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La Voie du Cygne

Laurent KLOETZER

Première parution : Paris, France : Mémos, Icares, septembre 1999


GALLIMARD (Paris, France), coll. Folio SF n° 59
Dépôt légal : mai 2001, Achevé d'imprimer : 16 mai 2001
Roman, 496 pages, catégorie / prix : F10
ISBN : 2-07-041835-9
Format : 10,8 x 17,7 cm
Genre : Fantasy

Edition révisée par l'auteur. Couverture © Onka Lele / Distribution Vu.



Quatrième de couverture
     Dans la cité de Dvern, capitale du Domaine, règne l'effervescence : Jeophras Denio, le génial et fantasque inventeur, aurait mis au point un merveilleux engin capable — en théorie — d'imiter le vol des oiseaux !
     Mais Dvern est soudain en deuil : le prince Nerio de Lethys, cousin de la famille royale, a été assassiné. Et tout accuse Carline, la fille adoptive de Jeophras. Comment l'innocenter ? Dans cette ville perverse aux mille intrigues, où chacun dissimule de sombres secrets, s'improviser détective n'est pas une mince affaire.
     Une enquête en forme de labyrinthe s'engage, où Jeophras devra suivre les règles tortueuses d'un jeu de l'oie grandeur nature. Où il devra emprunter la difficile voie du cygne...
 
     Né en 1975, Laurent Kloetzer a débuté une prometteuse carrière littéraire avec Mémoire vagabonde, paru aux éditions Mnémos (Prix Julia Verlanger 1998). Situé dans l'univers de la Renaissance imaginaire qui constituait le cadre de son premier roman, La voie du cygne construit une énigme haletante, dont l'efficacité redoutable est dignes des oeuvres d'Umberto Eco ou d'Arturo Perez Reverte.
Sommaire
Afficher les différentes éditions des textes
1 - (non mentionné), El juego de la oca (Jeu de l'Oie), pages 10 à 11, jeu
2 - (non mentionné), Dvern, pages 12 à 12, carte
3 - Liste des principaux personnages apparaissant dans ce roman, pages 13 à 13, liste
Critiques

    Le prince Nerio de Lethys vient d’être découvert, le cœur transpercé, dans les jardins du palais de la Petite Dvern. Ancien quartier pénitentiaire, la Petite Dvern est désormais le royaume du Prince Jaran, que son frère jumeau Danil Daï Nelles lui a cédé contre la promesse de ne jamais convoiter le trône. Danil règne donc sur Dvern, principal port de la côte est de l’Empire Atlan, pendant que son cadet fait de la Petite Dvern un lieu de perversité, de débauche et de jeux. D’autres règles y ont cours. Des règles que ne maîtrise pas Carline, fille adoptive de l’excentrique mais respectable professeur d’université Jeophras Denio. Au terme d’une partie de jeu de l’oie, revisité et baptisé ici jeu du Cygne en référence aux armes de la maison de Nerio de Lethys, Carline se retrouve accusée du meurtre princier. Denio, devenu limier pour Jaran, doit mener l’enquête afin de l’innocenter.

    Trois arcs narratifs s’entrecroisent, pour trois époques différentes : la jeunesse des princes, éduqués ensemble par un monarque sadique ; la tragique partie du jeu du Cygne, à l’issue de laquelle Nério a trouvé la mort ; l’enquête menée par Denio pour disculper sa fille. Laurent Kloetzer réinterprète et transpose dans une Renaissance italienne fantasmée des mythes et personnages grecs connus : Icare, le labyrinthe du Minotaure construit par Dédale, père d’Icare, le disque de Phaïstos… à cette richesse sur le fond, l’auteur ajoute une contrainte de forme puisqu’il impose à son récit les règles du jeu du Cygne qui régissent le destin de ses personnages. Cette construction à tiroirs ne perd jamais en cohérence, ni en clarté.

