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Avril et des poussières

Benjamin LEGRAND

Science Fiction  - Illustration de Philippe DRUILLET
DENOËL, coll. Présence du futur n° 590, dépôt légal : avril 1998
288 pages, catégorie / prix : 5, ISBN : 2-207-24710-4
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Fin 1998. Antonio, un chasseur de trésors, est arrivé au bout de sa QUÊTE : en Australié, le voici enfin en possession d'un mystérieux moulin à prières qu'il recherche depuis des années. Des morts ont déjà jalonné son parcours. Et ce n'est pas fini...
     Début du XXII° siècle. La Nef Numéro Un, transportant 1 500 passagers — scientifiques, représentants de l'Eglise unifiée et pionnier divers — , est en passe d'atteindre Bêta X, où doit être fondée la première COLONIE terrienne « éloignée ». Des morts ont déjà gâté le voyage. Et ce n'est pas fini...
     Qu'est-ce que trament ces étranges figures qui apparaissent au premier et aux seconds, jetant le chaos dans leur existence ? Qu'est-ce qui lie le sort d'Antonio et celui des colons du monde qu'ils ont baptisé Avril ? Mais leur DESTIN leur appartient-ils vraiment ?

L'auteur
Benjamin Legrand vient du cinéma, où il a travaillé comme assistant réalisateur et scénariste (notamment au côté de Philippe Druillet pour Sloane et Bleu, l'enfant de la Terre). Traducteur, scénariste de bandes dessinées et de séries télévisées, musicien à ses heures, il possède un sens et un amour du récit qui devaient fatalement le mener au roman. Sa première tentative dans le genre, La Mécanique des ombres, publié dans la collection Présences, a obtenu le Prix du jury littéraire Gérardmer Fantastic'arts 1996.

 
    Critiques    
     En alternance, un récit fantastique, celui d'Antonio, en 1998, chasseur de trésors anciens à l'image d'un Indiana Jones, et un récit de Science-Fiction qui conte au XXIIe siècle le voyage spatial et la colonisation d'une planète, Bêta X.
     Antonio reprend les recherches de Laura, son amour disparu, parties d'un grimoire traitant de civilisations antérieures. Elles l'amènent à exhumer en Australie, alors qu'il est traqué par un mystérieux personnage, un moulin à prières qui le ballotte à travers l'espace et le temps, jusqu'à l'expédier finalement sur Bêta X.
     Les colons de l'expédition, dominée par la NEE, la Nouvelle Ethique de l'Etre, et ses prêtres rigoristes perdent la plupart de leurs scientifiques d'une manière aussi spectaculaire qu'incompréhensible. A l'arrivée, les colons se séparent des prêtres qui s'exilent dans les montagnes, pour des raisons connues d'eux seuls. Marie, une psycho-intuitive, qui donne à Bêta X le poétique nom d'Avril recevra la révélation de ces événements.
     Il s'avère que des portes spatio-temporelles, à travers lesquelles passe Antonio, ont été placées par des extraterrestres qui s'affrontent sur Terre depuis des siècles.
     La lutte classique d'Osiris et Isis contre Seth, empruntée à la mythologie égyptienne, a déjà inspiré nombre de récits. Il est impossible ici de ne pas faire référence au cycle de BD bilalien et principalement au premier tome, La foire aux immortels, où la religion est également très prégnante et où les demi-dieux investissent aussi des corps humains.
     Mêlant action et suspense, le récit, élégamment écrit, cherche à dépasser sa dimension de roman populaire. Les titres des chapitres, références directes ou déguisées à des romans de SF et à quelques autres comme les extraits de livres qui les précèdent citant pêle-mêle le Coran, Mirabeau, Gautier, T.S. Eliot, Homère, Dirac, Breton, Louise Labé, Tristan Bernard montrent à quel point l'auteur cherche à embrasser toutes les cultures et les époques pour en synthétiser les messages de tolérance et de connaissance de soi. Si l'originalité manque au scénario, elle est présente dans les intentions, un brin mystiques, portant sur le temps et la place de l'homme dans l'univers...

