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Les Magiciens

Lev GROSSMAN

Titre original : The Magicians, 2009
Première parution : Londres, Royaume-Uni : William Heinemann, mai 2009

Cycle : Les Magiciens vol. 1 

Traduction de Jean-Daniel BRÈQUE
Illustration de Frédéric PERRIN

L'ATALANTE (Nantes, France), coll. La Dentelle du Cygne n° (253)
Dépôt légal : août 2010, Achevé d'imprimer : juillet 2010
Roman, 512 pages, catégorie / prix : 23,50 €
ISBN : 978-2-84172-511-3
Format : 14,5 x 20,0 cm  
Genre : Fantasy



    Quatrième de couverture    
« Un Harry Potter pour adultes. »
The New York Times.
 
« Luxuriant et inventif... Original et passionnant... Les Magiciens est un grand conte de fées. »
The Washington Post.
 
Brooklyn. Quentin, dix-sept ans, est un adolescent brillant mais il ronge son frein, prisonnier d’un monde désespérément ennuyeux, en attendant d’intégrer une université de prestige. Comme il regrette le temps de son enfance où les « Chroniques de Fillory » l’entraînaient dans un univers magique où tromper son ennui !
   Mais sa vie se transforme le jour où, à sa grande stupeur, il est admis à la faculté de Brakebills, une école extrêmement élitiste et secrète qui forme des magiciens. Cinq années d’un rude et dangereux apprentissage l’y attendent.
   Mais le monde réel, même revu par la magie, n’apporte pas forcément le bonheur. Ce qu’il faudrait, c’est que l’univers de Fillory, celui des contes de son enfance, ne soit pas un monde imaginaire. Qui sait ?...
 
Lev Grossman est l'auteur de Codex, le manuscrit oublié, un bestseller mondial.
 
    Critiques    
     Frère jumeau d'Austin Grossman, Lev présente chez l'Atalante un livre à la fois référentiel et intéressant. Il pastiche en bonifiant plusieurs classiques (ou amenés à l'être) de la fantasy.
     Quentin est un jeu homme surdoué. Intelligent, travailleur, passionné par les études, il a devant lui un avenir certain grâce à son entrée dans des universités aussi sélectives qu'Harvard. Mais il reste aussi un adolescent mal dans sa peau. Considéré comme l'éternel « copain », il demeure le faire-valoir de garçons plus brillants et surtout plus sûrs d'eux. Tout bascule le jour où il réussit un entretien des plus étranges dans un lieu tout aussi inhabituel : l'école de magie de Brakebills. La révélation a lieu pour Quentin : la magie existe, donc la vie ne peut être aussi triste qu'il lui paraissait. Après ses études, il deviendra un vrai magicien et le monde s'ouvrira à lui dans ce qu'il a de plus beau !

     Ça vous fait penser à un autre livre ? À un autre garçon « pas comme les autres » ? C'est normal, l'héritage du jeune sorcier de Poudlard est revendiqué. Lev Grossman reprend la même idée que J.K. Rowling mais part du postulat que son récit est fait pour les adultes. Donc ici pas de niaiserie gentillette, pas de petites histoires d'amour qui finissent bien, pas de héros en somme, mais des adolescents faisant face à des problèmes « communs » : les liens d'amitié, l'attirance voire l'orientation sexuelle, la question de l'avenir professionnel, l'alcool, la drogue, la vie quoi.

     Cela amène l'auteur à développer son roman beaucoup plus rapidement que son « modèle » (un seul tome pour quatre ans d'études au lieu de sept pour sept ans), mais, du même coup, il lui reste 250 pages pour imiter (voire singer) un autre classique du genre : Les Chroniques de Narnia de C.S. Lewis.

     Jamais nommées comme telles, on les reconnaît facilement sous l'appellation des « Chroniques de Fillory » d'un certain Christopher Plover. En référence à elles, le romancier conçoit une véritable intrigue qui, sans briller par son originalité, s'avère d'une certaine intelligence et une bonne surprise.

     En revanche, pour « l'intrigue haletante » (dixit le quatrième de couv'), on repassera. Certes celle-ci est d'une relative complexité, fluide et surtout surprenante sur sa fin, mais le récit reste essentiellement descriptif, axé sur son aspect réaliste. Ce n'est pas parce qu'on est magicien qu'on peut créer des boules de feu ou faire léviter une grenouille, que l'on n'est pas parfois déprimé par le sentiment de vide ou par des crises amoureuses. Et si J.K. Rowling ou C.S. Lewis ne passaient pas sous silence ces moments, force est de reconnaître que Lev Grossman les développe davantage et surtout de manière plus crédible (même si la différence de public entre les trois œuvres en constitue la raison principale). Ainsi, au-delà des clins d'œil amusants dont l'abus aurait pu lasser le lecteur assez rapidement, l'auteur démontre qu'il réussit à dépasser cette volonté référentielle pour quitter les sentiers battus et parcourir son propre chemin.

     Dans l'ensemble, sans être d'un génie absolu, ce livre reste de bonne facture. Les références incessantes aux classiques du genre sont à mettre en perspective avec la volonté évidente de se servir de ce terreau pour créer une œuvre personnelle, qui désenchante la magie pour ceux qui ne croient plus aux contes de fées. Ce roman éminemment plus adulte et plus terre-à-terre que ses modèles ravira les lecteurs de fantasy et séduira en premier lieu les parents des amateurs du magicien de Poudlard.

