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Icares 2004

ANTHOLOGIE

Textes réunis par Richard COMBALLOT

Première parution : Paris : Mnémos, Icares, novembre 2003


Illustration de Jean-Yves KERVÉVAN

MNÉMOS (Paris, France), coll. Icares
Dépôt légal : novembre 2003
Anthologie, 448 pages, catégorie / prix : 20 €
ISBN : 2-915159-13-0
Format : 12,9 x 21,5 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Une vieille couturière lègue à sa protégée une paire de gants aux surprenants pouvoirs.
     Une adolescente affronte l'horrible réalité dévoilée par un programme de réalité virtuelle branché sur l'inconscient.
     Un homme s'apprête à assassiner son double.
     De la fantasy au space-opera, en passant par un fantastique onirique et une science-fiction jouant avec le réel, les mondes présentés dans cette anthologie sont réunis par un point commun : ils transgressent le carcan du réel et empruntent les ailes de l'imaginaire pour réexplorer passé, présent, futur... et au-delà.
     Au travers d'univers variés et protéiformes, vous croiserez entre autres Pierre Bordage, Catherine Dufour, Philippe Curval, Jean-Claude Dunyach, Jean-Jacques Girardot, Johan Héliot...
     Dix-neuf auteurs qui vous feront découvrir le meilleur de l'imaginaire francophone.
 
     Les meilleurs récits de l'année.

    Sommaire    
1 - Richard COMBALLOT, Introduction, pages 7 à 9, Introduction
2 - Francis BERTHELOT, Le Berceau de la fiction, pages 11 à 17, Préface
3 - Francis BERTHELOT, La Gantière et l'équarrisseur, pages 19 à 29, Nouvelle
4 - Johan HELIOT, Le Robot du devoir, pages 31 à 44, Nouvelle
5 - Hervé JUBERT, La Barque de Nero, pages 45 à 79, Nouvelle
6 - Catherine DUFOUR, Mémoires mortes, pages 81 à 109, Nouvelle
7 - Xavier MAUMÉJEAN, Astrolabe, pages 111 à 128, Nouvelle
8 - Pierre BORDAGE, Les Frères du G5, pages 129 à 141, Nouvelle
9 - Jean-Pierre ANDREVON, La Mémoire des Khlos, pages 143 à 165, Nouvelle
10 - Jean-Pierre FONTANA, L'Homme sans visage, pages 167 à 202, Nouvelle
11 - Michel DEMUTH, The Fullerton incident, pages 203 à 214, Nouvelle
12 - Jean-Pierre VERNAY, La Voyageuse et son double, pages 215 à 223, Nouvelle
13 - Jacques BARBÉRI, La Bête, pages 225 à 246, Nouvelle
14 - Jean-Claude DUNYACH, Libellules, pages 247 à 265, Nouvelle
15 - Jonas LENN, Crop circles, pages 267 à 294, Nouvelle
16 - Michel JEURY, Escale, pages 295 à 315, Nouvelle
17 - Jean-Jacques GIRARDOT, Les Chants de Mars, pages 317 à 331, Nouvelle
18 - Richard CANAL, Les Enfants du chaos, pages 333 à 365, Nouvelle
19 - Daniel WALTHER, Le Roman de la rose des temps, pages 367 à 385, Nouvelle
20 - Jacques BARBÉRI & Richard COMBALLOT, Les 1001 oasis du temps perdu, pages 387 à 403, Nouvelle
21 - Philippe CURVAL, Au tirage et au grattage, pages 405 à 435, Nouvelle
22 - Richard COMBALLOT, Dictionnaire des auteurs, pages 437 à 443, Dictionnaire d'auteurs
 
    Critiques    
     Icares 2004 semble vouloir reprendre le flambeau des anthologies Escales parues au Fleuve noir, trois années consécutives de 1999 à 2001. Contrairement à ce que mentionne abusivement la quatrième de couverture, il ne s'agit pas d'une sélection des « meilleurs récits de l'année », mais de textes inédits qui offrent un excellent aperçu de la richesse de l'imaginaire français — français plutôt que francophone, comme l'affirme encore la quatrième, puisque aucun belge ni québécois ne figure au sommaire.

