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L'Éperon de Persée

Julian MAY

Titre original : Perseus spur, 1998

Cycle : Les Mondes de Rempart vol. 1

Traduction de Michèle ZACHAYUS
Illustration de Wojtek SIUDMAK

POCKET (Paris, France), coll. Rendez-Vous Ailleurs
Dépôt légal : août 1999
324 pages, catégorie / prix : 139 FF
ISBN : 2-266-08530-1   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Lorsqu'on est un rebut de la société qui a trouvé refuge sur une île ensoleillée, lorsqu'on vit de sa pêche et des excursions sous-marines qu'on propose aux touristes fortunés, le passé a de curieuses façons de se rappeler à votre souvenir. Il est vrai qu'on peut être un banni et l'héritier potentiel d'un empire commercial, un ex-flic chasseur de consortiums industriels et avoir été condamné pour un crime qu'on a pas commis, victime d'une manipulation judiciaire, écoeuré de tout. Lorsque s'affrontent des corporations plus puissantes que les gouvernements, tous les coups sont permis pour s'assurer de nouveaux profits et le contrôle des firmes ennemies, même si cela menace la paix ou doit provoquer la disparition de races entières.

     C'est ce dont s'aperçoit Helmut Icicle, surnommé Capitaine Helly, quand on essaye de le tuer et que sa maison est détruite de fond en comble. Il est vrai qu'il a pour véritable nom Asahel Frost, fils de Simon Frost, président d'une des plus prometteuses méga-corporations. Une firme gigantesque que d'autres monstres financiers voudraient bien avaler.

     Mais le ton est donné lorsque le Capitaine Helly, racontant sa vie de politicien déchu, se souvient : « Les Cent Firmes ne se seraient jamais effondrées, changeant le cours de la civilisation et mettant fin à l'invasion des Haluks, si le monstre venu de la mer n'avait pas dévoré sa maison. » On comprend qu'il ne s'agit pas uniquement d'un thriller palpitant. On est au XXIIe siècle et une offre d'achat hostile peut prendre les dimensions d'une guerre galactique.
 
    Critiques    
     Prenez un shaker. Versez-y une dose de Star Trek, une grosse rasade de Dallas et quelques actions de la World Compagny. Secouez-bien. Vous avez l'Eperon de Persée. Voici comment l'on pourrait résumer l'expérience de chimie amusante à laquelle se livre Julian May dans ce premier tome des Mondes de Rempart. En France, nous connaissons surtout Julian May pour sa collaboration avec Marion Zimmer Bradley et André Norton dans les Trois Amazones et le Cycle du Trillium, qui jouent clairement dans le registre de la fantasy. Mais les lecteurs anglo-saxons sont davantage habitués à la voir mélanger les genres, puisque ses trois sagas d'anticipation (Intervention, Galactic Milieu, Pliocene Exile) mêlaient déjà hardiment (et efficacement) la SF et la fantasy. Toute la question étant de savoir si la sauce prend aussi bien quand on essaie de marier space opera et soap opera...

     Au premier abord, on pourrait penser que le pari a été gagné. Julian May nous décrit avec sa gouaille habituelle un monde dominé par les intérêts financiers, où les personnages sont cyniques et manipulateurs à souhait et qui constitue un clin d'oeil évident (et assez caustique) à notre époque de capitalisme triomphant. On ne peut s'empêcher, en voyant les extra-terrestres exploités par les grandes firmes s'efforcer de rattraper la société de consommation, quitte à devoir pour cela abandonner leur cycle métamorphique naturel, de penser aux sociétés en voie de développement, forcées d'opérer un choix douloureux entre leur culture et la civilisation du profit. Impossible aussi de ne pas voir, dans les Rejetés du système, une critique implicite d'un mode économique qui produit des exclus et peut parfois sembler encourager la recherche de l'argent facile. Les dialogues sont rendus savoureux par un style plutôt cru, auquel on est peu habitué chez les auteurs féminins de fantasy et de science-fiction, à l'exception notable de Julia Verlanger, alias Gilles Thomas. May sait en outre magnifiquement faire passer des ambiances et convertir en mots des impressions visuelles – comme la beauté trompeuse des fonds sous-marins ou la magnificence d'un ballet de comètes. Le style est donc irréprochable et témoigne du talent d'un auteur qui écrit depuis près de cinquante ans.

