Site clair (Changer
 
    Fiche livre     Connexion adhérent
Le Jeune homme, la mort et le temps

Richard MATHESON

Titre original : Somewhere in Time / Bid Time Return, 1975
Traduction de Ronald BLUNDEN
Illustration de Alan HORSAGER

GALLIMARD (Paris, France), coll. Folio SF n° 34
Dépôt légal : octobre 2000, Achevé d'imprimer : 9 octobre 2000
Réédition
Roman, 338 pages, catégorie / prix : F7
ISBN : 2-07-041614-3
Format : 10,8 x 17,8 cm
Genre : Science-Fiction


Autres éditions
   DENOËL, 1977, 1990
   in Légendes de la nuit, 2003
   in Par-delà la légende, GALLIMARD, 2014

Quatrième de couverture
     À trente-six ans, Richard Collier se sait condamné à brève échéance. Pour tromper son désespoir, il voyage, au hasard, jusqu'à échouer dans un vieil hôtel au bord du Pacifique.
     Envoûté par cette demeure surannée, il tombe bientôt sous le charme d'un portrait ornant les murs de l'hôtel : celui d'Elise McKenna, une célèbre actrice ayant vécu à la fin du XIXème siècle. La bibliothèque, les archives de l'hôtel lui livrent des bribes de son histoire, et peu à peu la curiosité cède le pas à l'admiration, puis à l'amour. Un amour au-delà de toute logique, si puissant qu'il lui fera traverser le temps pour rejoindre sa bien-aimée.
     Mais si l'on ne peut tromper le temps, peut-on tromper la mort ?
 
     Né en 1926, Richard Matheson a débuté une carrière de journaliste avant de se tourner vers l'écriture. Il a acquis sa renommée dans le monde de la science-fiction grâce à deux romans devenus des classiques du genre : Je suis une légende et L'homme qui rétrécit, tous deux adaptés au cinéma.
Critiques
     Atteint d'une incurable tumeur au cerveau, Richard Collier, un scénariste de télévision californien, quitte un beau jour le peu qui le retient encore dans sa vie « d'avant » et part au hasard des routes au volant de sa voiture. Collier va bientôt mourir, il le sait, c'est une affaire de mois, de semaines peut-être. Alors il veut s'offrir un peu de solitude pour méditer sur une vie qu'il voit parsemée d'échecs : il ne s'est jamais épanoui dans son travail, et n'a jamais pu se décider à écrire quoi que ce soit de sérieux. Pire, il n'a jamais rencontré l'amour, le vrai : à trente-six ans, Richard ne s'est jamais marié, et alors que la fin est proche, il souffre plus que jamais de son célibat.

     Dans un hôtel de la côte au faste suranné, Richard tombe en adoration devant la photographie d'une jeune femme. Il s'agit d'Elise McKenna, une célèbre actrice qui séjourna dans cet hôtel durant l'une de ses tournées. Seul problème : c'était en 1896, trois quarts de siècle plus tôt... Mais ce n'est pas suffisant pour faire renoncer Richard. En créant les conditions propices, il pense pouvoir rejoindre Elise par-delà la frontière du temps, car de troublantes coïncidences lui font pressentir qu'il a effectivement vécu une histoire d'amour avec elle, avant même sa propre naissance...

     Eh oui, c'est à bien des points de vue un roman fantastique. Je me remémore avec un sourire la préface qu'Alain Dorémieux écrivit pour l'un de ses remarquables Territoires de l'Inquiétude (anthologies publiées dans les années 90 par la défunte collection Présence du Fantastique chez Denoël), où il stigmatisait l'hypocrisie — le terme est de lui — des éditeurs de SF qui faisaient alors pudiquement passer des romans fantastiques pour de la science-fiction, parce que cela faisait plus sérieux. Et d'illustrer son propos par l'exemple du Jeune homme, la mort et le temps (paru initialement en Présence du Futur), l'un des romans les plus appréciés de Richard Matheson (lauréat du World Fantasy Award), auteur trans-genres s'il en est.

