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La Forêt des mythagos - 1

Robert HOLDSTOCK

Cycle : La Forêt des mythagos (omnibus)

Traduction de William Olivier DESMOND & Patrick MARCEL
Illustration de Julien DELVAL

DENOËL (Paris, France), coll. Lunes d'Encre
Dépôt légal : décembre 2002, Achevé d'imprimer : décembre 2002
Réédition en omnibus
Recueil de romans, 846 pages, catégorie / prix : 30 €
ISBN : 2-207-25281-7
Format : 14,0 x 20,5 cm
Genre : Fantasy



Quatrième de couverture
Il existe, dans un coin reculé du Herefordshire, une forêt qui n'apparaît sur aucune carte. Bien qu'il s'agisse d'un tout petit bois, on peut progresser des journées entières vers son cœur. Cette forêt, qui date de la dernière glaciation, est bouillonnante de magie, peuplée de créatures mythologiques, comme Guiwenneth la belle princesse celte, mais aussi Jason et ses argonautes, le roi Arthur Pendragon et bien d'autres. Quelqu'un doit explorer la forêt, s'enfoncer jusqu'en son cœur, Lavondyss... Et c'est à cette aventure démesurée que vous invite Robert Holdstock.
La Forêt des mythagos fait d'ores et déjà partie des œuvres incontournables de la fantasy, une création originale, souvent brutale, située quelque part entre Le Seigneur des anneaux de Tolkien et Gormenghast de Mervyn Peake.
 
Au sommaire de ce volume :
- La Forêt des mythagos, World Fantasy Award 1985
- Lavondyss
- La Femme des neiges
 
Robert Holdstock est un auteur britannique né en 1948. Le cycle de La Forêt des mythagos, réuni ici en deux gros volumes, est son œuvre maîtresse.
Sommaire
Afficher les différentes éditions des textes
1 - La Forêt des mythagos (Mythago Wood, 1984), pages 9 à 314, roman, trad. William Olivier DESMOND
2 - Lavondyss (Lavondyss, 1988), pages 315 à 736, roman, trad. William Olivier DESMOND
3 - La Femme des neiges (The Bone Forest, 1991), pages 737 à 829, nouvelle, trad. Patrick MARCEL
Critiques des autres éditions ou de la série
Edition DENOËL, Lunes d'Encre (2002)

[Chronique conjointe de ce livre et de La Forêt des Mythagos - 2]

     Il existe peu de livres-univers, que ce soit dans la S-F ou dans la fantasy ; je parle de véritables livres-univers, où vous n'êtes pas seulement dans un environnement pseudo-parallèle, mais dans un monde absolument autre. Le Dune de Frank Herbert, les Annales du Disque-Monde de Terry Pratchett, ou encore, bien sûr, Le Seigneur des Anneaux de Tolkien... L'œuvre de Holdstock, La Forêt des Mythagos, fait partie de ceux-là. Comment rendre compte de la fascination qu'exerce sur le lecteur la forêt de Ryhope, génitrice de « mythagos », c'est-à-dire d'images mythiques, qui prennent forme et vie à partir des rêves des êtres humains et viennent bouleverser l'existence de certains d'entre eux ? L'ensemble ne se résume tout simplement pas.