     L'introduction de Comballot se distingue par sa simplicité : pas de grande théorie sur ce qu'est ou ce que signifie l'Imaginaire, pas de mise en perspective historique plus ou moins discutable, juste un cri du cœur : la réaffirmation d'une passion pour tous les imaginaires.
     La véritable préface, un bijou de finesse malicieuse, est confiée aux soins de Francis Berthelot : empruntant sa forme au conte de fées, il nous présente la « fiction » sous les traits d'une « enfant turbulente qui, pour la joie des uns et le courroux des autres, ne cesse de semer la zizanie dans le champ littéraire ».

     Ni Comballot, ni Berthelot ne nous aident donc à définir ce qui fait l'unité de cette anthologie. On n'y décèle aucune unité thématique, aucune appartenance à un sous-genre précis de ce que — faute d'un terme plus satisfaisant — il est pratique de nommer l'imaginaire, aucune parenté générationnelle dans le choix des nouvellistes qui vont des grands anciens (Curval, Jeury...) aux étoiles montantes (Dufour, Mauméjean...) en passant par bon nombre de valeurs sûres (Bordage, Dunyach...).

     Jugez plutôt...
     C'est avec un conte pour adultes que s'ouvre ce recueil : La Gantière et l'équarrisseur est une fable charmante et sulfureuse, comme seul Berthelot sait en écrire — voir le récent Serpent à collerette paru chez Dreampress.com.
     Johan Heliot nous propose ensuite une admirable steampunkoïderie littéraire, jonglant avec les œuvres de Melville, Hugo, Flaubert, Conrad ou Shelley pour nous en offrir une nouvelle vision d'un saisissant esprit (Le Robot du devoir).
     On glisse vers le récit cataclysmique avec La Barque de Nero de Hervé Jubert, où les animaux organisent une nouvelle Arche de Noé sans même chercher à sauver un couple d'humains. S'il y a un peu de Demain les chiens dans ce joli texte, il est malheureusement un peu long pour exprimer une idée aussi simple — la première des trois parties suffit à nous en faire saisir la nature et les deux suivantes n'apportent plus grand chose.
     Et paf, c'est le choc avec Mémoires mortes, une anticipation psychanalytique très dense où sont abordés simultanément l'attrait des paradis virtuels, la difficulté des relations familiales et de l'éducation, les tourments de l'adolescence, la pédophilie, la force de l'inconscient et du refoulement, les erreurs de jugement... Ce texte cru et noir, très éloigné de la fantaisie débridée de ses romans, confirme le talent exceptionnel de Catherine Dufour.
     Autre texte difficile à classer, l'Astrolabe de Xavier Mauméjean nous dévoile le savoureux parcours d'un scénariste sans grande imagination, complètement débordé par le succès inconcevable d'un petit héros de dessin animé qui devient une figure christique et conduit à l'Apocalypse.
     La science-fiction redevient plus sage avec Les Frères du G5 de Pierre Bordage et La Mémoire des Khlos de Jean-Pierre Andrevon, qui mêlent la thématique du clonage à celle de la conquête spatiale. Trop classiques pour renouveler le genre — la nouvelle de Bordage est d'ailleurs préalablement parue dans un quotidien régional destiné au grand public — ces deux textes n'ajoutent pas grand chose à la gloire de leurs auteurs.
     Amorçons un virage vers la « science-fantasy » flamboyante avec L'Homme sans visage de Jean-Pierre Fontana, un long texte qui risque de dérouter un peu le lecteur qui n'aurait pas lu la Geste du Halaguen, la complexe saga épique qui constitue le grand œuvre de l'auteur.
     Nostalgie dickienne avec The Fullerton Incident de Michel Demuth, une sorte de ghost story et d'hommage mélancolique à la SF — Fullerton est la ville où Philip K. Dick est devenu mystique — , mais aussi avec La Voyageuse et son double de Jean-Pierre Vernay, récit déconstruit autour d'une drogue dickienne — ou jeuryenne — nommée la « chronocycline ».
     C'est en revanche plutôt à Matheson que l'on pense avec La Bête de Jacques Barbéri, un récit d'horreur moderne qui inquiète d'autant plus que tout est suggéré et non montré.
     Libellules de Jean-Claude Dunyach évoque une guerre éternelle, à l'aide de trois brèves séquences qui constituent un texte étrange et troublant, ce qui ne surprend pas de la part de ce maître nouvelliste.
     Retour à un thème science-fictif classique avec Crop circles de Jonas Lenn, un contact extraterrestre en milieu rural dont l'ambiance particulière fait tout l'intérêt — une version très revisitée de la Soupe aux choux — puis à un thème fantastique tout aussi classique avec Escale de Michel Jeury, brève expérience de vie après la mort, bien écrite mais sans rien de bien neuf.
     De la hard science avec Les Chants de Mars de Jean-Jacques Girardot — la seule du recueil à s'emparer des nanotechnologies — qui, surprise, commence à la manière du steampunk, avec l'inévitable Tour Eiffel dont l'auteur va astucieusement transfigurer le symbole.
     Un subtil space opera avec Les Enfants du chaos de Richard Canal, une magnifique nouvelle en forme d'enquête sur une race extraterrestre étonnamment attachante et qui vit dans le respect du chaos de l'univers.
     Enfin, de l'érotisme avec Le Roman de la rose des temps, de Daniel Walther, Les Mille oasis du temps perdu, de Jacques Barbéri et Richard Comballot, et Au tirage et au grattage, de Philippe Curval, trois nouvelles très différentes autour de la sexualité dans l'espace, trois variations réussies sur un thème souvent difficile.