     On retrouve dans ce récit l'extrême souci de la forme que Matheson manifeste dans ses nouvelles (rappelons qu'en 1975, il a la quasi-totalité de sa production de nouvelliste derrière lui). Le Jeune homme, la mort et le temps se présente classiquement comme le manuscrit de Richard Collier, publié à titre posthume par son frère. Le texte commence à la façon d'un simple journal de bord, où le narrateur relate dans un style concis et sec les stricts événements de son voyage. C'est au moment de sa rencontre virtuelle avec Elise (par le biais de son portrait) que le récit s'emballe, au rythme des émotions du narrateur, pour se rapprocher par moments du roman d'amour victorien dans ce qu'il a de plus typique, tout en baignant dans une atmosphère troublante, où le fantasme se superpose à la réalité, puis se substitue à elle : le narrateur entraîne alors le lecteur dans une espèce de transe que le moindre accident risque d'interrompre brutalement à tout instant. Un rêve dont on ne veut surtout pas se réveiller.

     Richard — le narrateur — emprunte-t-il plus que son prénom à Richard — l'auteur ? Si le Richard de la fiction est plus jeune que son créateur, ils partagent en tous cas la même profession (même si à la différence de son personnage, Matheson a mené une importante carrière littéraire en plus de ses activités scénaristiques)...

     Les commentaires et les annotations du frère du narrateur n'ont de cesse de persuader le lecteur que l'ensemble du récit qu'il est a sous les yeux n'est que la conséquence des hallucinations psychotiques provoquées par la maladie de Richard. La fleur bleue qui croît secrètement en chacun de nous ne saurait se satisfaire de telles explications ! Car ce roman est l'une des plus belles histoires d'amour de la littérature de genre, et même de la littérature tout court, au point qu'une anthologie récente reprend la première scène entre Elise et Richard comme exemple de rencontre amoureuse. Si l'on voulait situer ce roman par rapport à une autre œuvre de SF, ce serait le pendant tragique d'Une porte sur l'été (de Robert Heinlein), ce qui n'est assurément pas une mince référence. Si le destin du narrateur est scellé dès les premières pages, je ne peux cependant m'empêcher de penser qu'il est dommage d'avoir insisté sur l'idée de mort dans la traduction du titre, car tout le roman me semble être avant tout une magnifique leçon d'optimisme, un hymne à la vie, même. Et une nouvelle preuve que les histoires d'amour qui finissent mal sont souvent les plus belles...

Julien RAYMOND (lui écrire)
Première parution : 14/10/2003 nooSFere

Critiques des autres éditions ou de la série
Edition DENOËL, Présence du futur (1977)


     Pas une nouvelle brève, mais un gros roman de 330 pages ; pas un sujet-choc, mais l'exploitation minutieuse d'un thème traditionnel à cheval entre la s-f et le fantastique ; pas la moindre trace de morbide, de suspense, d'effets faciles, mais la coulée sereine d'un récit romantique : décidément, pour son retour, Matheson prend le contre-pied de tout ce à quoi son nom et sa célébrité étaient attachés. Courage, ou suprême habileté ? Qu'importe... Cette toute simple histoire d'un homme atteint d'une maladie incurable et qui plonge deux jours dans le passé proche (1896) par la seule force de sa pensée, pour y vivre les débuts d'un impossible amour avec une jeune actrice vue en photo, est une belle réussite, qu'entachent à peine quelques maladresses (il est peu probable que le narrateur ait pu écrire toutes ces pages au cours de ses deux journées au XIXe siècle) et quelques longueurs (notamment l'épisode avec les hommes de main). « Après 1960, Matheson a substitué le métier à l'imagination » (Dorémieux, préface aux Mondes macabres de Richard Matheson) ; « Une page est tournée » (R. Stragliati, in « La grande anthologie du fantastique »). Sans doute, mais Big time return n'incite pas à le regretter.

Jean-Pierre ANDREVON (lui écrire) (site web)
Première parution : 1/7/1977
dans Fiction 282
Mise en ligne le : 8/4/2012

Prix obtenus
World Fantasy, Roman, 1976


Cité dans les pages thématiques suivantes
Voyages dans le temps

Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes
Patrick Marcel : Atlas des brumes et des ombres (liste parue en 2002)

Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo...)
Quelque part dans le temps , 1980, Jeannot Szwarc

retour en haut de page

Dans la nooSFere : 77056 livres, 88019 photos de couvertures, 72934 quatrièmes.
8563 critiques, 41945 intervenant·e·s, 1601 photographies, 3748 adaptations.
 
Vie privée et cookies/RGPD
A propos de l'association. Nous contacter.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique.
Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres et ne publions pas de textes.
Trouver une librairie !
© nooSFere, 1999-2022. Tous droits réservés.