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L'Écorcheur

Neal ASHER

Titre original : The Skinner, 2002
Première parution : Macmillan UK, 2002

Cycle : Polity - Spatterjay vol. 1

Traduction de Jean-Pierre PUGI
Illustration de Stephan MARTINIÈRE

FLEUVE NOIR / FLEUVE Éditions (Paris, France), coll. Rendez-vous ailleurs n° (26)
Dépôt légal : avril 2005, Achevé d'imprimer : mars 2005
Roman, 312 pages, catégorie / prix : 21,00 €
ISBN : 2-265-07926-X
Format : 15,5 x 24,0 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Spatterjay : une planète recouverte par les océans et grouillant de créatures marines hostiles.
     Sur l'un de ses rares îlots vit l'Écorcheur, une entité monstrueuse semant la terreur parmi les pêcheurs qui sillonnent ses eaux. Des pêcheurs qui, bien décidés à détruire cette abomination une fois pour toutes, unissent leurs forces... Ainsi débute une course-poursuite planétaire, une traque dans laquelle seront embarqués trois personnages pour le moins curieux : Erlin, une scientifique à la recherche d'un capitaine immortel, Keech, un flic ressuscité après 700 ans dans le but de retrouver un criminel, et Janer, en mission pour les Frelons, espèce terrestre ayant développé une intelligence communautaire.
     Mais ce qui les attend sur les traces de l'Écorcheur, est bien plus qu'une aventure d'une rare violence. Car Spatterjay, aux confins de la galaxie, loin du couvert des lois gouvernementales du Polity, réserve d'autres surprises...
 
     Neal Asher est né en 1961. Étoile montante de la science-fiction anglaise, il développe un univers qui se distingue par sa dimension aventureuse et spectaculaire unique. Il est l'auteur de nombreuses nouvelles et de cinq romans, dont L'Écorcheur, lauréat en 2002 du Prix SF Reviews Best Book.
 
    Critiques    
     Spatterjay est une planète aquatique dotée d'une faune particulièrement agressive — le terme est faible ! Son extraordinaire écosystème s'organise autour d'effroyables sangsues dont la morsure transmet une sorte de virus à ses proies, un virus qui rend celles-ci quasiment immortelles et extrêmement résistantes à la douleur. Les sangsues s'assurent ainsi un garde-manger perpétuel et toutes ces créatures peuvent s'entredévorer inlassablement avec une férocité peu commune.
     Voilà pourquoi les « hoopers » — des humains qui ont été mordus par les sangsues — peuvent vivre plusieurs siècles, dotés d'une force colossale. Ces hommes-là peuvent s'arracher un bras puis se le recoller pour obtenir une cicatrisation rapide, ou encore s'éventrer mutuellement sans en pâtir durablement... Les « vieux capitaines » voient même leur sang entièrement remplacé par des « fibres virales ».

     L'histoire débute quand trois personnages tout aussi extraordinaires que la planète elle-même arrivent sur Spatterjay. Tout d'abord Erlin, la scientifique terrienne rencontrée dans la nouvelle Spatterjay (in Bifrost n°38), sanglante histoire au cours de laquelle la jeune femme est elle-même devenue une hooper. Puis Sable Keech, un « réifié », c'est à dire un mort maintenu artificiellement dans un état qui ressemble fortement à la vie, et qui, depuis sept cents ans, traque inlassablement une bande de criminels. Enfin Janer, un homme assujetti à l'esprit collectif des frelons, la seule autre intelligence terrienne, dont la mission demeure mystérieuse, même pour lui.
     Leur route va croiser celle de l'Écorcheur, cette figure terrifiante et quasi mythique qui hante la planète et dont on pensait le sort réglé à la fin de la nouvelle sus-citée. (à noter au passage qu'il est bien dommage de ne pas avoir inséré ce texte dans le roman, suite directe, même si les deux récits peuvent se lire indépendamment).