     Alors, quelle unité dans tout cela ? Eh bien, rien d'autre qu'une exceptionnelle et dynamique diversité !
     Evidemment, chacun aura ses textes préférés : les miens sont assurément ceux de Dufour, de Heliot, de Girardot et de Canal, tandis que les nouvelles d'Andrevon, de Bordage et de Jeury m'ont paru trop conventionnelles, sans doute plus aptes à séduire un lecteur moins blasé que moi. Une chose est sûre : Comballot a su écarter tout récit vraiment médiocre.
     Icares 2004 est donc un recueil foisonnant et bouillonnant où il faut se laisser promener du fantastique au space opera, en passant par la « fusion » des genres et par la « transfiction » chère à Berthelot. Voilà qui confirme bien la vitalité des littératures de l'Imaginaire en France !

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 10/1/2004 nooSFere


     Il en va de l'édition comme d'un verger : elle évolue au rythme des saisons, passant de l'été à l'automne, de l'hiver au printemps. Et les fruits les plus délicats, ceux par lesquels on réalise que le climat s'est modifié, sont sans doute les anthologies, qu'elles soient thématiques ou, plus délicates encore, générales. La dernière récolte a surtout fait la part belle aux premières et les météorologues du milieu s'accordent tous pour affirmer, avec un indice de confiance élevé, que les anthologies générales ont vécu, que le temps des Escales... au Fleuve Noir, sous le patronage inspiré de Serge Lehman, Jean-Claude Dunyach ou Sylvie Denis, est révolu, rejeté dans l'Histoire. Et voilà que, courageusement, Richard Comballot et l'éditeur Mnémos décident de nous prouver le contraire avec un fruit hors saison aux atours inattendus, Icares 2004. Mais encore faut-il y regarder de plus près, vérifier que cet agrume improbable a bien été cueilli dans le jardin des Hespérides et non ramassé sur le bas-côté du champ.