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/7/1998
dans Bifrost 9
Mise en ligne le : 1/4/2002


     Deux histoires se croisent à l'infini : celle d'Antonio qui a découvert au cœur du bush australien un moulin à prières mystérieux, et celle de Marie, embarquée avec 1500 colons dans une arche stellaire en direction de Bêta X. Voilà ce que nous croyons au début de ce roman étonnant. C'est juste, mais non suffisant. Juste, parce que tout le livre, d'un chapitre à l'autre, oscillera constamment entre ces deux parcours, ce qui donne un impact formidable à la lecture. Non suffisant, parce que ces deux trajectoires, s'imbriquant petit à petit (mais l'on ne s'en rendra compte que plus tard) déborderont infiniment de ce que l'on croyait découvrir initialement. En effet, Antonio se verra le jouet de dieux qui le dépassent, et Marie, arrivée avec des milliers de colons sur une nouvelle planète, découvrira le divin jeu céleste. Roman difficile, parfois ardu, mais qui atteint souvent — excusez du peu — au souffle d'Hyperion. Politique, psychologie, religion, mythologie, tout est relié pour aboutir à une vision fabuleuse, évoquant tantôt Poe ou Lovecraft, tantôt Tim Powers, W. Miller, Zelazny ou Stapledon lui-même. Je pense que Benjamin Legrand, déjà auteur du remarquable La mécanique des ombres, est, comme on dit, « promis aux plus hautes destinées ». Humour en plus, grâce aux titres des chapitres, faisant allusion à de grands textes SF. Je tiens ce livre pour l'un des plus intéressants parus depuis longtemps et ne peux que vous le conseiller à vous, lecteurs, pour qui la SF est la littérature de réflexion d'aujourd'hui : en voici une preuve nouvelle, prodigieusement intelligente. Un grand événement.

Bruno PEETERS
Première parution : 1/1/1999
dans Phenix 49
Mise en ligne le : 1/11/2003


     Le précédent roman de Benjamin Legrand, La Mécanique des ombres, fonctionnait à la manière d'un puzzle, avec ses chapitres-séquences hérissés d'aspérités constituant autant de fragments d'interface. Avec pour risque principal une apparente incohérence du point de vue — et comme reproche essentiel une certaine prétention à vouloir faire passer des clichés pour des éclats d'originalité. À ce titre, La Mécanique des ombres se trompait de cible. En choisissant l'option grand public, ce roman pourtant intéressant et relativement réussi n'avait aucune chance de satisfaire le lectorat des mauvais genres. Un peu comme La Dérive des sentiments d'Yves Simon — une oeuvre forte dans son contexte littéraire mais bien trop évidente pour tout lecteur rompu aux expériences et à la post-modernité de la fiction spéculative. Car. contrairement à ce que l'on lit parfois, la Science-Fiction — pourtant littérature non littéraire s'il en est : où le style est inexistant et où la toile de fond est le véritable sujet — conserve quelques belles longueurs d'avance sur la littérature blanche, en termes de structures, d'implication du lecteur, de variabilité du point de vue, de jeu auteur-lecteur. Étonnant paradoxe qui nous maintient à portée de vue des faits et gestes du genre — en dépit de notre extrême lassitude...

     Le deuxième roman de Benjamin Legrand se veut plus « pointu » — en témoignent son packaging (hideux) et sa sortie directe en PdF. Il l'est, assurément. L'éparpillement y est moins extrême : deux récits principaux ensemencent l'oeuvre. L'un relève de l'archéologie fantastique — on y retrouve la silhouette d'Indiana Jones et l'ombre tutélaire de Steven Spielberg ascendant von Däniken. Le second ressortit au space opera à connotation mystico-expansionniste — le genre a déjà beaucoup donné quant à ces phalanges d'un nouvel ordre, mais on ne s'en lasse pas. La fusion plot/contreplot s'opère là où il convient. L'auteur sait faire.

     Benjamin Legrand me paraît toutefois posséder les défauts de ses qualités. L'éditeur insiste sur les états de service de l'auteur : scénariste au talent protéiforme (télévision, bande dessinée, dessin animé) et co-réalisateur de cinéma. C'est un homme de l'image. Il sait donc ficeler des intrigues riches et rapides. La question pourrait être de savoir si être un « super-pro de l'image » — allez... disons du « multimédia » pour faire tendance — confère une légitimité à se prétendre écrivain. C'est-à-dire un pratiquant de la littérature — cette petite chose désuète, cette occupation marginale et accessoire, où l'on ne dispose que des mots pour dire le monde.

     Les effets littéraires auxquels cède l'auteur — tels ces changements de temps intempestifs — et le déluge de références culturelles dont ce livre sort tout dégoulinant sont autant d'indices laissant supposer que Benjamin Legrand se pose peut-être également la question. Et y répond comme il peut. Cela étant, qu'on ne s'y trompe pas : tout bien pesé, j'aurais tendance à conseiller la lecture de cet ouvrage.

Francis VALÉRY
Première parution : 1/9/1998
dans Galaxies 10
Mise en ligne le : 23/11/2008


 
Base mise à jour le 24 septembre 2017.
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