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Le Soleil du traître

Marion Zimmer BRADLEY

Titre original : Traitor's Sun, 1999
Première parution : DAW, 1999 (en collaboration avec Adrienne Martine-Barnes)
Cycle : La Romance de Ténébreuse - 7 : L'âge de Régis Hastur  vol. 8 

Traduction de Simone HILLING
Illustration de Wojtek SIUDMAK

POCKET (Paris, France), coll. Rendez-Vous Ailleurs
Dépôt légal : octobre 1999, Achevé d'imprimer : septembre 1999
Première édition
Roman, 528 pages, catégorie / prix : 139 FF
ISBN : 2-266-08538-7
Format : 14,0 x 20,5 cm
Genre : Science-Fiction

Ce roman a été écrit par Adrienne Martine-Barnes, citée ici dans le copyright.



Quatrième de couverture
     Il y a maintenant dix-sept ans que Marguerida Alton est retournée sur Ténébreuse, qu'elle a découvert son pouvoir terrifiant, qu'elle a rencontré l'homme de sa vie en la personne de Mikhaïl Lanart-Hastur – l'héritier désigné du trône – et qu'elle seconde avec lui le vieux régent Régis Hastur. Elle a un fils de seize ans, Domenic.
     Mais les bonnes relations avec la Fédération Terrienne – pour lesquelles le Régent s'est tant dévoué – sont gâtées par les machinations de Lyle Belfontaine, le nouvel administrateur terrien, qui voudrait amener les Ténébrans à renoncer à leur statut protégé et à rejoindre la Fédération. Le Conseil Comyn ne veut pas de cette solution, qui signifierait pour la planète la mort de sa culture et le pillage de ses ressources. Mais le gouvernement central terrien est victime d'un coup d'état militaire et Lyle Belfontaine est provisoirement débarrassé du contrôle de ses supérieurs. Sur Ténébreuse, la mort soudaine de Régis Hastur ouvre une crise de succession : pour Belfontaine, c'est l'occasion…
     Mikhaïl, nouveau Régent, et Marguerida auront-ils des pouvoirs suffisants pour sauver la planète de son sort programmé ?
 
     Les cinq romans traversés par le personnage de Lew Alton (L'héritage d'Hastur, L'œil de Sharra, Le chant de l'exil, La matrice fantôme, Le soleil du traître) sont un peu à Marion Zimmer Bradley ce que Le père Goriot, Splendeur et misères des courtisanes et Les illusions perdues sont à Balzac : le point culminant du déchaînement des passions ; un réseau complexe d'amours, de haines et de vengeances ; une flamboyante illustration du paradoxe des inséparables – qui ne parviennent pas à quitter leur planète, même quand ils s'exilent, même quand ils en chassent les dieux.
Critiques
     Différent. Voilà sans doute le premier mot qui viendra à l'esprit des connaisseurs de Marion Zimmer Bradley quand ils refermeront ce livre. Différent par le style, les choix narratifs, l'ambiance, la profondeur psychologique des personnages et la manière dont les thèmes récurrents du cycle sont abordés. Différent, en somme, à presque tous les points de vue. En fait, il semble bien que Bradley, déjà très malade lors de l'écriture de ce roman, se soit bien davantage reposée sur Adrienne Martine-Barnes, co-auteur du Soleil du Traître et déjà collaboratrice de longue date. Rappelons en effet qu'Adrienne Martine-Barnes, née en 1942, signe des nouvelles ténébranes depuis 1982, et que c'est même à cette occasion qu'elle a choisi son actuel nom de plume. L'Encyclopédie de la Fantasy, de Clute et Grant, nous apprend d'ailleurs qu'elle a participé à l'écriture d'autres romans du cycle et en particulier aux deux premiers romans consécrés à Margaret Alton, la Chanson de l'Exil et la Matrice Fantôme. Faut-il y voir un passage de relais, la volonté de faire en sorte que Ténébreuse survive à sa créatrice, décédée en 1999 ? Un certain nombre d'indices incitent à le penser.

     Tout d'abord, le roman a tout d'une oeuvre de transition. On y découvre une nouvelle forme de laran — mais sans que rien ou presque ne nous soit révélé sur sa nature et ses possibilités ; on y découvre de nouveaux personnages clefs (Hermès, Katherine, et surtout Domenic) — mais on les quitte avant même de savoir réellement en quoi ils influeront sur le destin de la planète, tout en sachant qu'ils le feront ; on y assiste, à la fin du roman, à ce qui peut sans doute apparaître comme l'événement historique et stratégico-politique le plus important depuis la Redécouverte — mais on ne peut que s'interroger sur les conséquences qu'il aura pour les Domaines. Tout dans ce livre, indique qu'il aura une suite, qu'il n'est pas simplement « le dernier tome du cycle de Margaret Alton », que l'on voit d'ailleurs finalement assez peu. A moins de supposer que, dans un acte de pur sadisme bien peu conforme avec son image publique, la Grande Dame de Ténébreuse ait voulu nous condamner au supplice de la frustration éternelle, on peut donc légitimement penser que Ténébreuse lui survivra sous la plume d'un des nombreux auteurs lancés par ses Chroniques.

