Site clair (Changer
 
  Critiques  
 
  Livres  
 
  Intervenants  
 
  Prix littéraires  
 
  Adaptations  
    Fiche livre     Connexion adhérent
Rêve de fer

Norman SPINRAD

Titre original : The Iron Dream, 1972
Traduction de Jean-Michel BOISSIER
Illustration de Raymond HERMANGE
PRESSES DE LA CITÉ, coll. Futurama 3e série - Superlights n° 22

Dépôt légal : janvier 1985
288 pages, catégorie / prix : 22 FF
ISBN : 2-258-01506-5
Genre : Science Fiction 


Couverture

    Quatrième de couverture    
Livre performance, gadget à tiroir Rêve de fer renferme un second roman, Le seigneur du Svastika, saga noire et menaçante écrite par Adolf Hitler, cet auteur méconnu qui quitta l'allemagne dans les années 20 pour offrir ses talents de visionnaire à une Amérique où il mena une existence précaire d'artiste de trottoir et de traducteur occasionnel à Greenwich Village... Il vous emportera, dans ce roman, dans un lointain futur où Féric Jaggar et son arme invincible, le Commandeur d'Acier, se dressent seuls face aux hordes de dégénérés sans cervelle pour défendre la race pure.
Avec Rêve de fer, qui lui valut, en 1974, le Prix Apollo, Norman Spinrad tenait une impressionante gageure : prouver que les romans d'actions interplanétaire révèlent chez leurs auteurs une fascination parfois inconsciente, mais toujours ambiguë, de la violence, de la force physique, bref du Héros avec un H majuscule, mais dangereux.
Voici l'un des dix romans les plus importants de la SF.


    Prix obtenus    
Apollo, [sans catégorie], 1974

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
Jean Gattegno : Que sais-je ? (liste parue en 1983)
Association Infini : Infini (1 - liste primaire) (liste parue en 1998)
Francis Valéry : Passeport pour les étoiles (liste parue en 2000)
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition GALLIMARD, Folio SF (2006)


     Si Rêve de fer n'est sans doute pas le meilleur roman de Norman Spinrad, c'est sans conteste l'un des plus controversés, controverse dont l'actualité vient de nous confirmer amèrement la véracité.

     Rêve de fer vaut davantage pour son procédé provocateur que pour son histoire — on me permettra de ne pas trop la développer ici — fort linéaire et totalement crétine. C'est en l'occurrence cette provocation, ciblée sur un aspect politiquement sensible, qui a causé quelque retard à la précédente réédition chez Folio « SF ». Vous ne verrez donc pas les svastikas de l'illustration d'Eric Scala initialement prévue en couverture, puisque les ouvrages ont été envoyés au pilon. La faute à un climat politique délétère dans lequel résoudre un problème consiste à l'éluder. La faute aussi à des commerciaux trop frileux qui n'ont sans doute pas lu/compris (cochez la bonne réponse) ce roman. Bref, c'est une réédition pourvue d'une nouvelle illustration d'une laideur affligeante et avec une quatrième de couverture complètement retouchée, histoire de gommer toute ambiguïté, qui vient de finalement arriver dans les bacs de nos libraires chéris.

     Revenons maintenant à l'objet de toutes ces attentions, procès d'intention et frayeurs proto commerciales.

     Rêve de fer s'annonce comme une uchronie. Et si... Tout le monde connaît le questionnement initial qui préside à ce domaine de l'imaginaire. Et si Adolf Hitler avait émigré aux Etats-Unis, l'ultime terre de liberté dans un monde dominé par le Communisme. Et si il y avait fait carrière dans les pulps, débutant dans l'illustration puis rédigeant et éditant du texte au kilomètre. Et si il y était devenu l'objet de l'adulation du fandom au point d'être commémoré par ses fan(atique)s au cours de réunions costumées. Et si ses pairs avaient salué son talent, et si la convention mondiale de science-fiction l'avait récompensé à titre posthume d'un Hugo en 1954. Et si Folio « SF » nous proposait la réédition de Le Seigneur du Svastika, son chef-d'œuvre d'heroic fantasy post-apocalyptique.