Gaëtan DRIESSEN
Première parution : 25/9/2010 nooSFere


     A première vue, on pourrait naïvement penser que l'absence d'idées originales aurait quelque chose de vaguement handicapant pour un écrivain. Hélas, il suffit de jeter un œil à la majeure partie de la production annuelle en fantasy pour rapidement se persuader du contraire. Et ce n'est certainement pas Lev Grossman (le frère d'Austin, auteur d'Un jour, je serai invincible (Calmann-Lévy), également traduit par Jean-Daniel Brèque) qui va faire mentir cette réputation, lui qui, avec son troisième roman Les Magiciens, pompe à droite à gauche avec l'abnégation d'un Shadock.

     Le projet de base est en effet d'une simplicité remarquable : selon les mots du New York Times, cité en quatrième de couverture — et c'est bien sous cet angle qu'a été vendu le bous... bouquin — , il s'agit de livrer « un Harry Potter pour adultes ». Drôle d'idée... Après tout, le sorcier binoclard britannique a suffisamment montré qu'il pouvait être lu aussi bien par les pitinenfants que par leurs parents. En quoi cela peut-il donc bien consister, « un Harry Potter pour adultes » ? Eh bien, selon Lev Grossman, cela consiste en gros à plagier peu ou prou J. K. Rowling sur 300 pages (qui condensent cinq années d'études ; oui, c'est du Potter en digest...), en les saupoudrant d'un soupçon de drogue, d'une cuillère d'alcool, et d'une louche de pénibles coucheries adolescentes et des jalousies qui vont avec, mollement partouzardes pour la forme, et en définitive très racoleuses. TU LA SENS MA GROSSE SUBVERSION ? Ben, pas vraiment, en fait ; d'autant que l'auteur, en définitive, échappe assez difficilement à un certain moralisme et, en prime, à un certain machisme pour le moins consternant. Donc, en fait « d'Harry Potter pour adultes »... Disons pour ados aux hormones en ébullition, à la limite. Et encore.

     Pour le reste, nous sommes en terrain connu. Le livre premier (près de 300 pages, donc) est une resucée pure et simple de la série à succès précitée. Tout y est, et deux allusions pas très fines y sont même faites (pp. 171 et 245). Nous suivons donc Quentin Coldwater au cours de ses cinq années d'études à Brakebills, l'Université des magiciens (oui, décalage d'âge oblige). On y joue à la bourbasse au lieu du quidditch. Pour le reste, c'est la même chose. Les cours, les amis, les amours, les disputes... Certes, il n'y a pas cette fois l'idée d'un élu, et l'ombre de Voldemort ne plane pas sur l'école (même si nous en avons une sorte d'ersatz), mais c'est à peu près tout. Sinon, tout pareil ; à la limite du plagiat, ou si vous préférez du foutage de gueule. Avec beaucoup moins d'intérêt que l'original, cela va sans dire : en 300 pages, on n'a pas le temps de développer un univers aussi construit et cohérent (à vrai dire, Lev Grossman, sous cet angle, ne développe rien du tout) ; et on ne manquera pas de regretter le côté british de l'institution, mal transposé aux Etats-Unis, où le traditionalisme de Poudlard cède la place à un éloge de la compétition au moins aussi nauséabond, si ce n'est plus...

     Restent 200 pages à combler. On commence par du sexe, de la drogue, et sans doute du rock'n'roll, pour montrer que, attention, on n'est pas dans Harry Potter, hein, mais dans un roman adulte. C'est lourd. Très lourd.

     Puis l'on passe à la seconde véritable partie du roman, qui se rattache grossièrement à la première. Quentin, dans son enfance — et au-delà — était un fan absolu des Chroniques de Fillory, une série de fantasy en cinq volumes. Bien évidemment, il va découvrir que Fillory existe réellement, et que les Chroniques disaient la vérité. Pompage, phase deux : cette fois, c'est semble-t-il essentiellement « Narnia » qui trinque, avec une grosse louche de Magicien d'Oz, et un soupçon d'Alice au pays des merveilles. Le tout traité comme une parodie d'une mauvaise partie de Donjons & Dragons, avec un total manque de respect pour le sujet et les lecteurs. Les rebondissements gros comme une maison abondent, parfois téléphonés, d'autres fois simplement too much. Et le lecteur s'ennuie ; à peine si son intérêt s'éveille quelque peu dans les passages les plus sombres de ce périple à Fillory. Mais rassurez-vous (ou désespérez) : ce n'est que passager ; d'ailleurs, Lev Grossman serait en train de « travailler » ( ?) sur une suite...

     Le plus fort est sans doute qu'il y ait eu des critiques pour trouver ça « luxuriant et inventif... original et passionnant », comme le proclame fièrement la quatrième de couverture, encore, citant cette fois le Washington Post. Pas compris...

     Si l'on ajoute à cela des personnages tous plus agaçants les uns que les autres (dans le mauvais sens du terme), épais comme une feuille de papier OCB et dotés de la psychologie d'un hamster, plus un style quelconque perclus de traits jeunistes (on ne compte pas les « cool » et les « look »), le bilan est vite vu : allez, hop, poubelle.

Bertrand BONNET
Première parution : 1/1/2011 dans Bifrost 61
Mise en ligne le : 27/1/2013


 
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