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L'Ange de l'abîme

Pierre BORDAGE


Cycle : Prophéties  vol.


Illustration de RAMPAZZO

AU DIABLE VAUVERT (Vauvert, France) n° (26)
Dépôt légal : février 2004
476 pages, catégorie / prix : 23 €
ISBN : 2-84626-066-4   
Genre : Science-Fiction


Autres éditions
   AU DIABLE VAUVERT, 2003
   in Le Livre des prophéties, 2015
   LIVRE DE POCHE, 2006, 2008

    Quatrième de couverture    
     Dans une Europe d'apocalypse ruinée par la faillite des OGM, enlisée dans la guerre contre le Moyen-Orient, en proie au fanatisme religieux et au racisme, le voyage initiatique de Stel et Pibe, deux adolescents à la recherche de l'archange Michel, le dictateur tout puissant qui gouverne le vieux continent de sa forteresse roumaine. Dans une ambiance crépusculaire fascinante car terriblement proche et crédible, un grand roman épique d'une actualité brûlante.

Elle ne lui avait jamais fourni d'explication sur ses disparitions ni sur ses motivations. Elle se contentait de répéter en riant qu'elle était son ange gardien, qu'elle lui ficherait la paix après avoir parcouru un bout de chemin en sa compagnie. Il ne voulait pas qu'elle sorte de sa vie. Un jour pourtant, elle se tirerait parce que « chacun doit descendre seul dans les abîmes de son âme, chacun doit apprendre à se dresser vers les cieux sans autre soutien que ses propres racines. »

Né en 1955 en Vendée, Pierre Bordage est notamment l'auteur des Guerriers du Silence, Grand Prix de l'Imaginaire 1993, de Wang, Prix Tour Eiffel 1997, et des Fables de l'Humpur, Prix Paul Féval de littérature populaire 1999. Écrivain visionnaire et conteur hors pair, l'imaginaire formé par les mythologies, il est l'un des grands romanciers français actuels. L'Ange de l'Abîme est le second volet d'une trilogie contemporaine entamée avec L'Évangile du Serpent (Au diable vauvert), Prix Bob Morane 2002.
 
    Critiques    
     Sur chaque quatrième de couverture des livres de Pierre Bordage, on peut lire, comme un leitmotiv rituel, qu'il s'est imposé dans le monde de la science-fiction comme l'un de ses plus remarquables conteurs. Qualificatif hérité de pavés comme la trilogie des Guerriers du Silence, ou des aventures d'Abzalon, ainsi que de paraboles comme les Fables de l'Humpur, mais qu'il faudrait peut-être songer, en considérant ses dernières oeuvres, à remettre un peu au goût du jour.

     Qu'est-ce qu'un conteur, en effet ? Essentiellement un créateur d'univers, qui brille non par son style, son réalisme ou sa profondeur philosophique, mais par sa capacité à nous divertir ou à nous captiver, à nous prendre dans le rets des images qu'il fait naître par ses mots. On n'appelait pas « conteurs » les philosophes du XVIIIe, même lorsqu'ils usaient de la forme du conte pour vulgariser les hardiesses scientifiques et politiques du Siècle des Lumières. De la même manière, utiliser ce terme pour qualifier le Bordage de L'Ange de l'Abîme serait méconnaître totalement les qualités propres à ce roman.

     Pourquoi ? Tout d'abord parce que, plus encore que dans Wang ou que dans L'Évangile du Serpent, L'Ange de l'Abîme ne nous parle pas d'un ailleurs, mais bien de notre monde, celui de la pensée facile du « choc des civilisations » et de « l'Axe du Mal ». Il nous parle de la cruauté de la civilisation occidentale, de ce monde qui a repris à son actif le White Man Burden, le fardeau de l'homme blanc, tel que pouvait le définir Rudyard Kipling en 1899 — et dont voici des extraits, en traduction libre.

Take up the White Man's burden--
Send forth the best ye breed--
Go bind your sons to exile
To serve your captives' need ;
To wait in heavy harness,
On fluttered folk and wild--
Your new-caught, sullen peoples,
Half-devil and half-child.

(...)

Take up the White Man's burden--
The savage wars of peace--
Fill full the mouth of Famine
And bid the sickness cease ;
And when your goal is nearest
The end for others sought,
Watch sloth and heathen
Folly Bring all your hopes to nought.

