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Voyage vers la planète rouge

Terry BISSON

Titre original : Voyage to the red planet, 1990
Science Fiction  - Traduction de Michelle CHARRIER
Illustration de Nicolas FRUCTUS
BÉLIAL' n° (7), dépôt légal : novembre 2000
232 pages, catégorie / prix : 12, ISBN : 2-84344-030-0

Co-édité par "Orion Éditions et Communication".

Couverture

    Quatrième de couverture    
     Hollywood kidnappe Mars ! Ca va filmer...

     Depuis la grande Récession qui a vu la faillite des gouvernements et de leurs administrations, l'exploration spatiale n'est plus qu'un rêve oublié... La NASA et l'US Navy ont été cédées à des multinationales, tout comme le parc de Yellowstone (certes en piteux état) et à peu près tout le reste du Monde Libre.
     Le Mary Poppins, un vaisseau spatial destiné à conquérir Mars, dort quelque part en orbite... jusqu'à ce qu'un producteur malin décide de s'approprier la planète rouge : de bien belles images en perspective ! Entièrement financée par Hollywood, avec à son bord deux stars pour le moins nécessaires, et une caméra révolutionnaire, la mission ne sera pas sans encombres ni surprises. Et qu'importe les quelques tracas en cours de route, passager clandestin y compris...
     The show must go on !

     Voyage vers la planète rouge est le roman de SF le plus fun-marrant-délirant et-même-qu'on-rigole, depuis Martiens go home !.

     Il fallait une sacrée dose d'imagination et d'irrévérence pour concocter un tel mélange : la rigueur de la hard science alliée à la satire piquante digne d'un enfant de Voltaire. Tout à la fois politiquement engagé (il n'a pas voté pour « Junior j'aime-la-peine-de-mort ») et passionné des mythes du grand territoire nord-américain, Terry Bisson est né en 1942 dans le Kentucky. Son oeuvre, tendre et pimentée comme la cuisine tex-mex, se compose de plusieurs romans et de nombreux récits (dont « Le jour où les ours ont découvert le feu », récompensé par une kyrielle de prix : Nebula, Hugo et Sturgeon Memorial Award). Il vienr de recevoir le Grand Prix de l'Imaginaire pour sa nouvelle « Meucs ». Son chef d'oeuvre est sans doute le roman de fantasy Homme-qui-parle, chez Bifrost/Etoiles Vives, évidemment !

 
    Critiques    
     Comment s'offrir, aujourd'hui, le luxe rétro d'un récit de vol vers Mars, avec moteur atomique et ricochet sur Vénus, check-list et planeur à l'hyperréalisme buckdannien, effets de 8 g ou vomissement en apesanteur, description lyrique de la planète rouge, mascon, météo locale, ou brave dame ne comprenant pas que les communications ne sont pas instantanées. Plus une gamine et un chat, passagers clandestins, et des suspenses basiques, vaisseau risquant de percuter Phobos, manque de gasoil pour repartir, sacrifice d'un explorateur restant sur place, bricolage macgyveresque, artefact envoyant un message aux étoiles  : du Hergé et du Clarke. C'est très plaisant, mais peu de saison. Même avec un dicktracy de poignet, des euro-yens, des CD stockant l'énergie de la lumière ou une pré-vie martienne en forme d'argile duplicative.
     Mais Bisson caricature la hard-science avec d'abusives précisions chiffrées, et la dope par le tableau d'un monde ultra-libéral, où Nixon et Spiro Agnew sont honorés, où la NASA appartient à Chase-Gillette et la Navy à Beatrice-Texaco, où Disney-Gerber est à l'ONU, et où l'on dit que des parcs nationaux sous contrôle public, ce serait du socialisme — quelle horreur... À part ça, l'Antarctique a fondu et le Grand Canyon est un lac, plus personne ne semble s'intéresser à l'espace, et on part pour Mars au nom de Hollywood, l'expédition dépendant du sort boursier de son organisateur, vite réduit à appeler le vaisseau en PCV. Le cinéma est par ailleurs tenu par 24 familles de stars (façon Loretta Spielberg-Stallone) qui exigent la présence de deux d'entre elles dans tout film, bien que les images virtuelles les rendent en fait inutiles. En prime, la presse pose des questions imbéciles et hilarantes, l'hibernation inspirée des ours donne des envies de miel et de baies, et, si nous sommes le résultat d'une expérience génétique, le message de nos créateurs oscille entre pied de nez et foi en l'humanité. Et cetera. Bref, Bisson joue la satire et l'humour. Ce qui ne surprendra ceux qui ont lu le dossier de Galaxies n° 12. Il y ajoute l'uchronie involontaire car, dans ce livre datant de 1990, il fait survivre l'URSS et parle d'une guerre aux Philippines ou d'une insurrection dans les ghettos, dans un futur pour nous déjà passé.
     Cela peut rebuter le « grand public  ». Mais l'amateur éclairé, donc le lecteur de Galaxies, oui, vous, là-bas, aurait bien tort de ne pas se précipiter pour acheter ce roman, le dévorer et jubiler.