     Ténébreuse, oui. Mais quelle Ténébreuse ? Marion Zimmer Bradley, on le sait, a toujours déclaré qu'elle n'avait pas inventé, mais découvert Ténébreuse, que la planète ne lui appartenait pas, et qu'à ce titre d'autres voyages, d'autres visions, étaient toujours possibles. Les Chroniques de Ténébreuse manifestaient déjà cette pluralité de ton, qui semble ici plus évidente encore. Nous avons vu en quoi Adrienne Martine-Barnes avait en quelque sorte préparé le terrain : les vieux personnages sont morts (Régis) ou vieillissants (Javanne, Gabriel, Danilo, Lew, etc.) et de nouveaux surgissent ; les formes tradtionnelles de laran (les donas des Comyns) laissent place à de nouvelles formes inusitées et encore mystérieuses (la matrice fantôme de Margaret, l'anneau de Mikhaïl, le laran « planétaire » de Domenic) ; la situation politique, en particulier dans l'empire terrien, a changé du tout au tout et influe profondément sur la position des Domaines. Mais au-delà de ce terraformage littéraire, c'est l'ambiance qui devient subtilement différente. On ne parle jamais, dans le Soleil du Traître, des chieri ou des hommes-des-arbres. On y parle encore, certes, de Tours et de Gardiennes, mais on n'assiste jamais, de près ou de loin, au travail des matrices. Et pour ce qui est du laran, il s'agit bien moins de le voir en action que de s'intéresser à ses incidences sur la psychologie des personnages et la culture politique de Ténébreuse. Les télépathes ne se contentent plus de s'effleurer les doigts, mais s'étreignent virilement ou amoureusement au gré des circonstances. Ils sont tristes, sales, fatigués comme tout un chacun. Bref, ils se sont humanisés et ont acquis une profondeur psychologique et une crédibilité que seuls certains personnages (ceux de la Tour Interdite, notamment) avaient eues jusque-là.

     Le choix narratif, enfin, a changé. Le nombre des personnages principaux s'est considérablement accru, ce qui conduit à un type de narration beaucoup moins linéaire. On ne suit plus l'action pas à pas à travers deux ou trois individualités choisies, mais on assiste au contraire à des regards croisés sur les événements en cours. Effet de prisme qui a certes pour inconvénient de ralentir l'action et de produire quelques longueurs, mais qui enrichit aussi considérablement la compréhension des méandes de la politique ténébrane et des désirs humains. Les faits en eux-mêmes semblent d'ailleurs beaucoup moins importants que la manière dont les personnages les ressentent et les intègrent à leurs actes. Pour ne prendre qu'un exemple, les rapports entre les hommes et les femmes ne donnent plus lieu à ces longues scènes de docilité larmoyante ou de révolte guerrière que semblait affectionner Bradley dans certains de ses livres, mais sont enfin ramenés à ce qu'ils n'auraient jamais dû cesser d'être : une conséquence culturelle des premiers temps de la colonisation. Bref, ça ressemble beaucoup moins du roman d'aventure et beaucoup plus à une analyse complexe des rapports humains dans un contexte de société télépathique.

     Le résultat de toutes ces modifications se révèle assez surprenant au premier abord. On a bien là un authentique roman ténébran, qui malgré ses différences ne présente aucune incohérence majeure avec la vision de Bradley et les oeuvres antérieures — le grand talent conjugué des deux femmes ayant permis une fusion progressive et justifiée de leurs mondes intérieurs. A ce titre, le Soleil du Traître est infiniment meilleur que la Chanson de l'Exil ou la Matrice Fantôme qui étaient au mieux décevants. Mais le glissement vers une autre Ténébreuse se fait cependant fortement sentir et pourra être très mal ressenti par les amoureux du style fluide et entrainant de Marion Zimmer Bradley. Personnellement, après un temps d'adaptation d'une centaine de pages et malgré quelques longueurs un peu gênantes, le roman m'a semblé tout aussi intéressant et beaucoup plus touffu que les meilleurs romans du cycle. Et j'espère sincèrement qu'Adrienne Martine Barnes ne s'arrêtera pas en si bon chemin.

Nathalie LABROUSSE (lui écrire)
Première parution : 18/6/2000 nooSFere


     Voici donc sans doute le tout dernier roman de la grande Marion, qui nous a quittés en septembre. Voici donc sans doute le dernier roman de Ténébreuse selon Marion... Même si nous savons que Ténébreuse ne peut pas mourir et que sa créatrice a tout mis en œuvre pour que son monde lui survive, la planète aux vents de folie ne sera plus jamais la même...
     C'est donc avec un plaisir légèrement mâtiné de tristesse que l'on ouvre ce troisième volume des aventures de Margerida Alton, la musicologue devenue grande dame... et que l'on découvre la pléthore de nouveaux personnages que Marion nous a mitonnés. Car les Terriens ténébrans sont de plus en plus nombreux et les problèmes avec la Fédération se précisent. À la mort de Regis Hastur, au couronnement de Michaïl, le monde va encore une fois devoir se défendre contre l'impérialisme terrien.
     Il serait dommage de dévoiler plus avant les richesses de ce roman plein de rebondissements et d'aventures, roman initiatique pour le jeune fils de Margerida et Michaïl, né de leurs amours dans le passé, mais aussi pour les cousins qu'il se découvre avec le retour de l'ambassadeur ténébran et de son épouse étrangère, roman de guerre pour les nouveaux souverains de Ténébreuse, roman riche et triste comme on devait s'y attendre.
     S'il est toujours agréable de lire Ténébreuse, cette fois-ci, le cœur se serre... Adieu Marion.

Sara DOKE
dans Phenix 54
Mise en ligne le : 1/1/2004

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