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Mémoire vive, mémoire morte

Gérard KLEIN

Science Fiction  - Illustration de Jackie PATERNOSTER
Robert LAFFONT, coll. Ailleurs et demain n° (210), dépôt légal : octobre 2007
336 pages, catégorie / prix : 20 €, ISBN : 978-2-221-10978-6
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Saurons-nous échapper à l'effet de serre en protégeant la Terre au moyen d'une ombrelle ?
     Une mémoire informatique illimitée et infaillible, incrustée dans le cerveau, serait-elle une chance ou une malédiction ?
     Il revient des étoiles, mais personne ne lui répond sur Terre... Tournera-t-il à jamais en orbite ?
     Un météore de la nuit s'est écrasé près d'une petite ville. Va-t-il embraser la planète ?
     Pour s'enrichir, rien ne vaut un voyage dans le futur et la connaissance des cours de l'avenir.
     Elles étaient belles, les trois filles de Bréhat. Mais étaient-elles humaines ?

     Auteur, essayiste et critique, éditeur, Gérard Klein est depuis un demi siècle l'un des principaux acteurs du domaine de la science-fiction en France. Il a reçu divers prix, dont deux fois le Grand Prix de la science-fiction française (l'un pour la nouvelle qui donne son nom à ce recueil), le Prix européen de la science-fiction, et en 2005 le Pilgrim Award pour l'ensemble de son œuvre, décerné par la Science Fiction Research Association. Plusieurs de ses romans et nouvelles ont été traduits dans diverses langues et publiés notamment en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Mémoire vive, mémoire morte est son quatrième recueil de nouvelles.


    Sommaire    
1 - Préface, pages 7 à 14, Préface
2 - La Serre et l'Ombrelle, pages 17 à 47
3 - Mémoire vive, mémoire morte, pages 48 à 76
4 - ACMÉ ou l'Anti-Crusoé, pages 77 à 86
5 - Le Monstre, pages 89 à 105
6 - La Fête, pages 106 à 115
7 - Les Abandonnés, pages 116 à 124
8 - L'Écume du soleil, pages 125 à 159
9 - Les Voix de l'espace, pages 160 à 177
10 - Impressions de voyage, pages 178 à 186
11 - Bruit et Silence, pages 187 à 196
12 - Civilisation 2190, pages 197 à 202
13 - Les Prisonniers, pages 203 à 219
14 - Tout conte fait, pages 223 à 223
15 - La Question, pages 224 à 224
16 - Spéculons sur l'avenir, pages 225 à 242
17 - Pour en finir avec l'An 2000, pages 243 à 250
18 - Dernière idylle, pages 251 à 269
19 - Le Rôle de l'homme, pages 270 à 278
20 - Trois belles de Bréhat, pages 279 à 289
21 - Point final, pages 293 à 301
22 - Préface à l'édition de 1982 des Perles du temps, pages 305 à 312, Préface
23 - Alain SPRAUEL, Bibliographie, pages 313 à 326, Bibliographie (lire ce texte en ligne)

    Prix obtenus    
Mémoire vive, mémoire morte : Grand Prix de l'Imaginaire, nouvelle / Short story, 1987, Rosny aîné, nouvelle / Short story, 1987
 
    Critiques    
     Quand on regarde l'histoire d' « Ailleurs & demain » (premier titre paru en 1969 : Le Vagabond de Fritz Leiber), on s'aperçoit que cette collection a publié dans les années 70 et au début des années 80 plusieurs recueils de nouvelles francophones (Pierre-Jean Brouillaud, Jacques Sternberg, Lorris Murail...) et même une anthologie francophone (Utopies 75), puis plus rien ou presque. Du côté des romans de langue française, on notera que le robinet (convenablement ouvert dès 1970) se ferme en 1985 avec Le Jeu du monde de Michel Jeury, puis se rouvre en 2005 avec le très dispensable Forteresse de Georges Panchard (en attendant un Philippe Curval courant 2008). Suivent le recueil La Loi du Talion de Gérard Klein, une réédition, en 2006, et donc Mémoire vive, mémoire morte du même, en 2007 — une réédition, partielle ce coup-ci, puisqu'il s'agit du recueil Les Perles du temps (initialement sorti en « PdF » chez Denoël) duquel ont été retranchés quelques textes et auquel ont été ajouté d'autres plus récents, dont une nouvelle de littérature générale, « Trois belles de Bréhat », le seul inédit.

     Donc, en vingt ans, «  Ailleurs & demain » a publié trois ouvrages francophones, dont deux recueils de Gérard Klein. Ce qui ne serait en rien un problème si :
     1/ Gérard Klein était un auteur génial, indispensable ou plus modestement formidable (du niveau de Robert Silverberg, Greg Egan, Dan Simmons, Ursula Le Guin pour citer quelques auteurs-phares de la collection « Ailleurs & demain »).
     2/ Gérard Klein n'était pas le directeur de la collection « Ailleurs & demain ».

