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Les Fables de l'Humpur

Pierre BORDAGE

Science Fiction  - Illustration de Tina MÉRANDON
J'AI LU, coll. Millénaires n° (6019), dépôt légal : septembre 1999
430 pages, catégorie / prix : 89 FF, ISBN : 2-277-26019-3
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Dans le pays de la Dorgne, des êtres mi-hommes, mi-animaux perdent peu à peu leur patrimoine humain et s'enfoncent inexorablement dans la régression animale.
     Tribus dominantes carnivores, communautés agricoles servant de nourriture aux clans prédateurs, tous sont soumis par le clergé aux lois de l'Humpur, qui punissent de mort les mélanges entre clans et les comportements individualistes
     Parce qu'il ne supporte pas de voir la jeune Troïa qu'il aime livrée aux appétits collectifs des reproducteurs lors de la cérémonie du Grut, Véhir brise les planches de l'enclos de fécondité et s'enfuit en quête des derniers dieux humains de la légende... Lui, le grogne paysan, va accomplir ce chemin en compagnie de Tia, une jeune prédatrice hurle en exil.
     Voici la fabuleuse histoire du grogne Véhir et de la belle hurle de Luprat...
     Premier roman de fantasy de Bordage, Les fables de l'Humpur regorge de trouvailles et d'audaces, en particulier dans l'invention d'un langage dégénéré. Jouant des figures du roman de quête et d'initiation, il réussit un surprenant roman d'amour, beau et captivant, et porteur d'une belle foi en l'être humain.

     Après les rééditions chez J'ai lu des Guerriers du silence et de Wang, Pierre Bordage, lauréat en quelques années de tous les grands prix de SF, signe pour Millénaires un roman inédit, qui dévoile une nouvelle facette de son très grand talent de conteur.


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    Critiques    
     Contrairement a ce qui est annoncé, Les fables de l'Humpur n'est pas un roman de fantasy, à moins que l'on ne veuille également classer Demain les chiens ou La planète des singes dans ce genre.

     L'homme-cochon Véhir habite en effet, lui aussi, un monde futur où l'homme a disparu et ne survit qu'à travers des légendes.
     Ce personnage semble l'aboutissement logique d'une régression animale du héros bordagien entamée dans Wang, où un jeune chinois est soumis à une éducation (« Le Tao de la survie ») qui l'amène à se comporter en bête traquée, voire en prédateur, alors que le héros d'Abzalon, lui, est déjà un homme monstrueux, au comportement bestial.
     Le héros suivant se devait donc d'être une créature mi-homme mi-animal, une véritable chimère.

     La création qui en résulte est très impressionnante, car aussi bien dans les particularités physiques et dans les comportements que dans l'invention de langages qui varient subtilement d'une espèce à l'autre, Bordage parvient parfaitement à nous faire ressentir cet état de créature hybride.
     Mais cette prouesse a un revers. Alors qu'il était facile de s'attacher à Wang ou à Abzalon, l'animalité de Véhir et son langage faussé induisent une distanciation qui empêche parfois l'émotion de s'installer. On peut admirer ainsi l'habileté du récit sans parvenir à se passionner pleinement pour les péripéties assez conventionnelles d'une quête vers les dieux humains, véritables magiciens d'Oz du lieu.

     Cette quête est évidemment le prétexte à une nouvelle réflexion — que l'on retrouve au coeur de l'oeuvre entière de Bordage — sur les mythes, leurs origines et leurs influences sur l'être pensant.
     Ce qui diffère ici, c'est que d'emblée le lecteur connaît la vérité sur ces fameux dieux légendaires. Il s'ensuit une sorte de complicité avec l'auteur, puisque nous sommes — lui et nous — les dieux de ce monde. Mais nous sommes ainsi amenés à considérer les protagonistes de l'aventure comme des sujets d'expérience plus que comme des personnages vivants et dotés d'affectivité : ils se débattent sous notre regard divin et omniscient, ce qui renforce la sensation de distance et diminue l'intérêt d'une énigme dont nous possédons à l'avance les clés.

     La religion est ici un moyen de contrôler l'évolution de l'animalité. Sous la pression de lois et de tabous qui favorisent la bestialité, les chimères perdent peu à peu leur patrimoine humain... Mais est-ce un mal, ou au contraire le moyen de retrouver le paradis perdu, enfin débarrassé de l'homme ?
     Echappant à ce contrôle, le parcours de Véhir se fait constamment vers plus d'humanité, comme en témoignent les progrès de son langage et sa capacité à transgresser les tabous. Cependant, Bordage ne nous offre pas le destin parallèle et inverse d'une chimère abandonnant insensiblement les dernières miettes de son humanité, comme nous aurions pu le souhaiter.

