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Manuel à l'usage des apprentis détectives

Jedediah BERRY

Titre original : The Manual of Detection, 2009
Première parution : Penguin Press

Traduction de Philippe ROUARD
Illustration de Jefferson RABB

DENOËL (Paris, France), coll. & d'ailleurs
Dépôt légal : avril 2010, Achevé d'imprimer : 16 avril 2010
400 pages, catégorie / prix : 23,50 €
ISBN : 978-2-207-26106-4
Format : 14,0 x 20,5 cm  
Genre : Fantasy



    Quatrième de couverture    
     Dans une ville autarcique noyée sous les flots incessants, Charles Unwin, clerc aux écritures à l'Agence, rédige et consigne avec un soin presque excessif les rapports du détective vedette, Travis Sivart. Réglé comme du papier à musique, son quotidien bascule dans le chaos lorsque Sivart disparaît et qu'il se voit promu, par une inexplicable aberration administrative, détective à la place du détective.
     Commence alors une descente hallucinée vers un monde étrange, nourri de dangers irrationnels et de beautés empoisonnées. Du bout de son sempiternel parapluie, l'apprenti détective se surprend à pointer les falsifications d'affaires pourtant résolues ; d'ambiguïtés en révélations, Unwin, secondé par son assistante narcoleptique, se laisse entraîner bien au-delà de l'imaginable.
     Coup d'essai, coup de maître, Manuel à l'usage des apprentis détectives est un premier roman sophistiqué et drôle, qui plonge le lecteur dans un labyrinthe onirique de références minutieusement orchestrées.
 
     Jedediah Berry vit dans le Massachusetts. Il est éditeur et a régulièrement publié des nouvelles dans plusieurs revues américaines.
 
    Critiques    
     Considéré comme le meilleur clerc de l'Agence, Charles Unwin rédige les rapports d'enquêtes du fameux détective Sivart, comme « Le Plus Vieil Homme Assassiné » ou « Les Trois Morts du colonel Baker ». Réglé comme du papier à musique, il n'aime pas quand les choses ne sont pas à leur place. Or, ce matin, tout semble aller de travers. Il est promu détective de manière incompréhensible, il découvre son nouveau chef mort assassiné avant de pouvoir l'entretenir de cette évidente erreur et il risque même d'être soupçonné de ce crime...
     Échouant à faire entendre raison à une administration totalement inflexible, dépassé et entrainé par les événements, Unwin n'a d'autre solution que d'endosser son costume de détective et, avec l'aide d'une jolie assistante narcoleptique, de retrouver Sivart, qu'il remplace et qui a mystérieusement disparu.

     Après quelques nouvelles, Jedebiah Berry signe ici son premier roman, dont tout le charme réside dans une ambiance très réussie, faite d'étrangeté et d'onirisme, voire de surréalisme.
     Son Agence est une administration kafkaïenne, omnipotente et ubiquitaire, pleine de règles obscures (comme une mystérieuse hiérarchie de chapeaux), de non-dits et d'hermétisme. La rigidité de ce système ajoute une pesanteur appréciable à l'atmosphère pourtant déjà assez oppressante d'une ville autarcique où il pleut sans interruption.
     L'intrigue, relativement fouillée, va constituer un vrai labyrinthe pour l'apprenti détective mais aussi pour le lecteur. Notre investigateur malgré lui découvre vite que le mystère auquel il est confronté est fortement lié aux anciennes enquêtes résolues de Sivart, celles-là mêmes qu'Unwin a brillamment rapportées.
     Dès le début kafkaïen, on comprend qu'il ne faut pas s'attendre à un polar noir mais que l'auteur peut nous emmener vraiment n'importe où, dans un univers plus fantaisiste. Il faut donc que le lecteur accepte de se laisser porter par l'étrangeté plutôt que par le réalisme, par l'exotisme d'un monde inhabituel plutôt que par le simple cheminement d'une enquête policière.
     Jedebiah Berry joue aussi avec les codes du genre et même ses personnages archétypaux de façon assumée — le héros disparu, l'assistant qui part à sa recherche, le méchant illusionniste, la femme fatale qui n'appartient à aucun camp... — ajoutent encore à l'ambiance onirique. Evidemment, le novice arrivera quand même à résoudre l'énigme, sauvé plus par la chance et sa persévérance que par son talent.
     En outre, l'auteur s'amuse à mettre en abime son Manuel à l'usage des apprentis détectives dans le récit sous forme d'un ouvrage expliquant au clerc les arcanes d'une enquête. D'où de petits clins d'œil — par exemple la lecture par le personnage de la page 137 du manuel fictif à la page 137 du roman — qu'on retrouve plusieurs fois mais qu'on peut regretter de ne pas voir davantage exploités.

