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Les Machines de Dieu

Jack McDEVITT

Titre original : The Engines of God, 1994
Cycle : Les Machines de Dieu vol. 1 

Traduction de Alain ROBERT
Illustration de MANCHU

LIVRE DE POCHE (Paris, France), coll. SF (2ème série, 1987-) n° 7276
Dépôt légal : septembre 2005
Roman, 638 pages, catégorie / prix : 8 €
ISBN : 2-253-10873-1
Format : 11,0 x 18,0 cm
Genre : Science-Fiction

Porte la mention "Edition 01" en dernière page.


Quatrième de couverture
À travers la Galaxie, ceux qu'on a nommés les Bâtisseurs de Monuments et dont on ne sait à peu près rien, ont laissé des œuvres gigantesques et sublimes.
Pour l'humanité, la route des étoiles vient de s'ouvrir en ce XXIIIe siècle. Et, avec elle, une nouvelle science, l'Archéologie spatiale. Car rien n'est plus important pour une Terre mourante à force de désordres écologiques que de percer les secrets de civilisations disparues.
L'avenir est peut-être dans le passé galactique.
Priscilla Hutchinson, pilote spatiale, va récupérer sur la planète Quraqua une équipe d'archéologues pour les conduire de monde en monde sur la piste des Bâtisseurs.
Un Space Opera sublime.
Critiques
     Pilote de vaisseau spatial, Priscilla Hutchins a la chance de convoyer le célèbre archéologue Richard Wald. En sa compagnie, elle peut admirer, sur Japet, lune de Saturne, une statue dressée par des extraterrestres dont on ignore tout et que l'on a baptisés « les Bâtisseurs de Monuments ». En effet, ils ont laissé derrière eux, en divers points de l'espace, des œuvres dont la signification apparaît mal aux humains. Sur Oz, lune de la planète Quraqua, il s'agit d'une étrange ville composée de cubes pleins dominés par deux tours.

     Jack McDevitt reprend un thème classique de la science-fiction, la découverte d'artefacts extraterrestres dont l'humanité peine à saisir le sens. Le fait qu'il s'agisse d'œuvres d'art et non d'objets technologiques, comme dans Rendez-vous avec Rama d'Arthur C. Clarke ou La Grande Porte de Frederik Pohl, de débris divers comme dans Stalker d'Arcadi et Boris Strougatski, constitue l'originalité de ce roman. Nous allons suivre le travail d'archéologues du futur fouillant les ruines de cités détruites à proximité des œuvres des Bâtisseurs, tâchant de décrypter le langage de ces peuples éteints, en espérant qu'ils parleront des visiteurs plus évolués qui leur ont rendu visite. Pourquoi, d'ailleurs, ces peuples primitifs que les Bâtisseurs approchèrent ont-ils ensuite disparu ? L'intrigue se complique encore lorsque les archéologues se heurtent aux financiers, impatients de faire cesser les fouilles afin de pouvoir entreprendre la terraformation de ces planètes susceptibles d'accueillir des colons, la Terre ayant subi de graves pollutions qui l'empêchent de nourrir une vaste population.

     Le roman de Jack McDevitt est construit sur une base subtile, propice au mystère et au développement d'aventures passionnantes. La conclusion, que nous ne dévoilerons pas, n'est malheureusement pas à la hauteur de ces prémices et encore moins à la hauteur du titre qui laissait entrevoir qu'aux bases scientifiques tout à fait séduisantes, le roman allait adjoindre une perspective métaphysique.

Gilbert MILLET (site web)
Première parution : 1/4/2006 dans Galaxies 39
Mise en ligne le : 6/2/2009

Critiques des autres éditions ou de la série
Edition L'ATALANTE, La Dentelle du Cygne (2001)

     Anciens rivages – le premier roman de McDevitt publié en France chez Pocket –, racontait la découverte d'artefacts extraterrestres dans l'Amérique contemporaine. Centré sur des aspects très terre-à-terre, comme la propriété et les droits d'exploitation, il occultait un peu la dimension cosmique de la trouvaille et laissait le lecteur sur sa faim...

