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Magie verte

ANTHOLOGIE

Textes réunis par André-François RUAUD



Illustration de Charles VESS

OXYMORE , coll. Moirages n° (6)
Dépôt légal : novembre 2003
288 pages, catégorie / prix : 21 €
ISBN : 2-913939-34-1   
Genre : Fantasy



    Quatrième de couverture    
     Depuis que l'Homme est Homme, il ne cesse d'entretenir un rapport conflictuel avec son environnement la Nature. Et qui saurait dire qui de l'homme ou de la nature a débuté ce conflit ? Agressions des humains contre la nature, prédation de la nature contre les humains, le rapport ne cesse de se tendre, d'évoluer, en une oscillation perpétuelle entre la mère-nature et les enfants-abusifs.
     Mais l'Homme n'est pas le seul enfant de la Nature : mouvement furtif au sein d'un buisson, trace sur le sable, ou cri dans la nuit, nombreuses sont les autres présences. Nommez-les lutins, fées, démons ou esprits, ils sont là, tout autour de nous, et même lorsque l'Homme arrogant croit avoir vaincu la Nature ses frères féeriques se glissent jusqu'au plus profond des nouvelles cités...

     Un enfant au sang de renard, des créatures magiques à deux pas des allées de Central Park, une dryade émergeant hors d'une banque de données ou un dernier pégase battant des ailes dans les montagnes de l'Ouest... La magie verte est celle du monde, indomptée et toujours rebelle : elle n'a pas disparu.

    Sommaire    
1 - André-François RUAUD, Les Maîtres de cérémonie, pages 9 à 10, Dictionnaire d'auteurs
2 - André-François RUAUD, Mère abusive, mère abusée, pages 11 à 14, Introduction
3 - Claude MAMIER, Le Jour où la mer a souri, pages 15 à 23
4 - Elizabeth HAND, Neige à Sugar Mountain (Snow on Sugar Mountain), pages 25 à 81, trad. SIRE CÉDRIC
5 - Delia SHERMAN, Fabuleux Central Park (Grand Central Park), pages 83 à 103, trad. SIRE CÉDRIC
6 - Léa SILHOL, Un parfum de Malicore, pages 105 à 119
7 - Charles DE LINT, Saskia (Saskia), pages 121 à 154, trad. Mélanie FAZI
8 - Harry MORGAN, Le Ténébrion, pages 155 à 168
9 - Robert CHILSON, Le Dernier de sa race (The Last of his Breed), pages 169 à 187, trad. Greg SILHOL
10 - Mary ROSENBLUM, Le Faiseur de pluie (The Rainmaker), pages 189 à 215, trad. Mélanie FAZI
11 - Karim BERROUKA, Le Siècle des Lumières, pages 217 à 243
12 - Bruno B. BORDIER, Les Toiles de l'Hiver, pages 245 à 252
13 - Catherine DUFOUR, Mater Clamorosum, pages 253 à 260
14 - Fabrice ANFOSSO, Le Porteur de la Marque, pages 261 à 277
 