    Quelques facilités narratives (Alexis, Gavroche amoureux de Carline qui tombe souvent à point nommé pour tirer Denio d’affaire ; ce même Denio que ses ennemis laissent pour mort dans un couloir du palais se réveillant en sécurité dans la chambre douillette d’une auberge…) et des dialogues dont la modernité contraste trop avec l’ambiance Renaissance peuvent parfois dérouter (à l’exception des lecteurs de Petites morts, fix-up qui justifie cet écart de langage – Laurent Kloetzer ne laisse rien au hasard). Quelques bémols qui ne freinent en rien la lecture de ce roman baroque et plaisant.

Karine GOBLED
Première parution : 1/7/2016 dans Bifrost 83
Mise en ligne le : 1/1/2023

Critiques des autres éditions ou de la série
Edition MNÉMOS, Icares ()

     « Le meurtre avait une dimension symbolique, ça ne pouvait pas être un hasard. Politique et symbolique faisaient-elles bon ménage ? » (p. 194)

     En raison de sa complexité et des nombreuses combinaisons auxquelles il se prête, le jeu d'échecs a inspiré de nombreux romans comme Le tableau du maître flamand de Perez Reverte ou La ville est un échiquier de John Brunner. On s'attendait moins à un livre-énigme basé sur le paisible jeu de l'oie, dont la linéarité semble imperturbable et où les « surprises », les embûches, sont connues à l'avance...
     C'est pourtant ce que réussit brillamment Laurent Kloetzer pour qui le jeu de l'oie devient un labyrinthe où « les bifurcations ne sont pas sur le chemin, ce sont les dés qui les imposent. » (p. 285). Il en exploite toute la symbolique : le parcours en spirale devient une représentation de la vie ; le puits évoque une porte sur la vérité ; les retours en arrière autorisés par certaines cases figurent la possibilité de revenir sur son passé...

     Les fils de trois histoires s'entremêlent ainsi pour former une toile admirable et dense, qui emprisonne le lecteur pour sa plus grande délectation. Nous suivons alternativement l'enquête de Jeophras, la partie de jeu meurtrière et l'enfance des protagonistes, où réside sans doute l'origine des événements.
     La trame policière, sobre et d'un grand classicisme, est captivante. La construction en est rigoureuse et sans faille : le mystère s'épaissit au fur et à mesure qu'il se dévoile, jusqu'au dénouement d'une logique implacable.
     Dans ce type de romans, la conclusion peut ne pas être à la hauteur de l'énigme, les révélations paraissant finalement bien plates. Il n'en est rien ici, les enjeux, politiques ou personnels, étant suffisamment importants pour justifier le secret.

     Livre-jeu, livre-énigme, livre-labyrinthe, le roman de Kloetzer ne manque pas d'atouts pour séduire. Mais en plus de la satisfaction que procure l'énigme policière astucieuse, il offre de nombreux autres plaisirs...
     Indépendamment de la forme attrayante, on appréciera en particulier l'épaisseur des personnages : il n'y a pas de gentils ni de méchants, mais de simples êtres humains pris dans le tourbillon des passions, du pouvoir ou des conventions ; des êtres parfois torturés et déchirés par un passé difficile, par des secrets trop lourds...
     Carline, accusée de meurtre, est un bon exemple de cette complexité des caractères : sympathique mais non exempte de défauts, elle est manipulée, mais elle se laisse aller plus ou moins consciemment à cette manipulation, y prenant une part plus active qu'il ne paraît et conservant jusqu'au bout un rôle assez trouble...

     Le seul reproche que l'on pourrait faire est l'utilisation dans les dialogues d'un langage volontiers familier, logique en lui-même mais qui détonne un peu en raison de l'emploi d'un vocabulaire paraissant trop contemporain pour être crédible dans le contexte. Il s'agit toutefois d'un défaut mineur,et d'une occurrence trop rare pour gâter la lecture.

     Kloetzer écrit-il de la fantasy ? Il n'y a ici ni magie ni créature fantastique : juste un royaume imaginaire et la folie des hommes. Pourtant la parenté avec la fantasy est indéniable : on sent l'influence d'un Guy Gavriel Kay, mais aussi celle du steampunk aventurier à la Tim Powers. Situé dans une Renaissance réinventée, marqué par l'humanisme et par des inventions qui rendent hommage à Léonard de Vinci, La voie du cygne est un nouvel exemple de ces oeuvres qui font le lien entre la fantasy et le roman historique, comme Les lions d'Al-Rassan ou La lune et le Roi-soleil.