     Toutefois, on doit avouer que les ressorts narratifs sur lesquels s'appuie Julian May dans ce livre sont à double tranchant. Ainsi, même si la gouaille et le vocabulaire familier, voire argotique, utilisés dans les dialogues donnent une saveur particulière à l'ensemble, ils tendent aussi à gêner l'inscription temporelle de l'action. Un univers où l'on dit saperlipopette ou sacré nom d'une pipe toutes les deux phrases sonne trop familier à notre oreille pour que nous le situions d'emblée dans le vingt-troisième siècle et sur une lointaine planète de l'amas de Persée. Il en va de même pour le choix de la narration subjective : tout voir à travers les yeux d'un personnage finalement assez proche de nous donne une grande familiarité à des scènes qui auraient logiquement dû nous paraître exotiques. Enfin, le fait de trouver dans ce monde lointain d'un lointain avenir les mêmes marques que chez le garagiste d'à-côté (Jaguar, Toyota) ou le supermarché du coin (Coca, T-shirt Ok Corral et New York Times) contribue certes à nous faire comprendre la puissance des firmes commerciales, capables de figer la culture en des formes quasi-définitives, mais fait aussi bien souvent oublier que tout ceci se passe demain, ailleurs, et non pas là, tout de suite. Un décalage entre la situation décrite et la situation perçue qui diminue fortement la crédibilité du récit et conduit parfois à se demander si May s'amuse... ou si elle se moque de nous.

     Enfin, notons encore que tout ceci n'est pas d'une folle originalité, malgré le mélange des genres. Une fois que l'on a compris le fonctionnement de l'intrigue, tout s'enchaîne somme toute assez naturellement et l'on n'est guère surpris par le développement du récit. Les dialogues intérieurs du héros, qui sont amusants pendant les cent premières pages, finissent par lasser au bout de deux cent, d'autant qu'ils ralentissent considérablement l'action et tournent toujours plus ou moins autour des mêmes sujets. Ceux qui cherchent de la substance dans un livre seront donc, sans doute, un peu déçus. Pourtant, le nombre de clichés qui émaillent le roman (du crapaud mangeur de maison au sous-marin jaune du héros, en passant par un combat à la Star Trek) tend à indiquer que Julian May a voulu nous donner à sourire plus qu'à penser. Même si elle n'y réussit que partiellement, on peut toutefois considérer ce livre comme distrayant et agréable à lire, même s'il est loin de valoir Jack the Bodiless ou Magnificat, qui n'ont malheureusement pas encore été traduits en français.

Nathalie LABROUSSE (lui écrire)
Première parution : 6/6/2000 nooSFere


     Il faut toujours se méfier des quatrièmes de couverture. En effet, comment résister à une accroche comme  : « On comprend qu'il ne s'agit pas uniquement d'un thriller palpitant. On est au XXIIe siècle et une offre d'achat hostile peut prendre les dimensions d'une guerre galactique  »  ?
     Hélas, en fait de thriller palpitant, on a droit à un roman d'aventures poussif dans un cadre de space-opera digne des plus mauvais pulps  ; le XXIIIe siècle décrit (et non XXIIe) ne possède aucune crédibilité (dans cet empire galactique de l'an 2229, on fait référence à Bob Hope  !). Quant au contexte économique, c'est un modèle d'hypocrisie qui sacrifie à la mode de la dénonciation de la mondialisation, tout en faisant de son héros Asahel Glace (qui, en quatrième de couverture, a gardé son nom d'origine  : Asahel Frost  !), l'héritier d'une puissante corporation en butte à plus crapuleuse qu'elle.
     Bien sûr, on nage dans le second degré, bien sûr, on baigne dans la parodie. Mais on patauge aussi dans le travail bâclé. Pas très sérieux tout ça, surtout pour 139 Francs. Et dire que c'est le premier volume d'une trilogie...

