : 1/8/2001
dans Bifrost 23
Mise en ligne le : 6/9/2003


Edition J'AI LU, Millénaires (1998)


[Chronique de l'édition originale américaine parue en février 1998 chez Bantam Spectra]

     En 1958 Connie Willis découvre Trois hommes dans un bateau. Cette lecture la marque plus qu'un peu. Quarante ans plus tard, elle publie un roman dont le titre, To say nothing of the Dog, n'est autre que le sous-titre du chef d'œuvre de Jerome et dont l'action se déroule principalement en 1888 sur les bords de la Tamise.

     Mais comme le maître à bord est ici Connie Willis, le mode de transport n'est pas la barque mais le voyage temporel. On part donc d'Oxford au XXIe siècle, pour faire étape à Coventry en pleine seconde guerre mondiale et enfin débarquer en 1888 avec un cas de décalage temporel aggravé. Beaucoup plus drôle que le décalage horaire dont il est le cousin éloigné, le décalage temporel affecte la vision, l'ouïe, le sens de l'orientation et provoque chez ceux qui en souffrent d'interminables envolées lyriques.

     Peu importe, l'Angleterre victorienne est sans doute la période la plus reposante de l'histoire de l'humanité : promenades en barques sur la Tamise, parties de croquets sur l'herbe, valets obséquieux...

     Bien évidemment se serait oublier que Connie Willis aime faire un peu souffrir ses héros. N'envoyait-elle pas la pauvre Kivrin en pleine peste noire dans Le Grand Livre ? Elle fait toutefois preuve de plus de clémence cette fois-ci. Les héros de To say nothing of the Dog ne doivent affronter que quelques paradoxes temporels, les facéties d'une riche américaine, les caprices d'une héritière férue de spiritisme et de son chat, sans parler du chien.

     Les influences de To say nothing of the Dog sont diverses, on y retrouve l'atmosphère de Trois hommes dans un bateau, bien sûr, mais aussi le suspense des intrigues policières des années 30 et un service à table digne de Jeeves.

     Mais To say nothing of the Dog est plus qu'un divertissement, c'est également une remarquable étude du voyage temporel. En utilisant la théorie du Chaos — un petit chat perdu peut à lui seul bouleverser le devenir de l'humanité — , Connie Willis offre l'une des voies d'exploration des paradoxes temporels les plus satisfaisantes à ce jour.

Sophie GOZLAN
Première parution : 1/4/1998
dans Bifrost 8
Mise en ligne le : 3/11/2003


Edition J'AI LU, Millénaires (2001)


     Un éblouissant cocktail des Imaginaires.

     Le Grand livre et Remake, également publiés chez J'ai lu, avaient été très remarqués, et firent découvrir l'auteur au public francophone. Comme dans le premier de ces romans, le voyage dans le temps est central dans Sans parler du chien. Ned Smith est un historien étudiant le bombardement par les nazis de la cathédrale de Coventry en novembre 1940. Fatigué par ses recherches, il est envoyé en “vacances” à Oxford en 1888 pour réparer une incongruité temporelle causée par un chat ramené du passé. La suite est proprement inracontable, le récit se déroulant à une allure vertigineuse, au travers d'un embrouillamini inextricable d'événements. Telle est d'ailleurs l'idée de base : l'Histoire est-elle influencée par des actes individuels ou par les forces obscures du hasard ? Formellement, le roman fourmille de particularités remarquables : petit résumé à la Jules Verne en tête de chaque chapitre, de très abondants dialogues, énormément d'allusions littéraires et historiques, le tout assaisonné de fréquentes saillies humoristiques. Ce formidable arsenal est mis au service d'une invention constante, qui ravira tant les amateurs de SF que ceux de steampunk, de polar, de roman historique ou d'aventures. L'ambiance de l'Angleterre victorienne est spécialement bien rendue. A cet égard, le séjour de Smith dans la maison familiale des Mering est un véritable bijou d'atmosphère : vous vous délecterez de la partie de croquet, du canotage, de la grande brocante, de la séance de spiritisme ou des velléités subversives du majordome. Sans parler du chien (le titre est un hommage à Trois hommes dans un bateau de Jérôme K. Jérôme) est un livre intelligent, brillant même, supérieurement construit et conduit, brassant tous les genres en un bouquet parfaitement original et extraordinaire. En cela, il mérite pleinement le prix Hugo qu'il reçut en 1999.

Bruno PEETERS
Première parution : 1/2/2001
dans Phenix 56
Mise en ligne le : 5/4/2004


 

 
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