Site clair (Changer
 
  Critiques  
 
  Livres  
 
  Intervenants  
 
  Prix littéraires  
 
  Adaptations  
    Fiche livre     Connexion adhérent
Le Dictionnaire du Diable

Ambrose BIERCE

Titre original : The Devil's Dictionary / The Cynic's Word Book, 1906

Traduction de Jacques PAPY
Illustration de Jean-Michel NICOLLET

NOUVELLES ÉDITIONS OSWALD (NéO) (Paris, France), coll. NéO / Hors Série n° (2)
Dépôt légal : décembre 1987
304 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : 2-7304-0465-1   
Genre : Fantastique



    Quatrième de couverture    
« Dans ce dictionnaire, personne n’est épargné, rien n’est respecté. Ni la morale, ni Dieu, ni le diable, ni l’amour, ni la débauche, ni la planète ou du moins ce qu’il en reste sous le scalpel de Bierce. Que cette vision soit systématique, on ne peut le nier. C’est d’ailleurs ce qu’elle a d'unique. C’est aussi le seul reproche que les esprits béats pourraient adresser à Bierce : son zèle à s’enfoncer dans la nuit et l'amertume, son regard de glace qui n’a jamais consenti à faire la part des choses. Car pour lui, de toute évidence, la vie fait un seul tout : c’est une pilule de bile qu’il s’agit d’avaler d’un seul trait, sans sucre, sans contrepoison, et en pure perte, évidemment. Cette vision hypernoire, Bierce ne l’a jamais trahie nulle part, ni dans son Dictionnaire, ni dans ses fables, ni dans ses contes.

Ce dictionnaire plein de bruit et de fureur, de cynisme et de coups de fouet, atteint si souvent ses cibles qu’on peut l'accepter comme une image, désolante certes, mais fidèle, de la réalité la plus quotidienne.

Ecrivain sans foi ni loi, Bierce demeure probablement, avec Mark Twain, le plus moderne de tous les auteurs américains du siècle passé. »
Jacques Sternberg
 
    Critiques    
     Deux livres qui, à la suite de La fille du bourreau, précédemment publié par NéO, et les deux recueils ressortis chez Grasset, Morts violentes et Histoires impossibles, totalisent tout ce que Bierce a écrit en fait de fiction Une somme sans doute peu importante quantitativement, mais qui suffit à placer son auteur au sommet de la littérature moderne, quelque part entre Poe et Buzzati (ou entre Kafka et Kipling, pourquoi pas ?) Par son destin (Bierce a vécu la guerre de Sécession sous I'uniforme nordiste, et à plus de 70 ans, en 1913, il a disparu mystérieusement au Mexique dans le sillage de Pancho Villa : une histoire récemment romancée par Carlos Fuentes dans Le Gringo), l'auteur tient déjà une vie de récit fantastique, et de guerre, et d'horreur, ceci se nourrissant de cela : il n'est qu'à lire Morts violentes, récits de la guerre civile américaine, que le fantastique (les disparitions) touche toujours à l'ombre de la mort, pour s'en rendre compte. Et la propre disparition de Bierce semblerait issu d'un de ses contes, comme on en trouve à foisons dans Le mort et son veilleur, où les « mystères de l'Ouest » sont racontés par plusieurs témoins (hommes de loi, médecins, shérifs), de façon contradictoire, pirandellienne, ce qui en fait tout le sel, mais en même temps illustre bien la fragilité d'une nature humaine que Bitter Bierce (Bierce l'Amer, comme on le surnommait) ne portait pas en haute estime
     Le dictionnaire du diable (reprit par NéO en fac-similé de la traduction faite chez Belfond en 1964, avec la longue et passionnante préface de Jacques Sternberg, qui est en quelque sorte un des petits enfants de Bierce) rend bien compte de cette amertume, de sa misanthropie. Certes ce genre d'exercice est commun à la plupart des littérateurs noirs (de Flaubert à Cavanna en passant précisément par Sternberg), mais il est difficile de rester insensible à l'humour froid de Bierce, dont le dictionnaire a le mérite d'être à la fois universel et d'être très précisément daté (historiquement et géographiquement, ce qui nous vaut un tableau pointilliste de la société américaine du début du XXe siècle pas piqué des vers). Un florilège ? Il serait tentant d'en remplir des pages, mais j'aime particulièrement CADAVRE : produit fini dont nous sommes la matière brute, ou ce très cavannien CERVEAU : Appareil grâce auquel nous pensons que nous pensons. Quant à l'absurde lewis carrollien, Bierce n'en est pas avare non plus : AUTRUCHE (...( : L'absence d'une bonne paire d'ailes capables de fonctionner ne constitue pas un défaut, car, comme on l'a fait ingénieusement remarquer, l'autruche ne vole pas.
     Il est possible de compléter ce survol total de Bierce par le numéro d'Europe (Mars 88) consacré au « Fantastique américain », qui comporte une bonne introduction à l'auteur due à notre collaborateur Roger Bozzetto, qui note justement que les personnages de Bierce sont prisonniers d'une Histoire « pleine de bruit et de fureur », mais que « la voix du narrateur (sarcasme froid) intervient pour justifier cette apparente absurdité au nom de l'impitoyable perfection du plan éternel de la divinité ». Une définition lapidaire de la noirceur de diamant (on sait que ça vient du charbon) du personnage.


Jean-Pierre ANDREVON (lui écrire)
Première parution : 1/7/1988 dans Fiction 399
Mise en ligne le : 25/10/2002


 

Dans la nooSFere : 62621 livres, 58864 photos de couvertures, 57111 quatrièmes.
7958 critiques, 34357 intervenant·e·s, 1334 photographies, 3656 Adaptations.
 
Vie privée et cookies/RGPD
A propos de l'association. Nous écrire.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique.
Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres. Trouver une librairie !
© nooSFere, 1999-2018. Tous droits réservés.