Take up the White Man's burden--
No tawdry rule of kings,
But toil of serf and sweeper--
The tale of common things.
The ports ye shall not enter,
The roads ye shall not tread,
Go mark them with your living,
And mark them with your dead.

(...)

Take up the White Man's burden--
And reap his old reward :
The blame of those ye better,
The hate of those ye guard--
The cry of hosts ye humour
(Ah, slowly !) toward the light :--
« Why brought he us from bondage,
Our loved Egyptian night ? »

(...)
Endosse le fardeau de l'homme blanc,
Envoie les meilleurs de tes enfants,
Jette tes fils dans l'exil,
Pour servir les besoins de tes captifs,
Pour veiller, harnachés pour la peine,
Sur des races dissipées et sauvages -
Tes peuples nouvellement conquis, et moroses
Mi-démons, mi-enfants.

(...)

Endosse le fardeau de l'homme blanc,
Les guerres féroces de la paix,
Remplis la bouche même de la Famine,
Et ordonne aux maladies de s'achever.
Et quand ton but sera proche,
Ce but que tu vises pour d'autres,
Vois des païens la Folie paresseuse
Réduire tous tes espoirs à néant.

Endosse le fardeau de l'homme blanc
Non pas tâche fastueuse de roi
Mais labeur de serf et de tâcheron -
L'histoire des tâches du commun.
Les ports où tu n'as pas le droit d'entrer
Les routes où tu n'as pas le droit de poser le pied
Vas-y et marque-les de ta vie
Marque-les de tes morts.

(...)

Endosse le fardeau de l'homme blanc
Et recueille sa vieille récompense :
Le blâme de ceux que tu rends meilleurs,
La haine de ceux sur qui tu veilles,
Les cris des foules que tu conduis
(Oh combien lentement !) vers la lumière :
« Pourquoi nous arrache-t-il à nous chaînes,
À nos bien-aimées Ténèbres Egyptiennes ? »

(...)

     Bien moins qu'à une anticipation du futur, c'est donc à une lecture du présent et des racines de notre culture que Pierre Bordage nous convie ici. Il nous décrit les vieux réflexes de la pensée messianique de l'Occident, avec des retours fulgurants sur le passé et des détours permanents par la mythologie et l'imaginaire (avec notamment un Dracul final particulièrement savoureux). Il nous jette au visage ce que certains d'entre nous n'osent pas dire, et que d'autres ne veulent pas penser : que nous ne sommes pas les Gentils, lancée dans une lutte pure et sacrée comme un Axe du Mal dont viendrait toute la barbarie humaine ; que le Mal commence dès qu'on se met à définir des axes et à se croire investi d'une mission sacrée. Car toutes les guerres se font au nom du Bien. Des deux côtés.

     On retrouve là des préoccupations philosophiques que Pierre Bordage tisse peu à peu depuis ses premiers livres : la manière dont la spiritualité dérive vite en fanatisme dès lors qu'elle s'institue en religion ; le fanatisme du devoir et son corollaire, celui du plaisir, qui finalement n'en font qu'un ; la suspicion de toutes les religions à l'égard des femmes, parce que c'est autour d'elles, finalement, que se construisent les consciences enfantines et qu'il faut donc les enchaîner pour assurer la pérennité et la stabilité idéologiques.

     Enfin, et peut-être surtout, c'est la virtuosité du style qui frappe dans ce livre, sans doute parce qu'il tranche avec les précédents. Le Pierre Bordage des débuts n'avait pas l'aisance d'un Pagel ou d'un R.C. Wagner. Il manifestait même parfois un certain maniérisme de la langue, une tendance aux longues phrases, aux détails superflus et aux mots tarabiscotés. Il le dit d'ailleurs lui-même : il peut être difficile, pour quelqu'un qui s'est plongé dans le latin pendant des années, d'écrire d'une manière qui « sonne » naturelle à un lecteur moderne. Dans L'Ange de l'Abîme, il semble avoir trouvé sa patte. Le style est remarquable, alternant notamment avec bonheur la qualité de descriptions aussi concises qu'efficaces et des dialogues parfaitement rythmés, volontiers argotiques et souvent saupoudrés d'une ironie mordante. Les gosses des rues, les femmes soumises, les « ousamas » qui attendent dans des camps la réouverture des fours crématoires, les jeunes soldats chair à canon, les veuves noires qui les guettent sur le quai de la gare pour leur offrir un dernier bon moment en échange de leur pucelage, la mystérieuse initiatrice, l'archange Michel et ses sbires, l'Américain cynique, tous les personnages fonctionnent bien grâce à cette harmonie enfin trouvée entre le fond et la forme.