     Rêve de fer... pardon, Le Seigneur du Svastika est donc l'œuvre majeure de l'auteur culte Adolf Hitler. Mais oui, vous connaissez certainement, l'auteur de Le Triomphe de la volonté, du non moins célèbre L'Empire de mille ans, pour ne citer que quelques titres de sa prolifique bibliographie dont vous possédez certainement un exemplaire chez vous. Ce roman nous narre le destin du Purhomme Feric Jaggar, appelé à restaurer la fierté et la grandeur du peuple de la Grand République de Helden, menacé à la fois par la contagion cosmopolite des mutants et des métis et asservi par les Dominateurs.

     La farce est grinçante. Bien sûr, sous ce récit transparaît l'itinéraire historique réel d'Adolf Hitler. Sous le masque de l'heroic fantasy binaire et musclée suinte l'idéologie raciste et belliciste nazie. Evidemment, rien n'est exactement identique à notre Histoire, mais tout est évoqué d'une manière décalée et assez proche pour être reconnaissable. On peut d'ailleurs — manière de trouver le temps moins long — s'amuser à pointer les références et les ressemblances avec la véritable histoire du dictateur nazi et de sa sinistre clique.

     Fort heureusement, derrière le livre dans le livre et l'uchronie prétexte se profile une toute autre intention que l'on ne peut passer sous silence : Rêve de fer est un roman gigogne diablement affûté et furieusement iconoclaste.

     Ecrit à dessein dans un style exécrable, Le Seigneur du Svastika est doté d'une postface assez critique attribuée à un universitaire nommé Homer Whipple. Ce personnage fictif y livre une analyse acerbe de la psychologie tordue de Hitler. Il y relève l'homosexualité latente qui culmine avec le clonage des Soldats du Svastika et ridiculise l'adoration dont fait l'objet l'auteur et son œuvre. Vous l'aurez compris, Rêve de fer est aussi une machine de guerre tournée vers une certaine conception de la science-fiction. De celle que l'on affectionnait pendant l'Âge d'or.

     Reste un problème. Mettre en exergue Adolf Hitler et son idéologie, même de manière voilée, ne risque-t-il pas de prêter le flanc à ce que l'on dénonce ? Je suis tenté de penser, à l'instar de Roland C. Wagner, qui préface d'une manière fort juste cette réédition, qu'il faut être soit complètement crétin, soit totalement néo-nazi pour prendre au premier degré ce roman. On pourrait même ajouter que le style adopté, volontairement mauvais et outrancier, contribue à discréditer son auteur auprès d'éventuels individus décérébrés désireux d'utiliser l'ouvrage. D'ailleurs, jusqu'à preuve du contraire, les organisations d'extrême droite n'ont pas inscrit Le Seigneur du Svastika à leur programme de lecture.

     En l'attente d'un démenti, contentons-nous d'affirmer que Rêve de fer n'est pas un roman. C'est un bras d'honneur envoyé à la face de l'Etablisment science-fictif états-unien. C'est une ordalie punk (avant la lettre) menée à un train d'enfer. C'est un exorcisme personnel, comme le souligne là aussi Roland C. Wagner. Bref, une expérience que le lecteur reçoit de plein fouet et accepte ou rejette avec violence.

Laurent LELEU
Première parution : 1/7/2006
dans Bifrost 43
Mise en ligne le : 16/6/2008


Edition GALLIMARD, Folio SF (2006)


     Longtemps introuvable — il n'avait pas été réédité depuis quinze ans — , Rêve de fer est enfin à nouveau disponible, au terme de péripéties éditoriales que nous nous contenterons de qualifier de regrettables ; remercions plutôt Folio SF de permettre à cette œuvre marquante, dérangeante et unique en son genre de connaître un nouveau public.

     Ce rêve de fer, de cuir et de croix gammées n'est évidemment pas celui de Norman Spinrad, mais celui, fictif, d'un écrivain de science-fiction renommé, Adolf Hitler... Avant même que le corps du récit commence, une deuxième page de titre nous apprend, bibliographie à l'appui, que nous nous apprêtons à lire Le Seigneur du Svastika, oeuvre posthume et testamentaire, Saluée par un prix Hugo en 1954 ( !), par l'auteur du Crépuscule de Terra, de La race des Maîtres et du Triomphe de la volonté. Hitler a fui la défaite allemande après la première guerre mondiale pour se consacrer à la science-fiction en Amérique : « Pendant de nombreuses années, il avait été une des figures de proue des Conventions, et sa réputation de conteur intarissable et spirituel avait fait le tour du petit monde de la SF »...

