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La Grande Porte

Frederik POHL

Titre original : Gateway, 1977

Cycle : La Grande porte vol.

Traduction de C. et L. MEISTERMANN
Illustration de Philippe CAZA

J'AI LU (Paris, France), coll. Science-Fiction (1985 - 1993, 2ème série - dos violet) n° 1691
Dépôt légal : juin 1988
320 pages, catégorie / prix : 4
ISBN : 2-277-21691-7   
Genre : Science-Fiction 



    Quatrième de couverture    
     Frederik Pohl
     C'est un personnage-clé de la S-F américaine. Auteur d'innombrables romans, La Grande Porte, Les pilotes de la Grande Porte, Rendez-vous à la Grande Porte, L'Ultime fléau, il a aussi dirigé quelques-unes des plus prestigieuses revues et collections de science-fiction.

     La Grande Porte, c'est un astéroïde construit par la très avancée civilisation des Heechees. Ils ont disparu, les Heechees, mais sur place sont restés des astronefs programmés pour se rendre un peu partout dans l'univers. Venus de leur planète (bien polluée !), des Terriens s'embarquent : selon la destination, ce sera la fortune, la démence, ou la mort. Un risque...
     Broadhead est revenu, lui, et riche. Il vit à New York, sous la Grosse Bulle protectrice, et il séduit les filles en leur racontant Sirius ou Orion. Que souhaiter de plus ?
     Et pourtant, chaque semaine, il court, anxieux, chez Sigfrid von Shrink. Non, ce n'est pas un ami, c'est un ordinateur, psychanalyste de son état...

    Prix obtenus    
John W. Campbell, Jr. Memorial, [sans catégorie], 1978
Hugo, roman, 1978
Locus, roman, 1978
Nebula, roman, 1977
Apollo, [sans catégorie], 1979

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
Jean-Bernard Oms : Top 100 Carnage Mondain (liste parue en 1989)  pour la série : La Grande porte
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition J'AI LU, Science-Fiction (1959 - 1984, 1ère série) (2005)


     Riche New-Yorkais, Rob Broadhead file chaque semaine ventre à terre passer une heure chez Sigfrid von Shrink. Sigfrid von Shrink, c'est le psychanalyste qui doit l'aider à éliminer — ou tout du moins à comprendre — ses névroses les plus encombrantes (donjuanisme exacerbé, troubles dépressifs, etc.). Le moins que l'on puisse dire est que Broadhead voue à ce praticien une certaine forme de passion conflictuelle (style : je te hais, mais je te supporte parce que j'ai besoin de toi). Au cas où vous vous poseriez la question, nous ne sommes pas chez Woody Allen, mais dans le futur — et von Shrink n'est autre qu'une simulation informatique, quasiment aussi onctueuse et exaspérante qu'un vrai psy en chair et en os.

     Si Broadhead est tellement riche, et surtout s'il va aussi mal, c'est que par le passé, il a été prospecteur sur la Grande Porte, et qu'il a eu la chance d'en revenir les poches pleines. Cette fameuse Grande Porte qui donne son titre au roman est un astéroïde artificiel, découvert par hasard par une expédition terrienne. Il est l'œuvre d'une civilisation douée d'une avance technologique supérieure, les Heechees, mystérieusement disparue en abandonnant sur cette insolite construction orbitale des centaines de vaisseaux pré-programmés pour se rendre automatiquement en différents endroits de la Galaxie. En payant son écot à la Corporation (la multinationale qui administre la Grande Porte), et après une raisonnable période d'instruction, tout citoyen peut grimper dans l'un de ces vaisseaux et s'envoler vers une destination inconnue. Et c'est justement le problème : si quelques-uns reviennent chargés d'artefacts Heechees ou de précieuses observations scientifiques qui leur seront rachetés à prix d'or par la Corporation, la plupart des autres, en revanche, rentrent bredouilles, en piteux état, voire ne rentrent jamais...


