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L'Objet maléfique

B.R. BRUSS



Illustration de Michel GOURDON

FLEUVE NOIR / FLEUVE Éditions (Paris, France), coll. Angoisse n° 226
Dépôt légal : 4ème trimestre 1972
240 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : néant   
Genre : Fantastique 



    Quatrième de couverture    
     Que se passe-t-il à Lurnoux, hameau perdu et très arriéré ? C'est ce que se demande Jacques Hurtin, jeune ethnologue déjà connu pour ses travaux en Amazonie. Parce qu'il s'intéresse aux « mentalités primitives », il a accompagné son ami Doret, inspecteur de police, chargé d'aller enquêter sur place.

     « Une ténébreuse affaire, dit Doret, avec des relents de sorcellerie. » Il y a eu à Lurnoux, depuis un an, toute une série de morts suspectes et inexplicables, la dernière étant celle de la fille d'un riche industriel habitant le château voisin. Les paysans vivent dans la terreur.

     Au bout de dix jours, Doret renonce à y voir clair et s'en va. Mais l'ethnologue reste, pénètre peu à peu dans la vie des habitants, dans leurs secrets, et il passera par les phases successives du malaise, de la crainte, de l'angoisse, de la peur caractérisée, et finalement, lorsqu'il se trouvera lui-même au coeur du drame, de l'épouvante...
 
    Critiques    
 
     B.R. Bruss a écrit une quarantaine de romans de science-fiction, une dizaine d'« Angoisse » et, sous le nom de Roger Blondel, quatre ou cinq romans-romans. Il me semble que la notoriété de l'auteur est inversement proportionnelle à la prolificité par série de son œuvre. Pour la plupart des lecteurs, Bruss est un auteur de SF ; pour les fanatiques de la collection « Angoisse », il est aussi un bon auteur fantastique ; enfin, pour quelques littérophages qui savent que Bruss et Blondel sont un, il est un excellent romancier méconnu. Partant de cette conjecture, je crois utile de préciser qu'à mon avis c'est la facette la moins connue de Bruss-Blondel qui se trouve être la plus talentueuse, alors que sa notoriété comme auteur de SF me semble reposer sur des bases discutables.
     Entendons-nous bien ! Je ne veux pas ici remettre en cause globalement l'œuvre de science-fiction de Bruss ; j'en ai il y a quelque temps évalué les points forts et les faiblesses (voir Fiction n° 217), et je n'y reviendrai que le temps de préciser une fois encore que cette œuvre n'est, dans le détail, jamais médiocre, mais qu'elle n'est jamais très remarquable. De la même façon, il n'est pas question dans le cadre de cette notice de revenir sur les romans de Roger Blonde ! ; disons seulement que, tenté parfois par le surréalisme (Bradfer et l'éternel), parfois s'engageant dans une sorte de naturalisme teinté d'onirisme qui le met sur le chemin de Marcel Aymé et d'Antoine Blondin (Le bœuf), il touche à chaque fois juste et fort, il se révèle un grand écrivain « à la française » (qu'on ne voie surtout nul chauvinisme dans cette remarque, qui est toute culturelle !), il est, enfin, personnel de la première à la dernière ligne...
     Cela a pour résultante le double fait suivant : moins Bruss écrit, mieux il écrit, Plus il s'éloigne de l'imaginaire thématique, plus il est percutant (et mieux il rejoint une autre sorte d'imaginaire, qui celui-là est dans l'écriture et non pas dans le sujet). Avec ses romans purement fantastiques, donnés à la collection « Angoisse » du Fleuve Noir, Bruss se trouve au confluent de ces deux tendances ; il est donc tout naturel que, autant en ce qui concerne l'écriture que l'« inspiration », il nous livre des ouvrages qui se tiennent dans la « moyenne » de son talent.
     L'objet maléfique peut être situé dans la moyenne de cette moyenne, c'est-à-dire qu'il ne possède peut-être pas le brillant de L'œil était dans la tombe ou la compacité de Le mort qu'il faut tuer. C'est néanmoins très typique de la manière de, Bruss — et je veux naturellement parler ici du Bruss « angoisseur »... L'action est circonscrite géographiquement mais éparpillée à travers une multitude de personnages ; autrement dit, l'histoire se passe dans un petit village, dont tous les habitants ou presque ont un rôle à tenir : on retrouve là une structure déjà utilisée dans Nous avons tous peur, Le bourg envoûté, Le mort qu'il faut tuer. L'intrigue, très linéaire, suit le cheminement de l'objet maléfique du titre, le « piroulet » forgé peut-être dans un autre univers, et qui, passant de main en main, sème la mort par son seul contact. L'évocation de cette sorte de « chaîne de feu » se fait presque paisiblement, Bruss prenant son temps à s'attarder sur la couleur des saisons qui passent, un détail dans une maçonnerie, un friselis dans les branches.
     Certes, il débute comme Lovecraft : « Après quoi je pénétrai pas à pas, avec une lenteur extrême, dans la vie, puis dans les pensées, puis dans les terreurs des habitants du village, jusqu'au moment où je me rendis compte, non sans effroi, que j'étais devenu semblable à eux, que je partageais leurs hantises, » Mais, chez le Français, l'évocation des maléfices ne culmine pas, comme chez son illustre confrère, en un point d'orgue final. Tout reste mesuré, feutré, ton sur ton. Et la peur même est décrite comme une chose familière : « C'était le temps des très longues nuits peuplées de fantômes. » Quant à la chute finale, elle se produit, si je puis dire, de pas très haut. Le gros du mystère reste inexpliqué, et on sent bien que tout n'est pas terminé. Mais il y a tout un art de laisser le lecteur sur sa faim...
     Bien sûr, on aimerait que Bruss ait soigné un peu plus ses dialogues, surtout ceux entre les enfants, qui ne sonnent pas toujours très juste. Bien sûr le conteur est un peu à l'étroit dans les 230 pages de son « Angoisse », et on eût aimé le voir se déployer dans un ouvrage plus dense, plus touffu. Mais, tel qu'il se présente, L'objet maléfique fait plaisir à lire, et c'est bien le principal.
     J'ai employé le mot conteur, et il me vient subitement à l'esprit que c'est le plus beau compliment qu'on puisse faire à Bruss : il est de ces hommes qui savent raconter des histoires, et sa singularité dans la collection « Angoisse » tient à cela. Benoit Becker travaillait dans l'horreur parfois poussée jusqu'au grand-guignolesque, Kurt Steiner savait distiller le vertige, Marc Agapit donne dans d'humour noir, Alphonse Brutsche dans le morbide. B. R. Bruss, lui, œuvre dans le mystère surnaturel. Ses romans sont assez régionalistes de par leur ancrage géographique, mais il ne faudrait pas croire qu'à cause de cela il soit proche de Claude Seignolle : autant ce dernier irrite par ses préciosités de langage et ses prétentions archéologiques, autant Bruss est humble, pondéré, patient.
     Je dois l'avouer, mes goûts personnels me portent plutôt vers des écrivains qui insèrent le surnaturel plus profondément dans le social ou dans le psychique comme — et je prends volontairement deux hommes bien différents — Buzzati et Matheson. Si on le compare à ces « modernes », B. R. Bruss, en effet, peut paraître quelque peu suranné. Mais justement... Et s'il était notre dernier classique ?

Jean-Pierre ANDREVON (lui écrire)
Première parution : 1/5/1973 dans Fiction 233
Mise en ligne le : 7/1/2018


 

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