     Au final, voici un livre assez particulier, qui joue plus sur son ambiance onirico-fantasyste, que sur son côté polar (même si celui-ci n'est pas occulté). Il évoque beaucoup d'autres œuvres, celle de Kafka bien sûr, celle de Terry Gilliam (pour son Brasyl évidemment, et même L'Imaginarium du Docteur Parnassus avec sa magie ambiante) mais aussi le non-sense anglais. Ce premier roman se révèle assez impressionnant car maitrisé de bout en bout et porté par des choix assumés, ceux d'un rêve éveillé dans un monde qui semble dériver vers la folie.


Gaëtan DRIESSEN
Première parution : 17/5/2010 nooSFere


     Comme à son habitude, Charles Unwin s'apprête à prendre son poste à l'Agence où il officie en tant que clerc. Ponctuel, il choisit la cravate appropriée pendant que son petit-déjeuner, une bouillie d'avoine, chauffe sur le feu. Puis, sa montre en poche, il descend récupérer sa bicyclette. Le bonhomme a mis au point une technique astucieuse pour pédaler le parapluie ouvert, procédé qui n'est pas un luxe, la pluie tombant à verse sur la ville depuis des jours et des jours. Cette routine éprouvée durant vingt années se trouve compromise lorsqu'il s'entiche d'une inconnue, vêtue d'un manteau écossais, rencontrée par hasard sur le quai de la gare. Sa bouillie brûle, il se trompe de cravate et manque d'oublier sa montre, mais, surtout : il est en retard. Un comble pour sa réputation d'employé minutieux. Et ce n'est pas tout ! Promu au poste de détective, une incongruité à ses yeux, il se voit contraint d'enquêter sur la disparition du détective vedette de l'Agence. Une nécessité, s'il souhaite élucider un certain nombre de falsifications d'affaires pourtant classées et retrouver le calme de son bureau du quatorzième étage. De crainte de déflorer l'intrigue, on ne dira rien des tenants et aboutissants d'un complot aussi nébuleux et lancinant qu'un mauvais rêve.

     Avec ce premier roman, Jedediah Berry accouche d'une histoire étrange, voire baroque, sans se départir d'un humour absurde du plus bel effet. Ce parfait inconnu sous nos longitudes, œuvrant outre-Atlantique dans l'édition et l'écriture de nouvelles, réalise ici, avec ce coup d'essai, un coup de maître. Difficile en effet de ne pas paraphraser la quatrième couverture, tant le Manuel à l'usage des apprentis détectives impressionne par sa maîtrise. A l'instar de Noir de Robert Coover (lisez-le, si ce n'est déjà fait), Jedediah Berry puise son inspiration dans les tropes et archétypes du roman noir. Univers urbain, bars louches, détective employé par une agence (difficile de ne pas évoquer Dashiell Hammett et le Continental Op), femme fatale (ici multiple), pègre, tous les ingrédients du polar à l'américaine sont réunis dans ce qui ressemble, du moins au début, à un hommage au genre. Toutefois, Jedediah Berry inocule ce qu'il faut d'intelligence, d'habileté et de bizarrerie pour prendre le recul nécessaire avec ces éléments très codifiés. Et surtout, il détourne ceux-ci en multipliant les allusions à d'autres auteurs. On pense plus d'une fois à Kafka en découvrant la hiérarchie rigide de l'Agence, mais également à Borges, au moins pour la description des archives de l'Agence et pour la mise en abîme suscitée par le découpage du roman, comptant dix-huit chapitres comme le manuel de détection. La ville mais également la bande hantant la fête foraine réveillent des réminiscences de Gotham City. Les frères Rook, Enoch Hoffman, le génie ventriloque du crime, Cleopatra Greenwood, tous ne dépareraient pas aux côtés des gredins créés par Bob Kane. Bref, on reste fasciné par cette enquête menée entre songe et réalité, jalonnée de fausses pistes, de faux semblants et de coups de théâtre.

     Au final, il serait dommage de négliger ce Manuel à l'usage des apprentis détectives, roman original et maîtrisé qui rappellera sans doute aux connaisseurs l'atmosphère des livres de Jeffrey Ford.

Laurent LELEU
Première parution : 1/10/2010 dans Bifrost 60
Mise en ligne le : 21/1/2013


 
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