     La première chose qu'on peut dire de ce roman, c'est que son intrigue est rondement menée : une fois l'histoire commencée, on a sacrément envie de savoir comment elle se termine. La narration, dynamique et enlevée, fait alterner situation présente (les confrontations hebdomadaires plutôt véhémentes entre von Shrink et son patient) et retours en arrière sur l'aventure de Broadhead sur la Grande Porte. Une aventure dont on ignore tout au début du roman, si ce n'est qu'elle a substantiellement grossi le compte en banque de notre héros et l'a finalement conduit sur le divan d'un psychanalyste... Une dimension psychanalytique dont on comprend vite qu'elle sert le roman bien au-delà du simple prétexte à l'exposition de l'histoire (si j'étais lacanien, je ne manquerais pas de remarquer de surcroît qu'il n'y a qu'une infime permutation de lettres entre Gateway : la Grande Porte, et Getaway : fuite, échappatoire).

     La Grande Porte est ainsi un roman extrêmement agréable à lire. Bien construit (le lecteur trouvera notamment, insérés dans la narration, différents documents plaisants ou instructifs — petites annonces, circulaires administratives, rapports de mission — , bien faits pour ajouter à la profondeur de l'arrière-plan), il accorde une réelle importance à la psychologie des personnages, sans pour autant négliger les décors et les situations. Que pourrait-on reprocher à Frederik Pohl, alors ? Pas grand-chose, à vrai dire, si ce n'est de laisser trop ostensiblement quelques portes ouvertes ( !), procédé dont il est aisé de percer à jour l'intérêt — pour l'auteur et l'éditeur, s'entend. Pour convaincre le lecteur potentiel encore hésitant, on pourrait ajouter que public et spécialistes ont encensé ce roman à sa sortie, en lui attribuant les plus prestigieuses récompenses du genre (Hugo, Nebula et Locus 1978). C'est aussi à cela qu'on reconnaît les classiques.

     Voilà. En résumé, moi, j'ai bien aimé La Grande Porte. J'ai même tellement apprécié ce roman que, soucieux de ne pas altérer la bonne impression sur laquelle il m'a laissé, je vais mettre ma curiosité entre parenthèses et m'abstenir de lire ses différents sequels...

Julien RAYMOND (lui écrire)
Première parution : 14/2/2005
nooSFere


Edition CALMANN-LÉVY, Dimensions SF (1978)