     Mais voilà, boum patatras, Gérard Klein n'est pas un auteur génial (même si Les Seigneurs de la guerre est un très bon roman de S-F) et il est bel et bien le directeur de la collection « Ailleurs & demain », collection qu'il a créée chez Robert Laffont à la fin des années soixante et qu'il dirige toujours aujourd'hui.

     Par conséquent, la parution de Mémoire vive, mémoire morte (préfacé par un certain... Gérard Klein !) n'est pas un événement, pis, c'est un joli foutage de gueule comme on les aime chez Bifrost, orchestré par un auteur-éditeur-bipréfacier-multitâches qui a confondu son nombril avec une cabine UV et s'est passablement aveuglé lors de l'opération.

     Preuve à l'appui : « Attention, ce recueil est historique. », extrait de la préface, page 7.

     Foutage de gueule ? Un peu quand même, même si la concurrence a souvent fait bien pire. Mais ne tournant pas autour du pot plus longtemps : Mémoire vive, mémoire morte est avant tout une collection de vieilleries (extrêmement datées, peu lisibles, à la poésie forcée) issues du recueil Les Perles du temps auxquelles s'ajoutent quelques nouvelles récentes, visiblement arrachées à un auteur qui, depuis longtemps, a renoncé à se colleter avec la littérature.

     Pour se convaincre de ce renoncement, il suffit de lire les deux premières nouvelles de ce recueil : « La Serre et l'ombrelle » et « Mémoire vive, mémoire morte ».

     La première décrit un monde en plein dérèglement climatique sur lequel on a commencé à installer une Ombrelle, un dispositif d'une taille plutôt conséquente destiné à soustraire une partie du rayonnement solaire. Ce monde est surveillé par des veilleurs et des guetteurs que l'on devine être des intelligences artificielles (mais aussi par des arbitres cognitifs et des vigies — ces derniers étant des intelligences extraterrestres). Dans la cité de Padrillabad, les gens désespérés ont décidé de se faire sauter avec une bombe atomique que leur aurait fourni le scientifique Ramanuajan, mais la bombe n'existe pas vraiment, et leur éventuel suicide collectif est un appel au secours : « hâtez-vous de finir l'Ombrelle ». Un écrivain francophone qui n'a pas peur de la littérature (Philippe Curval) ou de l'aventure scientifique (Serge Lehman) nous aurait sans doute offert le point de vue d'une fillette de Padrillabad (ou celui de Ramanuajan) sur ce monde à l'agonie et cette Ombrelle nécessaire, mais Gérard Klein ne choisit pas, il saupoudre : un peu de veilleur, un peu de guetteur, une lettre de Ramanuajan, un petit arbitrage cognitif et, au final, le texte ne fonctionne pas, car aucun de ses segments n'est mené. Ajoutez à cela une écriture qui manque cruellement de fluidité, bien souvent pénible, et vous avez un beau ratage. Beau, car il y a des germes, des idées, des phrases qui surnagent et évoquent l'œuvre de Robert Silverberg. Mais là où Silverberg est un technicien hors pair qui a fini, malheureusement, par mécaniser son écriture vers 1975-76, Klein est un sourcier, il se promène avec sa baguette, se cogne contre une racine de temps en temps, se prend les cheveux dans les branches basses et saute de joie un peu trop ostensiblement dès qu'il trouve le moindre point d'eau fraîche.

     La lecture de « Mémoire vive, mémoire morte » (autre texte au fil conducteur très lâche, constitué de morceaux hétéroclites et de souvenirs) est presque aussi pénible que celle de « La Serre et l'ombrelle », mais il y a cette première phrase inoubliable, « Le bébé invisible faisait tic tac », page 48, et trois belles pages érotiques pp 58-60. Ce n'est pas suffisant pour maintenir un intérêt constant, mais l'ensemble se lit, tout en faisant malheureusement penser à une nouvelle de Greg Egan, « En apprenant à être moi » (in Axiomatique, le Bélial', 2006), bien plus maîtrisée, et au final, bien plus vertigineuse. Une fois de plus, Gérard Klein ne sait pas ce qu'il veut raconter, le progrès scientifique, la mémoire, les femmes (ce dernier sujet étant le plus apte à être traité par un sourcier, question de baguette, évidemment)...

     Le troisième texte du recueil, « ACMÉ ou l'Anti-Crusoé », plus ancien (1975), est une expérimentation très S-F politique des années 70... insupportable, comme la plupart des expérimentations de cette époque-là. Passons.