     Certes, L'Écorcheur n'est qu'un roman d'aventures maritimes... Mais c'est un époustouflant, un fabuleux roman d'aventures maritimes, comme on n'a jamais eu l'occasion d'en lire. Comme pour Moby Dick, la quête de l'Écorcheur prend bien sûr une dimension épique, mais ce qui frappe avant tout c'est l'exotisme spectaculaire et sanglant qui colore le récit. Ce planet opera réussit à rendre vivante et familière une faune démentielle, notamment à travers de courts épisodes qui, à la façon d'un documentaire animalier, illustrent comment buccins, turbuls, miroitiers, mollys et sangsues passent leur temps à s'entredévorer avec une voracité frénétique. De plus, l'histoire fait se succéder d'hallucinantes scènes gore — l'écorché qui réenfile sa peau dans la nouvelle Spatterjay, une tête humaine montée sur pattes, un corps muni d'une large bouche de sangsue, des tueurs sadiques... — frisant sans cesse le grotesque ou le ridicule sans jamais y sombrer vraiment. Le Sense of wonder vire ici au Sense of horror, mais on s'émeut, on frémit, on sourit, on rit même parfois de bon coeur, on s'accroche au mât pour résister au souffle venant du grand large, bref, on y croit de bout en bout !
     Et ce n'est pas tout : les voiles des navires sont des créatures vivantes qui s'éveillent au capitalisme ; la planète est surveillée par des drones dotés de sous-esprits malicieux au service du Gardien du Polity, la fédération galactique aux confins de laquelle est située Spatterjay ; des extraterrestres insectoïdes poursuivent une guerre froide avec les humains ; etc !
     Bref, voilà de l'Aventure avec un très très grand A, dynamique et spectaculaire à souhait, sans autre propos que la distraction — même si elle permet au passage une réflexion sur l'inhumanité de l'immortalité. Une Aventure tellement dense — quelque 300 pages seulement, bourrées de péripéties et d'inventivité, sans une seule qui soit redondante ni inutile — qu'on en redemande...


Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 1/9/2005 nooSFere


     Avec la nouvelle publiée dans Bifrost n° 38 et la parution en « Rendez-vous Ailleurs » de L'Ecorcheur, Neal Asher fait une entrée remarquée (et remarquable, même, soyons fous) dans l'imaginaire hexagonal. Auteur anglais dont les thèmes rappellent par bien des aspects les trouvailles d'un certain Iain Banks, Asher est l'héritier direct de cette « nouvelle S-F anglaise » dont l'inspiration penche autant du côté des classiques que vers la parodie la plus délirante. De fait, l'univers de Neal Asher est certes purement science-fictif, mais suffisamment déjanté et incorrect pour emballer les lecteurs les plus sceptiques.

     Vrai roman d'aventures pour les gamins que nous ne sommes plus, planet opera aussi ridicule que jouissif, L'Ecorcheur n'est assurément pas l'œuvre d'un styliste patenté. De fait, les qualités strictement littéraires du livre oscillent entre mauvais et médiocre, douloureux constat que ne corrige pas (mais alors, pas du tout !) la traduction française. Dès lors, on pourrait se débarrasser de la chose d'un haussement d'épaule, mais ce serait atteindre gravement à l'enfant qui sommeille (cherchez bien) en nous. Car oui, définitivement oui, L'Ecorcheur est un roman tout bêtement excellent, bien mené, drôle, original et inventif, même si son scénario est aussi abracadabrant que prévisible.

     Emballé par une lecture presque schizophrène, on y suit page après page une histoire débridée et loufoque, sans jamais savoir précisément dans quel état d'esprit l'a conçue l'auteur. En attendant, ce serait faire preuve de malhonnêteté intellectuelle que de bouder L'Ecorcheur, tant sa lecture fait plaisir. Débrouillons-nous avec ça.

     Entièrement située sur la planète Spatterjay (également titre de la nouvelle parue dans Bifrost 38), l'intrigue fait la part belle aux locaux, humains modifiés par un virus fibreux endémique de ce monde océan (seuls quelques îlots émergent de ci de là). La très grande originalité du roman réside cependant dans la faune de Spatterjay, abondamment décrite en tête des chapitres : poissons généreusement pourvus en dents, saletés visqueuses et voraces, mollusques semi-rigides capables d'arracher une main en moins d'une seconde, crustacés variés et variables, parfaitement contents à l'idée de bouffer tout ce qui passe à leur portée, sangsues à la dentition rotative vertigineuse, rien ne manque à un bestiaire aussi monstrueux qu'agressif...