    Critiques    
     Le pari d'André-François Ruaud, dans son anthologie Magie Verte qui vient de sortir chez l'Oxymore, n'était pas gagné d'avance ! Jugez plutôt : dépeindre en douze nouvelles les rapports conflictuels de l'Homme avec sa Mère Nature, et ceux des humains avec les êtres féeriques... On pouvait craindre qu'il ne tombe dans une critique convenue, voire dans un militantisme écologique qui, s'il est respectable, n'est pas pour autant le propos d'une anthologie de fantasy. Mais AFR a su éviter ces écueils et magnifier les relations d'amour et de haine que les humains ont toujours entretenues avec le (sur)-naturel.
     Avec Le Jour où la Mer a souri, Claude Mamier ouvre la marche aux sons d'une ballade irlandaise qui invite à la rencontre, mais fait aussi craindre la pire des guerres. Suit Neige à Sugar Mountain, une novella où Elisabeth Hand nous raconte la rencontre entre un orphelin détenteur d'un pouvoir de métamorphose et un vieil homme à l'agonie qui fut jadis astronaute d'une mission Apollo, mais ne réalisa jamais son rêve de marcher sur la Lune. Ce récit commence de façon un peu ennuyeuse, mais se révèle beau à pleurer dès que les deux personnages sont réunis et il donne très envie de découvrir les autres œuvres d'Elisabeth Hand.
     Fabuleux Central Park de Delia Sherman, puis Un Parfum de Malicore de Léa Silhol, nous emmènent ensuite à New York, à la découverte d'êtres étranges et féeriques ignorés du commun des mortels. Une rencontre à Central Park, pour une adolescente, ça peut se révéler vraiment dangereux. Il faut fuir alors ! Mais que se passe-t-il si au détour d'une clairière, on arrive... ailleurs ? Léa Silhol, quant à elle, continue d'explorer et de recréer la mythologie, mais... je ne vous en dis pas plus, je m'en voudrais de vous gâcher la surprise.
     Le Canadien Charles de Lint continue, avec Saskia à nous initier aux arcanes de la fantasy urbaine. C'est d'une bien étrange forêt qu'il s'agit là, une forêt que vous devriez reconnaître pour l'avoir rencontrée en d'autres lieux. Pour être familière, sa magie n'en est pas moins forte.
     Le Ténébrion, de Harry Morgan, est l'histoire cruelle d'un enfant recueilli par une ogresse. Qui est qui ? Qui commet le mal ? On ne le saura jamais avec certitude, mais on ne pourra qu'être ému par le destin de cet être, même si la fin brutale de la nouvelle est frustrante.
     Le Dernier de sa Race de Rob Chilson, met en scène avec relief un cow-boy comme on n'en fait plus, à la recherche d'un bien étrange cheval dont les traces s'arrêtent au bord d'une haute falaise pour reprendre en dessous. Le Faiseur de Pluie de Mary Rosenblum, raconte comment les yeux d'un enfant se dessillent : découvrir le monde adulte, avec ses lâchetés, est une grande épreuve. Et c'est triste de se sentir trahi quand on est enfant.
     Retour à l'extraordinaire avec Le Siècle des Lumières de Karim Berrouka . Le Roi, qui tient sa cour à Versailles, a gagné la guerre contre les fées qui terrorisaient sa population. Elles sont maintenant emprisonnées dans de petites cages de verre et assurent l'éclairage public des rues. Grégoire a souffert par leur faute et il est rassuré de les savoir emprisonnées à jamais. Mais au fil du temps il s'interroge : les fées sont-elles si mauvaises ?
     Le trop rare Bruno B. Bordier, dans Les Toiles de l'hiver, nous parle lui aussi de la haine idiote de ce qu'on ne connaît pas, de ce qui est différent. Éternelle histoire où la bête immonde n'est pas celle qu'on croit.
     On connaissait Catherine Dufour dans le registre de la comédie, c'est une tragédie qu'elle nous livre avec Mater Clamorosum. Parce qu'une mère protège son fils, il sera considéré par les villageois comme l'enfant à abattre. Parce qu'elle l'aime, elle souffrira éternellement.
     Heureusement, Le Porteur de la Marque de Fabrice Anfosso parle de tolérance et de compréhension : fussent-elles limitées à deux individus, c'est au moins un commencement. Lôd doit se marier, mais il est attiré par la montagne, où il rencontre une elfe. Il apprendra et aimera, il sera le premier à transmettre ensuite la connaissance. Ainsi, Magie Verte se clôt par une lueur d'espoir : tout n'est peut-être pas perdu pour les hommes, tant qu'ils voudront comprendre et sauront être des conteurs.
     Des nouvelles très différentes les unes des autres, tant par la longueur — il y en a de très courtes et de très longues — que par le style ou l'univers dans lequel elles nous entraînent, mais elles possèdent une unité profonde qui ne tient pas seulement à leur thème commun, mais aussi à leur place dans l'anthologie, et à la présence récurrente de l'Enfant — traditionnellement le seul capable de voir les fées — ainsi qu'au caractère faussement naïf des illustrations de Lachâtaigne relie le lecteur à l'essentiel : la Nature.

Lucie CHENU
Première parution : 15/4/2004 nooSFere


     Il y a toujours un danger à critiquer une anthologie : celui de donner l'impression que l'on a guère apprécié l'ouvrage en tapant sur les quelques moments d'épouvante que l'objet contient sûrement (c'est la loi du genre). Je prends donc ici le parti de ne pas m'appesantir sur les textes qui ne m'ont pas convaincu (celui de Bruno B. Bordier en tête de liste), sur les illustrations intérieures, d'une laideur prodigieuse, pour parler plutôt des quatre perles (Hand, de Lint, Rosenblum, Dufour) et des surprises que contient cette fort belle Magie verte.