     Ce deuxième roman débute par une situation similaire. L'humanité, parvenue cette fois à l'ère de l'exploration galactique, découvre de Grands Monuments édifiés par une race extraterrestre vieille d'au moins vingt mille ans et qui semble avoir disparu voici quelques millénaires. Une vaste enquête archéologique est lancée, qui devra déchiffrer l'ancienne écriture, s'interroger sur l'utilité de ces constructions titanesques et analyser l'évolution et les mythes de plusieurs planètes désertées.

     Les machines de Dieu est un roman de facture très classique. La première partie se contente de transposer dans l'espace une fouille archéologique, autour d'un thème qui n'est pas neuf puisque les artefacts monumentaux ont déjà fait l'objet de grands romans, entre autres chez Arthur C. Clarke, Larry Niven ou plus récemment Laurent Genefort. Mais le questionnement qu'ils induisent chez l'homme – variante du mystère des statues de l'île de Pâques – est toujours vertigineux, et McDevitt maîtrise parfaitement cet aspect tout au long de l'enquête quasi policière menée par les personnages.
     De plus, la trame s'étoffe progressivement et les révélations finales, de nature scientifique, sont captivantes  : la résolution de l'énigme nécessite en effet de comprendre la nature de « perturbations  » qui ont balayé certaines civilisations tous les huit mille ans et qui pourraient correspondre sur notre planète à la destruction mythique de Sodome et Gomorrhe.

     Comme dans Anciens rivages, certains conflits d'intérêts font obstacle à la recherche pure et diverses péripéties – du tsunami à l'attaque de crabes extraterrestres – retardent les révélations finales. Le récit aurait sans doute gagné à être allégé, certaines scènes condensées, et quelques dialogues resserrés. Mais on regrette surtout que le roman s'achève lorsqu'il devient vraiment passionnant, sans exploiter à fond les perspectives tracées, car il faudra « attendre de nouvelles avancées technologiques.  » (p.501)

     Sur des schémas assez proches, Les machines de Dieu est donc à l'évidence bien plus consistant et plus abouti que Anciens rivages, même s'il souffre encore de longueurs. Il fait surtout souhaiter une suite où l'auteur pourrait explorer toutes les conséquences de l'univers mis en place et remonter jusqu'aux origines des « perturbations  »...

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 2/4/2001
nooSFere


Edition L'ATALANTE, La Dentelle du Cygne (2001)

     Nous sommes au début du XXIIIe siècle, et l'humanité a eu accès aux étoiles grâce à la navigation dans l'hyperespace. Mais dans le voisinage de la Terre ne se trouve guère qu'une planète habitable, et habitée par une race qui en dépit de sa longévité n'a pas dépassé le niveau de développement technique (et de conflit interne) de notre Première Guerre Mondiale. Par contre, les Faiseurs de Monuments ont laissé plus d'une trace à travers l'espace 
 à commencer par une statue-autoportrait sur un satellite de Saturne.
     Sur une autre planète, Quraqua, les civilisations se sont succédé pendant plusieurs milliers d'années avant de disparaître complètement au début de notre ère. Leurs traces font le bonheur des archéologues. Avec Priscilla « Hutch » Hutchins, leur fidèle pilote, Richard Wald et Frank Carson font partie de la dernière équipe en quête des artefacts permettant de déchiffrer un des langages écrits de Quraqua. En hâte. Tout sera bientôt effacé par la terraformation, car la Terre, ravagée par le réchauffement planétaire et les conflits, a un besoin pressant de nouveaux départs.
     Mais le vrai mystère archéologique, réalisation la plus étrange des Faiseurs de Monuments, est Oz, une « sculpture de ville » érigée sur la lune sans vie de Quraqua : un gigantesque carré quadrillé de « rues » autour de « bâtiments » qui sont autant de parallélépipèdes de roc plein. Oz et les vieilles légendes de Quraqua indiquent le chemin d'autres systèmes stellaires, et l'enquête cosmo-archéologique franchit les années-lumière...
     Les Machines de Dieu s'inscrit dans une tradition établie en SF, celle du Premier Contact « manqué », faute de synchronisme dans le développement de civilisations voisines. Quand l'homme arrive dans l'espace, ses cousins ne lui ont laissé que des traces qu'il faut décrypter. Voir Rendez-vous avec Rama. Et, dans le cas présent, les reliques du passé indiquent aussi la possibilité d'un danger futur pour toute la race humaine. Comme dans le premier roman de Jack McDevitt, The Hercules Text (1986), dont le pivot était l'énigme posée par un message reçu des étoiles, une bonne partie du plaisir du livre est intellectuel ; le lecteur doit se piquer au problème de détection que posent les quelques indices qui ont survécu au passage des millénaires. McDevitt avoue d'ailleurs sa faiblesse pour les énigmes policières 1. Mais ici il triche un peu avec le lecteur, en faisant jouer un rôle dramatique clé à la récupération d'une sorte de Pierre de Rosette pour un des langages de Quraqua, alors que les mythologies locales (et même la prononciation de certaines langues !) semblent déjà bien connues, par des moyens dont rien n'est dit.
     Qu'importe, l'aventure continue, décrite de façon compétente et méticuleuse (avec des facilités comme l'usage de l'hyperespace sans cohérence technologique avec le matériel spatial décrit par ailleurs en détail), alternant entre fragments de solution du mystère cosmique et épisodes d'action beaucoup plus ordinaires, qui opposent les protagonistes à des cataclysmes ou des prédateurs extraterrestres. J'ai personnellement eu du mal à m'attacher au personnage central, Hutch : à deux reprises elle perd des êtres chers sans qu'on en perçoive vraiment les conséquences émotionnelles. C'est pourquoi sans doute le livre, prenant, ne m'enthousiasme pas. Mais il remplit son contrat, dosant habilement mystères et révélations.