     En d'autres termes, un livre atroce et magistral, aussi dérangeant qu'admirable, qui ne va pas valoir à Pierre Bordage que des amis, mais qui le fait passer du titre de « remarquable conteur » à celui de « remarquable écrivain ». Plutôt qu'un conte à dormir debout, c'est un cauchemar à vivre éveillé : celui qui se dessine aux pages internationales des journaux du matin.

Nathalie LABROUSSE (lui écrire)
Première parution : 2/5/2004 nooSFere


     « Archange Saint-Michel, donne-nous la victoire, sois notre protecteur contre les pièges, contre la perfidie du malin.
     — Dis-moi, mon fils, qui est-ce ?
     — Saint-Michel.
     — Qui ? !
     — Saint-Michel ?
     — Et qu'est-ce qu'il a fait ?
     — Il a chassé Satan hors du Paradis. »
     (Dialogue tiré du film de Martin Scorcese Gangs of New York et auquel je n'ai cessé de penser en lisant L'Ange de l'abîme de Pierre Bordage.)

     Mais avant d'entrer dans le vif du sujet, revenons un peu en arrière : il y a deux ans environ, un éditeur poche dont je tairais évidemment le nom et qui savait que j'avais beaucoup apprécié Les Fables de l'Humpur (critique dans Bifrost n°17) me demanda de lire L'Evangile du serpent (critique dans Bifrost n°25 — Prix Bob Morane 2002) afin de lui dire si l'ouvrage valait à mon sens l'à-valoir « goût Himalaya » demandé par Marion Mazauric pour son exploitation poche. Après avoir lu un tiers de L'Evangile du serpent, et buté sur ce qui me sembla être des opinions politiques sous-jacentes diamétralement opposées aux miennes, des clichés gros comme des icebergs, j'avouai à mon commanditaire qu'à mes yeux, jugement purement subjectif et donc fortement dénué de valeur, ce roman, premier opus d'une trilogie, était grotesque, parfois puant et souvent doté de sales relents new age — un labyrinthe de rochers naufrageurs qui ne valait pas un clou de cercueil et certainement pas un à-valoir enjolivé de quatre zéros. Un livre que je ne finirai pas, nah !

     Deux ans plus tard, poussé par l'inaction des autres critiques de ce sommet de bon goût qu'est la revue Bifrost, me voilà candidat-kamikaze pour lire la suite de L'Evangile du serpent, suite qui n'en est pas vraiment une, mais peu importe ; voyons plutôt de quoi parle cette road-story...

     Demain. L'Europe.

     Une ligne de front qui va de la Baltique à la Mer Noire sépare deux camps qui se livrent une guerre sans merci : à ma gauche, les chrétiens de l'Archange Michel ; à ma droite, les Ousamas, les islamistes. Dans cette troisième guerre mondiale — véritable avalanche de bombes, de meurtres, de suicides, de viols, de mesquineries et de délations — un gamin, Pibe, et une adolescente, Stef (surnommée Fesse), décident de tracer la route vers l'est, vers la citadelle roumaine dans laquelle vit l'Archange Michel (hum hum... il n'y a que chez Pierre Bordage que les dictateurs vivent à portée de fusil du pays auquel ils ont déclaré la guerre ; il n'y a aussi que chez Pierre Bordage que les islamistes sont majoritairement intégristes et va-t-en guerre).

     Servi par une construction élaborée et une narration hypermaîtrisée qui emmènent le récit à la vitesse d'un bulldozer énervé, ce livre se voulant très politique semble être l'œuvre d'un auteur qui, pour son travail de recherches, s'est contenté de lire L'équipe, le « Que sais-je ? » sur l'Islam et un ou deux reportages de Penthouse sur les ex-pays du bloc communiste (à côté de cet Ange de l'abîme, la série inachevée F.A.U.S.T de Serge Lehman fait figure de traité géopolitique visionnaire).