     Si l'on veut donner une idée de la matrice du récit — presque comme on donnerait la « trame du mythe » dans une étude anthropologique — , disons que, au départ, un savant du nom de Georges Huxley vit à Oak Lodge, un vieille demeure située sur le domaine des Ryhope, en bordure de la petite forêt qui couvre une partie du Herefordshire. Des phénomènes très étranges semblent s'y produire : un petit bateau, lancé par ses enfants sur le ruisseau qui la traverse, met plus de six mois à réapparaître, et ressort pourtant de là aussi neuf que lors de son lancement. Des créatures diverses rôdent en lisière, alors que d'autres vivent aux limites de votre champ de vision lorsque vous y entrez. Par ailleurs, on ne peut pas toujours pénétrer à l'intérieur de cette forêt : il existe des portes, qui ne sont pas toujours ouvertes. Il faut suivre la trace d'un mythago pour les franchir et, une fois franchies, le temps rejoint celui du « passé mythique », totalement en dehors de celui qui régit le monde des humains. Fasciné par une femme, Guiwenneth, Huxley fait de nouveau appel à son collègue Wynne-Jones pour repartir à l'étude de ce mystère. Il s'enfonce de plus en plus souvent et de plus en plus longtemps au sein de la forêt, entraînant dans son destin toute sa famille : son épouse, qui vit mal cette « infidélité », mais aussi ses enfants, trop souvent oubliés, qui subiront d'ailleurs tous les deux la même attraction pour les mythagos. Au fil des cinq romans qui constituent le cycle, on saute de génération en génération, parfois vers d'autres familles, mais sans jamais perdre le lien avec l'histoire-source : l'histoire de ce qui a précédé est devenu un mythe en elle-même, qui donne naissance à ses propre mythagos. Ainsi, Tallis, l'héroïne de Lavondyss, que la forêt appelle dès son plus jeune âge, maîtresse des « masques » qui permettent de l'apprivoiser, retrouve-t-elle Wynne-Jones dans son voyage. La Femme des neiges, roman très bref au cœur du cycle, revient à Huxley et ses fils, mais en amont du premier roman, et remet ainsi en question tout ce qui s'est passé dans La Forêt des mythagos. Le même effet est obtenu dans le dernier volet, La Porte d'ivoire, qui reprend une part des événements du premier récit, mais saisi par un autre point de vue. Par deux fois, l'auteur nous invite ainsi à recommencer notre lecture au début, pour comprendre vraiment ce qui s'est passé, si tant est qu'on puisse imaginer, d'ailleurs, qu'il existe un seule version « véritable et pure » de l'histoire de la forêt. Seul Le Passe-broussaille, roman articulé autour du mythe de Gauvain, qui réintroduit le père de Tallis dans l'histoire de Richard et de son fils Alex, semble s'écarter un peu trop de la ligne maîtresse du cycle. Il est « à part », une sorte de quête du Graal pour un petit groupe de personnages, passionnante en soi, mais qu'on sent assez artificiellement rattaché à l'ensemble — une manière de réinterprétation du mythe originel par une peuplade colonisée, si vous voulez, pour ne pas sortir du domaine anthropologique.

     Les éléments du mythe de la forêt se croisent donc au fil des pages, soutenus par des références précises aux mythes celtiques. Évidemment, pour un lecteur français, certaines allusions sont légèrement obscures, voire abstraites, ce qui rend la lecture quelque peu difficile. Cependant, malgré certaines longueurs — du genre de celles qu'on peut reprocher à Tolkien dans Le Seigneur des Anneaux — on se laisse entraîner avec les personnages au cœur de la forêt grâce à la puissance évocatrice des descriptions de Holdstock. Et la fin ? Eh bien, tout recommence, ou plutôt tout est là pour être recommencé, comme n'importe quel matériau mythique, disponible pour l'imagination. La Forêt des mythagos est un livre comme un « compagnon », une excursion permanente dans une forêt qui se lit à plusieurs niveaux. Un livre qu'on verrait parfaitement dit à la veillée, raconté à haute voix par un chaman autour du feu rituel.

     La présentation qu'a choisie Denoël est parfaitement adaptée à cette image : deux épais volumes, en grand format, où l'on a l'impression d'entrer comme dans un grimoire, et qui semblent aussi long que l'histoire des mythes eux-mêmes. Le premier volume reprend La Forêt des mythagos et Lavondyss et traduit La Femme des neiges. Le second recueille Le Passe-broussaille et ajoute La Porte d'ivoire. En outre, les couvertures de Julien Delval fonctionnent parfaitement et participent à cette invite à l'étrange, au merveilleux, que sont ces deux forts volumes.

     Un petit reproche pourtant : dans une intégrale, qui se donne même le souci d'une bibliographie exhaustive en fin d'ouvrage, on aurait pu attendre une préface, même rapide, en tête des romans, voire une postface, enfin quelque chose pour nous parler de l'inspiration d'Holdstock, de ses sources. Parce que, tout de même, un esprit aussi créatif, c'est quelque chose qui fascine...

     Quoiqu'il en soit, voici une intégrale à ne pas rater, deux volumes qui rendent hommage à une œuvre majeure qui trouve ici l'espace qui lui faisait défaut. Une initiative éditoriale à saluer et des bouquins à dévorer : que du bonheur, quoi !

