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Les Menhirs de glace

Kim Stanley ROBINSON

Titre original : Icehenge, 1984

Traduction de Luc CARISSIMO
Illustration de Alain BRION

GALLIMARD (Paris, France), coll. Folio SF n° 157
Dépôt légal : décembre 2003
432 pages, catégorie / prix : F9
ISBN : 2-07-031304-2   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Les progrès de la médecine ont donné à l'humanité une espérance de vie moyenne de six cents ans, qui sera sans doute bientôt prolongée jusqu'à mille. Mais la mémoire n'a pas suivi : n'y subsistent que les souvenirs les plus récents, ceux qui couvrent l'étendue d'une durée de vie jadis « normale ».
     Dans ces conditions, que devient l'histoire, lorsqu'elle est écrite par des gens qui l'ont à la fois vécue et oubliée ? C'est l'énigme que pose la découverte, sur Pluton, d'un mystérieux monument : un cercle de gigantesques blocs de glace. Scintillant dans la pale lueur du lointain soleil, « Icehenge » défie toutes les explications. Quel rapport cette construction entretient-elle avec la révolte qui, jadis, a enflammé les colonies martiennes ? Qui en est le constructeur et pourquoi l'histoire officielle n'en montre-telle nulle trace ?
     Par l'auteur de la grandiose Trilogie martienne, une splendide réflexion sur l'histoire et la mémoire, une vaste fresque couvrant cinq cents années du futur de l'humanité.

     Né en 1952 dans l'Illinois, Kim Stanley Robinson a suivi des études de littérature avant de publier son premier roman en 1984, parallèlement à sa thèse de doctorat partant sur les romans de Philip K. Dick. Considéré comme une des figures centrales de la tendance humaniste de la science-fiction anglo-saxonne, il s'est illustré par des œuvres mêlant hard science et réflexions sur la politique et l'histoire.
 
    Critiques    
     Après la sortie de Chronique des années noires (aux Presses de la Cité — cf. critique in Bifrost n°33), Folio « SF » en profite pour rééditer un autre ouvrage de Kim Stanley Robinson, sous une couverture plutôt élégante même si curieusement pixélisée. Publiée en 1984, Les Menhirs de glace est l'une des toutes premières œuvres du futur auteur de la très primée « Trilogie Martienne ». On y décèle déjà son intérêt pour la planète rouge, avec cette histoire de mystification de la mémoire somme toute intéressante, à défaut d'être fondamentale.

     Si la quatrième de couverture insiste sur ces fameux « menhirs de glace » découverts par une expédition sur Pluton, autant savoir que cette curieuse construction ne sert que de toile de fond. Robinson (c'est son habitude) travaille autour de plusieurs personnages, via une histoire étalée sur un demi millénaire (tout de même). Trois parties pour trois longues nouvelles, articulées autour d'une seule idée, la mémoire.

     Car l'humanité vit alors un âge d'or. Les progrès scientifiques permettent désormais de vivre plus de 1000 ans, mais les choses sont compliquées par la déliquescence de la mémoire. Comment conserver son identité et son intégrité personnelles quand on oublie régulièrement les « anciennes vies » que l'on a vécues ? Que devient l'Histoire ? D'autant que cette apparente longévité n'implique pas forcément une objectivité historique améliorée. Si les acteurs mêmes de l'Histoire oublient leur participation, rien n'empêche les vainqueurs d'écrire la version officielle. Comme toujours. Comme partout.

     Les Menhirs de glace débute par un journal. Celui d'Emma, aux prises avec une mutinerie dans un vaisseau minéralier. Lassés d'une vie contrôlée par le « Comité », les mutins bricolent deux vaisseaux pour foutre le camp du système solaire et aller voir ailleurs si la vie est plus belle. D'abord réticente, Emma est séduite par l'idée d'une révolte contre le Comité qu'elle méprise. Elle aide donc les mutins à concevoir un système de survie suffisant pour tenir un bon siècle. De quoi trouver une planète viable avec un peu de chance, mais surtout de quoi ne pas mourir tout de suite. Une fois la chose réglée et « l'expédition Davydov » lancée, Emma repart sur Mars avec ceux qui n'ont pas voulu joindre l'expédition, pour tomber en pleine révolution. La colonie ne supporte pas non plus le joug du Comité, et de violents combats débutent pour l'indépendance de la planète rouge. La répression est terrible et la sédition matée dans le sang. Fin de la première partie.

     Situé 300 ans plus tard, la seconde partie du roman tourne autour du personnage de Hjalmar Nederland, archéologue iconoclaste qui ne croît pas à la version officielle du Comité concernant la révolte martienne. Une version douteuse qui parle de massacres perpétrés par les rebelles, ces derniers ayant lâchement assassiné femmes et enfants avant de se suicider collectivement en faisant sauter les dômes de leurs villes. Chef d'un chantier de fouilles à New-Houston, Nederland trouve des éléments de preuve concernant la véritable Histoire de la sédition martienne, dont le journal d'Emma. De déprime en déconvenues, il tente d'imposer la vérité avant d'être récupéré en beauté par le Comité qui trouve forcément une explication raisonnable. Pendant ce temps (mais pas avant la page 250, quand même), des explorateurs découvrent sur Pluton un cercle de blocs de glace inexplicable, avant de le baptiser Icehenge en référence au célébrissime Stonehenge. Spéculations folles vont bon train autour des constructeurs. Extraterrestres, Atlantes, Elvis Presley, tout y passe. Mais Nederland a son idée. Certains passages du journal d'Emma laissent penser que Icehenge a été construit par la fameuse expédition Davydov. Une version qui s'impose comme la seule valable. Fin de la deuxième partie.

