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La Paix éternelle

Joe HALDEMAN

Titre original : The Forever Peace, 1997
Traduction de Michel PAGEL
Illustration de Wojtek SIUDMAK
POCKET, coll. Rendez-Vous Ailleurs, dépôt légal : juin 1999
408 pages, catégorie / prix : 139 FF, ISBN : 2-266-08918-8

Couverture

    Quatrième de couverture    
2043. La guerre Nord-Sud fait rage. Les Etats-Unis répondent aux frappes nucléaires tactiques dont ils ont été la cible. En envoyant sur le terrain, en Amérique latine, des commandos de robots ultraperfectionnés dirigés à distance par des soldats enterrés dans de lointains bunkers.
     Julian Class est un de ces "soldats-mécaniciens", capable non seulement de vivre à des milliers de kilomètres les sensations transmises par son robot, mais aussi de partager la conscience de tous les autres membres de son unité.
     Confronté à des situations de plus en plus insoutenables, il est finalement contraint de reprendre son ancien métier, physicien, pour travailler avec sa compagne sur les conséquences potentielles d'un nouveau type d'expérience mené dans l'espace par une équipe de scientifiques : le Projet Jupiter, dont le but est de recréer artificiellement les conditions du big-bang... au cours de leurs recherches, où le passé militaire de Julian jouera un rôle essentiel, ils iront de surprises en découvertes, jusqu'au dénouement surprenant, original et étrangement optimiste : la paix éternelle serait-elle possible ?

     Joe Haldeman, déjà lauréat du prix Hugo pour "La guerre éternelle" signe ici avec "La paix éternelle" un nouveau chef-d'oeuvre qui se voit récompensé lui aussi par un Hugo et par le prix Nebula. Un livre-événement et qui fait déjà date...

    Prix obtenus    
John W. Campbell, Jr. Memorial, [sans catégorie], 1998
Grand Prix de l'Imaginaire, traducteur, 2000
Hugo, roman, 1998
Nebula, roman, 1998
 
    Critiques    
Avec La guerre éternelle, son premier roman, paru en 1975, Joe Haldeman avait frappé fort ! Très inspiré de son expérience au Viêt Nam, c'était un ouvrage exceptionnel, dur et direct, d'une écriture moderne et percutante, exposant sans fard la cruelle réalité de la guerre.

     Vingt-deux ans plus tard, Haldeman revient sur le thème... Ce second roman peut être lu sans connaître le précédent, car il ne s'agit pas d'une réelle suite, mais comme le lecteur en est averti, "d'une sorte de prolongement examinant certains des problèmes soulevés par ledit roman sous un angle qui n'existait pas il y a vingt ans".
     Et en effet, la science et la science-fiction ont évolué depuis 1975. Nous retrouvons ici la nanotechnologie devenue familière, de même que les connexions neuronales directes permettant de se brancher en réseau. Ces nouveautés conduisent l'auteur à peindre le tableau effroyable d'une guerre plus que jamais inégale entre les nantis et les démunis : d'un côté on combat avec des robots, de l'autre avec ses tripes... Est-ce encore une guerre, ou une extermination impitoyable, autorisée par le contrôle à très grande distance de ces petits soldats, machines quasi invincibles dirigées par une dizaine de mécaniciens ? S'agit-il encore d'un affrontement à l'échelle humaine quand "en tenue de combat complète, nous ne formions plus qu'une créature unique à vingt bras et jambes, dix cerveaux, cinq vagins et cinq pénis" (p. 21) ?

     L'auteur excelle une nouvelle fois dans ce récit hallucinant mais bel et bien crédible. Cependant, au lieu de se concentrer sur la guerre, le thème central du récit bascule tout à coup... Ecoeuré, Julian revient à la vie civile et à Amélia. Il se consacre alors au Projet Jupiter, dont la réussite risquerait de compromettre la survie de l'univers actuel, mais aussi aux agissements d'une secte nommée le Marteau de Dieu, qui espère la fin du monde, et enfin aux possibilités d'humaniser l'humanité, qui aboutirait à une paix totale et définitive...
     Devant ces thèmes ambitieux, Haldeman semble moins à l'aise. Il se contente de les utiliser comme trame d'un thriller nerveux qui s'intéresse plus aux tueurs lancés aux trousses d'Amélia qu'aux difficultés soulevées par cette possible paix éternelle. Certains de ces problèmes - par exemple, que faire des réfractaires ?- sont abordés, mais pas vraiment exploités...