Sylvie BURIGANA
Première parution : 1/4/2002
dans Bifrost 26
Mise en ligne le : 10/9/2003


Edition DENOËL, Lunes d'Encre (2002)

[Chronique conjointe de ce livre et de La Forêt des Mythagos - 2]

     N'y allons pas par quatre chemins (sentiers ?) : le cycle de La Forêt des Mythagos est l'une des sagas de fantasy les plus fortes et les plus réussies, le chef-d'œuvre de son auteur et l'une des pierres angulaires de cette tour d'ivoire qu'est la vraie, la très bonne fantasy anglo-saxonne. Lorsque Robert Holdstock vit sa nouvelle La Forêt des Mythagos publiée dans The Magazine of Fantasy and Science Fiction en 1981 (reprise en français dans Fiction n°340 en 1983), il n'imaginait pas que cet univers si original et si envoûtant engendrerait une œuvre aussi importante, qui ne cesse de connaître de nouveaux opus. Aussi, Denoël regroupe, dans ces deux volumes, trois romans (parus précédemment dans la collection Présence du fantastique) et une novella et un roman inédits. Mille cinq cents pages de pur bonheur.
     Ryhope, une forêt du Herefordshire qui n'apparaît sur aucune carte. Ryhope, un territoire secret et tentaculaire peuplé de mystérieuses créatures que de rares témoins ont entraperçues. Impossible à photographier, cette forêt — dont les origines remontent à la dernière période glaciaire — est, pour les rares personnes ayant pu y pénétrer (et ayant pu en revenir), vivante, intemporelle, illimitée, foisonnante et féconde. « Pénétrer dans Ryhope, c'était pénétrer dans un désordre en marge des choses, un enchevêtrement sensoriel de sons et de visions — des éclairs et des échos qu'on ne pouvait saisir — tout à la fois effrayants et séduisants. » écrit George Huxley, l'un des personnages récurrents du cycle. Le secret de cette entité étrange ? Ryhope s'abreuve des rêves et des archétypes de l'esprit humain, elle puise directement dans les pensées et les émotions la matière qui lui permet d'engendrer des créatures mythiques ou fantasmagoriques (des princesses celtes, Jason et les Argonautes, le roi Arthur Pendragon, un bestiaire échappé semble-t-il de L'Ile du Dr Moreau...). Cette forêt est le berceau des mythes, des légendes et de leurs excroissances oniriques. Pour Jung, ce serait l'incarnation de l'inconscient collectif de l'humanité ; un lieu où tout renaît, tout se transforme, même les archétypes et artefacts les plus improbables. Dans La Forêt des Mythagos, Guiwenneth la princesse celte a entraîné George Huxley au cœur de Ryhope. Après sa mort et la disparition de George, une nouvelle créature à l'image de la jeune femme sort des bois pour ensorceler les fils du disparu et les amener à se battre pour elle. Dans Lavondyss, Tallis Keaton — après avoir mûri le projet pendant des années — part à la recherche de son frère prisonnier de la forêt depuis l'enfance. Elle devra sauver un jeune guerrier et affronter les plus impensables secrets de Ryhope. Dans La Femme des neiges, les fils de George Huxley aperçoivent une nouvelle visiteuse des lisières. Dans Le Passe-broussaille, un jeune homme, dont les propres créations (les fruits de sa « mythogenèse ») menacent l'équilibre de Ryhope, est recherché par son père, au comble du désespoir depuis sa disparition, et par des scientifiques décidés à le supprimer. Dans La Porte d'ivoire, George Huxley s'enfonce de nouveau dans Ryhope pour tenter d'atteindre le cœur même de cette entité féconde et remonter aux sources des mythes.
     Difficile de résumer en quelques mots des intrigues aussi riches. Robert Holdstock, dont la fascination pour les mythes celtes est une évidence, a construit un univers proprement stupéfiant d'originalité et extrêmement riche de possibilités. Qu'il y convoque les légendes celtes et arthuriennes ou les mythes les plus primitifs, l'exploration des multiples strates de cette forêt ne peut manquer de fasciner et d'envoûter le lecteur. Servi par un style ciselé (et une traduction remarquable !), par une imagination féconde, une culture sans faille, le lecteur se retrouve face à une œuvre qui exige attention et soif de connaissance. Souhaitons longue vie à l'auteur afin de savourer dans un futur proche de nouvelles aventures au cœur de Ryhope.
     Une dernière remarque (et non des moindres) : le prix très élevé de l'ensemble. 55 € pour cette intégrale, cela peut sembler rédhibitoire pour de nombreux lecteurs. Néanmoins il nous faut relativiser : plutôt que d'acheter des masses de romans de fantasy mineurs ou purement commerciaux, n'hésitez pas à investir dans cette fresque unique dont les multiples aspects cachés assurent une lecture et des re-lectures aussi captivantes qu'enrichissantes.

Daniel CONRAD
Première parution : 1/3/2002
dans Galaxies 24
Mise en ligne le : 11/9/2003

Prix obtenus par des textes au sommaire

Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes
Jean-Pierre Fontana : Sondage Fontana - Fantasy (liste parue en 2002)  pour la série : La Forêt des mythagos
André-François Ruaud : Cartographie du merveilleux (liste parue en 2001)  pour la série : La Forêt des mythagos

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