 
     UN SPACE-OPERA CREPUSCULAIRE

     La conquête de l'espace n'est plus ce qu'elle était.
     Au temps glorieux de l'âge d'or, rois des étoiles et légion de l'espace s'élançaient vaillamment dans l'abîme des espaces insondables, ivres de conquêtes et la fleur au désintégrateur. Youkaïdi, youkaïda, c'étaient nous les joyeux lensmen ! L'univers était à nous, rêve naïf d'une nation en pleine expansion.
     Mais depuis, le space-opera a jeté son masque d'innocence, Hiroshima a inscrit son nom en lettres radioactives, la conquête de l'Ouest a pris nom : génocide. Mauvaise conscience et culpabilité frappent de plein fouet une Amérique qui patauge dans la guerre froide et mijote son Viêt-Nam. Western et S.F., les deux principaux genres populaires américains, expriment ce désarroi devant les débris de l'american way of life. C'est la vague des œuvres progressistes, réhabilitation de l'indien, réhabilitation de l'extraterrestre. Puis la vague du réalisme, dirty western et space-opera quotidien.
     « La grande porte » c'est cet astéroïde artificiel construit par la civilisation supérieure des Heechees dans le voisinage de Vénus. Les Heechees ont disparu depuis des siècles, mais ils ont abandonné à la Grande Porte des centaines d'astronefs programmés pour se rendre en divers points de l'univers. Gigantesque et mortelle loterie car bien peu de prospecteurs reviennent riches et vivants de ces voyages dans l'inconnu. L'homme, fétu de paille balloté dans les courants de l'espace, est dépouillé de son libre arbitre. Il n'est pas maître de sa destinée, soumis au bon vouloir d'une technologie infiniment supérieure qui le dépasse, l'humilie et foule aux pieds son ridicule anthropocentrisme. La rencontre du 3e type avec les Heechees n'est pas pour demain !
     Pitoyable, routinière et réaliste conquête de l'espace. On retrouve dans ce tout dernier roman de Polh (paru en 1977 et proposé avec raison pour le Nebula) les mêmes qualités que dans son livre précédent, Homme plus (Calmann-Lévy). Descriptions précises et réalisme minutieux renforcés par des inserts style Tous à Zanzibar (extraits de conférences, articles du règlement intérieur, petites annonces, rapports de missions, notes diverses, etc...) qui brossent un tableau saisissant de la vie quotidienne sur la Grande Porte. Documentaire-fiction au style amer-humour qui fait voler en éclats le mythe de la nouvelle frontière : une seule motivation, le fric et au-diable les nobles idéaux sur la grandeur de l'homme. Conquête de l'espace à la Malzberg, sordide et dérisoire, où la poussière des étoiles colle aux semelles de plomb du scaphandre et qui se fait dans le sang, la sueur et les larmes. Au diable aussi les héros courageux sans peur, sans reproche, sans sexe et sans consistance littéraire. Robinette Broadhead, le personnage principal de « Gateway » est un pauvre type comme vous et moi, crevant de trouille, lâche et toutes ces sortes de choses, bourré de culpabilité, marchant à la voile et à la vapeur (mais pas au nucléaire).
     La Grande Porte est un space-opera crépusculaire, néo space-opera débarrassé de sa gangue de faux semblants et d'irréalisme, les feux rasants du crépuscule sculptant pour mieux les dénoncer les structures aliénantes et les fausses illusions du space-opera de l'Age-d'Or.
     Mais curieusement, Pohl semble avoir honte de son propos, honte de s'intéresser encore en 1977 à la conquête de l'espace, même si c'est pour la démythifier. La culpabilité que Robinette Broadhead essaye de mettre à jour tout au long de son analyse avec Sigfrid Von Shrink son ordinateur-psychanalyste, Pohl la reprend à son compte en essayant de sur-signifier son récit. La Grande Porte est ainsi un space-opera qui aurait honte de n'être que lui-même et dont l'auteur cherche à justifier l'existence par un intérêt supplémentaire d'ordre psychanalytique qui ne s'imbrique pas très bien dans la narration première et sent l'exercice de style plutôt que le produit d'une évolution socio-culturelle propre au genre : Tentation quelque peu irritante d'une modernité mal assumée (due à la culpabilité d'un auteur old pro bourré de métier, né en 1919 et ayant fait ses premières armes en plein Age d'or), goût immodéré pour la psychanalyse (on songe à Soudain l'été dernier, le film de Mankiewicz avec Montgomery Clift et Elisabeth Taylor), manque de confiance dans le propos initial (on retrouve le même défaut dans la pirouette finale, inutilement dickienne, d'Homme-plus) ? Ou bien volonté délibérée d'insister sur le message de La Grande Porte qui est aussi celui d'Homme-plus : la nécessité de s'adapter à n'importe quelle situation pour survivre. C'est-à-dire devenir l'homme-cyborg d'Homme-plus, accepter la loterie mortelle de la loterie Heechee, assumer sa culpabilité ? Porte ouverte à toutes les acceptations ?
     « C'est exactement ce que j'appelle vivre » déclare à la fin du roman Sigfrid Von Shrink. Hum, pour le moins ambiguë mon cher Sigmund, votre psychanalyse d'intégration. Voire même carrément suspecte, non ?

Denis GUIOT
Première parution : 1/6/1978
dans Fiction 291
Mise en ligne le : 28/5/2010


 

Dans la nooSFere : 61696 livres, 56767 photos de couvertures, 56002 quatrièmes.
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