Éric VIAL (lui écrire)
Première parution : 1/3/2000
dans Galaxies 16
Mise en ligne le : 17/5/2001


     Les contraintes économiques détruisent souvent les rêves. On le constate avec Mars, qui est l'objet de nombreuses conquêtes littéraires et cinématographiques mais qui, dans la réalité, achoppe sur les problèmes financiers. C'est encore plus vrai dans l'univers de Terry Bisson, ou une Grande Récession a conduit les gouvernements à la faillite, laissant le champ aux grandes sociétés, elles-mêmes constamment menacées de restructurations, d'OPA et de rachats inopinés.
     Qu'à cela ne tienne ! Iconoclaste avéré et optimiste déjanté, Terry Bisson va nous faire rêver malgré tout, de façon certes plus modeste que Kim Stanley Robinson, mais aussi plus sarcastique. C'est Hollywood qui financera l'épopée martienne, en allant tourner un film sur place, utilisant pour la circonstance une caméra révolutionnaire qui rend presque obsolètes les acteurs : il lui suffit d'enregistrer quelques mimiques et attitudes pour numériser un long métrage à partir de ces informations... Une caméra interdite sur Terre mais indispensable sur Mars, eu égard à la courte durée du tournage sur la planète. Les stars savent en effet se protéger : à présent qu'il n'est plus nécessaire de savoir jouer la comédie, on naît acteur ; les prodiges sans lien de parenté avec une vedette confirmée peuvent aller se rhabiller.
     L'intrigue de base n'est pas si délirante : les russes avaient également songé à louer Mir à l'industrie cinématographique. Mais ce mode de financement braque les projecteurs sur le film et non sur l'expédition, qui se déroule dans l'indifférence générale, à l'exception des potins sur les acteurs.
     « Il me semble entendre des acclamations ? remarqua-t-elle, se remémorant l'immense salle des communications de Houston.
      On a encore eu des problèmes de téléphone, répondit Sweeney. Je vous appelle du bar d'en face. Les Lakers mènent de dix points. »
     On ne saurait imaginer plus terrible satire du libéralisme économique : les sociétés finançant le projet se trouvant successivement rachetées par d'autres, le malheureux Sweeney qui l'a conçu et monté ne cesse de chercher des solutions de remplacement, se voyant même contraint de trouver un emploi et de veiller à la réussite de la mission en-dehors de ses heures de travail. L'épopée de la Mary Poppins ira de problème en problème, jusqu'à compromettre le retour du vaisseau sur Terre, faute de carburant.
     Le récit ne se limite pas à cette charge terrible d'une société victime de ses excès ; il est également un excellent roman d'aventures, avec ses rebondissements parfois attendus (la présence d'un passager clandestin, les rivalités à bord, les problèmes techniques), ses mystères (la découverte de sculptures imitant les premiers engins d'exploration à s'être posés sur le sol martien, puis d'autres traces de visiteurs extraterrestres) et ses moments d'émotion.
     Le livre s'apparente aussi à la hard science, ce qui produit un mélange détonant, décalé mais original, aux effets contrastés. Le récit de l'atterrissage est digne d'un physicien ; Terry Bisson n'a omis aucun détail, pas même la vitesse du son sur Mars.
     Jouant sur ces registres contradictoires, cet auteur au succès grandissant nous offre ici un livre aussi tendre que sarcastique, aussi délirant que documenté, un curieux mélange qui tient autant de Clarke que de Sheckley. Étonnant.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/8/2001
dans Bifrost 23
Mise en ligne le : 6/9/2003


 
Base mise à jour le 9 septembre 2017.
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