     Mais cette liste ne serait pas complète sans LA star du livre, le virus lui-même, jolie petite chose dont la particularité est de pousser le parasitisme à un degré pour le moins inédit : intégré au métabolisme humain, remplaçant peu à peu la quasi-totalité du sang (par de curieuses fibres aussi pratiques que peu crédibles), il protège son hôte au point de le rendre quasiment immortel. Longévité exceptionnelle (jusqu'à plusieurs siècles, tout de même), cicatrisation quasi systématique (un bras arraché ? pas grave), le corps des Hoopers (du nom de Jay « Hoop » Spatter lui-même, contrebandier sans scrupule qui a donné son nom à la planète) est une source d'émerveillement permanent. Mais si le virus rend son hôte littéralement indestructible (noter au passage l'hilarante scène de catch entre hoopers, où les lutteurs s'éventrent joyeusement sans la moindre gène, l'ensemble donnant lieu à des paris déjantés, du type « 50 crédits pour une éviscération »...), il est toutefois nécessaire de le contenir (avec de la nourriture strictement humaine, c'est-à-dire non infectée) pour bénéficier de ses avantages et éviter de légers désagréments. Comme perdre toute humanité et se transformer en monstre abruti et sanguinaire, par exemple. En d'autre terme, devenir l'Ecorcheur...

     Ce cadre idyllique posé, Asher passe aux personnages, à savoir trois visiteurs différents dans leurs motifs comme dans leur connaissance de Spatterjay. Une femme ethnologue qui recherche un Capitaine (les capitaines des bateaux de pêche sont la figure Melvillienne patriarcale et dominante du roman) avec lequel elle s'est liée lors d'un premier voyage sur la planète (voir Bifrost n°38... on le saura !), un flic mort (mais ressuscité via un système mi-organique, mi-robotique) depuis 700 ans à la poursuite d'une bande d'assassins sanguinaires, ainsi qu'un touriste humain en liaison permanente avec un Esprit de Ruche (explications : deuxième espèce intelligente terrestre, les frelons ont essaimé sur plusieurs mondes et développé leur intelligence collective dont chaque élément est ce charmant insecte que nous aimons tant). Vous suivez ? Rassemblés par Neal Asher, ces trois personnages mènent leur propre quête en commun, mais vont découvrir de surprenantes vérités sur Spatterjay (tout en révélant leurs motifs réels, comme le lecteur s'en doute). L'ensemble sous la bienveillante mainmise du Gardien (référence explicite aux tout-puissants Mentaux de Banks) et de ses drones facétieux (Douglas Adams n'est pas loin, et l'on pense évidemment à Marvin, célèbre androïde dépressif s'il en est). Car si Spatterjay est encore une planète sauvage, elle intéresse pourtant la grande confédération humaine et ses mille mondes. Mais pas qu'elle...

     Plutôt embrouillée, l'intrigue se clarifie jusqu'à la transparence la plus totale au cours du roman. Asher ne révolutionne absolument rien, mais se fait évidemment plaisir, un plaisir communicatif au plus haut degré. Au final, L'Ecorcheur est un divertissement exceptionnel par son inventivité et son rythme. Divertissement quand même, certes, mais qui songerait à s'en plaindre quand les productions S-F manquent singulièrement d'humour ? Sans atteindre la puissance littéraire d'un Harrison ou l'envergure d'un Banks, Asher se glisse entre les deux, donne des coups de coudes et finit par s'allumer une clope au soleil. Qu'on lui donne du feu et tout saute — pour peu que la poudre soit livrée dans une traduction correcte...