     Au fil de la lecture, il est de plus en plus difficile de croire à la guerre sainte qui nous est proposée, à laquelle se livrent une Europe chrétienne et un Orient islamiste fondamentaliste. Difficile ? Impossible pour tout dire, si on a le mauvais goût de posséder un minimum de culture historique, car au final, l'avenir que nous propose Bordage est le résultat d'un faisceau de raccourcis douteux, voire criminels dans le contexte actuel. De plus, le récit, incohérent sur bien des points (résistance du minuscule état israélien alors que l'Europe courbe l'échine), n'a de cesse d'invoquer de nombreuses questions auxquelles Pierre Bordage répond très mal (et quand il répond, c'est beaucoup trop tard, aux alentours de la page 350)...

     En voici trois :
     1/ D'où vient l'argent des islamistes qui bombardent allégrement l'Europe avec des obus à l'uranium enrichi et qui possèdent des sous-marins nucléaires ? Du pétrole de la péninsule arabique ? Peut-être...
     2/ Si c'est le cas, alors que font les Chinois (gros importateurs d'acier et d'or noir), qui dès aujourd'hui ont besoin plus que tout autre pays au monde de pétrole ? Et que fait l'Arabie Saoudite, allié des Américains contre Saddam Hussein ?
     3/ Et d'ailleurs, que font les Américains (alliés historiques de l'état d'Israël) et les Russes (aussi menacés que l'Europe, si ce n'est plus, par le terrorisme islamiste) ?

     L'auteur a beau expliquer les tenants et les aboutissants de sa troisième guerre mondiale aux allures d'apocalypse théocratique, ben, on n'y croit pas (surtout au retour de la chrétienté en Europe, le Dieu chrétien est mort à la fin du XIXe siècle comme le savent les lecteurs de Nietzsche, résultat, un siècle plus tard, la majorité de la population européenne est attachée à la notion de laïcité). Epuisé, le lecteur noyé dans une furia de situations désespérées voit bien que tout est bidon : les troupes chrétiennes appelées légionnaires (aux deux L croisés, Lance et Loi, qui rappellent une croix nationale-socialiste de sinistre mémoire), les bombardements islamistes à l'uranium appauvri, les dialogues djeun's de Pibe et Stef, les camps de la mort anti-ousamas (décalque souvent maladroit, parfois saisissant, des camps de la Shoah), la télé européenne unique, l'interdiction de l'Internet, la fusillade finale qui sent le « tout ça pour ça ? ». Bidon...

     Et qu'est-ce qui rime le plus chez Bifrost avec bidon ? Poubelle !
     Une poubelle à laquelle Pierre Bordage échappe de peu grâce à son indéniable métier de raconteur d'histoires (c'est écrit comme du Stephen King, c'est donc d'une efficacité redoutable 99% du temps).
     Voilà un livre qui aurait pu être formidable, mais qui, au final, se résume à un enchaînement de scènes plus sordides les unes que les autres (ah ! cette obsession pour les rapports sexuels sans sentiments, lubrifiés à la va-vite). Trop simpliste pour un roman qui se veut réaliste, trop réaliste pour un roman qui se serait peut-être bonifié en se déconnectant complètement de l'actualité, L'Ange de l'abîme est un ersatz de Mad Max, sauce Bible et Coran ; un roman qui anéantit avec rage son sujet plutôt que de le creuser. J'y vois juste un livre de brute dans un monde de brutes ; vous voilà prévenus...
Cid « Bouddha est grand gros » Vicious

CID VICIOUS
Première parution : 1/1/2005 dans Bifrost 37
Mise en ligne le : 28/1/2006


     L'Apocalypse est un genre littéraire à part entière. Un autre Pierre, l'apôtre, avait livré la sienne, apocryphe, au IIe siècle. Celle de Pierre Bordage s'inscrit dans la continuité de son Évangile du Serpent, période à laquelle un personnage du roman fait référence au passage. Elle est bien loin cette respiration messianique où tout semblait encore possible, où le pire pouvait encore être évité. Le messie de l'Aubrac est mort en vain. L'Apocalypse de Bordage, c'est le choc des civilisations, plus appelée de ses vœux que redoutée par un Samuel Huntington, le monde rêvé des néoconservateurs, des télévangélistes et des marchands de canons américains, chaos fécond érigé en gouvernance de l'humanité. Le règne de la bête... humaine. Les fils de Bush ont détourné la colère de l'Islam contre l'Europe. Une abominable guerre de tranchées se déploie depuis la baltique jusqu'au Bosphore. Du fond de son bunker, l'archange Michel règne sur une Europe malade des pires fièvres racistes, en proie aux embrigadements religieux, aux délires sécuritaires, à la régression moralisante.

