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Le Troqueur d'âmes

Alfred BESTER & Roger ZELAZNY

Titre original : Psychoshop, 1998

Traduction de Pierre BAYART & Bernadette EMERICH
Illustration de Emmanuel GORINSTEIN

J'AI LU (Paris, France), coll. Science-Fiction (2001 - 2007) n° 5978
Dépôt légal : septembre 2002
224 pages, catégorie / prix : G
ISBN : 2-290-31216-9   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Alf est un journaliste chargé d'effectuer un reportage sur un homme étrange, Adam Maser, à la tête d'une non moins étrange échoppe, le lieu noir du troqueur d'âmes. Un mont-de-piété sis à Rome mais qui a la particularité d'exister à toutes les époques en même temps et qui offre à chacun la possibilité d'échanger — définitivement — chaque aspect de soi non désiré, intellectuel ou comportemental, si farfelus et déroutants puissent paraître cessions et acquis. Une boutique, enfin, qui accueille les clients les plus divers, de Poe à Beethoven en passant par Cagliostro... Tout cela irait pour le mieux si un être maléfique ne souhaitait profiter des ressources du lieu pour assouvir ses funestes desseins...
     Alfred Bester (1913-1987) est le virtuose et inoubliable auteur de L'Homme démoli. Et l'on doit à Roger Zelazny (1937-1995), fasciné par les mythologies et l'immortalité, le fameux cycle des Princes d'Ambre. Voici leur dernier ouvrage posthume, entamé par Bester et achevé par Zelazny, que chacun de ces deux brillants stylistes a enrichi de ses thèmes de prédilection.

 
    Critiques    
     Etrange objet que ce Troqueur d'âmes, à bien des égards. D'abord parce qu'il est doublement posthume. Entamé par Alfred Bester, avant qu'il ne disparaisse en 1987, il fut achevé par Roger Zelazny, mort en 1995, et parut finalement en 1998 aux Etats-Unis. Etrange surtout par son contenu, totalement foutraque, et détonant franchement au sein de la production S-F actuelle.
     On s'épargnera la peine de résumer une intrigue à ce point déjantée, tout juste en posera-t-on les bases : Alf, journaliste au Rigodon, est envoyé à Rome pour enquêter sur une étrange boutique où, comme il le découvrira rapidement, des hommes de toutes les époques se rendent pour y exaucer leur vœu le plus cher ou se débarrasser de leurs tares les moins avouables. Parmi la clientèle, on croisera Edgar Allan Poe, Beethoven ou Cagliostro. Et d'autres créatures beaucoup moins définissables. Les protagonistes de ce récit sont nombreux, et ne sont pas forcément ce qu'ils semblent être, voire ce qu'ils pensent être. Les événements se succèdent à une vitesse effarante, les lieux et les époques se succèdent, se superposent, et le lecteur se sent rapidement aussi perdu que le héros.
     L'intrigue du Troqueur d'âmes n'est pas sans évoquer le van Vogt de la grande époque : un bordel absolument pas maîtrisé, trois idées par page, généralement pas développées, et une cadence qui ne faiblit pas. Les personnages en revanche, et les dialogues surtout, portent bien la marque de Bester et de Zelazny. Truculents, érudits et cyniques, ils s'affrontent en des joutes verbales ma foi pas déplaisantes.

     L'histoire semble parfois n'avoir ni queue ni tête (même si les auteurs retombent in fine sur leurs pattes), nombre des épisodes contés sont absolument gratuits et ce roman est définitivement à classer parmi les œuvres les plus mineures de ses progéniteurs. On n'ira pourtant pas jusqu'à déconseiller sa lecture.

Philippe BOULIER
Première parution : 1/1/2003 dans Bifrost 29
Mise en ligne le : 20/2/2004


     Rappelons tout d'abord que Alfred Bester et Roger Zelazny sont morts tous les deux, respectivement en 1987 et en 1995, et que, commencé par Bester, le manuscrit du Troqueur d'âmes fut achevé par Zelazny. Dans ce roman au rythme très intense, les actions les plus folles se succèdent, et seuls les personnages principaux servent de fil conducteur à ce récit échevelé. Le titre est à prendre quasiment au pied de la lettre : tout se déroule dans l'échoppe, hors du temps et de l'espace, d'un homme qui peut à volonté transférer les capacités particulières d'un client chez un autre. Il peut, par exemple, échanger le don de clairvoyance d'une femme contre la beauté d'une autre. Chaque client peut abandonner chez lui un complexe, un aspect négatif de sa personnalité, qui fera le bonheur du suivant. Les personnages célèbres se bousculent dans ce livre bourré de références historiques et littéraires. Au fil de la narration se profile une réflexion plus large sur l'identité, en particulier grâce aux interrogations du personnage d'Alf, un journaliste sceptique chargé d'écrire un reportage sur cette fameuse boutique. Mosaïque fantaisiste, sorte d'hommage à Lewis Carroll, Le Troqueur d'âmes demande à son lecteur de se laisser emporter, et sème ça et là images poétiques, croquis, pistes de réflexions, sans jamais s'y attarder. Difficile de ne pas voir en ce livre une ébauche, un manuscrit de travail qui demandait peut-être encore à être peaufiné. Reste le plaisir de découvrir une (ultime ?) curiosité dénichée dans les archives de deux grands de la SF.