     Commençons par les perles et en tête de liste : « Neige à Sugar Mountain » d'Elizabeth Hand. Comme le veut la formule consacrée, ce seul texte vaut à lui seul que vous achetiez l'anthologie d'André-François Ruaud. On y suit la rencontre, extrêmement touchante, d'un astronaute qui meurt du cancer et d'un jeune vagabond ayant en sa possession un talisman qui lui permet de se transformer en renard. Là où n'importe quel autre auteur américain aurait livré une banale et horrifique histoire de lycanthropie, Elizabeth Hand nous propose un texte ciselé, poignant, qui prend son temps. Un flot d'émotions pures et de pure émotion... Il n'y a plus qu'à espérer que les jurés du Grand Prix de l'Imaginaire lisent ce texte et lui décernent une palme bien méritée.

     A moins d'être aveugle depuis dix ans, on ne peut ignorer la passion qu'André-François Ruaud nourrit pour l'œuvre du barde canadien Charles de Lint (écrivain et musicien de talent). S'il est incontestable que cet auteur a publié une bonne douzaine de romans passionnants, quasiment tous situés dans sa ville imaginaire de Newford, j'avoue que ses nouvelles précédemment traduites en français (toujours mignonnes et pleines de fantasy urbaine) ne m'ont jamais retourné... à l'exception, justement, de « Saskia », étonnante cyberfantasy d'une profonde humanité. On y suit la passion naissante d'un écrivain pour une mystérieuse poétesse récemment installée à Newford. Mais l'homme (et ses fêlures) est-il tombé amoureux d'une belle femme ou d'une forêt de mots — séductrice beaucoup plus brutale s'il en est ?

     « Le Faiseur de pluie » de Mary Rosenblum est un texte d'une rare richesse, très évocateur. Alors que la sécheresse étrangle une petite ville de l'Ouest américain, voilà qu'arrive un faiseur de pluie, un étrange personnage, assez sympathique, qui vit en marge de l'humanité. L'événement est raconté par un adolescent qui a la capacité de voir les fantômes. Rosenblum, dont c'est la première publication en France me semble-t-il, signe là un texte extrêmement allusif, qui parie sur l'intelligence de ses lecteurs. Une autre réussite majeure tout a fait digne d'un Grand Prix de l'Imaginaire.

     « Mater Clamorosum » de Catherine Dufour, avant-dernier texte de l'anthologie, est un étonnant conte macabre servi par un style impeccable. Cette histoire d'enfant emmuré vivant dans une pile de pont fleure bon le mariage des frères Grimm et d'Edgar Allan Poe et s'impose comme un pur joyau d'émotions noires.

     Quand aux huit autres textes, je me contenterai de citer le texte d'Harry Morgan, de noter l'intéressante tentative de Léa Silhol, « Un Parfum de Malicore ». Une fois de plus, Silhol refuse de comprendre la nécessité de l'épure stylistique mais n'en demeure pas moins capable, par endroits, d'être d'une pertinence littéraire ahurissante. Et puis, soulignons l'apparition d'un petit nouveau, Karim Berrouka, dont « Le Siècle des lumières » est loin d'être exempt de défauts tout en restant parfaitement passionnant. Un nom à suivre et, en fin de compte, un ouvrage plus que recommandable.

CID VICIOUS
Première parution : 1/4/2004 dans Bifrost 34
Mise en ligne le : 9/5/2005


     Le titre de l'ouvrage donne le ton et prouve qu'André-François Ruaud, chantre incontesté de la fantasy et du réalisme magique, a la main verte. Et heureuse ! Car il n'y a pas une seule mauvaise herbe dans cette forêt de fictions nées des terreaux les plus fertiles de la fantasy actuelle. La thématique, posée en quatrième de couverture, est celle des rapports de l'Homme et de la Nature. Dans une brillante introduction, notre jardinier de la féerie défriche le terrain : l'altérité de la Nature se confronte à la vision de l'Homme. Magie verte contre Raison. C'est de l'enchantement persistant de ce réel, que nous croyons comprendre et dominer, dont vont nous parler la plupart des textes réunis ici. Les jeunes pousses, Catherine Dufour et Fabrice Anfosso, nous apprennent l'âme des ponts et l'origine des saisons ; Charles de Lint ou Robert Chilson, chênes respectables, nous font parcourir des fôrets de mots ou chevaucher des chimères. Et puis, il y a les fleurs, qui rivalisent de grâce et de couleurs pour attirer notre attention : Délia Sherman et Léa Silhol réinventent New-York et Central Park ; mais surtout, Elisabeth Hand, qui, loin des parfums envoûtants, vous contera la rencontre, simple et émouvante, d'un renard et d'un astronaute, quelque part entre ce monde et ceux qu'il dissimule. Enfin les illustrations de Lachâtaigne, telles la rosée du matin, vous rafraîchiront au détour des textes. Une anthologie à cultiver dans son jardin.

Ugo BELLAGAMBA
Première parution : 16/5/2005 nooSFere


 
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