     En conclusion, La voie du cygne est une très belle réussite, qui mérite de dépasser les frontières du genre et d'être découvert par tout amateur de littérature, qu'elle soit policière ou dite générale.

Pascal PATOZ (lui écrire)
nooSFere


Edition MNÉMOS, Icares (1999)

     Après un premier roman, Mémoire vagabonde, salué par tous et couronné en 1998 par le prix Julia Verlanger, Laurent Kloetzer revient avec cette Voie du cygne, fantasy à la mode Renaissance comme il en paraît de plus en plus, mais dont on n'a pas encore réussi à se lasser. Première originalité de cette histoire, celle de s'inspirer du jeu de l'oie, amusement enfantin qui à priori semble peu propice à stimuler l'imagination. Pourtant, quand on voit le résultat auquel Kloetzer est arrivé, on se prend à rêver que, pour son prochain livre, Serge Lehman s'inspire des petits chevaux. Ou Dunyach des sept familles (« C'est ce qu'il a fait pour Étoiles mourantes », me souffle une petite voix perfide. Passons.)
     L'action se situe dans le domaine de Dvern, ville portuaire dirigée par le jeune prince Melki. Jeophras Denio est un universitaire, respecté, si ce n'est sa passion et son acharnement à construire un engin volant, lubie qui n'est pas du goût de tous. Mais ses projets connaissent un sérieux coup d'arrêt lorsqu'il apprend que Carline, sa fille adoptive, a été arrêtée et est fortement soupçonnée du meurtre du prince Nerio, dirigeant d'un domaine voisin en visite à Dvern. Denio va faire tout son possible pour prouver l'innocence de sa fille, aidé en cela par Jaran, le propre frère de Melki, qui le charge de mener l'enquête en son nom.
     La Voie du cygne se présente donc sous la forme d'une enquête policière classique, Denio tentant au fil de ses rencontres de reconstituer les événements qui ont entraîné la mort de Nerio. En parallèle, Kloetzer met en scène d'autres situations, survenues vingt années plus tôt et qui, on s'en doute, joueront un rôle crucial dans la résolution de cette affaire. Soyons clair, ce roman est passionnant de bout en bout. Le récit est d'une fluidité exemplaire, sa construction parfaite. Que manque-t-il pour en faire un chef-d'oeuvre ? Pas grand chose, une petite dose d'inventivité, un soupçon d'excentricité, dont ont su faire preuve récemment, et dans un registre proche, des auteurs comme Hervé Jubert ou David Calvo.
     Alors quoi ? La Voie du cygne n'est pas un chef-d'oeuvre ? Et alors ? Tel quel, c'est un livre tout à fait réjouissant, un authentique plaisir de lecture. On attend la suite avec délectation.

Philippe BOULIER
Première parution : 1/12/1999
dans Bifrost 16
Mise en ligne le : 6/9/2003


Edition MNÉMOS, Icares (2000)

     Lorsque le meilleur inventeur de la ville se transforme en détective privé pour innocenter sa « fille » du meurtre d'un haut dignitaire, cousin du prince, le lecteur ne peut que se réjouir des longues heures de rebondissements et d'intrigues qui l'attendent. Lorsqu'on ajoute à cette sauce, déjà bien liée, le génie de Kloetzer, qui calque sa narration sur une partie de jeu de l'oie, le lecteur ne se sent plus de joie et jubile. Deux bémols à ce qui aurait pu être une des merveilles du bimestre : d'une part, l'intrigue s'essouffle un peu sur les dernières pages et, d'autre part, il est assez difficile de donner de la consistance à cette cité de Dvern qui louche trop vers la renaissance italienne... Pourquoi ne pas avoir pris le parti pris de l'uchronie ou du roman « historique » ? Dommage, mais ne boudons pas notre plaisir pour autant.

Miroslav DRAGAN
Première parution : 1/3/2000
dans Phenix 54
Mise en ligne le : 20/1/2004

Cité dans les pages thématiques suivantes
Jeux

Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes
André-François Ruaud : Cartographie du merveilleux (liste parue en 2001)

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