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En attendant l'année dernière

Philip K. DICK

Titre original : Now wait for last year, 1966

Traduction de Michel DEUTSCH
Illustration de François ALLOT

LIVRE DE POCHE (Paris, France), coll. SF (2ème série, 1987-) n° 7000
Dépôt légal : juin 1987
352 pages
ISBN : 2-253-01554-7   
Genre : Science-Fiction


Autres éditions
   in Substance rêve, FRANCE LOISIRS, 2000
   in Romans 1965 - 1969, J'AI LU, 2013
   J'AI LU, 2015
   LIVRE DE POCHE, 1977
   in Substance rêve, OMNIBUS, 2000
   in Substance rêve, 2002
   in En attendant l'année dernière / A rebrousse-temps, OPTA, 1968
   in Substance rêve, PRESSES DE LA CITÉ, 1993

    Quatrième de couverture    
     Une Terre de l'avenir en guerre contre des fourmis de quatre mètres qui ne l'ont jamais envahie...
     Un dictateur bonhomme que l'on remplace par un double venu d'un univers parallèle, chaque fois qu'il meurt...
     Un ingénieur fou qui équipe de caisses à roulettes des cerveaux électroniques fêlés pour leur éviter la casse...
     Et surtout, le docteur Sweetscent, époux d'une femme infernale, balloté à travers le temps sous l'effet d'une drogue et seul sauveur possible de l'humanité...

     Ce sont là quelques ingrédients d'un des plus brillants roman de Philip K. Dick, écrit en 1966, entre Docteur Bloodmoney et Ubik.
     Un classique de l'écrivain le plus étudié de la science-fiction.

    Cité dans les listes thématiques des oeuvres suivantes :     
 
    Critiques    
     Le docteur Eric Sweetscent est spécialiste des greffes d'organes, attaché au service personnel de Virgil Ackerman, PDG de la FCT. Mais tout son talent médical ne lui vaut pas un salaire aussi conséquent que celui de sa femme Kathy spécialisée dans la recherche d'antiquités destinées à la reconstitution du Washington de 1935, ou du moins des quelques rues qui furent le cadre de l'enfance du patron de la FCT. En théorie, pourtant, l'appareil de production terrien devrait être tourné vers l'effort de guerre, puisque la Terre livre bataille aux Reegs — des extraterrestres insectoïdes — pour satisfaire aux clauses d'un traité d'entraide avec les Lilistariens qui, eux, ont forme humanoïde.

     Appelé aux côtés du secrétaire de l'ONU et dictateur de la planète, Gino Molinari, Eric découvre que ce dernier déploie toute son énergie à résister aux demandes des « alliés » de plus en plus autoritaires des Terriens, en utilisant des maladies psychosomatiques comme manœuvre dilatoire. Et surtout, il se retrouve intoxiqué au JJ-180, une drogue qui crée une accoutumance immédiate et handicapante, mais qui permet de voyager dans le temps, sans contrôle sur la date de destination (qui peut être le passé ou le futur), ni certitude que l'époque visitée est réelle et non hallucinatoire.

     On peut au premier abord croire ce roman politique, le lire comme une dénonciation de la guerre du Vietnam, par exemple, avec la firme qui soutient l'effort de guerre produisant également des drogues à usage militaire potentiel, et surtout la conviction que l'on s'est trompé d'ennemi — en effet, les Reegs, pour monstrueux qu'ils paraissent, sont un peuple pacifique et ce sont les alliés Lilistariens qui représentent un véritable danger pour la Terre.

     En fin de compte, pourtant, la vraie préoccupation du roman est personnelle. S'il a été réécrit et publié en 1966, ce roman datait au départ de 1963 — époque d'écriture intense pour Dick (dix romans en deux ans !), et de rapports mouvementés avec son épouse Anne, que l'on reconnaît dans Kathy Kathy est une femme possessive, qui ne perd jamais une occasion d'écraser son mari de sa supériorité, et pourtant, alors qu'il se perd dans les méandres d'univers parallèles, Eric ne l'oublie jamais et prend en conclusion du roman la décision de s'occuper d'elle, alors que le JJ-180 (qu'elle a pris avant son mari) lui a causé des dommages irréparables. Anne était artisan joaillier et, à un moment de leur disputes matrimoniales, Philip la fit interner pendant deux semaines dans une clinique psychiatrique : les parallèles sont évidents.

     Mais le livre ne peut se réduire à l'un ou l'autre aspect, ni même à la somme des deux. Parfois décousu au niveau de l'intrigue, En Attendant l'année dernière fourmille de ces remarques philosophiques parfois déjantées qui étaient la marque de fabrique de Philip K. Dick, parfois émises par les personnages, parfois par des machines, comme ces taxis-robots qui prennent si souvent le rôle de confident dans le monde de l'auteur. Ici par exemple, Dick revient plusieurs fois sur le rôle des objets. La construction de Wash-35 (et d'autres villes du passé) est vécue comme une falsification, mais Dick défend le faux comme analogue de la création artistique, ou de sa reproduction. Je vois aussi les villes reconstituées comme des préfigurations grandeur nature des combinés qui apparaissent dans Le Dieu venu du Centaure, comme une moquerie ultime de la course à la consommation. Mais les objets deviennent brutalement hostiles lorsque Kathy éprouve pour la première fois les effets du manque de JJ-180, et se retrouve entourée d'un univers coupant et abrasif, privée de la capacité de toucher et manipuler. Pendant deux pages, on se croirait dans une première version de l'univers de Serge Brussolo. Bref, chaque lecture fait sortir quelque chose de plus des livres de Dick.

Pascal J. THOMAS (lui écrire)
Première parution : 1/5/2000 dans Bifrost 18
Mise en ligne le : 8/10/2003

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition LIVRE DE POCHE, SF (1ère série, 1977-1981) (1977)



[critique des 4 premiers n° de la collection SF au Livre de Poche : En attendant l'année dernière, de Philip K. Dick (n° 7 000), Les masques du temps, de Robert Silverberg (n° 7 001), La maison au bord du monde, de William Hope Hodgson (n° 7 002), Les humanoïdes, de Jack Williamson (n° 7 003)
note nooSFere]

     Succédant aux « Histoires de... » (12 volumes parus, mais 24 autres sous pression), c'est maintenant une série de romans que le Livre de Poche lance sur le marché, en plein dans les gencives de J'ai lu : prix équivalent, tirage aussi, réédition des grands classiques du genre, aucune mention « science-fiction » sur les couvertures (des photomontages plus réussis que ceux des recueils déjà mentionnés). Dans le premier arrivage groupé, un bon Dick un peu dingue de 1966 (oscillation du temps et désagrégation de l'univers), un Silverberg intéressant mais quelque peu fabriqué (un voyageur du futur exacerbe les contradictions du présent), un Hodgson marin pour ceux qui aiment la mer et Hodgson, enfin et surtout un Williamson superbe et métaphorique de 1948 (l'aliénation de l'homme aux machines qu'il a lui-même construites pour le servir) qui, bien que ne valant pas tout à fait la nouvelle fulgurante qui est à sa base (Les bras croisés. Fiction spécial 11 ), est un de ces classiques de la SF qu'il faut avoir lu si on ne veut pas mourir idiot. Souhaitons donc bonne route à cette nouvelle non-collection, dirigée par Michel Demuth et Jean-Baptiste Baronian, un couple inattendu qui symbolise peut-être, béni par l'archiprêtre Hachette, le mariage secret d'Opta et de Marabout.
 

Jean-Pierre ANDREVON (lui écrire)
Première parution : 1/3/1977
dans Fiction 278
Mise en ligne le : 1/7/2012




 
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