     Suivent les nouvelles des Perles du temps : « Le Monstre », « La Fête », « Les Abandonnés », « L'Ecume du soleil », « Les Voix de l'espace », « Impressions de voyage », « Bruit et silence », « Civilisation 2190 », datées, peu lisibles, alourdies par une poésie forcée. On sent que Bradbury a eu une ÉNORME influence sur le jeune Gérard Klein, que ce jeune homme avait un énorme potentiel, mais ne savait pas trop quoi en faire ; pour preuve, « Les Abandonnés » qui met en scène sans brio une idée formidable de mondes parallèles.

     Après la section Les Perles du temps suivent quelques pochades diverses et variées (qui feront peut-être rire votre fils de huit ans) et un florilège de textes anecdotiques mais pas scandaleux comme « Le Rôle de l'homme », originellement publié dans Bifrost n°46. Je ne suis pas sûr qu'une revue publierait aujourd'hui le meilleur de ces textes si celui-ci était signé par Jean Tartempion.

     Ce recueil est historique, oui, il raconte (entre ses lignes) l'histoire d'un écrivain doué qui a décidé de diriger la meilleure collection de S-F de l'univers (ce qui ne se fait pas sans quelque dommage collatéral). Ce recueil est historique, oui, il plaira à certains vieux lecteurs de S-F qui ne supportent que les textes qui sentent la naphtaline et les années « Rayon fantastique ».

     Pour conclure, une petite note personnelle : malgré toutes les horreurs que je viens d'écrire, j'aime beaucoup Gérard Klein, d'abord parce qu'il a publié (entre autres chefs-d'œuvre) Dune qui est mon livre de S-F préféré ; ensuite parce qu'il est d'une conversation au pire agréable, au mieux passionnante.

     Qui aime bien, châtie bien ; en espérant, cher Gérard, que votre mémoire vive ne me mettra pas illico dans votre mémoire morte (même si je le mérite un peu).

Gilles DUMAY
Première parution : 1/1/2008
dans Bifrost 49
Mise en ligne le : 25/1/2009


     Un autre avis... 1

     Recueil hétéroclite par nature (plusieurs nouvelles publiées ici ou là et appartenant à différentes périodes de l'existence de son auteur, comme le souligne Gilles Dumay), Mémoire vive, mémoire morte rassemble des textes trop malicieux pour être pris au premier degré. On y décèle plusieurs Gérard Klein, tous bien ancrés dans leur époque, avec parfois de jolies pages d'anticipations et le thème récurrent de l'incommunicabilité. Tour à tour poétiques, désespérées, sombres ou légères, les nouvelles rassemblées ici distillent une petite musique froide, parfois distanciée, mais jamais vaine ou maniérée. Certes, le style est particulier et renvoie très directement à l'âge d'or de la S-F, mais c'est d'un âge d'or assimilé qu'il s'agit, un âge d'or compris, intégré et... désintégré par un auteur qui fait plus œuvre de détournement qu'autre chose. Détournement respectueux, sans aucun doute, mais détournement quand même, et c'est justement ce qui donne toute sa saveur et son à-propos au livre. Les thèmes développés par Gérard Klein forment l'ossature d'une certaine conception de la S-F. Mondes parallèles, invasions extraterrestres, délabrement humain, autant d'idées parfaitement conventionnelles, voire convenables, pour tout lecteur habitué au genre. Le détail qui fait véritablement la différence et l'intérêt de Mémoire vive, mémoire morte, c'est bien l'œil acéré que porte l'auteur sur les petites gesticulations humaines, regard critique qui ne s'épargne pas lui-même quand il se met en scène (« Trois belles de Bréhat », un constat plutôt amer sur l'âge et ses blessures), regard triste et pessimiste quant à l'Avenir de l'humanité. Tout occupé à tracer sa propre route dans l'ombre de géants comme Bradbury, Lem, Brunner et quelques autres, Gérard Klein assume son héritage, mais s'offre une place résolument à part et contemple le monde en ricanant. Une lecture hâtive peut donner à certains textes un côté désuet, mais cette fausse désuétude finit par convaincre par son sens de la mise en scène. Les textes sont d'ailleurs enrichis grâce à la technique délicate, mais maîtrisée, du monologue intérieur. De fait, ils n'appartiennent clairement pas à la race de ceux qu'on lit et qu'on n'oublie. L'auteur s'y déshabille, s'ausculte et se montre. Le lecteur, lui, découvre, savoure parfois, et referme le livre en se promettant de le relire un jour. Sorte de petit plaisir qu'on met de côté et qu'on se garde par gourmandise. Force est de reconnaître que les recueils de ce genre ne sont pas légion.

Notes :

1. Le titre fait référence à la chronique signée Gilles Dumay placée avant celle-ci dans Bifrost.


Patrick IMBERT
Première parution : 1/1/2008
dans Bifrost 49
Mise en ligne le : 25/1/2009


 
Base mise à jour le 24 septembre 2017.
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