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Les Diables blancs

Paul J. McAULEY

Titre original : White Devils, 2004
Première parution : Tor, 2004
Traduction de Bernard SIGAUD
Illustration de Jackie PATERNOSTER

Robert LAFFONT (Paris, France), coll. Ailleurs et demain
Dépôt légal : septembre 2005
Première édition
Roman, 576 pages, catégorie / prix : 22 €
ISBN : 2-221-10357-2
Format : 13,5 x 21,5 cm
Genre : Science-Fiction



Quatrième de couverture
     L'Afrique noire dans trente ans. Les choses ne se sont pas arrangées. Le cœur de la forêt primaire a été dévoré. Échappant à tout contrôle, une manipulation génétique destinée à faire produire du plastique par des arbres a donné naissance à la « Fièvre plastique », qui a contaminé la forêt puis les animaux et enfin les humains. Cette Afrique est recolonisée, sous couvert de développement, par des transnationales dont Obligate, dans l'ancien Congo, est le meilleur exemple. La corruption et la violence sont omniprésentes.
     Nicholas Hyde a été le témoin d'une escarmouche au cours de laquelle la plupart de ses compagnons ont été tués par des êtres mystérieux. Des sortes de singes, extraordinairement agressifs et capables de manier une arme . les diables blancs. Hyde a réussi à ramener le corps mutilé d'un des agresseurs. Mais ce corps disparaît tandis que l'armée, la police et Obligate tentent de convaincre Hyde que les diables blancs ne sont que des enfants-soldats.
     Qui cherche à cacher la vraie nature des diables blancs ? Est-ce Teryl Meade, une biologiste haut placée dans l'organisation d'Obligate ? Elle a naguère travaillé à un projet de parc zoologique destiné à accueillir des espèces disparues, dont les prédécesseurs de l'Homo sapiens. Hyde résiste et, pour faire éclater la vérité, il est prêt à aller jusqu'au fond de l'enfer, au cœur des ténèbres.
 
     Dans ce thriller haletant, Paul McAuley dresse un tableau sombre et réaliste d'un avenir où le génie génétique a bouleversé sans retour l'écologie de la Terre entière.
Critiques
     Paul McAuley, absent depuis trop longtemps de la scène littéraire en langue française, fait sa réapparition avec ce roman qui nous plonge dans le cœur ténébreux d'une Afrique dans un proche avenir. Comme de nos jours, les guerres, les épidémies, la misère et la corruption continuent à faire des ravages sur ce continent de façon plus évidente qu'ailleurs. Mais l'installation au milieu de l'anarchie régnante des laboratoires à la pointe de la biotechnologie, appartenant aux grandes multinationales et aux petits bidouilleurs clandestins, pour éviter toute régulation ou surveillance externes, a encore ajouté un élément explosif à ce cocktail mortel. Déjà, une « Grippe noire » a tué un demi milliard d'Africains et attiré une riposte foudroyante de la part des Américains. Et une bien étrange « maladie plastique » a créé une vaste « Zone morte » au nord de la République démocratique du Congo, stérilisant la forêt et contaminant les animaux, voire le tissu humain.

     Sur l'autre rive de la grande rivière, au Congo-Brazzaville, Nicholas Hyde, un Anglais travaillant pour l'ONG Witness, qui instruit les crimes de guerre, est envoyé dans un village éloigné, scène d'un massacre « frais ». Sur place, son équipe est attaquée par ce qui semble être une bande de singes, mais qui font preuve d'une agressivité et d'une habilité extraordinaires, capables même de manier des armes à feu. Hyde s'échappe de justesse en hélicoptère, laissant la plupart de ses compagnons pour morts. De retour à Brazzaville, personne ne veut croire à son témoignage concernant ces « diables blancs », malgré le fait qu'il a pu ramener le cadavre de l'un d'entre eux. Les autorités, sous la tutelle de la multinationale Obligate, qui dirige en fait le pays entier, font savoir qu'il s'agit d'enfants-soldats, dopés et employés par les rebelles contre le régime. Le cadavre du diable blanc, ainsi qu'un petit bébé ramassé par Hyde au village, disparaissent ; il reçoit des pressions de plus en plus menaçantes de la part d'Obligate et de la police locale, et un autre témoin est assassiné.