Patrick IMBERT
Première parution : 1/7/2005 dans Bifrost 39
Mise en ligne le : 10/8/2006


     Neal Asher nous embarque dans une aventure sur Spatterjay, planète océanique localisée dans les marches du Polity, l'union des mondes civilisés. Ses mers et ses îles éparpillées grouillent d'organismes divers qui se livrent à une lutte acharnée pour survivre, fruit d'un processus d'évolution beaucoup plus long que celui qu'a connu la Terre. Un grand nombre d'espèces ont intégré un virus qui leur permet de régénérer la chair suite aux attaques des prédateurs les plus répandus et les plus féroces : les sangsues. Sept cents ans auparavant, les Huit, une bande d'effroyables pirates menée par Jay Hoop, y avaient établi leur base arrière pour semer la terreur dans tout le secteur, en allant jusqu'au commerce d'esclaves humains avec les Pradors, des extraterrestres entrés en guerre contre la Terre. À la fin de ce conflit, Hoop et les Huit furent chassés de la planète, mais les descendants des esclaves libérés et autres assimilés, les Hoopers, continuent à y habiter dans des conditions très primitives, s'adonnant principalement à la pêche et restant à l'écart des autres mondes, malgré la présence d'une base du Polity et d'un « Runcible », portail de transmission instantanée de la matière, le tout géré par un Gardien doté d'I.A. La population locale est infectée par le virus, ce qui confère le don de guérir des blessures graves, ainsi qu'une force physique grandissante avec l'âge. Les « vieux capitaines » des bateaux de pêche à voile (vivante), ayant vécu plusieurs siècles, sont devenus quasiment indestructibles. Mais le virus peut provoquer d'autres transformations... moins désirables.

     Trois voyageurs venus du Polity se retrouvent au même moment sur Spatterjay. Erlin est une scientifique qui revient pour retrouver son ancien amant, Ambal, qui est l'un de ces vieux capitaines. Janer fait visiter pour le compte de ses employeurs, une Ruche des Frelons terrestres, espèce qui s'est révélée dotée d'une intelligence collective. Et puis il y a Keech, ex-agent de la Sécurité centrale terrienne, devenu « reif », ou réifïcation, sorte de cyborg ressuscité au moyen d'augmentations cybernétiques après avoir été tué par l'un des Huit. Leurs missions respectives ne seront éclaircies que petit à petit, mais les circonstances feront converger ce trio, accompagné par les équipages de divers bateaux, sur un îlot où sévit une créature monstrueuse, l'Écorcheur, ainsi nommée pour sa manie d'arracher la peau de tout Hooper qui a le malheur d'y atterrir. Placés constamment sous la menace terrifiante des attaques de la faune indigène, ils auront bientôt à leurs trousses des assassins professionnels, la très sadique et psychotique femme de Hoop et un puissant Prador avec un vaisseau de guerre et une petite armée d'esclaves humains « décervelés » sous son contrôle. Le Gardien, ainsi que ses serviteurs I.A. plus ou moins dévoués, vont devoir se mobiliser à leur tour devant les agissements de tout ce beau monde.

     Ce récit à forte dose de violence et de détails gore, qui se situe quelque part entre un conte macabre de piraterie en haute mer et la quête obsessionnelle de vengeance à la Moby Dick, frise parfois le Grand Guignol par le nombre et la variété de blessures infligées tout au long (mais grâce au virus omniprésent, presque jamais fatales...). L'augmentation constante de la puissance de feu est d'ailleurs assez impressionnante. Mais tout décompte de membres déchiquetés et de bestioles écrasées fait, on doit dire que ce livre est (rudement) bien écrit, une espèce de « poulpe-fiction » qui ne déplaira sans doute pas aux amateurs de Tarantino, plein d'intelligence, de malice et d'humour. La description de l'écologie planétaire inspire fascination et épouvante, la psychologie des Pradors également, mais ce sont surtout les renversements de situation qui coupent le souffle. Il y a aussi plusieurs scènes purement comiques, souvent celles où les I.A. interviennent au secours (ou aux dépens) des entités biologiques. Malgré la sauvagerie qui y règne, Asher termine son roman sur une note plutôt exaltante. Loin de rester englués dans les rapports proie-prédateur et la sélection darwinienne, ses protagonistes, du moins ceux qui restent debout, émergent de l'épreuve transformés et libérés de leurs contraintes. Une entrée en matière saisissante de la part de cet auteur britannique, qui a déjà fait paraître en anglais trois autres romans situés dans l'univers du Polity : Gridlocked (2001), Line of Polity (2003) et Brass Man (2005), ainsi qu'un autre space opera, Cowl (2004).

Tom CLEGG (lui écrire)
Première parution : 1/6/2005 dans Galaxies 37
Mise en ligne le : 21/1/2009


 
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