     Dans Le Seigneur du Svastika, avec um talent pleinement consacré à l'édification des valeurs raciales d'Heldon -peuple de vaillants esprits et de corps sains -, Adolf Hitler décrit l'irrésistible ascension d'un jeune purhomme exalté, qui des bas-fonds de Borgravie empoisonnés par les gènes mutants — la Terre telle que nous la connaissons a été dévastée par le « Feu des Anciens », c'est-à-dire, nous le comprenons vite, une terrible guerre nucléaire — , gagne la tête d'une invincible armée, les Fils du Svastika, dont l'unique but est de garantir la pureté de la race helder. Feric Jaggar, pourvu d'une volonté de fer et de la légendaire Massue de Held, n'aura de cesse de détruire la vermine de Zind. Rien ne semble pouvoir arrêter la puissante armée de Feric, dont les meilleurs éléments, les valeureux SS (Soldats du Svastika), rivalisent d'héroïsme dans les batailles dantesques qui opposent Heldon à la répugnante horde de Zind, composée de métis, de Dominateurs et de géants décérébrés.

     Héros de fantasy comme tant d'autres, Feric incarne assurément le fantasme hitlérien de l'homme pur, blond guerrier aux yeux d'azur, au caractère entier, et totalement dévoué à la défense de son peuple. À ses côtés combattent fièrement Bogel, commandant en chef de la Volonté Nationale, double uchronique de Joseph Goebbels ; le général Waffing, chef des armées en qui nous reconnaissons Hermann Göring ; Remler, fanatique commandant des S S que nous identifions rapidement comme Heinrich Himmler ; et Best, aussi dévoué à Feric que Rudolf Hess l'était à Hitler. Le Seigneur du Svastika n'étant pas un roman historique, mais bien une épopée de fantasy, semblable aux space operas impérialistes qui pullulaient jadis — un peu moins aujourd'hui — , Feric et les Fils du Svastika réussissent sans mal, mais non sans hauts faits guerriers, à exterminer métis et mutants jusqu'au dernier. Et si la race helder se voit tragiquement menacée par le dernier coup bas des maîtres de Zind — avant d'expirer, le dernier ennemi réveille le Feu des Anciens et corrompt irrémédiablement le patrimoine génétique des pur-hommes — , elle trouve dans le clonage et la conquête des étoiles un souffle à la hauteur de son immarcescible volonté de puissance.

     Tout le sel de Rêve de fer réside dans le subtil décalage opéré par l'identité de l'auteur du Seigneur du Svastika, Adolf Hitler. En effet, tandis que nous nous laissons emporter malgré nous, jusqu'à l'écœurement, par l'hystérie épique d'un roman qui transfigure — pour en mieux montrer l'absurdité — une imagerie et une idéologie de sinistre mémoire, nous ne pouvons qu'être durement frappés par ce qui relève, dans cette vibrante épopée raciale, non pas de l'horreur des Camps, mais des patterns les plus répandus, les plus recherchés, de la fantasy et du space opera...

     À la fin du roman, une vraie-fausse postface tente une interprétation psychanalytique du Seigneur du Svastika, ne faisant en vérité que rappeler l'évidence, comme le suggère Roland C. Wagner dans sa (vraie) préface : l'univers rêvé par l'auteur Adolf Hitler, d'où les femmes sont radicalement absentes, « fait figure d'immense partouze homosexuelle où une sexualité refoulée s'exprime à travers la violence extrême des protagonistes ». Il serait sans doute erroné de s'en tenir à une lecture au premier degré de cette analyse caricaturale du nazisme, d'autant que l'auteur fictif de la postface prétend — ultime pirouette — que « [b]ien évidemment, un tel homme ne pourrait pas prendre le pouvoir ailleurs que dans les fantasmagories d'un roman de science-fiction pathologique »...

     Il y a, tapie entre les lignes de cette féroce parodie du fascisme latent d'une certaine science-fiction (ou d'une certaine fantasy), l'idée essentielle que la machine nazie n'est pas réductible à ses caractères pathologiques, aussi évidents soient ces derniers. Si Norman Spinrad a fait émigrer Hitler aux USA, au point de lui décerner un Hugo, c'est que, pour lui, le Mal — qu'il a pris soin, dans son roman, de situer dans un pays inidentifiable plutôt qu'en Allemagne — plonge ses racines où il veut, y compris dans la littérature d'évasion la plus simpliste ; l'Holocauste fut moins une folie qu'un processus. Ainsi, plus encore que les fantasmes de pureté raciale et de cuir noir du Troisième Reich (qui ne sont plus à démontrer), c'est la thèse même de la psychopathologie d'Adolf Hitler qui est ironiquement écornée.