     Hyde persiste pourtant à mener son enquête et ses soupçons se focalisent sur Teryl Meade, chef des recherches biologiques chez Obligate et ancienne collaboratrice sur un projet pour ressusciter des espèces disparues, dont des hominidés ancêtres de l'Homme moderne, dans un « Pleistocene Park » enfoui au milieu de la forêt tropicale. Pour découvrir la vérité, Hyde va devoir remonter le grand fleuve et pénétrer dans la Zone morte, avec un tueur rusé et fanatique aux trousses, à l'encontre des pires cauchemars engendrés par la science moderne.

     McAuley semble avoir voulu relever le défi d'écrire un thriller à la Michael Crichton, mais à sa propre manière et... en beaucoup mieux. Le roman est très dense, et chacun des personnages, y compris ce monsieur Hyde, possède une facette qui finira par rejaillir sur l'intrigue ou qui éclairera d'une lumière nouvelle le parcours d'un XXIe siècle à la fois plausible et terrifiant. S'appuyant sur ses connaissances profondes en matière de biologie, l'auteur apporte une multitude de petites touches hyperréalistes, ces détails qui resteront logés durablement dans l'imaginaire du lecteur. Les clins d'oeil et allusions littéraires sont multiples aussi : non seulement à Crichton (Jurassic Park, sans oublier Congo), mais aussi à Conrad, Stevenson, Shelley, voire Ballard (Le monde englouti et La forêt de cristal) et le naturaliste/explorateur Redmond O'Hanlon (O'Hanlon au Congo). Tout cela sans alourdir le récit ni offrir le moindre répit dans le suspense. Et si Hyde cherche son Kurtz caché au fond de la jungle, on décèlera aisément sous ses traits encore un avatar de Dr Pretorius, ce savant fou qui hante l'œuvre de McAuley, à l'image d'une science pervertie par la société qui l'entoure. Les Diables blancs est un livre à la fois très musclé et très sophistiqué, digne de l'époque dangereuse que nous vivons.

Tom CLEGG (lui écrire)
Première parution : 1/4/2006 dans Galaxies 39
Mise en ligne le : 8/2/2009


     Bienvenue dans le cœur ébène de l'Afrique, c'est-à-dire le Congo vert d'Obligate et ce qui reste de la RDC et du Rwanda, tout deux grignotés par la maladie plastique. Un territoire d'inégalités extrêmes sur lequel règnent d'une main de fer la corruption et la terreur qu'instaurent de nombreuses bandes armées ; une géographie décimée par diverses pandémies. Dans ce futur d'à peine trente ans (étonnamment crédible), tout a changé mais rien ne change vraiment ; le colonialisme a laissé place à une forme de fascisme écologique et à des missions humanitaires qui servent de paravent à une triste réalité, celle du néocolonialisme. L'homme blanc n'en a pas fini de piller le plus vieux des continents, celui sur lequel l'Homme — fils de Lucy et père de tous les hommes — a balbutié pour la première fois.

     C'est dans ce décor, aussi hallucinant que dérangeant, que le sujet britannique Nicholas Hyde est témoin d'une bien étrange attaque. Alors qu'il relève toutes les données possibles et imaginables sur les lieux d'un massacre — attribué à tort aux troupes loyalistes — , son escorte de soldats brésiliens et ses compagnons de l'ONG Witness sont exterminés par d'étranges singes capables d'utiliser des armes — « Les Diables Blancs », aussi appelés « fantômes » dans la Zone Morte. Grâce à son entraînement militaire qu'il rechigne à évoquer, Nicholas Hyde sauve de peu sa peau, récupérant au passage le cadavre d'une des créatures anthropophages et un bébé indigène qu'il ramène à Brazzaville. L'histoire pourrait presque s'arrêter là, mais peu de temps après le retour à la civilisation du jeune Anglais, les événements s'enchaînent à toute allure : les militaires le menacent pour qu'il la ferme, le bébé meurt dans l'étranges circonstances, le corps du Diable Blanc est détruit, certains témoignages changent, certains témoins disparaissent... Quelqu'un veut prouver que les Diables Blancs n'existent pas... n'ont jamais existé. Et cette personne est prête à tout, y compris à raser un quart de l'Afrique, pour arriver à ses fins.