     Le regard de Bordage, doté d'une acuité quasi célinienne, traverse cette Europe depuis les confins occidentaux jusqu'à l'épicentre du phénomène, la ligne de front, où se brisent des millions de vies livrées en holocauste. Long travelling au milieu des hommes prisonniers de leurs cauchemars. Plongée terrifiante à travers les cercles infernaux de la barbarie incarnée, administrée. Une divine comédie, humaine, trop humaine... Désespéré Bordage ? Que non ! Qu'on lui donne un grain de sable et l'infernale machinerie n'en a plus pour longtemps. La main du destin largue une bombe sur un quartier de Nantes. Un adolescent, Pibe (prénom forgé avec les initiales de l'auteur), est projeté hors du cocon familial, sur un chemin qui se révélera, comme toujours chez Bordage, initiatique. Une initiation à la confiance, seul remède contre la peur, mère de toutes les abominations. Et ce qui doit être accompli le sera. L'humanisme de Bordage est un existentialisme, qui invite à se couler dans le présent et s'inscrit en faux contre l'anti-humanisme d'un Dantec. La rédemption est possible. L'Apocalypse génère des songes magiques ou des visions symboliques porteuses de révélation. À force de craintes, on peut engendrer les pires cauchemars. Là où d'autres se laissent submerger par leurs visions, fasciner, au risque d'une fascisation, par les fantasmes nés de leurs peurs, Pierre Bordage vise plutôt à prévenir la possible chute, à tuer cet ange de mauvais conseil qui demeure en chacun de nous, au plus profond du bunker cérébral.

     Pibe, c'est Thésée contre le Minotaure. Par ce roman d'une maîtrise absolue, Bordage prouve qu'il est plus qu'un merveilleux conteur : un écrivain exceptionnel.

Jonas LENN
Première parution : 1/6/2004 dans Galaxies 33
Mise en ligne le : 29/12/2008


     Demain l'Apocalypse

     L'homme ne descend plus du singe. L'archange Michel est devenu le maître d'une nation dans laquelle ses légions de noir vêtues font régner un ordre impitoyable. Dieu, la Loi et la Patrie forment les trois piliers de la Grande Europe, en guerre de religion contre l'Islam. Retour en force de l'obscurantisme et déchéance. Il ne fait pas bon être « ousama » ou avoir le teint foncé dans cet avenir infernal. Nombre de personnages secondaires ne vivent d'ailleurs que le temps de traverser un court chapitre.
     L'ange de l'abîme, dernier opus de l'œuvre de Pierre Bordage, est un livre dur, sanglant, cruel où la mort et la perversion sont partout. La réaction de violence déclenchée par les attentats du 11 septembre 2001 a conduit l'auteur à développer un scénario catastrophe, dans un futur très proche, dont on espère qu'il restera à jamais œuvre de fiction. Cet affrontement guerrier entre chrétiens et musulmans rejoue en quelque sorte les drames de 14-18 et de 39-45, assaisonnés aux épices de l'imaginaire.
     L'ange de l'abîme prend le contre-pied du précédent livre de Bordage, L'évangile du serpent, dans lequel un prophète prêchant la bonne parole apportait en réalité le mal. Stef et Pibe, seize et treize ans, vont traverser cette Europe ravagée lors d'un voyage initiatique qui les conduira jusqu'au bunker roumain de l'archange Michel. La rédemption viendra-t-elle cette fois-ci de la main d'un adolescent criminel ? Le bien peut-il aussi être engendré par le mal ?

Jean-François THOMAS (lui écrire)
Première parution : 17/5/2004 24 Heures
Mise en ligne le : 3/3/2009


 

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