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Un cas de conscience

James BLISH

Titre original : A Case of conscience, 1958
Première parution : Ballantine, avril 1958
Cycle : After such knowledge  vol. 3

Traduction de Jean-Michel DERAMAT
Traduction révisée par Thomas DAY
Illustration de MANCHU

GALLIMARD (Paris, France), coll. Folio SF n° 231
Date de parution : 9 novembre 2005
Dépôt légal : octobre 2005, Achevé d'imprimer : 15 octobre 2005
Réédition
Roman, 368 pages, catégorie / prix : F8
ISBN : 2-07-030946-0
Format : 10,8 x 17,8 cm
Genre : Science-Fiction



Quatrième de couverture
     Les quatre hommes de la délégation scientifique envoyée sur Lithia sont sur le point de rédiger leur rapport. Deux d'entre eux préconisent l'exploitation des richesses minérales de la planète — en réduisant, au besoin, en esclavage ses habitants doux et industrieux. Le troisième recommande la non-ingérence.
     Le père Ruiz-Sanchez, biologiste et prêtre jésuite, complète l'équipe. Pour lui, Lithia est un paradis parmi les étoiles — un paradis créé par Satan lui-même...
 
     Prix Hugo du meilleur roman en 1959, Un cas de conscience dépasse les questions théologiques qu'il pose pour dresser le portrait d'un homme face à un effroyable dilemme.
 
     Puissance de l'inspiration, intelligence visionnaire et aridité de l'écriture caractérisent l'œuvre de Blish, volontiers classée parmi les plus intellectuelles du genre. Il a produit, entre autres monuments, le cycle des Villes nomades, Aux hommes les étoiles et La Terre est une idée.
Critiques
     Un cas de conscience, prix Hugo du meilleur roman en 1959, pourrait à première vue décontenancer quelques lecteurs. Écrit par un auteur classique de la SF, James Blish, réputé pour avoir à la fois une puissance d'écriture hors normes, un vrai talent d'imagination visionnaire et un style aride, on ne peut nier que ses références, en matières scientifique, biologique, philosophique, donnent au ton du récit, une certaine sécheresse, même si celle-ci, grâce aux qualités littéraires du roman, peut être dépassée sans mal.

     Imaginez seulement deux planètes, la Terre où les hommes se sont littéralement enterrés dans des abris anti-atomiques — qui remplacent aujourd'hui leurs mégalopoles géantes — afin de survivre à un conflit nucléaire dévastateur (qui n'a toujours pas eu lieu) ; et la planète Lithia, récemment découverte par les hommes, où une autre forme de vie évoluée défie leur intelligence. Cette planète-là, à comparer avec la Terre, semble être le paradis... Ses habitants, d'immenses reptiles de près de trois mètres de haut, ont créé, grâce à une intelligence supérieure, une civilisation à la fois technologiquement très avancée, et surtout totalement pacifique. Les habitants de Lithia vivent sans arts, sans philosophie, sans histoire, sans religion, sans jeux, sans sports, n'ont jamais connu la guerre... Peuvent-ils seulement rêver ou cauchemarder ? « Était-il possible qu'il pût exister dans l'univers une créature raisonnable qui ne fût jamais paralysée un instant par la question soudaine, la terreur de voir, au travers de l'absurdité de l'action, de l'inanité du savoir, de la gratuité de l'existence même ? » (p. 79) Voilà donc la vraie question. Les lithiens ne cachent-ils pas un terrible secret ? Le père Ruiz-Sanchez, un biologiste et père jésuite appartenant à une délégation de quatre hommes, venue sur Lithia pour décider du sort de cette planète (la coloniseront-ils pour exploiter ses ressources minérales tout en réduisant si besoin la population autochtone à l'esclavage, ou chercheront-ils à collaborer étroitement avec les Lithiens, afin de réaliser un important bénéfice d'échange de technologie ?) a son idée sur la question : derrière la façade paradisiaque de la planète Lithia, il faut voir une création du malin, à la fois séduisante mais également dangereuse. Après tout, est-il seulement possible de comprendre des créatures comme les Lithiens, qui semblent ignorer le bien et le mal ?

     Les Lithiens ont su construire une civilisation de la non-violence, parfaitement structurée, loin de cette société hobbesienne qu'un jeune Lithien né sur la planète Terre, découvre révolté. Que peut-il donc penser d'un monde déchiré, aux valeurs égarées, divisé, toujours au bord de l'Apocalypse, d'un monde d'hommes définitivement orphelins de Dieu, ou plus précisément d'hommes déjà morts : « la mort, dans les époques préscientifiques, était toujours à la fois imminente et immanente, extérieure et intérieure à chacun, mais jamais transcendante. Dans ce temps-là, seul Dieu était extérieur, intérieur et transcendant tout à la fois, et c'est en cela que les hommes mettaient leur espoir. Aujourd'hui, à la place de cet espoir, nous leur avons donné la mort. » (p. 183) Quel est le rôle de Dieu ? Quelle conséquence un messie peut-il avoir sur une société stable ? Les concepts de Bien et de Mal sont-ils de fausses valeurs ? Laquelle des deux planètes, Lithia ou la Terre, est la plus terrifiante ?

     Le talent de James Blish est triple : armé d'une écriture forte, et sans défauts, il sait construire des récits inventifs, haletants, servis par des connaissances scientifiques solides et, sans tomber dans le piège d'un piètre manichéisme, interroger avec pertinence la théologie, la nature humaine, les questions politiques et technologiques qui divisent le genre humain et déstructurent ses relations.

     Un grand roman de SF, à lire comme une méditation philosophique digne de celle d'un visionnaire.

Marc ALPOZZO
Première parution : 1/4/2006 dans Galaxies 39
Mise en ligne le : 4/3/2009

Prix obtenus
Hugo, Roman, 1959
Retro Hugos, Novella / Court roman, 1954


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