     Il en résulte un roman violent, fougueux et sombre, qui nous emporte vers une conclusion dont l'optimisme ne convainc guère. Lorsqu'on se souvient de celle d'Orange mécanique, on imagine mal que l'homo sapiens pacificans ait une quelconque chance de survie...
     Malgré cette réserve, La paix éternelle est une oeuvre captivante et souvent passionnante, qui laissera sans doute au lecteur une impression forte et durable.

Pascal PATOZ (lui écrire)
nooSFere


     Joe Haldeman a combattu au Viêt-nam. Il y a même été sérieusement blessé en 1968. Dès son premier roman mainstream paru en 1972 (War Year), l'horreur et l'absurdité de cette guerre nourrissent son œuvre littéraire. Au plan métaphorique, le 'Nam est aussi présent dans son chef-d'œuvre, La Guerre éternelle (J'ai lu, prix Hugo 1976 et Nebula 1975), qui conte la destinée de William Mandella, enrôlé en 1997 dans le conflit qui oppose la Terre aux Taurans et démobilisé en... 3143, pour cause de distorsion spatio-temporelle.
     Près d'un quart de siècle plus tard, Haldeman met en scène une autre guerre du futur. Mais pas dans l'espace, cette fois, ni contre des extraterrestres. Il imagine un conflit Nord-Sud opposant les États-Unis à certains gouvernements d'Amérique latine (comme Lucius Shepard dans La Vie en temps de guerre), une étrange guerre où des commandos de robots, connectés aux soldats américains restés à l'arrière, sèment la terreur chez l'ennemi. C'est l'occasion pour l'auteur de réfléchir — par le biais du personnage principal, complexe et attachant — sur les conséquences de cette violence cybernétique sur le psychisme des soldats (pendant les opérations, les membres du commando sont aussi « branchés  » entre eux), sur le concept de guerre « propre  » et sa médiatisation (les enregistrements des robots ressemblent à des jeux vidéo, suivis avec passion par des fans, les warboys).
     Mais la première partie est assez statique, car le contexte prend le pas sur l'intrigue. Puis, brusquement, le roman éclate dans tous les sens, comme une grenade à fragmentation. Le fameux branchement neural mis au point par l'Armée pour diriger au combat les robots peut, sous certaines conditions (pas très convaincantes), transformer irréversiblement ceux qui se connectent en pacifistes. Le Projet Jupiter sur lequel travaille la compagne du héros s'avère mettre en péril l'univers (carrément), ce qui excite follement une secte finaliste appelée le « Marteau de Dieu  ». Roman-catastrophe, thriller, utopie pacifiste, tout se télescope sans grande cohérence et l'intérêt, déjà émoussé, chute.
     Hormis pour des raisons sentimentales et symboliques, on ne comprend pas pourquoi La Paix éternelle a réussi le doublé Hugo-Nebula 1998.

Denis GUIOT
Première parution : 1/9/1999
dans Galaxies 14
Mise en ligne le : 10/10/2000