Notes :

1. dans une interview parue dans Locus, numéro de février 1995.

Pascal J. THOMAS (lui écrire)
Première parution : 1/3/2001
dans Galaxies 20
Mise en ligne le : 3/6/2002


Edition L'ATALANTE, La Dentelle du Cygne (2001)

     Voilà un bel exemple de roman sans qualité auquel le lecteur peut très bien mordre. L'écriture y est plate, le rythme paisible. Les péripéties se succèdent en vagues plus langoureuses qu'autre chose. On ne saurait dire que les problématiques soulevées sont transcendantes. A dire vrai, c'est un roman qui aurait dû être mauvais...
     Mais...
     Le lecteur de S-F est un bizarre oiseau, entre pie et chouette, qui dévore les bouquins tout en étant lui-même dévoré d'une insatiable curiosité. La S-F, comme naguère les grands récits d'exploration et d'aventures, est la littérature des gens curieux. Pas toute la S-F, bien sûr. Pas « l'heroic star fiction ». Mais c'est l'essence même du genre. La « science » du mot S-F renvoie davantage à cette curiosité qu'à l'exactitude scientifique ou à la Méthode ; à cette curiosité qui est l'apanage des gosses, des chercheurs et des lecteurs de S-F.
     Et la curiosité est le moteur de lecture des Machines de dieu, comme il y a des chevaux sous le capot fort joliment customisé par Manchu. C'est uniquement parce que nous sommes des lecteurs de S-F — et donc de fieffés curieux — que nous pouvons lire et prendre plaisir à un livre aussi dénué d'ambition littéraire. Pire — ou mieux — , les moteurs de l'entertainement qui caressent dans le sens du poil les fantasmes de pouvoir d'une certaine catégorie de lecteurs — qui ont trouvé bien mieux avec les jeux vidéo shoot-'em-up — , tournent au ralenti. L'héroïsme n'est certes pas absent, mais l'ennemi fait défaut. Si la curiosité n'est pas dénuée de danger, les œillères en représentent un bien plus grand. Pour pouvoir s'identifier aux protagonistes de McDewitt, il faut désirer comprendre davantage que vouloir vaincre.
     Les Machines de dieu rappelle fortement l'œuvre de B. R. Bruss au Fleuve Noir dans les années 50 et 60 — l'une des meilleures, soit dit en passant. Elles sont très proches l'une de l'autre, tant par la thématique que la narration. Le ressort de lecture est le même : il faut comprendre pour résoudre un mystère lourd de menace.
     Ce n'est certes pas de la grande littérature, mais au moins est-ce de la bonne science-fiction. De la vraie. Le contrat de lecture est rempli.

Jean-Pierre LION
Première parution : 1/8/2001
dans Bifrost 23
Mise en ligne le : 7/9/2003

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