Denis GUIOT
Première parution : 1/3/2000 dans Galaxies 16
Mise en ligne le : 17/5/2001


     Julian May bien que n'appartenant pas à une quelconque nouvelle génération d'écrivains anglo-saxons, est peu connue sous nos longitudes. A l'instar de ses consoeurs Anne Mc Caffrey et Marion Zimmer Bradley, elle produit des récits d'aventures relativement bien menés. En France, on a pu lire d'elle Les Trois amazones, une fantasy écrite en collaboration avec Zimmer Bradley et André Norton – tâcheronne de la même génération et encore moins connue qu'elle de ce côté de l'océan –, ainsi que les trois tomes disponibles chez J'ai Lu de La Saga des exilés (critiquée en ces pages dans un précédent Bifrost), dont les deux premiers avaient connu une précédente édition chez Temps Futurs en 1982.
     Ici, c'est de space opera pur jus qu'il s'agit. De facture on ne saurait plus classique. Et le moins que l'on puisse dire c'est qu'on ne se prend pas le chou avec ce bouquin. Pour avoir une idée raisonnable de 1a mixture, prenez 1a trilogie des Conquérants de Timothy Zahn dans la même collection, ajoutez y du Pierre Barbet couleur David Maine à bonne dose, l'Anarchaos de Donald Westlake le polardeux (PdF, Denoël) et de l'ADN recombinant pour faire la mesure. L'Eperon de Persée devrait sortir du shaker si vous avez pris soin d'adjoindre une fragrance de Carl Hiaasen pour la note de tête. L'éditeur ne s'y est d'ailleurs pas trompé en rédigeant la quatrième de couverture comme s'il s'était agit là d'un polar floridien. Juste, au début, l'odeur de Carl Hiaasen... Pas le talent !
     Il y a quand même un fils de ponte qui picole comme un trou, pilote un sous-marin jaune pour touristes et se retrouve à roussir à cheval sur une comète, un père avec un Stetson et un crapaud de mer qui bouffe une baraque. Celle de notre héros, d'ailleurs, qui a hérité à la traduction du nom aussi charmant qu'improbable de Helmut Glaçon (Icicie). Il est un flic financier déchu et le fils de Simon Glace (Frost) — autre coup de génie de la traductrice — , PdG de Rempart, petite firme multimondiale en butte aux manoeuvres de Gala-pharma en vue d'une OPA agressive aux fins des plus craignos.
     En 2229, le monde ressemble à celui de 1999 comme deux gouttes d'eau bien qu'il y ait des astronefs... Le pouvoir politique central est de plus en plus battu en brèche par celui des firmes géantes qui considèrent la diplomatie comme étant de leur ressort, et qu'entre leurs mains elle ne favorisera que mieux les affaires et maximisera les bénéfices. Vous pouvez même louer une Jaguar (groupe Ford aujourd'hui), car la marque existe toujours... même si le charme british a cédé au kitsch psychédélique des Cadillac californiennes.
     De telles réminiscences donnent à penser que la trame de ce roman a hésité jusqu'au dernier moment entre devenir un polar contemporain ou un space opera. On a l'impression d'une adaptation à la va-vite sans qu'il y ait cependant lieu de s'en plaindre. C'est un roman d'aventures spatiales, vif et alerte, comme il y en a treize à la douzaine mais meilleur que beaucoup... Du divertissement kilométrique comme il en faut, plutôt bon dans sa catégorie. On conseillera cependant d'attendre la réédition en poche ; malgré le confort de lecture dû au grand format, 139 FF c'est trop cher pour du tout-venant. Un bon moment et puis basta. C'est plaisant, certes, mais on en a pas vraiment pour son argent. Rapport qualité/prix insuffisant.


Jean-Pierre LION
Première parution : 1/12/1999 dans Bifrost 16
Mise en ligne le : 10/1/2002


     Julian May nous a habitués à de grandes aventures plutôt fantasy que SF. Des rencontres avec sorcières, elfes et petit peuple... C'est pourquoi l'on peut être surpris en ouvrant L'éperon de Persée qui est de la pure SF d'aventures...
     Les aventures d'un fils de famille renégat, paresseux, rebelle qui, pour sauver sa sœur préférée et comprendre pourquoi on veut l'assassiner, se lance dans les pires péripéties sur une planète étrange et inhospitalière. On se trouve ici dans un vrai récit d'aventures comme dans les bons vieux pulps des années cinquante : rebondissements, étranges aliens, traîtres hauts en couleur, tout y est pour nous faire palpiter... Surtout si on y ajoute beaucoup d'ingénierie génétique, un peu d'informatique et une bonne dose d'ambition.
     Amateurs d'aventures, jetez-vous sur ce roman, vous ne le regretterez pas, surtout si vous appréciez l'humour et la bonne humeur dont Julian May sait saupoudrer ses histoires...

Sara DOKE
dans Phenix 54
Mise en ligne le : 1/1/2004


 
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