     Voici donc, 25 ans après La Guerre éternelle, La Paix éternelle qui, en dépit d'un évident clin d'oeil, n'est nullement une suite du précédent. Néanmoins Joe Haldeman, qui fut blessé au Viêt-Nam, a conservé une aversion toujours aussi vive pour la guerre. Désormais, il ne se contente plus de la dénoncer, il veut l'éradiquer et aspire à une paix éternelle autre que celle des cimetières.
     Le background de ce roman mérite une attention toute particulière. En 2043, les Etats-Unis (et l'Occident riche et « Blanc » avec eux) sont en guerre avec les Ngumi (les « métèques ») des pays pauvres du Sud. Bref, une situation à laquelle on s'attend dès à présent. Par contre, on est fort surpris de 1'« évaporation » de l'entreprise privée, de la bourse, des forces du marché. Il n'en est à aucun moment question. A l'inverse, le poil du gouvernement est à nouveau dru, soyeux et brillant à souhait, resplendissant de santé. Et cela grâce à la nanotechnologie qu'il contrôle, dont les nanoforges sont les sites de production, véritables cornes d'abondance d'où sortent diamants, robots de combat ou accélérateur de particules géant sur orbite circumjovienne... Bien entendu, le Sud n'a pas de nanoforge et seuls les pays soumis peuvent en espérer l'usufruit.
     Cette société dégage une forte odeur de communisme. L'essentiel est gratuit, le superflu (alcool, divertissements, etc) rationné avec tickets sauf pour les militaires. L'armée est apparemment la seule activité lucrative, bien plus que la physique en tout cas. La guerre elle-même apparaît comme un état de fait sans cause bien définie et sans qu'Haldeman le dise — autant comme un rempart contre la vacuité intérieure que contre les Ngumi. La Paix éternelle s'inscrit, bien sûr, dans la veine de grandes oeuvres antimilitaristes telles que le célèbre Catch 22 de J. Heller ou La Guerre définitive de Barry N. Malzberg. En filigrane, Haldeman ouvre la spéculation sur les motivations futures de la guerre ; celle du roman trouvant écho dans la réalité contemporaine à travers une même destruction à sens unique de la Serbie et des Ngumi, pure expression d'une volonté de puissance et d'asservissement à une culture et une pensée uniques. A défaut de raisons économiques, un prétexte moral qui lui aussi transparaît, servant de justification.. Mais, comme le dirait Valerio Evangelisti, « le problème des droits de l'homme n'était soulevé que pour les états qui perturbaient l'équilibre international  » (in « sepultura  », nouvelle publiée dans Le Monde du samedi 24 juillet 99).
     En 2043, tout va donc bien : les massacres s'enchaînent avec toute la fluidité voulue et l'alcool n'est pas rationné aux militaires afin qu'ils puissent se saouler pour oublier les horreurs qu'ils commettent...
     Le sergent Julian Class dirige à distance un commando de robots presque indestructibles à raison de dix jours par mois grâce à une interface neurale. Le reste du temps, il enseigne la physique à Houston. Sa compagne, Amélia Harding, physicienne elle aussi, travaille sur le projet Jupiter — la construction d'un accélérateur de particules vraiment géant sur une orbite complète autour de Jupiter afin de recréer les conditions du « Big Bang ». Dans un club, ils fréquentent entre autres Marty Larrin, l'inventeur de l'interface neurale grâce à laquelle il est possible de diriger les « petits soldats » (robots) à distance, comme si on y était. Mais Class et Harding ne tardent pas à se trouver à la conjonction d'événements qui vont radicalement changer la face du monde...
     Il va sans dire que La Paix éternelle est un roman riche d'interrogations. Sur le pourquoi d'une guerre sempiternelle entre le Nord et le Sud alors que la richesse pourrait être partout disponible. Sur les conséquences économiques et sociales d'une nouvelle technologie majeure (la nanotechnologie) et sur l'impact politique de son éventuelle nationalisation. Sur l'existence (aux USA en particulier) de nombreux fanatiques vouant un culte à l'apocalypse. Il interroge sur le principe de responsabilité : faut-il, au nom du savoir, expérimenter à tout prix quitte à risquer une catastrophe (finale en l'occurrence). Enfin, dans le cadre plus vaste de la création, ce roman nous demande si l'univers n'est pas effacé et ramené à son origine à chaque fois que la première des espèces qui s'y développe parvient à un stade précis de civilisation. Vaste perspective...
     On s'étonnera sans doute qu'un roman de cette envergure ait trouvé sa place dans une collection comme «  Rendez-vous ailleurs  », plutôt orientée vers le divertissement kilométrique, en compagnie d'auteurs comme Marion Zimmer Bradley, Anne McCaffrey ou David Eddings. Ceci dit, il y a déjà eu un précédent : ainsi se souviendra-t-on de La Jeune fille et les clones de David Brin (cf. critique in Bifrost 07). La richesse de la problématique ne fait pas de La Paix éternelle un livre abscons ; il est à la portée de chacun tout en offrant la fluidité narrative et la facilité de lecture qui sont l'apanage, pour le meilleur et pour le pire, de la collection. On se serait davantage attendu à trouver Rupture dans le réel (critiqué dans Bifrost 14 dans son édition anglaise), l'aventureux space opera de Peter F Hamilton sous ce label et inversement, La Paix éternelle, dont l'ambitieux questionnement est plus conforme à l'image de marque d' «  Ailleurs et Demain  », chez Laffont. Mais qu'importe de savoir d'où viennent les bonnes surprises...
     Si La Paix éternelle n'a pas encore obtenu de récompense française, ses Hugo et Nebula n'ont vraiment pas été volés.


Jean-Pierre LION
Première parution : 1/12/1999
dans Bifrost 16
Mise en ligne le : 10/1/2002


 
Base mise à jour le 9 septembre 2017.
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