     Un deus ex machina — au sens littéral du terme — viendra finalement nous apporter, de façon assez sèche, toutes les explications voulues. A dire vrai, ces dernières sont un peu superflues car le lecteur averti peut facilement recréer lui-même l'historique de ce monde dès les premiers chapitres, en se référant à d'autres oeuvres classiques, à commencer par L'île du Dr Moreau.

     En conclusion, il s'agit d'un récit habile, aux perspectives intéressantes, exploitant de manière réaliste des thèmes bien connus, mais qui enthousiasme moins que les précédents romans de l'auteur, en raison d'une certaine froideur et d'une intrigue linéaire qui ménage peu de surprises.


Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 1/10/1999
nooSFere


     Curieuse humanité dégénérée que présente ici Pierre Bordage. Mi-humains, mi-animaux, les espèces qui peuplent la terre régressent vers l'animalité pure  : grognes, bêles et glousses, considérant comme étant dans l'ordre des choses de finir dévorés par les hurles, miaules, glapes et autres prédateurs carnivores. Cet ordre naturel est codifié par les lois de l'Humpur, qui interdisent le mélange des races comme les initiatives personnelles pouvant mener à la connaissance, considérée comme germe de sédition ou de remise en question des fondements de la société.
     L'un des signes tangibles de cette régression est la langue dégénérée qu'invente Bordage, à partir de troncations (la Dorgne pour la Dordogne), d'une syntaxe pervertie (ai'j, a't pour j'ai, tu as), d'un vocabulaire imagé, empruntant à l'ancien français termes et tournures abandonnés (goberger). Cet exercice d'écriture convaincant ne contribue pas peu à l'ambiance du livre. On apprécie également les fabliaux qui, en ouverture de chapitre, délivrent des morales à la façon de La Fontaine.
     Dans ce système féodal figé, Véhir, un grogne trop romantique pour se contenter de son rôle de reproducteur lors des cérémonies du Grut, doit s'exiler. Un temps aidé par un autre paria qui a préservé un peu du savoir des dieux humains, il fuit en compagnie de Tia, une hurle appartenant à la noblesse, à la recherche du lieu mythique où les dieux humains se seraient retirés. La quête initiatique riche en péripéties, à laquelle participeront d'autres compagnons, d'ordinaire considérés comme des ennemis naturels tels Ruogno le ronge ou Sassi la siffle, délivre le secret de l'origine de cette société composite. C'est une piètre révélation finale, eu égard à la longueur du roman et de surcroît trop attendue pour constituer un élément de surprise. Ce qui importe cependant est que sa connaissance permet de jeter les bases d'une troisième voie  ; refusant l'humanité mais aussi les règles strictes de l'Humpur et du retour à l'animalité, elle se fonde sur le mélange des races, le respect et la tolérance.
     Si Bordage est parfois bavard et se laisse emporter par son lyrisme, il n'en reste pas moins que le lecteur est pris dans le torrent impétueux de l'action. Sa verve de conteur inspiré, son goût de l'épopée en font le Dumas de la science-fiction française.


Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/3/2000
dans Galaxies 16
Mise en ligne le : 17/5/2001


     Après Serge Lehman et le duo Ayerdhal/Dunyach, c'est au tour de Pierre Bordage de faire son entrée dans la collection « Millénaires », avec ce que l'on nous présente comme son premier roman de fantasy. Mettons tout de suite les choses au point : si Les Fables de l'Humpur se déroulent bien dans un cadre féodal et empruntent une bonne partie de leur vocabulaire à l'ancien français, nous sommes bel et bien en présence d'un roman de science-fiction.

     Dans un futur indéterminé, l'humanité n'existe plus, ayant cédé la place à diverses espèces hybrides, mi-hommes, mi-animaux : ils se nomment grognes (porcs), hurles (loups), ronges (rats) ou miaules (chats) et vouent un culte à l'ancienne race disparue.

     Véhir est un grogne mal dans sa couenne, qui rejette les lois absurdes de son dan et qui, après avoir rencontré un autre paria de son peuple, détenteur d'un savoir séculaire, décide de partir à la recherche des anciens dieux. Pour cela, il n'aura d'autre choix que de s'allier à une hurle, sa prédatrice naturelle, elle aussi mise au ban de sa société. Au fil de leurs pérégrinations, les deux héros rencontreront leur content d'aventures, de nouveaux amis et de nouveaux ennemis.