     D'emblée, Icares 2004 surprend. Non seulement parce que Richard Comballot, briscard de la science-fiction francophone, refuse tout carcan thématique dans l'appel qu'il lance à ses auteurs, mais, de surcroît, parce qu'il évite habilement, quand beaucoup d'autres s'y enlisent, la querelle des Anciens et des Modernes. Car il réunit ici le meilleur des deux mondes, ou presque... Dufour y côtoie Jeury (son grand retour ?), Heliot y rencontre Andrevon, Mauméjean y épouse (toutes proportions gardées) Curval. Il n'y a ici aucun parti pris de « jeunisme », ni non plus de passion démesurée pour les « vieux pots ». Le corpus est ouvert, vivifiant. Mordons donc dans le fruit à pleines dents !

     La première bouchée, prise au hasard, est délicieusement acide. Avec ses « Mémoires Mortes », Catherine Dufour confirme un talent de plume et fait entendre une voix d'auteur à part entière. Bien au-delà de l'humour sarcastique et de l'idolâtrie pour l'absurde qui sont déjà sa marque de fabrique, ce texte révèle une extraordinaire acuité sociologique et une humanité troublante. Le récit frappe au cœur et laisse un malaise difficile à dissiper. Personnalité et plume équivoques, Catherine Dufour est un auteur à suivre, mais ça, on le savait déjà. Deuxième bouchée, « La Gantière et l'Equarrisseur », de Francis Berthelot, qui s'illustre doublement ici, avec une nouvelle et un essai introductif. L'auteur n'est plus à présenter et son récit, merveilleusement désuet, ressemble à un conte de Flaubert revisité par Andersen. Quant à sa préface, Le Berceau de la fiction, subtile, presque maniérée, elle nous rappelle pourquoi écrire de la fiction revient à s'abreuver inlassablement à la glaise du réel et aux rêves de l'enfance, dans une sublime ambiguïté. Et Berthelot de conclure que la fiction est le Sisyphe de la littérature, « séculaire et éternellement jeune, elle continue à semer la pagaille dans le monde des lettres ». Troisième bouchée, plus légère, plus sucrée, mais laissant derrière elle une amertume tenace, « Astrolabe », de Xavier Mauméjean, véritable fils prodige des dieux de l'écriture échevelée et de l'épopée héroïque. Une réflexion désopilante sur les affres de l'écriture créative confrontée au hachoir de la vente, ou, pour le résumer en une phrase, « après des années d'écriture, il avait obtenu la gloire en jetant trois fadaises sur le papier ». Emporté par l'élan, on dévore rapidement le reste du fruit avec encore quelques bonnes bouchées, comme cette relecture irrévérencieuse des modèles par Johan Héliot dans « Le Robot du devoir », ce style incisif et provocateur de Jacques Barbéri, ce retour savoureux au space opera sous les plumes de Richard Canal et Daniel Walther, le savoir-faire plus qu'accompli de Jean-Claude Dunyach et Pierre Bordage, en terminant par une bonne vieille histoire d'amour, de politique et d'immortalité, par le sieur Philippe Curval qui ne se prend jamais vraiment au sérieux dans « Au tirage et au grattage ».

     Oh, bien sûr, il y a quelques pépins, de sorte qu'on se demande, une fois le fruit mangé, si notre appétit a été réellement assouvi. Cette anthologie, après digestion, laisse paradoxalement un souvenir assez vague, comme si ses meilleurs éléments étaient noyés dans la masse. L'absence d'ossature thématique y est-elle pour quelque chose ? Une absence qui n'a pourtant pas nuit à Escales sur l'horizon, anthologie qui brille encore au firmament des bouquins cultes ? Alors, qu'est véritablement cet Icares 2004 ? Un chant du cygne ou le sacre d'un nouveau printemps ? Il n'y a qu'une manière de le savoir, aperto libro.

Ugo BELLAGAMBA
Première parution : 1/4/2004 dans Bifrost 34
Mise en ligne le : 11/5/2005


 
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