Olivier NOËL
Première parution : 1/6/2006
dans Galaxies 40
Mise en ligne le : 15/2/2009


Edition OPTA, Anti-mondes (1974)


 
     Critique tirée de la rubrique « Diagonales » signée par Alain Dorémieux
     Ce livre est indescriptible. Le mieux est pourtant d'essayer quand même de le décrire ! Ça commence par une page de titre normale indiquant qu'il s'agit d'un ouvrage de Norman Spinrad intitulé Rêve de fer. Cette page tournée, une seconde page de titre nous apprend qu'on va lire en réalité un roman qui s'appelle Le seigneur du svastika et dont l'auteur se nomme Adolf Hitler. Page suivante, nous trouvons la liste des ouvrages d'Adolf Hitler : neuf titres de romans de SF, dont certains (La race des maîtres, L'empire de mille ans, Le triomphe de la volonté) éveillent de curieuses résonances. Page suivante encore, un texte publicitaire dû à l'éditeur et signalant que Le seigneur du svastika, l'ouvrage le plus réussi d'Hitler, a reçu en 1954 le Hugo du meilleur roman de SF de l'année. Puis, si on tourne encore une page, on tombe sur une biographie d'Adolf Hitler indiquant que, né en Autriche en 1889, il émigra à New York dès 1919 ; il devint illustrateur dans les magazines de science-fiction des années trente, écrivit son premier roman dans le genre en 1935 et consacra le reste de sa carrière à la SF, en tant qu'écrivain, dessinateur et éditeur de fanzines, avant de mourir en 1954 juste après avoir terminé Le seigneur du svastika. Bref, nous sommes dans un univers parallèle où le nazisme n'a pas émergé, où Hitler n'a pas percé comme agitateur politique, où il est finalement devenu une personnalité de la SF américaine ! Après ces préliminaires qui ont de quoi mettre l'eau à la bouche, commence le roman d'Hitler proprement dit, et c'est une parodie énorme, à la fois délirante et logique, de toute l'heroic-fantasy, de tout ce qu'elle contient de fascisme larvaire, de pulsions guerrières, d'images nietzschéennes du surhomme et de la race dominatrice. Autrement dit, dans cet univers où l'hégémonie nazie n'a pas eu lieu, Hitler rêve sur le plan du fantasme l'accomplissement symbolique du nazisme et le projette dans le domaine littéraire de façon pathologique. Puis le livre se clôt par une postface signée d'un critique qui démonte les mécanismes du roman d'Hitler, en marquant à quel point l'œuvre a été marquée par les névroses obsessionnelles de son auteur et en soulignant que cette fantasmagorie est avant tout une allégorie politique où Hitler, dans la grande lutte qui oppose les empires de Heldon et de Zind, a symbolisé l'affrontement entre la civilisation germanique de ses rêves et l'Union Soviétique. Cette dernière, dans le roman d'Hitler, est vaincue ; mais la postface précise que, dans l'univers parallèle où ce roman a paru, elle étend en réalité sa domination sur l'ensemble du globe, Etats-Unis et Japon exceptés. Que dire d'autre de ce bouquin inclassable et unique en son genre ? Lisez-le, c'est un des événements de l'année. Après Jack Barron chez Laffont, il confirme, s'il en était besoin, que Spinrad est un des auteurs majeurs de la SF actuelle, quelqu'un qui sait à la fois surprendre en sortant des sentiers battus et faire mouche en réussissant parfaitement son propos. (Et le plus subtil de l'histoire, c'est que le roman d'Hitler, au-delà de son aspect délirant et outré, devient, par une sorte de transmutation opérée par Spinrad en coulisses, une œuvre à la puissance littéraire réelle, ce qui est beaucoup plus astucieux que s'il restait une simple caricature de l'heroic-fantasy.) Voilà donc un livre qui fera date, et l'un des deux ou trois meilleurs titres parus dans « Anti-mondes » depuis les débuts de cette collection.

Alain DORÉMIEUX
Première parution : 1/1/1974
dans Fiction 241
Mise en ligne le : 16/11/2015


 

 
Écrire aux webmestres       © nooSFere, 1999-2017. Tous droits réservés.

NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique.
Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres.
Vie privée et cookies