     Depuis bientôt dix ans, on a eu le temps de s'habituer au style Bordage, tant à ses qualités (un rythme soutenu et une lisibilité extrême) qu'à ses défauts (une absence presque totale d'originalité, une écriture et des personnages stéréotypés au possible).

     Sauf qu'ici, la plupart de ces défauts sont quasiment imperceptibles. En puisant abondamment dans le lexique de l'ancien français, Bordage a créé une langue à la fois exotique et intelligible. Et si ses héros sont des caricatures d'humains, ce fait est justifié par leur nature même. À ce titre, la scène dans laquelle Véhir propose à ses compagnons de voyage de le dévorer pour qu'ils ne meurent pas de faim est tout à fait poignante En outre, le romancier semble beaucoup plus à l'aise dans cet univers moyenâgeux que dans les mondes futuristes qu'il met habituellement en scène. Seul regret : la fin du roman est assez décevante, ne proposant qu'une mise en garde des plus éculées, genre « le progrès, des fois, eh ben ça donne pas que des choses bien, ma bonne dame, ahlala ». N'empêche, par rapport au Parleur d'Ayerdhal, réédité au même moment en « Millénaires », la comparaison est tout à l'avantage de Bordage, qui ne sacrifie jamais son récit à un discours politique aussi envahissant qu'infantile. Un très bon roman donc, certainement le meilleur de son auteur.

Philippe BOULIER
Première parution : 1/2/2000
dans Bifrost 17
Mise en ligne le : 20/9/2003


     Un bien étrange héros que celui des fables de l'humpur. On aura peut-être un peu de mal à s'identifier à Véhir, un « grogne », mi-homme, mi-porc, mais c'est bien là le défi du récit. Dans son premier roman de fantasy, Pierre Bordage stigmatise, à travers une société composée de tribus d'homme-bête en pleine régression, la part d'humain et d'animal qui est en chacun de nous.
     Le pays de la Dorgne est peuplé de tribus « herbivores », toutes monoraciales, sous la domination des tribus « carnivores ». Le mode social des tribus poussent les individus à s'effacer au profit de la communauté et pose en tabous tous les comportements violents et individualistes. Voilà qui agrée fortement les tribus dominantes qui utilisent les tribus pacifiques en réserve de main d'œuvre et de viande.
     Véhir, différent par son romantisme et son indépendance, part en exil à la recherche de l'humain, dont il trouve une preuve de l'existence révolue.
     Ce voyage est l'occasion, en sus d'une course-poursuite effrénée, de la rencontre d'un panel complet des tribus de la Dorgne. C'est aussi le prétexte pour l'auteur de nous démontrer que l'amour peut transcender les critères raciaux, aussi radicaux soient-ils, et associer intimement aussi bien une proie qu'un prédateur.
     Dans cette ambiance de « fin de race », les personnages sont ballottés d'espoir en horreur, jusqu'à l'aboutissement final qui tente de répondre à la question : le retour à l'animalité est-il rédibitoire ? Des individus peuvent-ils inverser le cours de la régression ?
     Un roman tout en demi-teintes délicates que je vous recommande car le cœur du problème est bien le nôtre : l'homme. On retrouve bien là le style de Bordage, incontestablement un des meilleurs auteurs français.

Jean-Paul PELLEN
Première parution : 1/5/2000
dans Faeries 1
Mise en ligne le : 1/10/2004

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition J'AI LU, Littérature générale (2002)


     Imaginez L'Île du Dr Moreau raconté par Barjavel : un Périgord futur est peuplé par des tribus dotées chacune de quelques caractéristiques (physiques et morales) d'une espèce animale distincte, grognes (porcs), hurles (loups), siffles (serpents)... tous, proies et prédateurs, soumis au culte du mythique Humpur, l'humain pur. Véhir, jeune grogne, échappe à son village et s'engage dans un voyage initiatique en quête des humains du Grand Centre ; il est progressivement rejoint par des réprouvés d'autres tribus.
     Picaresque, rapide, le récit est rythmé par le suspense artificiellement créé par les coupures de chapitres. Le tout porté par le verbe foisonnant de Bordage. Il faut s'y plonger. La langue est travaillée à coups d'archaïsmes de lexique et de tournures qui expriment les dialectes des tribus et renvoient à des références très françaises : la féodalité (les serfs sont le bétail, les suzerains les prédateurs) et, bien entendu, les Fables de La Fontaine, les animaux reflétant les facettes de l'homme.
     Mais Bordage laboure profond dans l'imaginaire collectif ; l'origine des animaux debout s'explique in fine façon SF, mais c'est surtout une Chute en suite d'un péché originel, et la promesse d'un Paradis futur réside en l'individu, et une vision à la St Jean (le lion se couchera à côté de l'agneau...) Quand on touche aux structures psychologiques profondes, sexualité et reproduction sont toujours des enjeux majeurs. Le roman s'ouvre sur une inversion astucieuse du motif de la libération sexuelle : Véhir s'enfuit parce qu'il refuse l'accouplement. Mais (et là on se rapproche des grandes dystopies comme Le Meilleur des Mondes), il renie le rut pour mieux se préparer à un amour futur, un amour qui transcende les barrières raciales.
     Antiracisme, humanisme, découverte de soi : sur un mode mineur, Bordage décline un classique.


