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L'Horreur dans le musée

ANTHOLOGIE

Textes réunis par August DERLETH & Howard Phillips LOVECRAFT

Titre original : The Horror in the Museum and Other Revisions , 1970
Première parution : Arkham House, 1970 (en un seul volume)

Cycle : Les Révisions de H. P. Lovecraft vol. 1 

Traduction de Jacques PARSONS
Illustration de Wojtek SIUDMAK

POCKET (Paris, France), coll. Science-Fiction / Fantasy n° 5310
Dépôt légal : septembre 1988
Anthologie, 320 pages, catégorie / prix : 5
ISBN : 2-266-02355-1   
Genre : Fantastique



    Quatrième de couverture    
     Rogers avait cessé de hurler et de se cogner la tête contre la porte massive ; il se pencha comme pour écouter. Un rictus de triomphe éclaira son visage ; il chuchota :
     — Ecoute ! Ecoute bien ! Entends-tu le bruit d'éclaboussures qu'il fait en sortant de sa cuve ? Il est arrivé sur Terre, venant de Yuggoth la grise, où les villes se trouvent sous la mer chaude et profonde. Donne-moi mes clefs, nous devons le faire entrer et nous mettre à genoux. Puis nous irons chercher un chat ou un chien, peut-être un homme ivre, et lui donner à manger.
     Jones eut le souffle coupé. Il aurait dû savoir que cet endroit le rendrait aussi fou que Rogers. On le sommait d'entendre l'éclaboussement d'un monstre mythique derrière cette porte, et à présent... que Dieu lui vienne en aide... il l'entendait effectivement !

     H.P. Lovecraft (1890-1937) est sans doute le plus grand auteur fantastique américain de notre siècle. Pourtant il resta toute sa vie en marge. Il en fut réduit à réviser — moyennant finances — des textes que des écrivains amateurs lui proposaient sous forme d'esquisses, voire de récits de rêves. Il en a tiré du pur Lovecraft, parfois du meilleur. On en jugera en lisant l'Horreur dans le musée.

    Sommaire    
1 - August DERLETH, Les "Révisions" de Lovecraft (Lovecraft's “Revisions”), pages 5 à 8, Préface, trad. Jacques PARSONS
2 - Francis LACASSIN, H.P. Lovecraft : "nègre" littéraire ou accoucheur de talent ?, pages 9 à 34, Introduction
3 - Howard Phillips LOVECRAFT, En rampant dans le chaos (The Crawling Chaos), pages 35 à 45, Nouvelle, trad. Jacques PARSONS
4 - Elisabeth Neville BERKELEY & Howard Phillips LOVECRAFT, La Verte prairie (The Green Meadow), pages 47 à 55, Nouvelle, trad. Jacques PARSONS
5 - Sonia GREENE, Le Monstre invisible (Invisible Monster), pages 57 à 66, Nouvelle, trad. Jacques PARSONS
6 - Sonia GREENE & Howard Phillips LOVECRAFT, Quatre heures (Four O'Clock), pages 67 à 73, Nouvelle, trad. Jacques PARSONS
7 - Hazel HEALD & Howard Phillips LOVECRAFT, L'Homme de pierre (The Man of Stone), pages 75 à 98, Nouvelle, trad. Jacques PARSONS
8 - Hazel HEALD & Howard Phillips LOVECRAFT, La Mort ailée (Winged Death), pages 99 à 137, Nouvelle, trad. Jacques PARSONS
9 - Clifford M Jr. EDDY & Howard Phillips LOVECRAFT, Le Nécrophile (The Loved Dead), pages 139 à 154, Nouvelle, trad. Jacques PARSONS
10 - Clifford M Jr. EDDY & Howard Phillips LOVECRAFT, Sourd, muet et aveugle (Deaf, Dumb and Blind), pages 155 à 171, Nouvelle, trad. Jacques PARSONS
11 - Clifford M Jr. EDDY & Howard Phillips LOVECRAFT, Le Mangeur de spectres (The Ghost-Eater), pages 173 à 186, Nouvelle, trad. Jacques PARSONS
12 - Robert H. BARLOW & Howard Phillips LOVECRAFT, Jusqu'à ce que toutes les mers... ("Till All the Seas"), pages 187 à 199, Nouvelle, trad. Jacques PARSONS
13 - Hazel HEALD & Howard Phillips LOVECRAFT, L'Horreur dans le musée (The Horror in the Museum), pages 201 à 241, Nouvelle, trad. Jacques PARSONS
14 - Hazel HEALD & Howard Phillips LOVECRAFT, Surgi du fond des siècles (Out of the Eons), pages 243 à 281, Nouvelle, trad. Jacques PARSONS
15 - Howard Phillips LOVECRAFT & William LUMLEY, La Journal d'Alonso Typer (The Diary of Alonzo Typer), pages 283 à 313, Nouvelle, trad. Jacques PARSONS

    Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo, ....)    
Night Gallery ( episode : Last Rites for a Dead Druid ) , 1972, Jeannot Szwarc (d'après le texte : Surgi du fond des siècles), (Episode Série TV)
 
    Critiques    

            Toute sa vie ou presque, H.P. Lovecraft a couru après l'argent ; il dira même de son divorce qu'il est dû à quatre-vingt-dix pour cent à ses difficultés financières ; on lira d'ailleurs à ce sujet « Un mari nommé H.P.L. » de Sonia H. Greene (pages 1184 à 1213 du tome 2 de l'intégrale « Bouquins »), un témoignage passionnant (et édifiant !) sur le Lovecraft de tous les jours, incapable de trouver un travail à New York pendant deux ans et ne supportant pas d'être entretenu par une épouse plus douée que lui pour les affaires. Un témoignage qui devient glaçant quand Sonia Greene, d'origine juive, évoque en addendum l'influence de Mein Kampf sur HPL et l'admiration qu'il vouait à Adolf Hitler… Très tôt dans sa carrière, dès 1918, Lovecraft fait des révisions, réécrit de la poésie épouvantable, redresse des textes boiteux, transforme en récit une idée et quelques notes éparses. Parfois, cela va encore plus loin : il écrit des textes complets qu'il ne signera pas, comme pour Houdini, ce qui donnera le très touristique et peu convaincant « Prisonnier des pharaons », nouvelle qui a toutefois l'avantage de montrer tout l'humour dont Lovecraft était capable (dire qu'il se paye Houdini, censé être le narrateur, est un euphémisme). Dans le lot de toutes ces révisions, effectuées jusqu'à la fin de sa vie, il y a, en proportion, assez peu de fantastique et de science-fiction, un « assez peu » (665 pages tout de même) que Francis Lacassin a compilé dans le tome 2 de l'intégrale « Bouquins » sous le titre « L'Horreur dans le musée », titre qui était aussi celui d'une précédente édition, partielle, en deux volumes, d'abord chez Christian Bourgois, puis en poche chez Pocket (où le tome 2 avait été renommé L'Horreur dans le cimetière). On précisera que le sommaire des deux volumes de l'édition Pocket diffère légèrement des sommaires de l'édition Christian Bourgois, et que ces deux éditions sont nettement moins complètes que la sélection « Bouquins ».

            En anglais, on appelle un nègre littéraire « a ghostwriter », un écrivain fantôme. Invisible, mort, en retrait ? Un peu tout cela à la fois. Mais, dès qu'il touche au fantastique, Lovecraft est un mauvais nègre, dans le sens où il ne sait pas toujours rester en retrait, et beaucoup de ses révisions sonnent comme du Lovecraft pur jus, et parfois même du très bon. Y compris dans des textes anecdotiques comme « Horreur à Martin Beach », signé Sonia Greene ; on y retrouve aisément sa patte et, dans ce cas précis, sa passion pour les créatures maritimes gigantesques.

            Il y a évidemment du bon et du moins bon dans ces 660 pages de révisions. Certains textes, bavards, sont interminables tant l'action et le mouvement y sont procrastinés (« Le Dernier examen », « L'Horreur venue des collines », « Le Tertre »), d'autres font preuve d'un racisme suffocant – l'histoire de jumeau maléfique « Cassius » par exemple. On trouve même une vibrante apologie de l'esclavagisme dans « La Chevelure de Méduse » (signée Zealia Bishop). Mais négliger cette sélection, à cause de sa qualité variable ou de son racisme intermittent, vous ferait passer à côté de quelques joyaux : « L'Homme de pierre », « L'Horreur dans le musée », « La Mort ailée », « La Malédiction de Yig ». Et de nouvelles certes moins réussies, mais qui restent longtemps en mémoire, à l’image de « Cendres », qui mêle avec une certaine espièglerie savant fou et ressorts du vaudeville.


Thomas DAY
Première parution : 1/1/2014 dans Bifrost 73
Mise en ligne le : 28/3/2020


 
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