Marie-Laure VAUGE
Première parution : 1/6/2003 dans Galaxies 29
Mise en ligne le : 21/1/2007


     Curieuse destinée que celle de ce Troqueur d'âmes : le manuscrit, laissé inachevé par Alfred Bester — décédé en 1987 — est repris par Zelazny quelques mois avant sa mort, en 1995. C'est donc un roman doublement posthume qui paraît en 1998 sous le titre Psycho shop, signé par deux des plus grands noms de l'histoire de la science-fiction...

     Alf est journaliste, envoyé à Rome pour enquêter sur un sujet potentiellement croustillant : le Lieu Noir du Troqueur d'âmes. Ayant fait la connaissance du propriétaire, un certain Adam Maser (qui déclare n'être rien moins qu'un « Fœtus Amplifié par Maser et Emission Stimulée de Rayonnements Electromagnétiques », excusez du peu), Alf découvre un mont-de-piété d'un genre particulier, un « troc libidinal intemporel [...], véritable kaléidoscope de rejets et de désirs, des frustrations et des remèdes de l'homme ». Ici, tout s'échange : sens, aptitudes et handicaps, organes, orgasmes et fantasmes, névroses... Et voilà Alf promu assistant, recevant ses premiers clients, venant du présent, du passé comme du futur, de la Terre ou d'une galaxie lointaine... Entre un extraterrestre et un cauchemar lovecraftien, on peut ainsi découvrir d'où vient l'inspiration d'Edgar Poe, comprendre enfin pourquoi Beethoven n'a jamais composé la Rhapsody in Blue. Mais les évènements ne vont réellement commencer à devenir étranges qu'avec l'apparition d'un descendant de Cagliostro déguisé en Méphistophélès, désireux de créer un androïde capable de contrôler l'inconscient humain. La farce, en fin de compte, n'en est peut-être pas une, et Alf pourrait bien y avoir un rôle à jouer. Et si Adam Maser a tout d'un chat au sourire étincelant, qui peut bien être la souris ?

     Avec cette ébauche de roman, Bester offre à Zelazny un magnifique terrain pour y déployer ses thèmes de prédilection : la mémoire et l'inconscient, le pouvoir, le divin... Les idées défilent, une par page ou presque, le résultat est un joyeux bordel, fourmillant de péripéties, une histoire de prime abord sans queue ni tête, exubérante mais loin d'être superficielle, menée tambour battant et qui ne laisse de répit ni aux personnages, ni au lecteur. Les premiers n'en ont cure : héros de science-fiction tout droit sortis de l'âge d'or des pulps, capables de désarmer une douzaine d'adversaires d'une main tandis qu'ils préparent le café et conversent en sumérien, ils soutiennent l'intrigue et le rythme ; quant au second, il n'a plus qu'à s'accrocher et se laisser porter par les riffs enchaînés de ce que Greg Bear compare dans sa préface, non sans raison, à un grand duo d'improvisation jazz, par deux grands maîtres du genre.

     On reste loin, toutefois, du chef-d'œuvre qu'on aurait pu attendre d'une telle collaboration si elle avait eu lieu du vivant des auteurs. Quelques-uns des arrangements soutenant la mélodie restent faibles : certaines idées auraient gagné à être plus développées ; les personnages, surhommes proches du divin comme souvent chez Zelazny et Bester, n'ont pas la profondeur que ces auteurs savent pourtant insuffler à leurs héros. Mais en contrepoint de ces défauts, leurs points forts sont bien là, comme ces petites touches d'ambiance poétique disséminées ça et là, ces scènes de combat superbement chorégraphiées, ou ces dialogues percutants qui laissent le non-dit se tailler la part du lion... Ce qui pourrait laisser penser que, tel qu'il nous est parvenu, ce Troqueur d'âmes reste inachevé, que certains passages auraient gagné à être retravaillés. En un sens, c'est bien le cas : Zelazny a affirmé n'avoir fait que reprendre le manuscrit là où il s'achevait, en plein milieu d'une phrase, et remplir les trous. Le résultat aurait-il été meilleur s'il avait osé s'immiscer davantage dans le texte laissé par Bester ? A ce titre, l'analyse du manuscrit que détient Greg Bear pourrait s'avérer passionnante.

     Quoi qu'il en soit, le roman se laisse dévorer comme une cerise sur l'œuvre des deux auteurs. Les admirateurs de l'un comme de l'autre y trouveront le plaisir légèrement nostalgique de renouer avec une vieille connaissance ; aux néophytes, on conseillera de ne pas s'arrêter là 1, et de se tourner vers des textes plus consistants avant, sans doute, de revenir un jour se perdre dans les profondeurs du Lieu Noir.

Notes :

1. Et surtout, surtout, de ne pas prêter attention à la traduction massacrée par une Bernadette Emerich en très grande forme, assistée pour l'occasion d'un comparse dont on taira le nom par pure charité... [NDRC]


Olivier LEGENDRE
Première parution : 1/7/2009 dans Bifrost 55
Mise en ligne le : 2/11/2010


 
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