Pascal J. THOMAS (lui écrire)
Première parution : 1/9/2002
dans Galaxies 26
Mise en ligne le : 17/2/2004


Edition J'AI LU, Littérature générale (2002)


     Véhir est un vaïrat, membre de la communauté de grognes de Manac, dans le pays de la Dorgne. Il n'a d'yeux que pour la troïa Orn et espère bien être le premier à l'ensemencer lors du prochain grut.

     Avec ces quelques lignes, vous aurez compris que l'univers des Fables de l'Humpur est très différent du nôtre, à commencer par la langue. Cela fait d'ailleurs partie du jeu de la découverte dans les premiers chapitres du roman. Pierre Bordage sème des indices pour le lecteur derrière chaque mot, et le jeu consiste à deviner, grâce au contexte ou à la phonétique, la signification du mot dans un langage que l'on soupçonne vite être une version régressive de celui des êtres humains. Car notre héros, Véhir, n'est pas humain, justement. Ou pas tout à fait : comme tout bon grogne, il a de nombreux points communs avec les cochons, même s'il partage aussi des caractéristiques physiques avec les hommes (il marche sur deux jambes et parle, mais son visage s'orne d'un groin, et quand il se réfère à sa peau, il emploie le terme de couenne). Et il en est de même pour les autres races que nous croisons — et que je vous laisse le plaisir de découvrir — dans le livre. Les bêles, les hurles, les siffles, les ronges et autres miaules sont tous des hybrides d'humains et d'espèces animales bien connues.

     Ces races vivent dans une société calquée sur le modèle médiéval : les grognes sont des serfs pour les hurles qui les protègent en s'appuyant sur un clergé tout puissant, les lais. Ce clergé s'assure que personne ne remet en cause le statu quo d'une société qui fonctionne bien (du moins, au profit de certains de ses membres) et ses prêtres sont les intermédiaires entre les différentes communautés et les « dieux humains » qui semblent avoir déserté la planète, en laissant derrière eux quelques commandements, que les lais font respecter par la terreur. Le livre met donc en scène la quête de Véhir, grogne insatisfait, pour retrouver ces dieux humains. Il sera bien vite rejoint dans sa quête par Tia la hurle, Ruogno le ronge et Ssassi la siffle.

     Le thème n'est pas nouveau en science-fiction ni en fantasy : c'est celui de l'individu (ou d'un groupe d'individus, comme ici, mais jamais d'une collectivité) qui s'élève contre les codes de sa société et qui part à la recherche du mythe fondateur, aussi bien pour demander des comptes que pour comprendre comment on a pu en arriver là.

     Il est difficile d'en dire plus sans déflorer le sujet, mais la fin de l'ouvrage m'a posé un problème : elle n'est pas vraiment à la hauteur du reste de l'histoire. Pierre Bordage est un formidable conteur et cette qualité s'exprime pleinement dans ce roman, mais les cinquante pages d'explications finales ne sont pas totalement convaincantes, parce que le lecteur a l'impression que l'auteur s'adresse directement à lui, en oubliant les personnages qu'il a mis tant de soin à nous faire aimer. Le monologue du « dieu humain » enfin retrouvé tourne un peu trop au sermon technophobe et surtout utilise un vocabulaire bien trop évolué pour le grogne auquel il est censé s'adresser. Même si Véhir a beaucoup appris pendant son voyage, il ne peut pas encore entendre (et surtout comprendre) ce genre de discours.

     Les Fables de l'Humpur est un ouvrage agréable à lire, mais ce roman se classe dans les « bons Bordage », pas dans les « grands Bordage ».

Benoît DOMIS (lui écrire)
Première parution : 1/10/2002
dans Asphodale 1
Mise en ligne le : 1/9/2004


 
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