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Envies d'utopie (Yellow Submarine n°133)

REVUE

Textes réunis par André-François RUAUD


Cycle : Fanzines - Yellow Submarine  vol. 133 


Illustration de Erastus Salisbury FIELD

LES MOUTONS ÉLECTRIQUES , coll. Yellow Submarine (revue) n° 133
Dépôt légal : mars 2008
192 pages, catégorie / prix : 20 €
ISBN : 978-2-915793-46-8   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Au principe que Staline ou Pol-Pot ont fondé des systèmes politiques « utopiques », on nous affirme que les utopies ont échoué, pire : que les utopies seraient choses fondamentalement néfastes. Pourtant, n'essaye-t-on pas plutôt de nier leS utopies justement parce qu'elles ont toujours une belle actualité, avec une liberté dérangeante pour certains ?
     En dépit des discours lénifiants, les envies d'utopie ne cessent de s'exprimer — non seulement dans le champ de la littérature, mais également en prise directe avec le réel : dans l'architecture aussi bien que, loin de l'Europe, dans la politique (en particulier dans la turbulente Amérique du Sud). Par ailleurs, l'utopie a toujours été une donnée fondatrice de la littérature de science-fiction. Il n'est donc pas hors sujet que Yellow Submarine, pour ce volume marquant son 25ème anniversaire, se penche sur un sujet aussi remuant et passionnant que les utopies.

     Unique support exclusivement consacré à l'étude critique de la science-fiction, Yellow Submarine se penche cette fois sur les utopies dans toute leur splendide diversité, avec des études signées par Serge Halimi, Ugo Bellagamba, Eric Picholle, Marie-Pierre Najman, Max Renn, Léon Hunt, Jean-Marc Tomi, Raphaël Colson et André-François Ruaud, ainsi que des nouvelles de Jean-Pierre Hubert et David Calvo.
     Les sujets couverts vont de la Cité du Soleil de Campanella aux tentatives d'innovation sociale qui agitent l'Amérique du Sud, en passant par les réalisations architecturales utopistes, la projection martienne idéale, la démocratie selon Robert Heinlein, la Ville qui n'existait pas de Bilal ou la poésie d'André Hardellet.

    Sommaire    
 
    Critiques    
     L'utopie a depuis toujours nourri l'imaginaire science-fictif qui lui a donné quelques beaux ouvrages, sans compter un bon paquet de brillantes dystopies. Ce numéro de la revue Yellow Submarine est l'occasion de dresser un état des lieux. L'article introductif de Marie-Pierre Najman, « Utopie et science-fiction, essai de typologie », plante le décor, agaçant parfois le lecteur en délivrant son avis personnel sur certaines œuvres, en les hiérarchisant de façon discutable, estimant par exemple que Nous autres, Le Meilleur des mondes et 1984, lourdement démonstratifs, sont inférieurs aux essais sur le même thème : mais ce n'est pas non plus leur rôle. Au hasard des paragraphes on trouve les noms attendus de Mercier, Huxley, Zamiatine, Jeury, Le Guin, et bien d'autres.

     On n'est pas surpris de voir Ugo Bellagamba revenir sur une des figures fondatrices du genre, Campanella, et sur ses héritiers, de Bergerac à Swift en passant par Saint-Simon et Fourier, montrant aussi combien déjà chez Campanella apparaissent les germes du totalitarisme utopique. Le même et Éric Picholle, forts de leur ouvrage sur Robert A. Heinlein, reprennent en partie ce qu'ils y avaient exposé de l'approche de l'auteur sur des utopies socialistes.

     Pour intéressant que soit l'article « Escales chez temporel », de Jean-Marc Tomi, sur les utopies buissonnières d'André Hardellet, il ne raccroche le sujet que de loin, à moins de considérer celles-ci comme une expérience intime à réaliser par la méditation et des exercices de mémoire. Quant à « Allégorie déchue », c'est une étude de La Ville qui n'existait pas de Christin et Bilal, peu démonstrative car plus proche d'une critique générale de la BD que d'une analyse dans une perspective utopique.

     On aborde plus franchement le domaine de la science-fiction avec les articles suivants : Raphaël Colson montre en quoi les conquêtes spatiales présentes dans le space opera s'inscrivent dans la thématique : il s'agit bien de créer des utopies nouvelles sur des mondes vierges. Une place particulière est accordée aux récits martiens qui abordent franchement le sujet, de L'Envol de Mars de Greg Bear à Mars la blanche de Aldiss et Penrose, sans oublier la trilogie martienne de K. S. Robinson. Il insiste également, citant « la Culture » de Banks, sur l'utopie comme recherche avouée du plaisir et accomplissement de soi, en opposition à une conception générale du bonheur collectif.

     La troisième partie de l'ouvrage concerne les expériences utopiques concrètes, celles de la Suisse (« Helvéties rêvées, Helvéties réalisées ») où André-François Ruaud décrit le fonctionnement de la démocratie participative. Son historique, bien documenté, mais peut-être trop partisan, débouche sur d'autres rêveries futures tout en y rattachant quelques œuvres de science-fiction éclairant son propos. Les Zippies, adaptes de la cyberculture et les Ferals australiens adeptes de techno et d'écologie, tous deux décrits par Max Renn, esquissent-ils des utopies du troisième millénaire ? On peut en douter : il s'agit davantage de modes de vie concernant des communautés que de véritable projet utopique. « Les dernières nouvelles de l'utopie » de Serge Halimi montrent que ses derniers avatars, face à la mondialisation, sont bien forcés de présenter des modèles économiques et de proposer des alternatives davantage ancrées dans le réel. Il semble qu'on assiste aussi à un morcellement des théories et à un patchwork de solutions qui suscitent d'autres questions.

     Deux nouvelles ornent ce recueil : « Un Soleil d'hexagones » de David Calvo, dont l'écriture pointilliste cadre bien avec le récit de ce collectionneur contant le destin et l'acquisition d'une couverture permettant de revenir sur l'utopie de Llano del Rio. « Retour au pays natal » est un inédit du regretté Jean-Pierre Hubert, qui traite d'utopie par le petit bout de la lorgnette et avec, semble-t-il, beaucoup de prudence. L'opus s'achève avec une présentation d'ouvrages consacrés aux utopies.

     Au final, ce numéro de Yellow Submarine un peu désordonné, où l'on repère quelques oublis (comme Kirinyaga de Mike Resnick), permet tout de même d'effectuer un tour d'horizon tout à fait passionnant, qui a le mérite de pousser à la réflexion sur de multiples sujets.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/7/2008 dans Bifrost 51
Mise en ligne le : 21/9/2010


 
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