     Epaulé par le journaliste online Harmony Boniface, Nicholas Hyde n'aura pas à chercher bien loin pour comprendre que les diables blancs, entre autres victimes de leur métabolisme, sont le fruit des expérimentations génétiques d'Obligate ou, plus en amont, de celles qui devaient faire la fortune du « Pleistocene Park » (tout rapport avec Le Parc Jurassique de Michael Crichton est... entièrement voulu). Mais ce n'est pas là que se trouve le véritable secret des Diables Blancs... Un secret qui ressemble beaucoup — en fin de compte — à celui de Nicholas Hyde (il y a du docteur Jekyll et du docteur Moreau dans cet homme-là).

     Un grand livre, chargé d'ironie et de spéculations passionnantes. Voilà le sentiment que j'ai eu tout au long de mes deux lectures (la première en anglais, il y a un peu plus d'un an, la seconde pour la rédaction de cette recension). Evidemment, en creusant un peu, on pourrait trouver des tas de défauts à ce thriller de génétique-fiction : c'est un gros livre, ce qui implique que le rythme n'est pas toujours des plus soutenus ; les parties hard-SF sont un peu trop « maintenant j'appuie sur le bouton pause et je vous explique » ; les péripéties (fusillades, explosions, inévitable histoire d'amour) sentent bon le cinéma musclé de John McTiernan... Mais, à dire vrai, tout ça n'est que détails comparé à un récit fort de ses vrais rebondissements, de ses perspectives d'avenir et de ses incroyables personnages (Cody Corbin, Teryl Meade, Harmony Boniface...). Une aventure scientifique (a scientific romance) d'autant plus forte que McAuley a l'honnêteté intellectuelle d'annoncer d'entrée de jeu quel est son projet littéraire : un dézinguage en règle de cette usine à bouses qu'est Michael Crichton (en bifrostien courant, on appelle ça un fist-fucking lubrifié au gravier et à la limaille de fer) et, résultat des courses, le papa du grotesque Congo et du 100% spielbergien Parc Jurassique en prend pour son grade de la première à la dernière page. D'ailleurs, l'ironie de McAuley ne s'arrête pas là : alors qu'il est rigoureusement impossible de tuer un enfant à Hollywood, notre auteur en lice produit un roman fort hollywoodien dans lequel il n'a de cesse de massacrer/torturer des gamins (sans doute parce que, dans les vraies tragédies, les enfants meurent avant les autres).

     Un grand livre donc, mais une fois de plus, on regrettera le manque de travail éditorial dont souffre l'ouvrage : la traduction, globalement satisfaisante, s'enlise par moments (surtout au niveau des dialogues), les « après que » pullulent comme des insectes gorgés de sang, et enfin le texte est émaillé d'un nombre inhabituel (du moins chez Robert Laffont) de fautes de frappe, de mots doublés ou inappropriés (un lance-fusée hante à plusieurs reprises le texte alors qu'il s'agit clairement d'un lance-roquette).

     Rageant.

     Cependant, à moins que vous ne soyez enculeur de mouches dans l'âme, vous allez franchement apprécier ces Diables Blancs, ce roman coup de poing, ce coup de maître, cet hommage limpide à Kurt Vonnegut, 22 euros pas plus, qui, 600 pages durant, ne parle quasiment que d'Afrique et d'Africains, sans jamais verser dans le racisme ou la condescendance.

     Un tour de force comme on aimerait en lire plus souvent.

Thomas DAY
Première parution : 1/1/2006 dans Bifrost 41
Mise en ligne le : 1/4/2007

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