     Troisième partie 150 ans plus loin. Edmond Doya fait un travail historique nécessaire en partant du principe que non, vraiment non, Icehenge n'a pas été construit par l'expédition Davydov, mais relève d'une mystification historique tragique dont on ne soufflera mot ici. Vrai, pas vrai ? comment savoir ?

     Long, parfois fatigant, mais toujours élégant et finalement passionnant, Les Menhirs de glace n'est certes pas une œuvre majeure, mais a le mérite d'explorer avec brio le territoire de la mémoire, de la validité de l'Histoire et du temps qui passe. « La vie est l'histoire de nos oublis », précise l'auteur avec raison et poésie...

     Tour à tour magnifiques et pathétiques, les personnages illustrent bien la façon dont nous autres, pauvres humains, traçons tant bien que mal notre route à travers un espace incompréhensible et inconcevable, avant de disparaître dans le néant. Les Menhirs de glace n'est finalement qu'une parabole autour du célèbre palindrome latin « in girum imus nocte et consumimur igni ». Nous tournons en rond sans fin dans la nuit, et nous sommes consumés par le feu.

Patrick IMBERT
Première parution : 1/4/2004 dans Bifrost 34
Mise en ligne le : 9/5/2005

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition DENOËL, Présence du futur (1987)


     Si la réflexion sur l'histoire n'était qu'un thème secondaire apparaissant nettement dans la conclusion du premier ouvrage de l'auteur, Le Rivage Oublié (J'ai Lu), on peut dire qu'elle est l'essentiel de ce nouveau roman de Kim Stanley Robinson.
     Roman fascinant, Icehenge, dont nous aimons beaucoup le titre anglais, en conserve aussi la tonalité narrative, à travers trois longs récits équilibrés.
     Le premier est un manuscrit retrouvé dans les ruines d'une ville martienne. New Huston. et est écrit par Emma Weil. une conceptrice de système de survie. Son journal, rédigé en 2248 et dans la période qui suit, relate la révolte d'une partie de la flotte russe et des colonies martiennes contre le tout puissant Comité pour le développement de Mars, dirigé par Russes et Américains associés dans un effort commun. Loyale envers le Comité, Emma va, contre son gré au départ, aider ses collègues et amis à fuir vers les confins du système solaire, et même plus loin !
     Le second récit expose la découverte du journal d'Emma dans les ruines de New Houston, en 2547. En effet, après son retour sur Mars, la jeune femme s'est retrouvée au cœur de la révolte des villes martiennes au cours de laquelle huit cent mille personnes auraient été tuées. C'est Hjalmar Nederland, un archéologue, qui retrace ses efforts pour ressusciter la vérité des faits. Car il semble bien que non content d'avoir écrasé la révolte, le Comité en a aussi gommé toute trace historique dans les immenses archives mises à la disposition des chercheurs. Seule subsiste la vérité officielle dans le rapport Aimes. La découverte du journal d'Emma par Hjalmar va lui permettre de réfuter le rapport et de rétablir ce qu'il croit être la vérité.
     Le troisième récit a pour cadre l'année 2610. Il est écrit par un descendant de Hjalmar, Edmond Doya, qui doute de la véracité de l'existence du journal d'Emma. Il soupçonne le Comité ou un falsificateur de l'avoir placé volontairement dans les ruines de New Houston. Corrélativement, l'ensemble des menhirs de glace découverts sur Pluton semblerait participer de la même mystification. Et Doya va se rendre avec une expédition sur la lointains planète pour tenter de découvrir les preuves de sa théorie, non sans avoir, au préalable, rendu visite à la richissime Caroline Holmes sur le satellite artificiel Saturne 4. car il soupçonne celle-ci de n'être nulle autre qu'Emma Weil, dans ce lointain futur, l'espérance de vie moyenne pouvant atteindre les six cents ans.
     Le passé n'a d'existence que par les historiens dans la mesure où ils peuvent appréhender les faits essentiels de l'Histoire. Les vainqueurs, à l'issue d'un conflit, peuvent la falsifier, par exemple, en conservant au secret les archives saisies. Ce simple fait, dont on a appris, récemment, qu'il s'était produit en France, peut aussi avoir des conséquences incalculables. Orwell, dans son 1984, a montré comment un état totalitaire pouvait falsifier l'Histoire. Kim Stanley Robinson s'est donc appliqué à transposer ce phénomène de la relativité historique dans une société humaine qui se serait répandue à travers le système solaire. Une telle société n'est possible, bien sûr, que si l'on considère que la durée de vie moyenne peut dépasser plusieurs siècles. A partir de ce postulat l'auteur a accentué la complexité de son roman, en en admettant que les êtres humains oublient bon nombre d'événements de leur vie courante, et qu'à cette échelle de temps, sur une étendue aussi vaste que le système solaire, il était presque fatal que l'on puisse soustraire une révolution à l'Histoire.
     Dédié à Damon Knight et à son épouse, Kate Wilhelm, qui ont aidé l'auteur à ses débuts, Les Menhirs de Glace, est aussi passionnant qu'un excellent roman policier. Kim Stanley Robinson, dont on peut lire une très intéressante interview dans la revue Univers 1986, fournit au lecteur tous les éléments pour résoudre le problème posé mais il se garde bien de donner une interprétation définitive aux énigmes historiques de ses récits :... « Au commencement était le rêve, et le travail de la désillusion n'a jamais de fin. »
     Avec ce second roman. Kim Stanley Robinson, s'impose parmi les meilleurs écrivains de sa génération. Un nom à ne pas oublier à l'avenir !

Charles MOREAU
Première parution : 1/1/1987
dans Fiction 382
Mise en ligne le : 20/1/2003




 
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